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Archive for mars 2010

« Testis unus, testis nullus ».

 

ce qui veut dire : « témoin unique, témoin nul ». 

Mais citons Sigmund Freud, dans « Introduction à la psychanalyse » (p.6) :

« (…) Je vous montrerai que toute votre culture antérieure et toutes vos habitudes de votre pensée ont dû faire de vous inévitablement des adversaires de la psychanalyse, et je vous dirai ce que vous devez vaincre en vous-mêmes pour surmonter cette hostilité instinctive ».

Commentaires :

En somme, pour « recevoir » la psychanalyse, il faut faire en soi, table de rase d’une manière normale (pourquoi pas rigoureuse, pertinente et précise) d’analyser, de raisonner et de critiquer. Aucun élément de ma culture personnelle, par exemple l’épistémologie, ne doit être utilisé contre la psychanalyse. Et quand bien même je possèderais quelques connaissances dans le domaine scientifique ou en psychologie, ou peut-être encore en médecine, tous ces éléments deviennent caduques si l’on souhaite vraiment être éclairé par la lumière freudienne.

Pour Freud, la psychanalyse constitue donc bien « un cas tout à fait à part ». Mais, dans cette mesure, un cas qui renie ouvertement tout attachement à une quelconque tradition de pensée, fut-elle scientifique. Mais comment faut-il penser, alors, pour enfin être apte à comprendre ce que va nous proposer Freud ? Et bien comme Freud lui-même va nous l’indiquer!

En d’autres termes, si vous possédez des argumentaires de pensée critique fondés sur des critères objectifs reconnus, abandonnez-les! Il ne servent plus à rien face à la psychanalyse. C’est Freud qui vous dira comment le lire, comment le comprendre, et même comment doit s’orienter une éventuelle critique, et bien sûr, comment vous devrez reconnaître que cette critique sur laquelle il vous a lui-même préalablement et fort astucieusement orienté, doit être reconnue comme non valide.

Freud en termine ici en nous disant bien ce qu’il faudra faire pour vaincre en nous-mêmes cette « hostilité instinctive ». C’est-à-dire qui si vous avez quelque hostilité instinctive contre sa théorie des instincts, par exemple, vous voilà donc piégé par vous-mêmes (et par lui) pour comprendre ce qu’il vous dit! Par ce moyen, Freud s’immunise par avance contre toute contestation sur les origines mêmes de vos contestations possibles.

Mais, en fin de compte, ce qui est remarquable, dès ces premières pages de l' »Introduction à la psychanalyse », c’est que Freud s’isole. Et il fait tout pour justifier cet isolement. Car il faut s’isoler, non seulement de toute tradition de connaissance qui serait déjà inscrite dans la culture, mais aussi de soi-même, pour apprendre à rester avec lui, et seulement avec lui. En bref, lire « Introduction à la psychanalyse », c’est entrer dans le cabinet freudien, fermer la porte à double tour, s’allonger sur le divan, et « jouer-le-jeu-de-l’inconscient » jusqu’au bout, sans aucun autre témoin que lui.

On dirait que sans le savoir vraiment, Sigmund Freud prépare de lui-même, sa propre tombe en confortant cette fameuse maxime : « testis unus, testis nullus ». Mais poursuivons…

Comme nous l’avons déjà écrit à maintes reprises sur ce blog, et ainsi que le font observer la plupart des « Freud scholars », Sigmund Freud fut bien le premier et l’unique témoin de la découverte de l’inconscient, et des différents complexes. C’est-à-dire le « témoin princeps ».

Voici comment il présente les conditions de validité de la cure analytique, relativement à toute possibilité de contrôle indépendant, toujours dans « Introduction à la psychanalyse ». (P.8) :

« (…) La conversation qui constitue le traitement psychanalytique ne supporte pas d’auditeurs ; elle ne se prête pas à la démonstration. (…) Quant aux renseignements dont l’analyste a besoin, le malade ne les donnera que s’il éprouve pour le médecin une affinité de sentiment particulière [le fameux « transfert »] ; il se taira, dès qu’il s’apercevra de la présence ne serait-ce que d’un seul témoin indifférent [indépendant]. (…) Vous ne pourrez donc pas assister en auditeurs  à un traitement psychanalytique. Vous pouvez seulement en entendre parler, et au sens le plus rigoureux du mot, vous ne pourrez connaître la psychanalyse que par ouï-dire. Le fait de ne pouvoir obtenir que des renseignements pour ainsi dire, en seconde main, vous crée des conditions inaccoutumées pour la formation d’un jugement. Tout dépend en grande partie du degré de confiance que vous inspire celui qui vous renseigne. »

Commentaires :

Donc, pas de témoin autre que Freud lui-même, pas de démonstration en manipulant des variables indépendantes, donc pas davantage de tests indépendants et reproductibles, juste la bonne parole freudienne. En plus de cela, une affinité particulière est nécessaire entre Freud et son « objet » d’étude qu’est l’inconscient de son patient, pour que son patient lui livre ce dont il a besoin : les « preuves » qu’il recherche. Peut-être est-ce la toute première fois, dans toute l’histoire connue des tentatives scientifiques, qu’un chercheur demande à son objet d’être gentil, et surtout de faire ou d’essayer de faire comme on va le lui demander, ou lui suggérer qu’il fasse…

Et Freud voulait se comparer à Galilée..Ou à Newton. Lui qui écrivait que la psychanalyse était une science au même titre que l’astronomie, ou la physique ou encore la chimie, comment a-t-il pu ne jamais sérieusement penser qu’un jour on pourrait aussi le comparer à Albert Einstein, Niels Bohr, ou Marie Curie, qui eux, comme tant d’autres grands scientifiques, faisaient tout, ou auraient tout fait pour obtenir une réfutation indépendante et uninanimement reconnue comme partie intégrante de la tradition de recherche qui les précédait ? Ou bien Freud était un grand naïf, ou bien il était fou, comme le pense René Pommier.

« Vous ne pourrez connaître la psychanalyse que par ouï-dire », écrit-il. On croit rêver…

Poursuivons notre lecture. P.9 :

« Et, maintenant, vous êtes en droit de me demander : puisqu’il n’existe pas de critère objectif pour juger de la véridicité de la psychanalyse et que nous n’avons aucune possibilité de faire de celle-ci un objet de démonstration, comment peut-on apprendre la psychanalyse et s’assurer de la vérité de ses affirmations ? » (…) On apprend d’abord la psychanalyse sur son propre corps, par l’étude de sa propre personnalité. Ce n’est pas tout à fait ce qu’on appelle de l’auto-observation, mais à la rigueur l’étude dont nous parlons peut y être ramenée. (…) On avance beaucoup plus en se laissant analyser par un psychanalyste compétent, en éprouvant sur son propre moi les effets de la psychanalyse et en profitant de cette occasion pour saisir la technique du procédé dans toutes ses finesses. Il va sans dire que cet excellent moyen ne peut toujours être utilisé que par une seule personne et ne s’applique jamais à une réunion à plusieurs. »

Commentaires :

Donc, Freud demande surtout que l’on vienne « vérifier » par soi-même que la psychanalyse est efficace, dans son cabinet, seul avec lui, et en ayant accepté, au préalable, qu’il n’existe aucun moyen de preuve indépendante de son efficacité!…Ceci implique, que « l’efficacité » ressentie par le patient ne pourra jamais être autre chose que des « confirmations » que son thérapeute lui demandera de « lire en lui », en utilisant uniquement ses théories non prouvées. Et si l’on convoque la nécessité absolue d’une relation transferrentielle pour que se fasse cette « reconnaissance-en-soi-de-l’efficacité-de-la-psychanalyse », il devient impossible d’écarter la critique du recours massif à la suggestion et à la manipulation mentale. Comme, dans son livre, Freud souligne aussi que c’est par la voie de l’analyse que l’on peut comprendre « toutes les finesses » de cette thérapie et devenir analyste soi-même, il s’en suit donc, que toute analyse « réussie » est un endoctrinement.

La psychanalyse n’est donc pas du tout une science, mais une doctrine dont l’unique ressort est la manipulation mentale.

Si ce procédé ne s’applique jamais « à une réunion à plusieurs », comment devons-nous comprendre de tels propos ? Comment ne pas croire que Freud ait craint plus que tout que l’on ait pu contrôler ses façons de procéder avec ses patients…

Il n’y a donc bien eu qu’un seul témoin de la naissance de l’inconsicent freudien. Un témoin qui rejeta tous les autres, pendant toute sa carrière, et qui n’admis jamais que l’on contrôla ses procédés, tant d’observation des patients que d’interprétation des résultats cliniques. Freud aura donc été seul, complètement seul d’un bout à l’autre de son « aventure thérapeutique ».

Qu’un tel charlatan ait eut autant d’influence sur nos sociétés occidentales, et surtout en France, et qu’il soit encore défendu, bec et ongles, contre les critiques, voilà qui devient de plus en plus étrange….

« Testis unus, testis nullus ». Cette seule maxime suffit pour démolir tout l’édifice.

Catégories :Résistances.