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Archive for mai 2012

Karl POPPER. Une défense de l’objectivité.

« Il n’existe pas de système poppérien, et l’auteur de la Logik der Forschung n’a nullement cherché à en construire un. Quelle contradiction aurait-ce été, en effet, que l’on trouvât chez lui une architecture préétablie, avec ses règles internes qui acclimatent forcément concepts et interrogations ? Là où les problèmes sont premiers, où la revendication de la diversité, du pluralisme et de l’autonomie leur confère une vie propre, on ne saurait se payer le luxe du dogmatisme d’une manière arrêtée une fois pour toutes de surmonter les difficultés (bien que l’on ait le canevas général des conjectures et réfutations, des essais et erreurs). Il paraîtra dans ces conditions comme appartenant à l’ordre du possible qu’avec la diversité des interrogations et des champs d’étude, les solutions présentées ici ou là soient fort éloignées les unes des autres, et puissent même n’être pas concordantes entre elles. C’est à ce niveau que nous rencontrons le constat frappant : les solutions évoquées par Popper ont un air de famille. Cet état de choses a une justification générale : un problème hante l’épistémologie poppérienne dès le commencement, il traverse toute l’œuvre, et les résultats obtenus de l’analyse de celui-ci colorent de part en part les développements philosophiques ; il s’agit du problème de l’objectivité, qui consiste à savoir comment défendre convenablement l’objectivité et la rationalité de la science (la circularité de l’énoncé du problème n’est pas anodine, pas plus que l’association avec le concept de rationalité). Mais défendre indique qu’il y a une tension, peut-être quelque chose à combattre. Dans ce contexte, le problème devient celui consistant à trouver les moyens idoines et efficaces pour lutter contre le subjectivisme sous toutes ses formes. Ce thème n’est pas seulement traité, de façon implicite ou explicite, quelle que soit la période considérée ; il est comme le thème structurateur de l’épistémologie poppérienne. Dire que, avec ce thème, on rencontre pour Popper la question des questions de l’épistémologie, puisqu’il s’agit de celle de la considération que nous allons accorder à la science, celle de l’attitude que nous observerons par rapport à elle, et dont découle la méthodologie que nous suivrons en son sein, celle finalement de la valeur de nos connaissances et de leur statut, n’est pas assez. Au fond, l’enjeu est encore plus important et déborde le cadre finalement étroit de l’épistémologie, puisqu’il concernera notre vie, notre adaptation au monde que nous habitons et explorons tout ensemble et, par suite, notre survie en tant qu’espèce ; il s’agira de sauver la tradition critique aussi bien que la civilisation et les démocraties occidentales qui ne survivraient pas sans cette science que les tendances subjectivistes et irrationalistes menacent de faire disparaître. On ne s’étonne pas que, dans de telles conditions, cette défense de l’objectivité fasse appel à des arguments aussi bien épistémologiques, sociaux, politiques que moraux. »

(In : Karl POPPER. Emmanuel Malolo Dissaké. « La théorie quantique et le schisme en physique ». Éditions Hermann, Paris, 1996, audi alteram partem ; ix – x). 

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Commentaires :

La psychanalyse est ce qui représente sans doute avec le plus d’importance dans nos sociétés, le subjectivisme et l’irrationalisme.

En voulant sans arrêt « renvoyer le sujet à lui-même », ou à son « inconscient », elle donne tous les arguments possibles pour qu’on l’accuse, à bon droit, de vouloir faire du sujet « un point sûr ». Mais ce projet est évidemment irrationnel. Il est irrationnel, parce qu’il n’y a logiquement aucun prétendu « point sûr » qui soit accessible à l’être humain, d’une part, et d’autre part, parce que l’approche subjectiviste quelle propose en reléguant toute approche scientifiquement fondée dans une soi-disant « illusion » (totalitaire) confine presque à une tautologie voire à une circularité totale entre un « sujet » qui « analyse » un autre « sujet », et, qui plus est selon des « méthodes » subjectives!..

Si l’on ajoute à cela son postulat du déterminisme prima faciae et absolu, sans lequel elle n’est rien, et avec lequel….elle n’a jamais pu être quoique ce soit d’autre qu’un ensemble  d’affirmations dogmatiques, non prouvées, et du reste non prouvables, il est permis de dire à son endroit que l’adjectif de « système » irrationnel doit être dépassé pour celui de « système délirant ». Voilà bien ce qu’est, ce qu’a toujours été, la psychanalyse : un « système délirant ».

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