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La liberté, encore…


Pour « Les psychanalystes-visiteurs-et-autres-psychothérapeutes-de-boulevard-et-s’autorisant-d’eux-mêmes-etc., etc., etc. » :

« Sentir, n’est pas comprendre. »

C’est un sujet qui nous tient beaucoup à coeur. Il faudrait être un vrai philosophe pour en parler avec plus de pertinence,  et pouvoir s’appuyer sur d’autres références que celles de Karl Popper. Mais ce thème est pour nous de première importance.

« Qu’est-ce que la liberté » ? Voilà un faux problème, ou une question « essentialiste » dirait Popper, avec raison.

Nous ne savons pas vraiment ce que c’est que la « liberté ». Parce que  nous ne pouvons pas en maîtriser  tous les déterminants, et même les quelques déterminants que nous pouvons connaître, nous ne les connaissons qu’avec une précision relative à nos expériences, que ces expériences soient subjectives ou même objectives.

Dans un précédent billet, sans aucun doute imparfait, nous avions émis l’idée que la liberté est impossible sans l’incertitude et l’indéterminisme. Pourtant, et comme l’écrivait Hayek, ce n’est que lorsque l’homme prend conscience de ses limites qu’il peut faire usage de ses capacités, donc, d’une certaine façon, se trouve en situation d’être plus « libre » de prendre des décisions et de jouir (ou non) de leurs conséquences.

La liberté se présente donc toujours par rapport à ce paradoxe : il n’y a que des limites identifiables et que l’individu humain peut comprendre et même tester qui puissent constituer des repères pour la liberté, et de tels repères sont indispensables, tout d’abord d’un point de vue logique, pour donner un « contenu » à la possibilité de la liberté de l’action ou de la pensée « libre ». Donc, sans ces limites, sans ces repères, on ne sait pas ce que c’est que la liberté. C’est quelque chose d »indéterminé » (…).

Par conséquent, la liberté ne se « vit », ne se « comprend » qu’en « négatif », c’est-à-dire grâce à tout ce qui s’y oppose, et que nous sommes capables d’identifier et de comprendre par rapport à des lois relativement « déterministes ». Il n’y a donc pas de liberté envisageable sans interdictions. Ce sont avant tout ces interdictions qui nous renseignent sur nos possibilités d’actions et de pensées et nous permettent de les orienter.

Seulement, comme ces interdictions, ces lois, ces limites, ces repères, sont toujours rationnellement construits par les hommes, ils ne peuvent être que faillibles, donc incertains. Et par suite, susceptibles d’être réfutés donc enrichis, précisés. Et la faillibilité humaine n’est pas le seul déterminant du caractère toujours incertain des lois permettant de comprendre la liberté et de la vivre, il y a aussi la logique. Parce que la logique nous montre que toute loi universelle est réfutable donc incertaine, et toujours susceptible d’être complétée.

L’individu ne peut penser et agir qu’avec sa propre faillibilité à manipuler des lois elles-mêmes toujours potentiellement faillibles. S’il croit pouvoir penser ou agir avec des lois certaines, il se trompe, car la certitude est hors de portée de toute appréhension rationnelle du réel pour l’individu.

(…)

Si l’on postule qu’un déterminisme prima faciae absolu est possible (il ne l’est dans aucun cas, bien entendu) et permet de fonder des projets de descriptions, alors nous pensons qu’il met fin à toute possibilité de liberté réelle, en mettant fin à toute possibilité de décision. C’est ce que nous tentions de démontrer dans un billet précédent :

Il faudrait écrire une histoire de la liberté. Mais à quand la faire remonter ? Dès que l’être humain fut doté de la capacité de choix, donc de se projeter, et de se voir lui-même différent, ainsi que d’imaginer des changements dans son environnement.

Est-il possible que cet être-là, aux commencements de ses possibilités de décision, ne pu lui-même entrevoir ses propres limites en face de l’indéterminisme, c’est-à-dire, en face de ce qui est inconnu et qui pourrait être dans un futur ignoré la cause possible de la réussite ou de l’échec de ses décisions ? Ou encore, est-il possible que cet individu ait pu éliminer la peur liée à cette autre part d’incertitude contenue dans cet indéterminisme, incertitude imaginée grâce à la sensation, voire à la réflexion sur le fait qu’il soit tout à fait possible que des choses (…) restent à jamais totalement hors de portée de toutes ses possibilités d’investigation ?

Nous ne pouvons rationnellement concevoir aucun être humain, qui ne puisse, ou qui n’ait pu être affecté par ses réussites ou ses échecs. Devant leur beauté ou leur aspect catastrophique. Et une fois que le moment de la réflexion et de la logique ont repris leurs droits, comment imaginer un être humain qui n’ait pu se dire : « c’est tellement beau, tellement parfait, ce que j’ai réussi, que je dois avoir eu un peu de chance ». Ou encore : « c’est tellement grave, tellement catastrophique, un tel échec, que la malchance, ou le diable en personne ont dû s’en mêler ! ».

Dans le premier cas, si cet individu se prend à croire en la certitude, autrement dit en une possibilité d’un déterminisme strict, et bien qu’il réussisse à nouveau un projet qui ne puisse être contesté, ni à ses yeux, ni à ceux d’aucun autre sur terre … Qui plus est, que ce projet puisse être prédit dans sa réalisation qu’il ne pourra jamais être contesté par aucun être humain, et à aucune époque. Absurde, bien entendu.

Nous ne reviendrons pas une fois encore sur les arguments logiques indiscutables qui permettent de démolir entièrement toute foi dans la possibilité d’un déterminisme strict réalisable par l’homme, et plus encore, celle en un déterminisme prima faciae absolu.

Depuis que l’homme est apparu avec une conscience dotée de capacités décisionnelles, il n’a pas cessé de travailler pour améliorer, tant bien que mal, ses conditions de vie sur terre. Il a tout tenté pour améliorer sa sécurité, son bonheur, et souvent, celui de ses semblables.

Comment aurait-il pu avoir sans arrêt cet espoir s’il s’était cru, dès le début, comme enchaîné par une sorte d’entrave intérieure qui « sait  mieux que lui » l’origine de ses motivations et de ses projets, et qui « le sait » sans aucun risque d’erreur ? Comment l’individu humain aurait-il pu être sans arrêt poussé par cet invincible optimisme sans lequel il aurait pu cesser de douter de la certitude que « tout y ira mal » ou que « tout ira bien »?  Dans le premier cas, un pessimisme universel aurait sans doute fait disparaître le genre humain, et dans le second, la folie de certains projets probablement aussi.

Nous sommes donc libres, justement parce que nous n’avons jamais su, pas plus que nous ne saurons jamais exactement jusqu’à quel point nos décisions nous emmènent. Vers quelle situation positive, ou négative, et dans quelle ampleur ? Nous ne le saurons jamais exactement et en totalité.

La liberté n’existe donc que parce qu’il y a une incertitude, de l’indéterminisme. Cet indéterminisme crée une tension, puis une sorte de conflit au niveau de notre pensée, en créant au moins une alternative : est-ce la solution B, ou bien la solution A ?

S’il nous fallait, à cet instant, tout connaître d’un « Inconscient » pour choisir, sans coup férir la bonne solution, sachant que cet inconscient serait lui-même parfaitement précis (…), alors, il n’y aurait plus du tout de choix à faire. Pourquoi ?

Tout d’abord, parce que ce type d’inconscient qui exclut tout hasard et tout non-sens, s’exclut aussi de lui-même : il n’existe pas. Il s’exclut de lui-même parce l’imprécision, la faillibilité étant le propre de l’homme, aucun homme ne peut comprendre en totalité ce qui est infaillible et totalement précis eut égard à un monde qui appartiendrait aussi au réel : l’homme ne pouvant jamais qu’observer avec sa faillibilité, comment pourrait-il un jour être certain d’avoir exclut toute possibilité d’erreur dans cette observation de son propre inconscient « infaillible », pour en choisir le ou les ressorts susceptibles de le renseigner avec certitude sur la nature de ses propres choix ? Dans l’impasse de cette  impossible recherche, l’introspection serait le tombeau de sa conscience décisionnelle ouverte sur le monde extérieur, et aussi sur lui-même.

Enfin, et s’il était vraiment possible d’accéder avec exactitude à cette autre exactitude qu’est cet impossible « inconscient », quelle pourrait être la nature, (le contenu), puis le résultat d’une prise de décision « parfaitement » garantie par lui ? Elle pourrait interpréter le monde d’une façon rigoureusement arrêtée et tout aussi rigoureusement observable selon ce contenu. Mais le monde extérieur, les autres, les choses, la Nature, nous résistent constamment, et sont là pour tromper ou échapper ne serait-ce qu’un tant soit peu à nos décisions ou même nos interprétations, y compris celles que nous jugeons comme les mieux calculées ou fondées.

Donc, en cas d’échec, un individu qui croirait en une telle potentialité décisionnelle ne pourrait qu’être complètement décontenancé, déstabilisé, ou alors serait invariablement obligé de se réfugier dans la mauvaise foi en ayant par exemple recours à la « toute puissance de cet inconscient » qui s’était d’abord dérobé en partie à sa connaissance. Il lui faudra donc se remettre à l’ouvrage dans sa recherche éperdue et impossible sur cet inconscient doué de perfection, et retourner dans les ténèbres de l’introspection.

Il n’y aurait donc bien aucune décision. C’est-à-dire que cet individu ne pourrait jamais prendre de décision qui soit conforme aux possibilités supposées de ce type d’inconscient, et s’il croyait en être assuré, aucune d’entre elles ne pourrait éviter le risque de réfuter en totalité la possibilité d’un tel inconscient, en montrant qu’il est impossible qu’il soit entièrement déterministe, tout simplement parce que l’inconscient d’un individu, même si ce dernier croit en être entièrement dépendant, ne peut contrôler l’indéterminisme lié au cours des choses extérieures!

L’indéterminisme des choses extérieures, le fait que nous le constations, et que nous soyons déjà capables de l’entrevoir d’un point de vue logique, nous renvoie à notre propre indéterminisme individuel : la faillibilité de toutes nos décisions sur le monde et  sur nous-mêmes (à cause du monde extérieur et de nous-mêmes), et nous montre qu’il est vain et même totalement absurde de rechercher en soi-même une quelconque source de certitude pour vaincre cette faillibilité, certitude qui nous permettrait d’acquérir la maîtrise du monde extérieur par une maîtrise illusoire de notre « Moi », ou de notre « épanouissement personnel »…

Il n’y a donc pas de liberté, sans l’acceptation de l’indéterminisme et de la faillibilité décisionnelle. La liberté suppose le choix entre au moins deux solutions. Si nous croyons que tout cela est « réglé d’avance » et qu’il faut en chercher les causes dans un « inconscient » ultra déterministe, nous n’en trouverons jamais aucune qui soit infaillible, donc qui ne nous pousse à chercher encore d’autres causes moins infaillibles de notre faillibilité, ce qui est absurde, puisque la faillibilité accompagnera toujours ces recherches et que sa permanence doit nous renvoyer à cette évidence : cet inconscient ultra déterministe n’existe pas, à moins d’y croire par mauvaise foi.

(…)

La liberté humaine a donc, bien entendu, une histoire. Et son histoire est indissociablement liée à l’indéterminisme.

La psychanalyse a prétendu rompre avec la « loi » de l’indéterminisme, et, au niveau de la conscience humaine, de la faillibilité, en la subordonnant aux réquisits d’un prétendu « inconscient » qui serait dotés de pouvoirs « décisionnels » infaillibles.

Elle n’a pu infliger de prétendue « blessure narcissique » à l’individu humain, ou la civilisation occidentale, parce les hommes démontrent chaque jour, et malgré eux, que l’indéterminisme vit avec, ou contre eux, sans qu’ils puissent y faire quoique ce soit, le plus souvent.

Par contre, au lieu d’une blessure narcissique, la psychanalyse aura indiscutablement fait beaucoup de mal à l’être humain en imposant par ses mensonges, ses légendes, ses théories, etc., l’idée que la liberté est illusoire.

C’est la psychanalyse plus que tout autre pensée qui a ouvert la voie à une nouvelle forme de totalitarisme : le totalitarisme sophistiqué. Cependant, nous dirons que tous les totalitarismes deviennent « sophistiqués » dès lors que les idées qui en sont le contenu ou les mobiles finissent par être acceptées par un grand nombre de personnes, et de surcroît, presque (…) en toute connaissance de cause. La sophistication du totalitarisme liée à la doctrine psychanalytique va plus loin, et reste, selon nous, unique en son genre dans l’histoire des idées. Pourquoi ? Parce cette idée si néfaste de négation du libre-arbitre, de cet inconscient aux pouvoirs si déterministes, de ce culte de l’interprétation sauvage et qui peut devenir vampirique, a su, entre autres choses, mieux qu’aucune autre auparavant, se revêtir des  habits de l’humanisme. C’est la raison pour laquelle le totalitarisme sophistiqué de la psychanalyse est le plus sournois, et le plus dangereux que l’humanité ait connu jusqu’à ce jour. Quelles en seront les conséquences ?..

Les psychanalystes et autres psychothérapeutes de boulevard et s’autorisant d’eux-mêmes, ne connaissent ni ne peuvent admettre ou comprendre de liberté, paradoxalement parce qu’ils prétendent « s’autoriser d’eux-mêmes ». Leur vampirisme interprétatif est si opiniâtrement abject et délirant qu’il trahit à chaque instant cette incapacité de fond à comprendre ce que signifie se sentir libre et par conséquent ce que signifie le respect de la liberté d’autrui, et du droit inaliénable à l’autodétermination, à l’autonomie, notamment l’autonomie de conscience. Ils ne respectent donc rien, et surtout pas la liberté d’autrui, allant jusqu’à mépriser tout code de déontologie médicale et toute vie privée malgré les lois écrites et qui doivent être reconnues et appliquées par tous.

Nous avons écrit que la liberté ne peut se comprendre que par rapport à des limites, à des « négatifs »,  elle ne peut se comprendre qu’en « négatif » (c’est un peu maladroit comme formule, il faut en convenir). Les psychanalystes, eux ne connaissent aucune limite, aucun « négatif », puisque leur doctrine n’en connaît ni ne peut en admettre aucun. Pourquoi ? Toujours le même sempiternel problème : le déterminisme psychique prima faciae absolu excluant tout hasard et tout non-sens d’où son irréfutabilité.

Pourtant, les psychanalystes et autres adeptes affiliés à la même secte poussent l’arrogance jusqu’à se présenter comme des « maîtres-nageurs » : des individus qui seraient capables, avec leurs délires interprétatifs, de vous « apprendre à nager » dans la vie, donc à être plus libres, parce que mieux conscients de vos limites. Mais force est de constater que non seulement les prétendus « maîtres-nageurs » que croient être les psychanalystes ne savent même pas nager, mais qu’en outre la peur de « l’eau » et de son indéterminisme, leur fiche une trouille bleue…

Tout psychanalyste est donc  une sorte d’handicapé de l’existence (blessure narcissique) qui a cru trouver un auspice protecteur dans la psychanalyse. Mais ce « lieu » ne fut qu’un lieu de perdition pour eux. S’en étant rendus compte (deuxième  blessure narcissique), est né ensuite un besoin inexpugnable de vengeance contre la normalité des « non analysés » ou des récalcitrants sous le couvert d’un bouclier protecteur : l’interprétation vampirique et délirante. Bouclier qui sert non seulement aux psychanalystes à dissimuler leurs précédentes blessures narcissiques, sans même se douter que l’épistémologie peut le rendre totalement transparent aux yeux des récalcitrants, lesquels se rendent compte rapidement que la face interne du bouclier, celle tournée vers le psychanalyste, est son « miroir » permanent, l’autre face, faite de rhétoriques et d’interprétations faisant office de « surface de rebond » où toutes les critiques externes seront prétendument « renvoyées à elles-mêmes ». « Renvoyer quelqu’un à lui-même », pour éviter qu’il n’examine trop le dit « bouclier » et ne se rende compte de ce que sont vraiment les choses au sujet des psychanalystes et de la psychanalyse (des charlatans et une escroquerie), et pour que dans une introspection forcée tout critique finisse par devenir formaté, dressé à la « méthode psychanalytique ».

Mais, la logique, l’épistémologie, la vraie science, et le rationalisme critique sont des armes imparables contre les psychanalystes et la psychanalyse. Ce sont les armes de la liberté de pensée, contre laquelle aucune psychanalyse ni aucun psychanalyste ne pourra jamais rien.

David HERME : « Il est rare que la liberté se perde d’un seul coup ».

 

Catégories :Résistances.
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