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"Déterminismes, indéterminisme, et justification de la théorie de l’inconscient de Freud".

31 décembre 2014 Laisser un commentaire

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Précision importante :
Le lecteur de cet article, devra se reporter au livre du Professeur Jacques Bouveresse, intitulé : « Mythologie, philosophie et pseudo-science, Wittgenstein lecteur de Freud (Edition : l’Eclat. Collection : tiré à part. Paris, mars 1991).
En effet, on y retrouve l’essentiel de nos arguments de manière beaucoup plus détaillée et développée. Par contre, il n’y est fait aucun rapprochement, entre la psychanalyse et l’apriorisme kantien, comme nous avons essayé de le faire.
Les chapitres les plus en rapport avec nos arguments sont : Le chapitre 4 : « les raisons et les causes » ; le chapitre 5 : « la mécanique de l’esprit » (dans ce chapitre la question du déterminisme psychique et ses conséquences épistémologiques y sont particulièrement bien développées) ; le chapitre 6 : « le principe de raison suffisante et le droit au non-sens ».
Introduction :
« Si la psychanalsse doit être critiquée à la fin, ce n’est pas parce qu’elle fabrique les preuves sur lesquelles elle s’appuie ou parce qu’elle crée de toutes pièces la réalité qu’elle prétend décrire. C’est parce qu’elle refuse de le reconnaître et tente de dissimuler les traces de l’artifice. » (Mikkel Borch-Jacobsen. In : « Folies à plusieurs. de l’hystérie à la dépression. » Edition: Les empêcheurs de penser en rond. Paris, mars 2002).
« La conclusion générale qui se dégage des considérations particulières développées dans les chapitres précédents peut être formulée ainsi: certaines insuffisances de notre fonctionnement psychique (insuffisances dont le caractère général sera défini avec plus de précision tout à l’heure) et certains actes en apparence non intentionnels se révèlent, lorsqu’on les livre à l’examen psychanalytique, comme parfaitement motivés et déterminés par des raisons qui échappent à la conscience. » (Sigmund FREUD, in : « Psychopathologie de la vie quotidienne. » Chapitre 12: « Déterminisme, croyance au hasard et superstition. Points de vue ». Édition: Payot. Paris, 1980. Page: 257.)
1. La justification de l’inconscient. Un problème de régression à l’infini.
Le déterminisme à priori (1) et absolu n’est que le masque d’une difficulté logique fondamentale que Freud a su frauduleusement éviter : celle de la régression à l’infini pour la justification du même déterminisme et par conséquent de la théorie de l’inconscient. Pourquoi ?
Parce que le type d’inconscient que revendique Freud, (non vérifiable positivement ET non testable selon la méthode hypothético-déductive développée par Popper), ayant pour « mission » de fonder toute psychanalyse ultérieure, ne peut qu’avoir le statut logique d’une vérité révélée, imposée dogmatiquement (quoique présentée par Freud comme une « hypothèse »), s’il veut pouvoir jouer son rôle dans le « programme de recherche » freudien. Précisons, avant d’aller plus loin, que par l’usage d’expressions comme « programme de recherche », « heuristique négative », « heuristique positive » , « noyau dur », que nous emprunterons au philosophe des sciences Imre Lakatos, nous ne reconnaissons nullement un quelconque passé scientifique à la psychanalyse. Cette terminologie nous est utile parce qu’elle permet de faire correspondre la psychanalyse à l’une de ses plus fameuses prétentions, la scientificité, et parce qu’elle constitue une grille de lecture intuitivement efficace (quoique n’apportant rien de plus, selon nous, à une grille de lecture « poppérienne ») pour tenter de mettre à l’épreuve ses propres fondements théoriques.
L’inconscient serait donc bien, « le noyau dur » du programme freudien, et le déterminisme de Freud son « heuristique négative » c’est-à-dire la règle méthodologique fondamentale permettant de détourner de l’inconscient les mises à l’épreuve expérimentales (le « modus tollens »). Quant à « l’heuristique positive » du programme freudien elle serait constituée par des hypothèses auxiliaires « formant un glacis protecteur » autour du noyau (l’inconscient) contre lesquelles devrait être orienté le choc des mises à l’épreuve expérimentales. L’heuristique positive est donc constituée par la théorie des névroses, la théorie des rêves, des pulsions, du refoulement, etc. C’est cette heuristique qui est déterminante pour la réussite du programme si et seulement si les hypothèses qui la constituent résistent, dans le temps, aux mises à l’épreuve expérimentales (extra cliniques, empiriques et indépendantes) en prédisant toujours plus de faits nouveaux et en triomphant à chaque fois des éléments nouveaux et contradictoires, des « anomalies », qui peuvent les réfuter empiriquement. Mais l’insuffisance d’un tel programme n’a pas cessé d’être démontrée au cours de son histoire, puisque même si le programme de recherche de Freud est « unifié » et « présente les grandes lignes du type de théories auxiliaires qu’il va utiliser pour absorber les anomalies, il invente, à tout coup, les véritables théories auxiliaires en réponse aux faits et sans, en même temps en prédire de nouveaux. » (Imre Lakatos). C’est, notamment, cette dernière raison qui rend le programme de recherche de Freud et les hypothèses qui le composent, irréfutable , donc sans aucune valeur scientifique et empirique.
(Le lecteur au fait de ces questions épistémologiques et tout particulièrement de l’oeuvre d’ Imre Lakatos aura reconnu la terminologie de ce dernier employée ici, a dessein : celui de démontrer que même l’adversaire le plus virulent de Popper en matière d’épistémologie parvient aux mêmes conclusions que lui au sujet de la psychanalyse. Précisons que nous considérons que Lakatos a échoué dans sa tentative d’élimination du critère de démarcation de Popper, et que même si sa terminologie est convaincante et dénote bien intuitivement en quoi peut constituer le progrès des connaissances scientifiques, elle n’apporte aucune connaissance épistémologique réellement novatrice par rapport au système de Popper qu’elle croît pourtant réfuter parce qu’elle donnerait davantage d’explications rationnelles sur le progrès scientifique que ne l’aurait jamais fait Popper. En effet, il faut rappeler que cette notion de « programme de recherche » fut empruntée à Popper, lequel l’utilisa dans son tout premier livre. Ce que Lakatos nomme « heuristique positive », ne peut se passer dans son mouvement d’expériences cruciales, fussent-elles « mineures ». C’est-à-dire que les hypothèses scientifiques constituant cette heuristique (mouvement progressif vers la découverte et la corroboration possible de faits inédits) doivent pouvoir être réfutables. Comme on ne peut concevoir qu’une telle heuristique se développerait sans le moindre recours à l’expérience empirique intersubjective, la réfutabilité est donc particulièrement requise pour tout programme de recherche, fut-il « lakatosien » (comme le démontre Elie Zahar, disciple de Lakatos, ce dernier ne peut éviter la réfutabilité dans sa méthodologie des programmes de recherche). Voilà pourquoi, Lakatos, a échoué dans son projet de supplanter l’épistémologie poppérienne en prétendant se passer du fameux critère de démarcation, selon lequel une théorie n’est scientifique que si on peut la soumettre à un test visant à la réfuter. Disons encore, que selon nous, en présentant Popper tantôt comme un « falsificationniste naïf », tantôt comme un « falsificationniste sophistiqué », pour essayer de le supplanter, Lakatos se livre à une véritable désinformation de son oeuvre par l’utilisation d’un amalgame entre la prétendue évolution de la théorie du progrès scientifique de Popper vers plus de sophistication, et la chronologie des explications dans son oeuvre, d’une part, et, d’autre part, entre le fait que Popper ait produit un modèle épistémologique « a-historique » et la volonté de fonder un critère de démarcation objectif alors même qu’il reconnu dès le début que si aucun travail scientifique dans l’histoire ne corroborait son modèle il serait prêt à l’abandonner. Par conséquent, et à l’instar de Paul Fayarebend, nous considérerons que l’oeuvre de Lakatos n’est constituée que « d’ornements verbaux » certes bien pratiques, en l’occurrence, pour mettre en exergue la supercherie freudienne. ) Pour une compréhension plus complète de ces problèmes et de cette terminologie, le lecteur devra se reporter au livre de Lakatos : « Histoire et méthodologie des sciences. » P.U.F.
2. Inconscient et apriorisme : la psychanalyse est une pseudoscience.
L’on s’aperçoit que ce type d’inconscient, s’il ne peut être mis à l’épreuve empirique d’aucune façon qui satisfasse la véritable méthode scientifique, nécessite pourtant, et c’est le minimum, ne serait-ce qu’une justification théorique qui joue le rôle de fondement de base. Nous sommes là en présence du « masque » d’une difficulté logique du programme freudien : le déterminisme mental prima faciae. « Prima faciae » , puisqu’il n’y a pas d’autre solution pour Freud que d’imposer dogmatiquement son inconscient comme une loi de la Nature qui serait valide à priori (dans un sens kantien), et par suite d’affirmer qu’il détermine tout dans la vie psychique des individus ou qu’il la « prescrit » . En effet, selon l’apriorisme de Kant en matière de théorie de la connaissance dont Freud semble s’être inspiré, « l’entendement ne puise pas ses lois…dans la Nature mais les lui prescrit » (Kant). C’est-à-dire qu’à l’instar de Kant qui croyait que les lois de la Nature étaient valides à priori en observant les sciences de son temps comme la physique Newtonienne, Freud a imaginé que les « Lois » de l’inconscient pouvaient elles aussi être valides à priori (en faisant de lui le « scientifique héroïque », le « Galilée » de son temps en matière de psychologie) puisque, selon Kant « il y a beaucoup de lois de la Nature que nous ne pouvons connaître que grâce à l’expérience, mais la conformité à des lois dans la liaison des phénomènes,…en général, nous ne pouvons la connaître par aucune expérience, parce que l’expérience même a besoin de ces lois qui sont le fondement a priori de sa possibilité . La possibilité de l’expérience en général est donc, en même temps, la loi universelle de la nature et les principes de la première sont les lois mêmes de la seconde » . Ceci pourrait amplement justifier, selon les psychanalystes, les « confirmations » par observation ou expérience directe des phénomènes (grâce à quelques énoncés singuliers portant sur la réalité), de la loi de l’inconscient, selon toute circularité, car comme le souligne Kant ci-dessus « …l’expérience même a besoin de ces lois qui sont le fondement a priori de sa possibilité. » Mais, selon Popper, « la déduction transcendantale, la tentative pour prouver qu’il y a des régularités au sens des lois de la nature valides de manière strictement universelle, n’est pas concluante. La thèse selon laquelle l’expérience est possible en toutes circonstances – autrement dit : selon laquelle le monde doit pouvoir être connu en toutes circonstances – est impossible à prouver. Elle n’est pas seulement impossible à prouver, mais encore absolument irréfutable. Car la thèse selon laquelle l’expérience est possible ne peut jamais être falsifiée empiriquement, l’impossibilité de connaître le monde ne pouvant jamais être connue. Aussi longtemps qu’il y a de l’expérience et qu’il y a de la connaissance de la réalité, le monde doit être connaissable. Mais cette thèse – aussi impossible à prouver qu’à réfuter – de la connaissabilité du monde donne lieu, elle aussi, à une antinomie indécidable. »
Puisque la psychanalyse n’existe pas sans une théorie irréfutable de l’ inconscient, le déterminisme qui la fonde doit lui aussi être absolu, en plus d’être « à priori » (prima faciae), pour éviter le fameux piège d’une justification de la théorie de l’inconscient entraînant une régression à l’infini, c’est-à-dire la recherche, avec preuves (empiriques) à l’appui, d’un autre principe en amont du déterminisme pour le justifier, puis d’un autre encore pour justifier le précédent, et ainsi de suite (2) … Précisons que « normalement », une science vise à établir par « conjectures et réfutations », des théories de mieux en mieux déterminées, mais jamais parfaitement déterminées. En effet, rappelons que si une théorie veut avoir une portée générale elle doit avoir la forme d’un énoncé universel au sens strict (et pas seulement au sens numérique). Mais en tant que telle, elle ne peut être définitivement vérifiée ou « valide à priori » (Kant), ou posséder en elle-même assez de contenu pour déterminer parfaitement le futur, et demeure ainsi toujours ouverte à la possibilité d’une réfutation. Si une science comme la génétique peut revendiquer une certaine forme de déterminisme, c’est qu’elle suppose corroborer avec le temps et au fil de ses connaissances les mieux testées, que l’être humain est déterminé par ses gènes. Cela ne signifie pas pour autant que la génétique a le pouvoir effectif d’affirmer que nous sommes absolument et entièrement déterminés par des processus génétiques avant toute preuve scientifique, cela signifie que ce déterminisme « à posteriori » ne peut que constituer qu’une idée directrice pour la recherche.
Certes, on peut supposer qu’il y a également une forme de déterminisme « à priori » dans la génétique, ou dans toute science empirique, mais il s’agit là d’une illusion qui ne doit pas se confondre avec les engagements ontologiques nécessaires à tout programme de recherche scientifique, lesquels (ces engagements) ne ressemblent en rien à quoi que ce soit d’absolu et d’irréfutable comme le déterminisme ou l’inconscient freudien (« donc, demander à des scientifiques de préciser leurs engagements ontologiques, c’est leur demander, ce qui pour eux est entendu comme réel dans leur objet de recherche, indépendamment de toute activité théorique. L’engagement ontologique semble demander aux savants d’expliquer et de formuler leurs choix sur ces objets de recherche considérés comme purs et réels. (…) La question ontologique, pour l’épistémologie, c’est d’abord celle de la réalité des entités théoriques dont parle la science ; cette question a pris une forme critique aiguë avec la mécanique quantique ; c’est en effet la physique moderne qui a relancé la question de savoir ce que le savant entend par réalité ; autrement dit, la question ontologique, pour la science, c’est d’abord la question du référent du discours scientifique : demander ce qui est, c’est demander ce qui est réel ; et demander ce qui est réel, c’est demander de quoi on parle dans la science ». in : Encyclopediae Universalis.). Ce qui ressemble à une forme d’apriorisme dans les engagements ontologiques de tout programme de recherche scientifique est donc inoffensif pour la recherche elle-même, et nécessaire pour attirer les hommes de science vers la corroboration de nouvelles théories. Freud a sans doute contribué à alimenter une confusion entre les deux formes de déterminisme, voire à galvauder la notion d’ontologie. Le déterminisme « à priori » et absolu, est une doctrine qui s’enracine dans l’apriorisme kantien, repris par Freud, et dépassé par la théorie de la connaissance de Karl Popper.
3. Le déterminisme, l’indéterminisme, et la voie de la science.
L’indéterminisme est autant nécessaire à la recherche scientifique que le déterminisme à posteriori : sans la croyance en cette forme de déterminisme aucune science ne démarrerait, et il n’y aurait aucune science véritable sans également la croyance en l’indéterminisme à priori, lequel permet le doute, le hasard, les événements imprévus, les falsifications, et par conséquent lequel permet la science elle-même. (« Le déterminisme est la seule manière de se représenter le monde. Et l’indéterminisme, la seule manière d’y exister. » Paul Valéry, in : Cahiers 1, Bibliothèque de la Pléiade, Gallimard, 1973). Par exemple, par quelle espèce de super théorie une mesure scientifique pourrait-elle être parfaitement déterminée ? Réponse : aucune, puisque les mesures scientifiques sont effectuées à partir de théories scientifiques qui ont permis la fabrication d’outils de mesures, et ces théories comme toutes les théories scientifiques, ont une valeur scientifique si et seulement si elles demeurent en principe réfutables c’est-à-dire imparfaitement déterminées. Dans « La logique de la découverte scientifique », Karl Popper aborde avec rigueur le problème de la mesure. Il démontre qu’une mesure qui se voudrait parfaitement précise est impossible. Par exemple, la position d’une aiguille sur un cadran ne peut être lue que si l’on prend en compte un certain intervalle de deux points. Or, la lecture de chacun des points de cet intervalle nécessite à sont tour un autre intervalle de deux points pour chacun d’eux, et ainsi de suite. Cet exemple permet de comprendre pourquoi toute mesure qui se voudrait apriori infinitémisale, est irréalisable, et, par voie de conséquence, tout projet de description déterministe qui devrait rendre compte, avant la réalisation du projet, de n’importe quel degré de précision dans les mesures possibles à partir desquelles calculer la précision des conditions initiales du projet, [il s’agit du fameux « principe de responsabilité renforcé » dont parle Popper dans « L’univers irrésolu, plaidoyer pour l’indéterminisme »], de telle sorte que si la prédiction échouait, elle priverait le prédicteur du droit de plaider que le calcul des conditions intiales n’était pas suffisament précis. (En admettant que la réussite d’un tel projet prouverait le bien fondé du déterminisme prima faciae et absolu, ou « déterminisme scientifique », selon Popper).
N’y a-t-il donc pas de place pour l’imprécision possible dans le calcul d’un poids atomique, ou pour la prédiction du cours de la Bourse de Paris d’ici 10 ans ? Je crois, que d’un point de vue philosophique ou même épistémologique, il est tout aussi impossible d’invalider le déterminisme à posteriori que l’indéterminisme à priori. Leur « élimination » ne pouvant relever que d’un choix dogmatique voire…idéologique ! Par contre il me semble tout à fait possible d’invalider le déterminisme à priori, comme le déterminisme mental de la psychanalyse qui est bien à priori bien plutôt que d’être à posteriori, ce point là est essentiel, en lui demandant des preuves (qu’il ne peut pas fournir) conformes à ses prétentions : des prédictions parfaitement réussies en ayant donné A L’AVANCE et avec une absolue exactitude (par exemple en excluant tout hasard) « la mesure exacte de la réussite annoncée ». Par exemple, avec quel degré de précision stipulé à l’avance, les psychanalystes peuvent-ils prédire quel sera le prochain de mes actes manqués ou de mes lapsus ? Peuvent-ils prédire de quoi sera formé le contenu de mon prochain rêve après avoir « analysé » mon inconscient ? Les psychanalystes n’ont évidemment jamais réussi de telles prédictions malgré le caractère absolu du déterminisme auquel ces objets seraient censés être soumis ! (…et, à ma connaissance, ils ne les ont, comme on s’en doute, jamais tentées dans des conditions expérimentales dignes de ce nom). Ce qui est en soi un paradoxe qui devrait éveiller des soupçons quant à la prétendue valeur prédictive, « scientifique », des théories psychanalytiques aux prétentions si déterministes.
Il est facile d’interpréter, dans l’après-coup, un acte manqué, un lapsus, un rêve, les pensées d’un psychopathe et leur évolution vers un crime monstrueux, mais il est frauduleux d’affirmer que cela confirme le prétendu pouvoir de prédiction des théories qui permettent de faire ces rétrodictions interprétatives… L’impossibilité de leur prédiction selon le degré de précision nécessairement induit par la revendication déterministe spécifique de la psychanalyse, démontre que l’étiologie de pathologies mentales graves ou même d’un « simple » rêve, ne peut relever d’aucun déterminisme absolu, ce qui a logiquement contraint les psychanalystes à inventer une parade pour sauver l’édifice, laquelle consiste à donner, notamment, des interprétations ambivalentes leur permettant de sauver à la fois le postulat du déterminisme mental absolu et leur théorie de l’inconscient. Mais tout cela n’est que rhétorique frauduleuse qui repose sur la croyance suivante : « le fait que, nous les psychanalystes, ayons réponse à tout avec notre théorie de l’inconscient et du refoulement inconscient, et le fait que nous puissions expliquer la chose et son contraire, dans le moindre détail, en absorbant ainsi toutes les contradictions, prouve la valeur empirique et scientifique de notre théorie ! »(ce qui, bien sûr, est totalement faux, car cette croyance repose, comme le démontra Popper, sur une conception erronée de la science en général et de la méthode scientifique en particulier).
On objectera que des changements « psychiques » obtenus à la suite d’une analyse ne se mesurent pas au double décimètre. Une provocation de ma part pourrait être alors la suivante : si ils ne se mesurent pas au double décimètre, il ne reste alors que la « relative » précision des explications, des formules données par l’analyste, lequel doit (« devrait », en tout cas…) le plus possible éviter le vague, l’imprécision, le langage métaphorique, et surtout, les ambivalences qui lui permettent trop souvent de retomber sur ses pattes en évitant le reproche du manque de précision, ou croyant qu’une avalanche d’explications métaphoriques ou ambivalentes suffisent à répondre à la demande de rigueur et de précision nécessaire à toute mesure « précise et rigoureuse » justement requise en science !
A ces derniers arguments, on pourrait répondre encore, avec raison, que dans une véritable science, toutes les théories, toutes les explications, et de surcroît, tous les tests que l’on peut effectuer sont relatifs et jamais absolus, parce que des conditions initiales, scientifiques, de testabilité ne peuvent jamais être « suffisamment » précises (Popper). Nous sommes parfaitement d’accord avec ce point de vue et Karl Popper s’en est largement expliqué dans « La logique de la découverte scientifique » (Voir le chapitre : « la corroboration : ou comment une théorie résiste à l’épreuve des tests »), et dans « L’univers irrésolu, plaidoyer pour l’indéterminisme ».
4. Déterminisme et testabilité de la psychanalyse.
En effet, et comme nous l’avons déjà expliqué plus haut, les tests scientifiques, et par conséquent les énoncés qui permettent de les élaborer, sont relatifs les uns aux autres, dans la mesure où ils dépendent nécessairement d’autres énoncés universels, faillibles, d’autres tests précédents. Je cite Popper : « (…)En effet, un énoncé peut être corroboré, mais toute corroboration est relative à d’autres énoncés, qui sont, eux aussi, proposés à titre d’essai. » (in : la LDS, page : 286″). En fin de compte, ce que je tiens à souligner, c’est que la « relativité » des explications qui peuvent être données par un psychanalyste, ne tient d’aucune scientificité de la psychanalyse et de ses explications dans le sens donné par Popper à la notion de relativité : on ne peut observer dans l’histoire réelle de la psychanalyse, aucune suite de tests intersubjectifs sur la théorie de l’inconscient (et du refoulement), suite de tests qui soient logiquement dépendants les uns des autres. Le relativisme psychanalytique tient au fait, que les psychanalystes en fournissant toujours des explications vagues, ambivalentes, voire métaphoriques, et toujours suffisamment et stratégiquement imprécises, essaient de se réserver la possibilité de contrer toute critique afin de préserver les fondements théoriques. Mais par ce genre de manoeuvre, et ainsi que nous l’avons déjà dit, ils prouvent qu’ils sont clairement attachés à l’irréfutabilité comme critère de validité de leurs théories, lesquelles doivent s’imposer à tous les autres hommes comme des dogmes, des mythes irrécusables. D’ailleurs, Freud lui-même affirmait que « la richesse des observations fiables sur lesquelles les affirmations de la psychanalyse repose, les rendent indépendantes de toute vérification expérimentale » (Lettre de Freud à Rozenzweig en 1934).
Nous avons aussi cet argument tout à fait trivial : c’est qu’à l’époque de Freud, les instruments d’observation ultra-modernes comme l’imagerie à résonnance magnétique (I.R.M.), le scanner, ou ceux utilisés couramment dans les recherches sur le cerveau, n’existaient pas, lesquels auraient pu éventuellement permettre de tester de manière empirique et intersubjective une théorie aussi ambitieuse que la théorie de l’inconscient, qui, du fait de l’absence de ces instruments, était, de ce point de vue, non testable. (D’un autre point de vue, celui des conséquences thérapeutiques, la théorie de l’inconscient était, et demeure toujours irréfutable puisque la réussite ou l’échec d’une cure peut, selon les freudiens la confirmer : si vous guérissez c’est la preuve que votre inconscient s’est restructuré grâce à l’action de l’analyste, et si vous ne guérissez pas c’est parce qu’il y a encore des résistances inconscientes, aussi infimes soient-elles, à la prise de conscience de vos problèmes, lesquelles sont refoulées inconsciemment, donc… il peut toujours y avoir des résistances refoulées pour venir à la rescousse de la théorie freudienne en cas d’échec ou de non confirmation thérapeutique ! En fait la théorie du refoulement, associée à l’argument des résistances, est une véritable tarte à la crème rhétorique : à tous les coups l’on gagne !). Si l’on songe un seul instant aux difficultés techniques que rencontrent encore aujourd’hui les neurobiologistes du cerveau pour tenter de corroborer une quelconque théorie du psychisme inconscient, on mesurera l’imposture scientifique que pouvait représenter la théorie de l’inconscient, présentée comme une vérité bien confirmée dans de « très nombreux cas », à l’époque de Freud. Ces « très nombreux cas » sont la signature révélatrice de la conception méthodologique de Freud en matière de connaissance scientifique, il s’agit bien sûr du positivisme logique et de l’induction. Mais Karl Popper et Carl Hempel, pour ne citer qu’eux, ont balayé l’induction comme méthode scientifique, malgré les arguments érigés par Adolf Grünbaum pour tenter de la sauver, lesquels sont, de toute manière, dévastateurs pour la psychanalyse, car Grünbaum démontre à plusieurs reprises le caractère fallacieux des inférences freudiennes dans ses études de cas.
Et s’il n’y avait que cela ! Les « très nombreux cas » avancés par Freud n’ont jamais existé ! Il n’y eut en tout et pour tout que 6 cas, qui, de plus, furent tous des échecs retentissants (Cf. Bénesteau), à commencer par LE cas princeps de toute la psychanalyse, celui de Bertha Pappenheim (Cf. Borch-Jacobsen). Freud fut donc obligé de proposer une théorie de l’inconscient qui ne pouvait être confirmée qu’à la lumière des preuves justement fabriquées ou convoquées pour l’étayer, et qui devait s’imposer dans l’esprit des gens grâce aux réflexes intellectuels issus de la pensée inductive positiviste (mais erronnée), et pour ce faire, qui nécessitait deux autres « instruments » : l’argument du refoulement inconscient et le postulat d’un déterminisme mental prima faciae et absolu. Cette théorie de l’inconscient n’était donc pas, quoi qu’en ait dit Freud, une « hypothèse », (« l’hypothèse de l’inconscient »), c’était un dogme, et Freud ne pouvait l’ignorer. Avec le livre de Jacques Bénesteau, « Mensonges Freudiens », on peut se permettre de penser, que c’est la soif de pouvoir, d’une reconnaissance internationale et d’un prestige rapidement acquis, qui ont pu inciter le « Conquistador » (comme il aimait se nommer) à vouloir imposer un dogme quasi mythique, plutôt que de risquer l’aventure périlleuse, et souvent ingrate de la Science…
Une autre objection peut être avancée contre nos arguments : d’où provient notre système d’attentes ? Ne peut-il être, comme l’a dit Popper dans son livre « A la recherche d’un monde meilleur », en partie inconscient ? D’où viennent tous ces mots, tous ces souvenirs qui ressurgissent à notre conscience, précisément à l’occasion de problèmes à résoudre et lorsque les émotions nous submergent ? Nous avons toujours admis qu’il nous était impossible, (et nous pensons qu’il serait ridicule de le nier étant donnés certains travaux scientifiques), de ne pas avoir de mémoire à long terme, de mémoire inconsciente, ou d’une « mémoire implicite » comme disent certains neurophysiologistes. Ce que nous rejetons fermement c’est, par contre, la possibilité d’une mémoire inconsciente, telle qu’elle est et a toujours été définie et présentée par les psychanalystes. C’est-à-dire une mémoire qui déterminerait tous nos actes conscients, toutes nos représentations, toutes nos émotions, que sais-je encore, et ce, avec le degré de précision le plus abouti que l’on voudrait, selon le postulat du déterminisme mental absolu des freudiens. Par exemple, dans l’ensemble infini de tous nos désirs, il n’est, selon le déterminisme freudien, logiquement pas exclu du supposer ou d’envisager des désirs inconscients infinitésimaux (et des « supers désirs »), mais comment faire, alors, pour vérifier expérimentalement dans quelle mesure et sous quelles conditions initiales infinitésimales ces désirs nous détermineraient et interagiraient avec les « supers désirs » ? Et quel est donc le désir le plus infinitésimal ? C’est-à-dire, comment être sûr d’avoir,  apriori, sondé assez loin l’infini dans la précision requise pour l’identification et la mesure d’un désir infinitésimal pour se permettre d’affirmer dogmatiquement la possibilité empirique du déterminisme mental absolu ? Comme on s’en aperçoit, le déterminisme freudien rend la théorie de l’inconscient non scientifique parce qu’il permet de supposer comme mesuré et vérifié, apriori, l’infinitésimal, il prétend pouvoir connaître ce qui est inconnaissable avant tout test expérimental, selon une méthode positiviste et en excluant le hasard dans la mesure.
Nous rejetons aussi cette théorie de l’inconscient, d’autant plus qu’à ce jour, les neurophysiologistes du cerveau ont corroboré qu’il n’y avait aucune aire du cerveau humain dédiée à l’inconscient freudien. Chaque fois que nous pensons à une confirmation de la théorie de l’inconscient de Freud c’est parce que nous avons été guidé par elle pour lire cette confirmation qui n’est donc pas une prédiction réussie. (Comme dirait Popper, les théories de Freud nous influencent à voir les choses d’une certaine manière, elles produisent leur « effet oedipe »). Enfin , comme l’a démontré Popper, il est impossible de construire un test expérimental, où les conditions initiales seraient « suffisamment » précises pour nous permettre de corroborer le déterminisme absolu et que, par exemple, une certaine émotion (observée et caractérisée avec « suffisamment » de précision) détermine parfaitement et avec une absolue certitude (sans aucune place laissée au hasard ou au non-sens psychique comme disent les freudiens) un acte bien précis, lui-même caractérisé avec « suffisamment » de précision.
5. Le caractère indiscutablement prima faciae du déterminisme dans les engagements ontologiques de la psychanalyse.
Mais revenons un instant sur un problème que je juge essentiel et que je formule par les questions suivantes :
« Le déterminisme de la psychanalyse freudienne est-il oui ou non véritablement A PRIORI (prima faciae) ? », cette question me paraît être logiquement reliée à une autre question tout aussi importante :
« Est-il possible qu’une forme de déterminisme A PRIORI puisse « exister » (parce qu’elle permettrait la réussite de projets de prédictions) ou bien ne peut-il exister que des formes de déterminisme A POSTERIORI, lesquelles ne peuvent qu’être relatives et non absolues ? »
Comme j’essaierai de la montrer, ces deux questions se « confondent » en une seule et même réponse.
Supposons que Freud ait voulu entendre par son déterminisme mental qu’il projetait construire des théories sur les événements psychiques humains qui soient de mieux en mieux déterminées mais jamais parfaitement déterminées. C’est-à-dire qu’il ait reconnu qu’une véritable science ne peut jamais atteindre le savoir absolu sur son objet de recherche (c’est comme si la génétique affirmait que lorsque que l’on aura « complètement » déchiffré le structure du génome humain, ces théories seront définitives. Ou encore comme si la cosmologie affirmait qu’il sera possible un jour de donner une théorie « complète et définitive » de la structure de l’univers ou de son origine, une théorie qui soit A JAMAIS non problématique). Ou, en d’autres termes, qu’il ait admis qu’il n’y a plus de progrès scientifique ou qu’une science « s’arrête » de progresser lorsqu’elle a atteint la vérité certaine. Bref, que Freud considérait bien son déterminisme comme A POSTERIORI et non pas A PRIORI. Si Freud avait vraiment considéré son déterminisme comme devant être qualifié de « déterminisme A POSTERIORI » en entrevoyant les conséquences décrites précédemment, alors il n’aurait pas affirmé exclure tout hasard psychique. Parce que croire pouvoir continuer le développement ad infinitum des connaissances (scientifiques) exclut la possibilité d’atteindre un jour une quelconque certitude sur des énoncés universels. Une science qui exclut le hasard dans ce qui peut faire l’objet de ses prédictions conjecturales, exclut du même coup la réfutabilité et la testabilité, et s’élimine donc d’elle même. Une science sans indéterminisme, n’est pas une science. Comme un déterminisme A POSTERIORI qui soit un jour accessible avec n’importe quel degré de précision est impossible, c’est donc d’un autre genre de déterminisme dont parle Freud, et il n’en reste plus qu’un : c’est le déterminisme A PRIORI. Et si cette dernière forme de déterminisme « peut bien exister » comme nous l’avons dit dans notre question, elle n’existe que philosophiquement parlant, ou d’un point de vue métaphysique, parce qu’elle ne peut conduire à la réussite d’aucune prédiction empirique concrète qui soit conforme à des ambitions projetées d’absolue exactitude. Par conséquent, elle n’est d’aucune utilité pour concevoir des prédictions scientifiques corroborables, « elle n’existe pas ». Popper : « Mais le déterminisme, « scientifique » ou non, n’appartient nullement à la science, et n’a aucun pouvoir explicatif. » (In:Karl R. POPPER. « L’univers irrésolu, plaidoyer pour l’indéterminisme. » Edition : Hermann, Paris 1984. Chapitre 1 : « Les différentes sortes de déterminisme ». Section 9 : « La charge de la preuve. Page : 24).
Freud a donc fraudé, théoriquement, pour « établir » les fondements de la psychanalyse : il a utilisé le déterminisme qu’il revendique, pour éviter l’impasse de la régression à l’infini dans laquelle serait tombée une justification de sa théorie de l’inconscient qui fut toujours considérée comme valide à priori par Freud. Freud ne pouvait concevoir sa théorie de l’inconscient que comme absolument certaine et valide à priori, d’une part parce qu’il était vital pour lui de l’imposer tout en sachant qu’il était impossible de la soumettre à l’épreuve expérimentale (Freud en avait besoin également pour sa théorie du refoulement), puis, d’autre part pour permettre toutes sortes de confirmations lues à la lumière de cette théorie (confirmations qui ne prouvent donc pas le contenu empirique de l’inconscient) confortant ainsi son caractère tout puissant, irréfutable et soit-disant empirique.
Le déterminisme psychique absolu de Freud et sa théorie de l’inconscient sont donc deux objets théoriques indissociables l’un de l’autre (on pourrait même les confondre au lieu de les séparer) : le premier a été conçu pour permettre « l’existence » du second, et le second trouve sa justification et sa validation par le premier. En fin de compte, la situation est toute simple : il ne peut pas y avoir d’inconscient freudien sans déterminisme psychique prima faciae et absolu tant que la théorie de l’inconscient demeure non testable de manière empirique, indépendante et extra-clinique, puisque la prétention fondamentale de cette théorie de l’inconscient consiste en pouvoir expliquer tous les événements, les phénomènes de notre vie psychique consciente ou inconsciente sans aucune part laissée au hasard ou au non-sens psychique (tout ce que nous faisons aurait un sens, selon les freudiens, et ce sens, s’il ne peut être trouvé dans le conscient, peut toujours l’être dans l’inconscient).
6. Sigmund Freud…
Freud, ne fut donc jamais le « scientifique héroïque » que l’on a présenté, encore moins une sorte de Galilée bravant les préjugés et prétendument victime des esprits arriérés et obscurantistes de son temps. Car, au début du XX° siècle, il y avait déjà un Wittgenstein, capable de démolir philosophiquement presque toutes les conjectures freudiennes (Cf. le livre de Jacques Bouveresse : « Mythologie, philosophie et pseudo-science, Wittgenstein lecteur de Freud) ! Et pour ce qui est de l’obscurantisme : la destruction ou la fabrication des preuves cliniques, l’excomunication systématique et définitive de tous ceux de ses disciples qui ont osé critiquer vertement les « hypothèses » freudiennes parce qu’ils refusaient de les accepter sans condition donc pour des raisons obscures, tout cela fait que Freud était bien plus proche d’une attitude obscurantiste enclin à rejeter tout rationnalisme critique dirigé contre ses théories, que ses adversaires. Le « Conquistador » n’était en réalité (Cf. le livre de Jacques Bénesteau) qu’un expérimentateur raté qui aurait eu sa place dans une piece de Molière plutôt que dans un laboratoire, et surtout un menteur, un mystificateur, et un mégalomane paranoïaque. Ses relations avec d’authentiques scientifiques comme Russell ou Einstein, qui lui fit confiance pour une analyse de longue durée, l’honnorent de trop : ces hauts personnages de la Science devaient ignorer le comportement réel, en coulisse, du « Conquistador ». Comment aurait réagi un esprit aussi intègre que celui de Bertrand Russell s’il avait pu lire les livres de Jacques Bénesteau, de Borch-Jacobsen et des autres « Freud scholars » ? Einstein, lui, fut sans aucun doute plus proche d’un Newton, ou d’un Galilée, pour avoir consciemment et volontairement soumis les théories qui lui étaient les plus chères aux tests les plus sévères et les plus objectifs que les possibilités techniques et théoriques de son temps permettaient, c’est-à-dire pour avoir recherché la discussion rationnelle et critique avec d’autres scientifiques au lieu de la minimiser ou de la mépriser comme Freud. En ce sens, Einstein fut certainement l’un des plus grands « champions » de l’éthique et de la découverte scientifique. Quant à Freud, les supercheries et les mensonges (3) qu’il a développés, et l’allégeance dont ils bénéficient encore aujourd’hui ne peuvent être compréhensibles que par son absence totale de scrupules, (qu’il reconnaissait), par l’ignorance au sujet des questions aussi abstraites de l’épistémologie qui est encore le fait de beaucoup d’entre nous, et aussi, par la censure qui est maintenue par les psychanalystes gardiens des archives freudiennes jusqu’en 2113 (!), laquelle empêche de faire toute la lumière sur les fondements et l’histoire réelle de cette « mystification centenaire » (Borch-Jacobsen).
Freud et Einstein suivaient donc deux voies diamétralement opposées : une pensée close et néo-tribale pour Freud afin d’imposer l’adoration d’un totem (l’inconscient), puis une mythologie suffisamment sophistiquée pour être des plus difficiles à combattre (la psychanalyse), et l’éthique d’une pensée ouverte, de la voie de la Science pour Einstein afin de perpétuer une tradition, un bien commun inestimable : la libre discussion rationnelle et critique. Mais même si l’histoire « est écrite », il appartient toujours à l’homme libre de décider…
*  *  *  *
Notes :

(1)Nous donnons à l’expression « à priori » la même signification que l’expression « prima faciae » que l’on retrouvera dans cet article.
Popper, au sujet du déterminisme « scientifique » : « Je désigne par là la doctrine selon laquelle la structure du monde est telle que tout événement peut être rationnellement prédit, au degré de précision voulu, à condition qu’une description suffisamment précise des événements passés, ainsi que toutes les lois de la nature, nous soit donnée. » (In : Karl R. POPPER. « L’univers irrésolu, plaidoyer pour l’indéterminisme. » Edition : Hermann, Paris 1984. Chapitre 1: « les différentes sortes de déterminisme ». Page : 1).
Dans le même livre, page 5 : « Ainsi l’idée fondamentale qui sous-tend le déterminisme « scientifique » peut se formuler comme suit : la structure du monde est telle que tout événement futur peut, en principe, être rationnellement calculé à l’avance, à condition que soient connues les lois de la nature, ainsi que l’état présent ou passé du monde. Mais on ne peut affirmer que tout événement peut être prédit qu’à condition qu’il puisse l’être avec n’importe quel degré souhaité de précision. En effet, la différence de mesure la plus infime peut légitimement être invoquée pour servir à distinguer des événements différents. »
Page 10, maintenant, et à propos du « principe de responsabilité » dont parle Popper, que doit assumer tout projet de prédiction fondé sur un déterminisme « scientifique » : « Le résultat d’un calcul de sera pas, en règle générale, plus précis que la moins précise des données. De même, une prédiction ne sera pas, en règle générale, plus précise que l’une quelconque des conditions initiales sur lesquelles elle est basée. Si bien que pour satisifaire à l’exigence qui veut qu’il soit toujours possible de rendre nos prédictions précises au degré de précision voulu, il faudra également pouvoir, en règle générale, augmenter la précision des conditions initiales en question autant qu’on le voudra. Les conditions initiales devront être suffisamment précises pour qu’on puisse résoudre le problème posé par le projet de prédiction. Dans la recherche d’une définition du déterminisme « scientifique », ce serait à l’évidence trop vague d’exiger que l’on parvienne à prédire sur des conditions initiales « suffisamment précises ». Formulée de cette manière, la définition serait triviale. En effet, l’on pourrait toujours affirmer y avoir satisfait, tout en échouant de façon systématique dans la déduction des prédictions, en faisant valoir que les conditions initiales n’étaient pas : « suffisamment précises ». Afin de remédier à cette situation, il nous faut exiger qu’on puisse déterminer si les conditions initiales sont suffisamment précises ou non avant même de tester les résultats de nos prédictions. En d’autres termes, il faut pouvoir déterminer à l’avance, en partant du projet de prédiction (lequel doit énoncer, entre autres, le degré de précision des conditions initiales ou des données nécessaires afin que puisse se réaliser le projet de prédiction en question. Pour le formuler d’une manière plus complète, nous dirons qu’il faut pouvoir rendre compte par avance de tout échec de la prédiction d’un événement avec le degré de précision voulu ; et cela, en montrant que nos conditions initiales ne sont pas suffisamment précises, et en établissant le degré de précision qu’elles devraient avoir pour que cette tâche de prédiction puisse être effiace. »
Page 13 : « Le déterminisme « scientifique » n’affirme pas seulement en effet que les prédictions peuvent être améliorées par une connaissance accrue. Il exige que l’on puisse calculer, à partir d’un projet de prédiction spécifié, le degré de précision nécessaire dans notre information de départ pour que le projet puisse être mené à bien.
Pages 25 et 27 : « On peut décrire ce que j’appelle le caractère prima faciae déterministe de la physique classique le plus aisément en prenant appui sur le Démon de Laplace. (…) Laplace introduit(…) la fiction d’une Intelligence surhumaine, capable de déterminer l’ensemble complet des conditions initiales du système du monde à un instant donné, quel qu’il soit. A condition de connaître ces conditions initiales, ainsi que les lois de la nature (les équations de la mécanique), le Démon serait en mesure, selon Laplace, de déduire tous les états futurs du monde. A condition, par conséquent, que les lois de la nature soient connues, le futur du monde serait implicite dans chaque instant de son passé. La vérité du déterminisme serait donc établie. » (…) J’introduis cette désignation afin de caractériser certains aspects de la théorie de Newton, de Maxwell, ou d’Einstein, par opposition à d’autres théories connues comme la thermodynamique, la mécanique statistique, la théorie quantique, et peut-être aussi la théorie des gènes. Je suggère la définition suivante : Une théorie physique est prima faciae déterministe si et seulement si elle permet de déduire, à partir d’une description mathématiquement exacte de l’état initial d’un système physique fermé décrit dans les termes de la théorie, la description, avec n’importe quel degré fini de précision stipulé, de tout état futur du système. Cette définition ne requiert pas des prédictions mathématiquement exactes, mêmes si les conditions initiales sont supposées être absolument exactes. »
Pour les problèmes concernant :
– la régression à l’infini,
– l’apriorisme,
Nous nous réferrons à :
Karl R. POPPER, in : « Les deux problèmes fondamentaux de la théorie de la connaissance. » Livre 1 : « Le problème de l’induction (expérience et hypothèse). » Chapitre 3 : « Le problème de l’induction. » Section 5 : « La régression à l’infini (argument de Hume), page : 55. Chapitre 4, sections 9 et 10 : « La méthode transcendantale. Exposé de l’apriorisme. » Page : 73. « Critique de l’apriorisme. » Page : 88. Chapitre 5 : « Kant et Fries. » Section 11 : « Complément à la critique de l’apriorisme. Psychologisme et transendantalisme chez Kant et Fries. La question de la base empirique. Edition : Hermann. Paris 1999.
(2) Autrement dit, la théorie de l’inconscient freudien, ne pouvant être vérifiée positivement ou réfutée empiriquement, doit être irréfutable dans la mesure où Freud lui attribue des vertus capables de tout expliquer (J’ajoute que dans un domaine comme la criminologie, on reproche justement à l’interprétation de source psychanalytique une bien trop grande flexibilité et par conséquent des pouvoirs d’explication nuls). Elle doit aussi justifier de se passer d’être soumise au contrôle expérimental puisque elle ne peut justement pas y être soumise. (Il n’y a pas, à l’époque de Freud, d’instruments suffisamment sophistiqués pour soumettre la théorie de l’inconscient à une expérience de laboratoire. Par contre, et par comparaison, les instruments théoriques et techniques pour soumettre la théorie de la relativité d’Einstein à l’épreuve expérimentale existaient, et ont permis de corroborer cette théorie). Par conséquent, pour justifier la non-testabilité et l’irréfutabilité de la théorie de l’inconscient donc pour pouvoir la soustraire à toute nécessité d’un contrôle expérimental, il lui fallait un autre fondement, qui lui aussi, ne nécessiterait pas d’autre justification entraînant une régression à l’infini. Ce fondement devait être ultime et absolu (permettant de tout expliquer sans aucune part laissée au hasard ou à l’imprécision) et en amont de la théorie de l’inconscient, c’est le déterminisme mental prima faciae et absolu revendiqué par Freud pour sa théorie de l’inconscient. Pour Freud, en somme, il était inutile de soumettre sa théorie de l’inconscient à l’épreuve expérimentale puisqu’elle pouvait être justifiée définitivement par un déterminisme qui était lui aussi autojustifiable en tant que base ultime et définitive et qui fut érigé en principe fondateur de la théorie de l’inconscient. Ce que nous dit, finalement, la psychanalyse freudienne c’est : « la théorie de l’inconscient est une vérité incontestable puisqu’elle est justifiée par une autre vérité incontestable, qui, elle-même, ne nécessite aucune autre justification, c’est la doctrine du déterminisme psychique prima faciae et absolu. Voilà comment on impose un dogme, un véritable « bobard », écrit Mikkel Borch-Jacobsen à propos de la psychanalyse. Et nous n’avons même pas fait allusion aux autres tricheries et mensonges de Freud démystifées par Borch-Jacobsen, à ses multiples forgeries qu’il a opérées dès le premier « cas » fondateur de la psychanalyse, qui est lui-même un échec cuisant, le cas de Bertha Pappenheim. Voilà comment on parvient à faire accepter que ce bobard dogmatique qu’est l’inconscient freudien puisse à la fois avoir une valeur « scientifique » tout en pouvant se soustraire à toute expérience cruciale, indépendante, intersubjective et extra-clinique !
(3) Le lecteur pourra se référer, et sera édifié, au sujet des « méthodes » employées par Breuer puis Freud pour fonder sa psychanalyse, au livre de Mikkel Borch-Jacobsen : « Souvenirs d’Anna O. Une mystification centenaire ». Edition : Aubier. Egalement, au sujet des mensonges freudien, Borch-Jacobsen écrit : « (…) Pour peu en effet, on oublierait que les patients et les collègues de Freud ont gobé ses mensonges, y compris les plus gros et les plus flagrants. Or, c’est précisément cela qu’il faut expliquer si l’on veut rendre compte de la psychanalyse et de son extraordinaire succès culturel : comment se fait-il que ce bobard ait si bien marché ? Comment est-il devenu réel pour tant de gens au XX° siècle ? In : « Folies à plusieurs ». De l’hystérie à la dépression. Editions : Les empêcheurs de penser en rond. Le Seuil, Paris, mars 2002, page 224.
Voici encore deux idées de Popper, tirées de son livre sur le déterminisme que nous avons déjà cité, et qui, mises ensemble, me semble constituer un argument convaincant voire dévastateur contre tout projet d’une psychanalyse fondée sur un déterminisme absolu, excluant tout hasard psychique au niveau d’une causalité inconsciente, et, le projet thérapeutique d’aider le sujet, à mieux se connaître lui-même, sinon à acquérir, par l’analyse, une maîtrise totale de son inconscient :
Page 89 : « Connais-toi toi-même – c’est-à-dire connaissez vos limites – est un idéal qui, nous pouvons le voir maintenant, est logiquement irréalisable. Puisque nous sommes des calculateurs, nous ne pouvons nous connaître pleinement, pas même toutes nos limitations, du moins, pas celles de notre savoir. »
Page 103 : « (…) La mécanique quantique, cependant, introduisit des événements fortuits d’une deuxième sorte, bien plus radicale : le hasard absolu. D’après la mécanique quantique, il existe des processus physiques élémentaires qu’on ne peut pas analyser davantage en termes de chaînes causales, mais qui sont des soi-disant « sauts quantiques » ; et un saut quantique est censé être un événement absolument imprévisible qui n’est contrôlé ni par des lois causales, ni par la coïncidence des lois causales mais uniquement par des lois probabilistes. Ainsi, la mécanique quantique a introduit, malgré les protestations d’Einstein, ce qu’il décrit comme « le dieu jouant aux dés ».
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