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Blaise PASCAL. Le tour de l’interprétation…


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« Qu’il est difficile de proposer une chose au jugement d’un autre sans corrompre son jugement par la manière de la lui proposer. Si on dit :  « Je le trouve beau, je le trouve obscur », ou autre chose semblable, on entraîne l’imagination à ce jugement ou on l’irrite au contraire. Il vaut mieux ne rien dire, et alors il juge selon ce qu’il est, c’est-à-dire selon ce qu’il est alors et selon que les autres circonstances dont on n’est pas auteur y auront mis. Mais au moins on n’y aura rien mis. Si ce n’est que ce silence n’y fasse aussi son effet, selon le tour de l’interprétation qu’il sera en humeur de lui donner, ou selon qu’il conjecturera des mouvements et air du visage, ou du ton de voix, selon qu’il sera physionomiste. Tant il est difficile de ne point démonter un jugement de son assiette naturelle, ou plutôt tant il en a peu de ferme et stable. »
(In : Blaise PASCAL. « Pensées sur la justice ». Éditions La Découverte/Poche, Paris, 2011, pages : 111 – 112).

*          *          * 
Commentaires :
Si l’on s’accorde avec les arguments de Blaise Pascal, il semble très difficile d’accepter ceux de Sigmund Freud contenus, par exemple dans « Psychopathologie de la vie quotidienne » où ce dernier prétend avoir trouvé des exemples pouvant étayer de manière valide sa thèse d’un déterminisme psychique inconscient absolu. Les exemples choisis par Freud, sont, comme chacun sait, des nombres ou des mots énoncés au hasard (ce qui donna l’occasion à Freud, sans pouvoir, bien entendu, proposer la moindre preuve indépendante, d’affirmer que justement, rien n’est énoncé « au hasard » par l’être humain et surtout pas les mots absurdes, ou même les nombres !).
Selon ses arguments, la formulation de tels nombres ou de tels mots et l’acceptation par le patient du sens donné par l’interprétation de l’analyste ne devrait rien à la suggestion. Rappelons les propres propos de Sigmund Freud, qui sont décisifs pour comprendre sur quoi repose l’erreur princeps, monumentale, de tout l’édifice psychanalytique :
« Je veux insister sur les analyses de « cas de nombres », car je ne connais pas d’autres observations qui fassent apparaître avec autant d’évidence l’existence de processus intellectuels très compliqués, complètement extérieurs à la conscience ; et, d’autre part, ces cas fournissent les meilleurs exemples d’analyses dans lesquelles la collaboration si souvent incriminée du médecin (suggestion) peut être exclue avec une certitude à peu près absolue. » (S. Freud. « Psychopathologie de la vie quotidienne », Petite bibliothèque Payot, Paris, page : 265).
Lorsque les patients de Freud lui énoncent un nombre quelconque, Freud se lance alors dans l’interprétation et des pirouettes numérologiques où il parvient sans arrêt à trouver des « confirmations » du bien fondé du déterminisme psychique inconscient et absolu. Et il en conclut sans la moindre crainte « scientifique » (…) que la formulation, par ses patients, de chaque nombre est « élucidée » par ses méthodes.
Mais, en quoi consistent les méthodes de Freud ? Il  se sert des théories dont il doit démontrer la validité….pour montrer qu’elles sont valides tout en les inculquant à ses patients ; ou comme l’écrit Thierry Melchior, Freud ne procède qu’à partir de pétitions de principes, plus ou moins habilement dissimulées, « en considérant comme admis cela même qu’ils s’agit de démontrer » (Thierry Melchior. « La guerre des psys. Manifeste pour une psychothérapie démocratique ». Sous la direction de Tobie Nathan, éditions les empêcheurs de penser en rond/Le Seuil, Paris, mars 2006, page : 81).
Dans « Psychopathologie de la vie quotidienne », Freud reprend donc l’exemple de ce patient, qui, selon lui croyait avoir formulé au hasard, le nombre 426 718. Freud écrit : « (…) j’attire son attention sur le fait que le nombre choisi par lui renferme tous les premiers chiffres, sauf 3 et 5 (Freud ne mentionne pas, par exemple, le chiffre 9, parce qu’il a déjà calculé son coup, comme on va le comprendre plus tard : ces deux chiffres vont lui être utiles pour son interprétation) ». Déjà, l’expression « j’attire son attention » révèle, que le veuille ou non Freud, une volonté de mobiliser chez son patient un jugement qui aille progressivement ou directement dans le sens de ce qu’il va dire après…
Effectivement, à la suite de cette observation par Freud, le patient ainsi suggestionné reprend son explication, comme Freud nous le décrit, et le patient dit : « Nous sommes 7 frères et sœurs, je suis le plus jeune des enfants ; le 3 correspond au numéro d’ordre de ma sœur A., le 5  à celui de mon frère L. ; l’un et l’autre étaient mes ennemis. Enfant, je priais Dieu tous les soirs de me débarrasser de ces deux tortionnaires. On dirait que je m’accorde moi-même la satisfaction désirée, en omettant dans mon nombre les chiffres 3 et 5, c’est-à-dire en ne mentionnant pas le méchant frère et la sœur détestée ».
Et voilà un superbe travail de fabrication circonstancielle à la suggestion freudienne, du soi-disant « refoulé inconscient ». Le patient vient de jouer à fond « le jeu de l’inconscient » demandé par Freud. Le patient vient apporter sur un plateau, à Freud le fait qu’il refoulerait inconsciemment le souvenir du « méchant frère » et celui de la sœur détestée. Mais…pourquoi Freud ne s’est-il pas borné à mentionner le chiffre 9 à son patient, plutôt que le 3 et le 5 ? Parce qu’il savait, avant de proposer ces deux chiffres, que son patient occupe non seulement une certaine position dans la fratrie par rapport au « méchant frère » et à la « sœur détestée »,  et qu’ils ne sont pas plus de 7 enfants. Si Freud avait proposé le chiffre 9 à son patient, il eût été bien plus difficile pour lui de « retrouver »  le refoulé ! ; et il veut montrer à son patient, que sa propre explication, « prouve » soi-disant la formulation des chiffres du nombre énoncé.
Seulement, ce qui impressionne le lecteur (et ce qui a dû beaucoup impressionner aussi le patient de Freud également), c’est que Freud semble faire une prédiction ( !) sur ce que va dire le patient (l’explication qu’il va donner) après qu’il lui ait proposé le 3 et le 5, laquelle, si elle « réussit » pourra établir la conformité avec des « faits psychiques inconscients » ou un « refoulement inconscient », de la première affirmation de Freud : il n’est pas dû au hasard que le patient ait pu formuler même un tel nombre.
Donc, voilà selon Freud, la prétendue « preuve » du déterminisme psychique inconscient dans la formulation du nombre :
Si le patient n’a pas inclus le 3 et le 5 dans l’énonciation de son nombre, c’est parce qu’il « refoulait » ces mêmes nombres, « symboliquement associés », ou « inconsciemment associés » à deux autres membres de la fratrie que le patient n’aime pas : le « méchant frère » et la « sœur détestée ». Donc, il est rigoureusement incontestable que Freud se sert de la théorie du refoulé inconscient…pour la démontrer. Cette théorie est toujours « à l’action » comme une pétition de principe, mais parfois très habilement dissimulée par Freud à ses patients.
En effet, pour affirmer qu’il y a bien une cause psychique inconsciente dans l’omission du 3 et du 5 dans le nombre choisit par le patient, puis un lien de cause à effet entre ce qu’ils sont sensés symboliser (inconsciemment)  – et « l’aveu » par le patient (qui dit détester effectivement deux membres bien spécifiques de sa fratrie) -, Il faut que, d’une part, Freud utilise a priori la théorie de l’inconscient, pour affirmer que le patient n’a pas pensé à ces chiffres lorsqu’il formulait le nombre (ce qui est tout à fait possible), mais, d’autre part, que les « effets de ce symbolisme inconscient » eût été démontrés comme tels, sans que Freud eût à omettre le chiffre 9, et par un moyen indépendant, c’est-à-dire tout autre que celui consistant à en parler directement au patient dans tout le décours de sa discussion avec lui.
On objectera encore que Freud propose le 3 et le 5 avant l’explication que donne le patient de cette omission, et que, même en sachant que le patient occupait une certaine place dans sa fratrie, ou qu’il ait 7 frères et sœurs, il est quand même remarquable de noter que ces chiffres sont omis dans le nombre initial énoncé par le patient, (tout comme le 9 qui n’aurait pas de signification symbolique inconsciente, puisqu’ils ne sont que 7 frères et sœurs), et qu’il y a deux chiffres, tout comme il y a, dans l’explication du patient, deux personnes « incriminées ».
Mais quoiqu’il en soit, il est indiscutable que la question freudienne, qui « attire l’attention du patient » sur un certain état de chose, lui suggère le sens dans lequel il doit répondre. Freud aurait donc pu aussi lui proposer de réfléchir sur « l’omission » du 9, et il aurait pu encore y trouver, selon les réponses du patient, une soi-disant preuve de ce qui est « refoulé ».
Et si l’on suit cette logique, tous les chiffres non énoncés dans le nombre choisit par le patient, peuvent aussi être considérés, logiquement, comme des éléments « inconsciemment omis » donc « refoulés » et sur lesquels une interprétation pourrait prétendument fournir des « élucidations ». Si le patient à choisit d’énoncer « 426 718 » plutôt que « 95500045323522540987787 », cela peut toujours être interprété par la théorie délirante de l’inconscient de Freud.
Catégories :Blaise PASCAL.
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