Friedrich A. Von HAYEK. "La sélection par en bas".


Cher(e)s récalcitrant(e)s éclairé(e)s,

En ces temps troublés (attentats terroristes), beaucoup de français moyens s’intronisent en « habiles-démagogues-rassembleurs-et-vengeurs-du-terrorisme », et n’hésitent pas à demander un état organisé selon des lois d’exception. Mais leur rhétorique ne parvient pas à masquer leurs mobiles : la haine, la vengeance, l’amalgame, la xénophobie, le racisme, le recours à la violence, sans parler d’incitations parfois inquiétantes à la guerre civile, ou de « propositions » qui pourraient en ouvrir la porte.

Certains, comme « Batdaf », très suivi sur Facebook, font référence à Danton, et aussi à la Terreur. Ils proposent carrément de mettre la terreur à l’ordre du jour contre le terrorisme, et d’autres mesures tout aussi délirantes les unes que les autres, mais de façon « habile », c’est-à-dire en y glissant quelques éléments pertinents de temps en temps… Ce sont à mon avis les plus dangereux. Mais, comme je viens de le dire, ils sont très suivis sur les réseaux sociaux, et toute une populace « partage » leurs vidéos où ils se livrent dans leurs propres interview à des invectives diverses, en y ajoutant une avalanche de félicitations et de cris d’admiration…

Voici donc un texte de Hayek, sur « la sélection par en bas ». Certaines des personnes visées au premier chef par cet extrait de « la route de la servitude », auront de la peine à le comprendre ou y trouver un rapport, mais je me suis dit que réfléchir, et faire un effort, c’était aussi à la portée de tous, non ?..

*
« La sélection par en bas. » 

(Extrait du chapitre intitulé : « la sélection par en bas ». In: « La route de la servitude » de Friedrich A. Von HAYEK, Edition: Presses Universitaires de France, collection Quadrige. 2° édition, mai 1993, pages : 101 – 102).

« Un groupe suffisamment nombreux et fort, présentant des opinions suffisamment homogènes à plus de chance d’être formé par les pires que par les meilleurs éléments de la société, et ceci pour trois raisons principales. D’une façon générale, les principes de sélection qui détermineront la constitution d’un pareil rassemblement, seront, selon la conception courante, des principes presque entièrement négatifs.

Premièrement, plus on cultive l’intelligence, plus on développe l’instruction, plus les opinions et les goûts des individus se différencient, et plus difficilement ils s’entendent sur une certaine hiérarchie des valeurs. Comme corollaire de cette thèse, nous pouvons affirmer que plus nous recherchons l’uniformité, le parallélisme parfait des vues personnelles, plus il nous faut descendre vers les régions d’un climat moral et intellectuel primitif, où les instincts et les goûts ordinaires dominent. Ceci ne signifie pas que la majorité du peuple ait un niveau moral inférieur. Nous voulons dire simplement que le groupe le plus important ayant des conceptions analogues est composé de gens de niveau assez bas. En d’autres termes, le plus bas dénominateur commun réuni le plus grand nombre d’individus. S’il faut créer un groupe suffisamment nombreux, capable d’imposer ses vues sur les valeurs essentielles, on ne saurait le recruter parmi des hommes très différenciés, qui ont des goûts personnels. Il sera plutôt composé d’hommes pris dans la masse au sens péjoratif du mot, parmi les moins indépendants et les moins formés, tout juste bons à soutenir par leur nombre un idéal déterminé.

Mais le dictateur futur ne peut pas se contenter de l’appui de ces hommes dont les instincts primitifs et les vues sommaires se ressemblent par hasard : leur nombre ne suffirait pas pour l’exécution de ses desseins. Pour grossir le groupe il sera obligé d’en convertir d’autres au même credo. 

Nous arrivons là au second principe négatif de sélection : on obtiendra l’adhésion des gens dociles et faciles à duper qui n’ont pas de convictions personnelles bien définies et acceptent tout système de valeur à condition qu’on leur répète des slogans appropriés assez forts et avec suffisamment d’insistance. Leurs idées vagues et confuses se laissent facilement influencer, leurs passions et leurs émotions s’ébranlent aisément ; ainsi iront-ils les premiers grossir les rangs du parti totalitaire.

L’habile démagogue n’aura qu’à souder tous ces éléments pour créer un corps homogène et cohérent, et c’est ici qu’apparaît le troisième, le plus important peut-être, des principes négatifs de sélection. Des gens tombent plus facilement d’accord sur un programme négatif – la haine de l’ennemi, l’envie des plus favorisés – que sur des buts positifs ; c’est presque une loi de la nature humaine. L’élément essentiel de tout credo politique, capable de sceller solidement l’union d’un groupe, est l’opposition entre « nous » et « eux », la lutte commune contre les hommes qui se trouvent en dehors du groupe. La formule est toujours employée pour obtenir non seulement le soutien politique, mais simplement l’obéissance totale des grandes masses. Elle a l’avantage de laisser une plus grande liberté d’action que n’importe quel programme positif. L’ennemi, qu’on le choisisse à l’intérieur comme le « Juif » ou le « koulak », ou à l’extérieur, est un accessoire indispensable aux chefs totalitaires.

Friedrich A. Von Hayek. Prix Nobel d’économie.

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