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Karl R. POPPER. Une seule voie s’offre nous : l’optimisme, et la société ouverte.


« Jamais Socrate n’avait transigé quand sa probité intellectuelle était en cause. Platon, au contraire, s’engagea dans une voie où il ne cessait de la fouler aux pieds. Il se condamna lui-même à combattre la liberté de pensée et la recherche de la vérité. Il alla jusqu’à préconiser les pires supercheries politiques, le recours aux superstitions et, finalement, à la force brutale. Malgré la mise en garde de Socrate contre la misanthropie et la peur de la raison, il en vint à se défier des hommes et à fuir la discussion. Ennemi de la tyrannie, il demanda l’aide d’un tyran. La logique interne de sa conception du pouvoir l’amena malgré lui au point où les Trente en étaient arrivés et où parvinrent plus tard son ami Dion et combien d’autres de ses disciples.

Il y a une leçon à tirer de l’exemple de Platon, mais elle est exactement l’inverse de celle qu’il voulait nous enseigner. Si son diagnostic sociologique était excellent, en revanche, la médication qu’il prônait était pire que le mal dont il voulait guérir la société. Paralyser tout changement politique n’est ni un remède ni une promesse de bonheur, car il est vain de vouloir revenir à la prétendue perfection de la société close : ce rêve céleste ne se réalisera pas sur la terre.

Quand on a goûté aux fruits de la raison, exercé ses facultés critiques, et assumé le poids de ses responsabilités personnelles, on ne retourne pas à la magie tribale. Plus on s’efforcera de revenir à ces temps héroïques, plus sûrement on se livrera à l’inquisition, à la police secrète, au gangstérisme romantique. Commencer par la suppression de la raison et de la vérité, c’est inévitablement aboutir à la destruction brutale de tout ce qui est humain.

Le choix est difficile, mais nous devons y faire face avec résolution. Si nous rêvons de retourner à notre enfance, si nous sommes tentés de rechercher le bonheur en nous confiant aux autres, si nous refusons d’assumer le fardeau de la raison, si nous nous dérobons devant l’effort, que, du moins, l’issue soit parfaitement claire : il n’y aura jamais de retour harmonieux à l’état de nature, et revenir en arrière serait refaire tout un chemin qui nous ramènerait à l’animalité. Si, au contraire, nous voulons rester humains, une seule voie s’offre à nous : celle qui conduit à la société ouverte.  Nous devons accepter ce saut dans l’inconnu et dans l’incertain, en demandant à ce que nous possédons de raison de nous guider vers la sécurité et la liberté. »

(Karl R. POPPER. In : « La société ouverte et ses ennemis ». Editions du Seuil, Paris, 1979. Tome 1 : l’ascendant de Platon. Pages : 163 – 164).
  


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