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Marc Aurèle.


« Toute âme privée de la vérité, en est privée malgré elle. Donc elle est aussi privée de la justice, de la sagesse, de la bienveillance et de tout ce qui est tel ». (Marc Aurèle).
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Pour nous, seule la vérité fonde l’individu. Elle ne peut reposer sur une théorie du sens, mais sur la correspondance avec les faits. Nous voulons dire que la vérité ne peut être perçue puis admise que par examen et adhésion commune. Elle est donc toujours une conviction, bien plus qu’une simple persuasion individuelle. 
Cependant, le sujet individuel se persuade « que c’est vrai », si et seulement si il a d’abord acquis et intégré dans ses représentations cognitives des critères  de correspondances de certains énoncés avec certains faits dont l’objectivité et l’universalité ont été préalablement admis. Par conséquent, la capacité que possède tout sujet à se persuader de la vérité, ou « que c’est vrai » (…),  ne peut être que le fruit d’un enseignement possédant une valeur objective préalablement reconnue. 
Ceci implique cette autre chose essentielle : la vérité n’est jamais « en nous ». Il nous faut y accéder par apprentissage. Et ceci implique à son tour que tenter de convaincre le sujet que la « vérité est en lui »(…) revient à l’en priver de tout accès, sauf à lui enseigner l’utilisation de critères de correspondances de certains énoncés avec certains faits, comme potentiellement utilisables pour examiner ce que le sujet a en lui, mais par la mise en relation de ces critères avec d’autres critères de correspondances pour que le sujet puisse se « lire lui-même ». 
Ainsi toute recherche sur soi-même n’est-elle jamais indépendante d’éléments théoriques complètement extérieurs au soi et que le sujet doit accepter de reconnaître comme semblables à lui. Il n’y a donc jamais de lecture ou d’approche du soi qui soit « pure » de toute interférence (…) extérieure, de tout filtre théorique qu’il faut admettre comme valide pour établir des correspondances avec le soi du sujet.
La psychanalyse, par exemple, n’a jamais fourni la moindre preuve qu’elle pouvait être un filtre théorique, et un moyen corroboré par des tests d’établir des correspondances entre ses énoncés et les « faits relatifs » à la vie mentale d’un sujet, telles que ces correspondances puissent validement être admises comme semblables à la vérité de tout individu, ou qu’elles soient des preuves authentiques de ce qui est « vrai » dans la vie mentale, et non rien de plus que des confirmations, ou des biais de confirmations d’hypothèses. 
Elle ne peut donc pas fonder l’individu, ni même lui permettre de se penser lui-même. Elle ne lui offre que l’illusion de pouvoir se penser lui-même par le moyen de dire la psychanalyse ou d’être un répétiteur des écritures freudiennes ou lacaniennes, par exemple. En somme, la psychanalyse « offre » au sujet, la psychanalyse, mais ne lui offre aucun accès réel à la vérité, dont elle prend la place. Par conséquent, la psychanalyse prive tout sujet de la vérité sur lui-même. En prenant ainsi la place de la vérité tout en essayant de se faire passer pour elle, la psychanalyse est donc bien une imposture.

« Toute âme privée de la vérité en est privée malgré elle », écrit Marc Aurèle. Cette affirmation a pour conséquence de laisser croire que la vérité serait toujours attachée, par nature, à tout individu, qu’elle serait partie intégrante de la nature de tout individu. On peut mettre cette idée en rapport avec cette affirmation de John Locke, « la fausseté est incompatible avec l’esprit de l’homme ». L’on pourrait se laisser prendre à accepter que Marc Aurèle admettait que nous naissons avec « la vérité en nous ». Ou bien qu’il suffit de chercher un peu (…) en soi, pour « trouver la vérité » qui naturellement nous structure. Mais pour Marc Aurèle, est vrai ce qui correspond à la justice, et ensuite à la sagesse, la bienveillance et tout ce qui est tel (Pierre Vesperini. In « Droiture et mélancolie », éditions Verdier, Paris, 2016, page : 36).

Mais aucun être humain ne naît avec le sens de la justice, de la sagesse et de la bienveillance, bien qu’aucun être humain ne naisse fondamentalement mauvais. Il lui faut apprendre, et la justice, et la sagesse, et la bienveillance. Il lui faut intégrer, assimiler au plus profond de lui-même, si possible, ce que peuvent être ces trois grandes valeurs. Elles peuvent devenir, après apprentissage, des automatismes cognitifs, et ce qui structure tout le modus vivendi du sujet dans ses relations sociales : justice, sagesse, bienveillance, etc., etc.

Une fois que le sujet est devenu viscéralement attaché, « comme par nature » (bien qu’un apprentissage lui fut nécessaire..), à la justice, à la sagesse, et à la bienveillance, alors, on ne peut bafouer ces valeurs à ses yeux, que malgré lui, en lui faisant le plus grand mal. On ne peut priver le sujet de ce qui a mis tellement de temps à le structurer pour sa vie quotidienne, sans le faire malgré lui, et sans le détruire.

Donc, « par nature », le sujet « normalement constitué » (…) s’y refusera toujours. Il nous semble que c’est la raison pour laquelle il est vrai de dire, avec Marc Aurèle, que « tout âme privée de la vérité en est privée malgré elle », puis, comme nous le pensons, que, « seule la vérité fonde l’individu », et enfin, que la psychanalyse, en tant qu’imposture de la vérité sur le sujet lui-même, ne peut que s’imposer au sujet malgré lui, et par conséquent lui faire du mal, sinon le détruire.

Catégories :La vérité.
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