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OUTREAU, encore…

Outreau encore

Auteur : Jean Périn10/05/2008

La comparution du juge de l’affaire d’Outreau devant le Conseil Supérieur de la Magistrature (C.S.M.) le lundi 19 Mai, nous donne l’occasion d’ajouter un commentaire à ceux déjà produits sur ce site.

Dans cette affaire la principale inculpée ne cessa de pousser le petit juge à jouir. L’excellente enquête parlementaire dirigée par son rapporteur le député Phillipe Houillon révéla la vraie victime de ce fiasco judiciaire : les lois du langage et partant, le délabrement des concepts juridiques. Ainsi le concept d’incapable, notion de fait et notion de droit qui sont confondues. S’agissant d’un garçon handicapé moteur et arriéré mental poursuivi pour viol (!), le rapporteur, Monsieur le député Houillon, fit cette remarque au juge : « il aurait du bénéficier d’un non-lieu ». A quoi le juge répond : « il aurait pu bénéficier d’un non-lieu ».Ce dialogue révèle ce qu’il en est du droit et du fait. Les faits seuls, même s’ils sont vrais doivent faire vérité. Les faits sont effets de langage. On ne peut conclure à un viol que de ce seul fait qu’un enfant aurait été sensible à un toucher rectal. Etrange administration de la preuve!

La chose se dit toujours avec une autre chose. C’est ce que J. Bentham nous dit, en réponse à la question : qu’est ce qu’une preuve ? Citons son traité des preuves : « Dans le sens le plus étendu qu’on puisse donner à ce mot, on entend par là le fait supposé vrai que l’on puisse considérer comme devant servir de motif de crédibilité sur l’existence ou la non existence d’un autre fait ».

Ce qui est repéré par lui comme fact probans et comme fact probandum sont à inscrire sur les deux faces d’une bande de Moebius, en fait la même face mais à un bord. Le droit de la preuve passant nécessairement par la coupure moebienne et par sa logique. Faute de quoi il ne peut y avoir de sujet au droit. Toute réforme devrait admettre ladite coupure. Mais le législateur ne fit qu’augmenter, comme si « outreau » n’était pas assez, le nombre des juges à l’instruction.

A petite cause grands effets. Effet papillon, dirons-nous. En témoigne pour finir l’invraisemblable épisode de la verge tatouée de Monsieur X pour lequel le petit juge sortit de sa réserve et nia que ce fût un papillon mais un M, M de Monique, tatoué sur le membre viril. « Je ne sais pas d’où sort cette histoire de papillon » s’écria-t-il ! »

Cependant, le rapporteur, ce papillon, il le sortit bien du dossier ? non ?

  1. « Dans cette affaire la principale inculpée ne cessa de pousser le petit juge à jouir. »

Déplacement de culpabilité : la psychanalyse ne doit, sous aucun prétexte être reconnue coupable, ou ayant grande part de responsabilité, à cause de ses interprétations, il lui faut donc un bouc émissaire, quelqu’un de tout désigné, pour porter le chapeau. Après avoir été le loup, voilà donc, qu’elle se met maintenant à aboyer avec les loups contre le Juge Burgaud, certes incompétent, mais certainement pas moins que la psychanalyse dans cette affaire.

  1. « L’excellente enquête parlementaire dirigée par son rapporteur le député Phillipe Houillon révéla la vraie victime de ce fiasco judiciaire : les lois du langage et partant, le délabrement des concepts juridiques. »

Les premières victimes dans cette affaire, ce sont toujours les individus. A commencer par les enfants, dont une certaine escroquerie pseudo-scientifique a réussi à faire dire tout et absolument n’importe quoi, à un point tel que les interprétations de Madame Pouvelle-Condamin déclenchèrent l’hilarité générale en salle d’audience (…). Oui, les enfants ! Pourquoi ? Parce que plus tard, quand ils seront adultes, ils se sentiront sans doute, indirectement, voire directement responsables d’avoir « accusés » des innocents et d’avoir complètement brisé leurs vies. Ensuite, il y a les adultes innocents qui ont été accusés du pire crime qui soit sur cette terre. Même en étant maintenant complètement innocenté, comment vont-ils faire pour se reconstruire ? Résiliance ?

  1. « les lois du langage (…) ».

Mais le lacanisme s’est toujours fichu éperdument des « lois du langage », de la logique, et disons-le tout net : de la Raison.

  1. « La chose se dit toujours avec une autre chose. C’est ce que J. Bentham nous dit, en réponse à la question : qu’est ce qu’une preuve ? Citons son traité des preuves : « Dans le sens le plus étendu qu’on puisse donner à ce mot, on entend par là le fait supposé vrai que l’on puisse considérer comme devant servir de motif de crédibilité sur l’existence ou la non existence d’un autre fait ».

Ce qui est repéré par lui comme fact probans et comme fact probandum sont à inscrire sur les deux faces d’une bande de Moebius, en fait la même face mais à un bord. Le droit de la preuve passant nécessairement par la coupure moebienne et par sa logique. Faute de quoi il ne peut y avoir de sujet au droit. Toute réforme devrait admettre ladite coupure. Mais le législateur ne fit qu’augmenter, comme si « outreau » n’était pas assez, le nombre des juges à l’instruction. »

Quel charabia ! Que c’est pompeux et pédant. C’est lacanien, voilà tout.

Mais reprenons quand même. Il cite Jérémy Bentham : « Dans le sens le plus étendu qu’on puisse donner à ce mot, on entend par là le fait supposé vrai que l’on puisse considérer comme devant servir de motif de crédibilité sur l’existence ou la non existence d’un autre fait ».

Donc, si j’ai bien compris, la simple supposition qu’un fait peut être « vrai » doit être examinée à une fin particulière : peut-on utiliser cette « supposition de vérité d’un fait » pour affirmer une autre vérité : l’existence ou la non existence d’un autre fait.. ? Je trouve Bentham plutôt obscur, et je ne m’étonne donc pas du tout du choix lacanien qui en a été fait. En suivant Bentham, il « suffit » donc que je « suppose » que X a tué Y avec un couteau, et que j’estime que cette « supposition » est « crédible », pour valider une autre « supposition-investigation » sur le fait que le couteau tenu par X est bien entré de façon mortelle dans le corps de Y ???….

Il vaut mieux utiliser la théorie de la vérité d’Alfred Tarski ; vérité comme correspondance avec les faits ! Cette méthode présente, à mes yeux, au moins un mérite : elle permet d’éloigner un peu, sinon beaucoup, une certaine dérive psychologique quant aux motifs et autres « suppositions » à examiner les faits. Voici encore un exemple (nous avons déjà donné des exemples d’application de la théorie de Tarski sur ce blog, les lacaniens devraient les lire avec attention, avant d’écrire n’importe quoi).

Exemple : une personne dit : « j’ai été violée par untel à cette heure précise » (A).

Problème : comment savoir la vérité ? Comment savoir si la personne a été effectivement violée ?

Pour Tarski (et, à sa suite pour Popper), il suffit d’interroger la première proposition (proposition-objet) à l’aide d’une autre proposition (méta-proposition), du genre : « Est-il vrai que cette personne a été violée à cette heure précise ? ». (B).

Mais, comme on le voit, cela ressemble beaucoup à une « supposition » à la Bentham, bien que l’expression de la théorie Tarski en soit infiniment plus claire.

(B) revient donc à dire : « est-il vrai que (A) correspond aux faits ? »

Le problème est maintenant de trouver des faits indépendants, observables, et manipulables de manière indépendante, tels que ces faits, eu égard à certaines connaissances scientifiques corroborées, apportent indubitablement la preuve de ce fait individuel représenté par (A).

Il s’agit donc de s’entendre, au préalable sur ce qu’est un viol, et donc, à partir de quels signes physiques (entendu que si de tels signes sont observables ils ne peuvent qu’entraîner des dommages psychologiques) observables, et sur la victime et sur le violeur, on puisse établir une correspondance prouvable de manière indépendante. En quoi consistera le caractère « indépendant » de la preuve ? Par des traces de coups, de sang, d’ADN, ou de tout autre substance qui puisse être observée et reconnue selon ses caractéristiques à la lumière de théories reconnues par une communauté de chercheurs, et à l’appui desquelles, personne ne pourra plus nier qu’il n’y a pas eu viol.

Bref.

Dans ce lamentable article écrit par un lacanien, on assiste à quoi ? A un lynchage d’une personne déjà punie : le juge Burgaud. A quoi bon en rajouter ? Nous savons pourquoi : la psychanalyse NE DOIT PAS être coupable de quoique ce soit. Elle en reconnaîtra jamais ses torts et ses responsabilités majeures dans cette débâcle judiciaire d’Outreau.

 

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