Archive

Archive for the ‘Alain Cochet.’ Category

"Jacques Lacan, les mathématiques, et les nombres premiers".

31 décembre 2014 Laisser un commentaire

(function(i,s,o,g,r,a,m){i[‘GoogleAnalyticsObject’]=r;i[r]=i[r]||function(){ (i[r].q=i[r].q||[]).push(arguments)},i[r].l=1*new Date();a=s.createElement(o), m=s.getElementsByTagName(o)[0];a.async=1;a.src=g;m.parentNode.insertBefore(a,m) })(window,document,’script’,’//www.google-analytics.com/analytics.js’,’ga’); ga(‘create’, ‘UA-57220096-1’, ‘auto’); ga(‘send’, ‘pageview’);

« La brillantine pseudo-scientifique, peut-elle lustrer  les saintes écritures psychanalytiques ? »
Chers récalcitrants éclairés, avant de commencer, il convient de se rendre sur le site d’Alain Cochet, Docteur en psychologie et grand admirateur de la psychanalyse, dont celle de Jacques Lacangourou. Le site du Docteur Cochet se nomme « Psychanalyse et science. L’apport de Jacques Lacan ».
L’auteur intitule son texte par, « Et si la vieille énigme des nombres premiers ne relevait pas, fondamentalement, du champ des mathématiques, mais plutôt de celui de la psychanalyse, tel en tout cas qu’il a été réouvert par Jacques Lacan ? »
Et oui : Jacques Lacan, en « réouvrant » le champ de la psychanalyse, à  aussi « réouvert » le champ des mathématiques à lui tout seul, du moins celui de l’énigme des nombres premiers puisque ce champ-là relèverait de la psychanalyse. Et pourquoi pas tout le champ des mathématiques ? Le saviez-vous ? Et, de surcroît, l’un des problèmes mathématiques les plus difficiles que l’on connaisse encore aujourd’hui (sachant que le problème de Fermat a été résolu), trouverait une « solution » par la psychanalyse. Où, à tout le moins, s’y trouverait en quelque sorte, « recyclé », « récupéré », ou plus réellement, « détourné ».
Comment ? Tout simplement en montrant que l’énigme qui porte sur le déploiement ou la répartition des nombres premiers peut servir de modèle à la caractérisation de ce qui passe au niveau psychopathologique inconscient, dans ce que Freud appelait le « principe de répétition », puis Lacan, la « répétition unaire ». Il y aurait même une « homologie ».
En résumé, le « déterminisme chaotique » lié à l’énigme sur la répartition des nombres premiers trouverait son homologue dans l’inconscient « construit comme un champ chaotique, mais balisé par un attracteur fondamental [unaire]. Mais tout ceci ne sert qu’à retrouver le chemin …de l’inconscient, par le refoulé. Car, bien entendu, tout ce champ chaotique de l’inconscient et pourtant déterministe (!) serait régulé à un autre niveau…Celui du refoulé. Il n’y aurait donc pas, à ce niveau, de « chaos » comme dans le problème mathématique non résolu des nombres premiers, mais un « ordre », un déterminisme strict, un point d’attraction « unaire », mathématique, dont l’unique opérande serait toujours le refoulé ! « Le refoulé originaire, qui, tel un point d’attraction universel au sein du sujet, attirerait à lui, la chaîne de tous les « signifiants » lacaniens, nous écrit le Dr. Cochet.
Voilà des élucubrations qui ne servent qu’à masquer un autre projet. Un projet des plus scientistes et frauduleux consistant à tenter de fonder scientifiquement la psychanalyse sur quelque chose d’encore plus sûr que la vulgaire science empirique : les mathématiques. Ainsi, par un étrange effet de miroir (…), les problèmes mathématiques les plus difficiles pourraient « se voir » dans le spectre de la psychanalyse. C’est dans le champ de la psychanalyse que ces problèmes, non-résolus de surcroît, auraient une signification du fait même de leur insolubilité supposée ! Pourquoi alors, les mathématiciens ne s’intéressent-ils pas à ce que dit la psychanalyse pour corroborer l’hypothèse de Riemann sur la répartition des nombres ?..
Mais que faut-il retenir de tout ce fatras lacanien ? Rien d’autre que du snobisme intellectuel, de l’esbroufe, de « l’imposture intellectuelle » (Sokal & Bricmont) dont l’unique objectif est de faire monter la mayonnaise scientifique pour la « cause freudo-lacanienne ».
Attardons-nous quand même un peu, et reprenons quelques allégations de l’auteur, le Docteur Alain Cochet.
1 – « Nous allons pourtant développer ici l’idée qu’il existe une homologie entre le déploiement des nombres dits  » premiers « , que nous ferons relever d’une dimension de  » réel du nombre « , et ce qui relève du « mystère de l’inconscient « , comme s’exprime Lacan, à savoir le réel auquel la psychanalyse a affaire à partir des dires de l’analysant et des symptômes qu’il manifeste. »
On nous parle d’une « homologie ». Référons-nous au dictionnaire. « Homologie », relation qui existe entre deux éléments homologues. « Homologue », signifie, équivalent, analogue. En géométrie, « homologue » sert à qualifier les côtés ou les faces parallèles de figures homothétiques. « Homothétie », est la propriété de deux figures telles que leurs points se correspondent deux à deux sur des droites menées par un point fixe, appelé centre d’homothétie, et que le rapport de distances de ce point à deux points correspondants quelconques (points homologues) soit constant. Donc, avec un peu d’imagination et d’intuition on peut dire, que le Docteur Cochet, considère que l’apparent « chaos déterministe » qui résulte de l’énigme posée par la non résolution de l’hypothèse de répartition des nombres premiers est équivalente, ou « homologue » à la structure de l’inconscient psychanalytique, qui serait, elle aussi, « chaotique ». Mais en tentant un rapprochement avec la définition du terme telle qu’elle s’applique en géométrie, il existerait un « centre d’homothétie » ou même un point « unaire », le refoulé, régit par un déterminisme strict, lequel réglerait l’apparent chaos de l’inconscient, alors que ce même point d’unification qui permettrait d’y voir clair dans le chaos énigmatique sur les nombres premiers, est manquant.
Le « centre d’homothétie » est une sorte de point fixe à partir duquel sont déterminés tous les autres points. Voilà dans quel contexte pour le moins emprunté et bizarre, la psychanalyse pourrait être, par effet de miroir, le spectre d’un chaos qui se situe dans le champ des mathématiques, un champ fort éloigné de la psychanalyse.
Les mathématiciens, sont donc retombés en enfance, dans l’univers chaotique de Lacan. Ils ne se comprennent pas eux-mêmes et n’ont même pas dépassé le stade du miroir. Ne sombre-t-on pas ici, comme l’a fait magistralement remarquer le Professeur Jacques Bouveresse, dans les vertiges et autres prodiges de l’analogie ? Quiconque a un peu lu Freud, et sa délirante utilisation du symbolisme (bien démantelée par René Pommier dans son tout dernier livre) dans son interprétation des rêves ou même dans quelques exemples de rêves qu’il peut donner dans « Introduction à la psychanalyse », sera édifié sur la faramineuse propension de la gent analytique à verser dans les analogies les plus douteuses, et, pour tout dire, les plus saugrenues. Si par exemple on réfléchit un court moment à cette analogie que fait Freud entre le tic-tac d’une horloge et les battements du clitoris féminin dans « Introduction à la psychanalyse », il sera bien difficile pour le lecteur le plus complaisant de retenir une crampe définitive aux zygomatiques.
Dans cette tentative de recherche d’une quelconque homologie (pourquoi utiliser un terme aussi savant, sinon pour faire de l’esbroufe, alors qu’en l’occurrence, le terme d’analogie convient amplement), homologie qui d’ailleurs ne sera jamais démontrée strictement par Alain Cochet puisque jamais il ne reprend aucune des caractéristiques précises de ce concept tel qu’il peut être utilisé dans les mathématiques, pour justement tenter de valider une autre lubie lacanienne sur la manière de représenter le fonctionnement du psychisme avec l’outil mathématique, notre Docteur Cochet s’enlise. Il s’enlise dans l’analogie masquée pourrait-on dire, voire dans l’analogie tout bonnement échouée, puisqu’il manque l’essentiel, comme toujours : des preuves indépendantes. Voilà bien des démons typiquement psychanalytiques.
Mais le plus étonnant reste que l’on croît fermement pouvoir dire qu’en fin de compte, le refoulé, (la clé de voûte de toute la psychanalyse) constitue bien le point fixe, l’invariant ultra-déterministe, donc totalement « résolu » lequel règlerait le chaos de l’inconscient qui à son tour serait aussi le modèle d’un chaos qui a lieu sur un terrain complètement étranger : l’énigme sur la répartition des nombres premiers, relativement à la non-résolution de l’hypothèse de Riemann ! Comment ne pas s’indigner devant autant d’esbroufe inutile et un tel luxe terminologique qui plus est tiré d’un domaine complètement étranger à la psychanalyse, voire même au champ tout entier des sciences humaines ? N’a-t-on pas là, une fois encore, un exemple typique d’imposture intellectuelle ?
2 – « Commençons par cette indication lacanienne selon laquelle les mathématiciens travaillent, effectuent des constructions, à partir d’un matériau numérique dont l’essence leur échappe radicalement :  » On n’a pas fini, et on ne finira guère avant un certain temps, d’épiloguer sur le statut des nombres entiers, mais la question de la place, ontologique ou non, de ces nombres est totalement étrangère à l’expérience du discours mathématique en tant qu’il opère avec eux, et qu’il peut faire cette opération double -un, se construire et, deux, se formaliser »(1). »
Selon le Docteur Cochet, il y aurait donc une « règle lacanienne » bien établie : les mathématiciens travaillent constamment sans même se douter que ce sur quoi ils travaillent et ce qui leur sert à travailler leur échappe radicalement. Bref, pour la psychanalyse lacanienne, les mathématiciens, en face de leur « objet pur » que sont les mathématiques, sont comme les exécuteurs de Jésus Christ : « ils ne savent pas ce qu’ils font ». Mais la psychanalyse se fait fort de les excuser…Les mathématiciens, non seulement ne savent donc pas, d’un point de vue ontologique, d’où viennent les nombres, et même d’où viennent-ils dans leur esprit.
Mais avec un peu d’indulgence on peut trouver du vrai dans ce que dit Lacan, à condition bien entendu de tenir compte d’un tout autre contexte. Prenons par exemple l’argument de Karl Popper au sujet du monde 3, le monde de la connaissance objective et de la connaissance sans sujet connaissant. Popper utilisa de nombreux exemples, et en particulier celui des nombres entiers, (notamment dans son livre « La connaissance objective ») pour illustrer l’autonomie du monde 3. Comme on va le voir, ce que propose Popper est bien plus rigoureux et clair que ce que proposent Lacan et le Docteur Cochet, et surtout, valide. Popper écrit, que certes, les hommes découvrent l’ensemble des nombres entiers, ce qui a pu relever pendant un moment de leur monde 2 (le monde de leur subjectivité, de leur imagination, ou de leur créativité subjective), mais qu’ensuite, cet ensemble des nombres entiers leur échappe. Il leur échappe puisqu’ils s’aperçoivent qu’il est logiquement infini et donc dépasse toute capacité d’expérience sensible. Cela, les mathématiciens ne l’ignorent certainement pas. Aucun mathématicien ne peut ignorer que l’ensemble des entiers naturels tout comme celui des nombres premiers sont des ensembles logiquement infinis donc inaccessibles, en totalité, à toute expérience sensible. Et ce n’est donc pas pour autant que les mathématiciens ne connaissent pas de symboles leur permettant de caractériser l’infini et d’en tenir compte dans leurs axiomes ou autres théories et équations arithmétiques. Ils savent donc bien ce qu’ils font, dans la mesure de leurs connaissances disponibles. Donc, pour Popper, les entiers naturels échappent, de ce point de vue au sujet connaissant. C’est un monde autonome qui peut se passer de lui, qui existe hors de son contrôle. Un monde sans sujet.
Lorsque Jacques Lacan prétend que « la question de la place, ontologique ou non, de ces nombres, est totalement étrangère à l’expérience du discours mathématique en tant qu’il opère avec eux », il ne se situe pas du tout dans le contexte poppérien que nous venons de rappeler. Il ne parle surtout pas d’une connaissance sans sujet connaissant. Parce que pour lui, il y a toujours un sujet qui connaît. C’est l’autre, le sujet du je, le refoulé inconscient. Il revendique bien entendu que le ressort de toute cette ignorance qu’a le mathématicien de son propre objet, n’est que son inconscient refoulé dont il ignore l’algèbre de fonctionnement. Car le discours mathématique, comme semble le croire Lacan, aussi rationnel et outillé soit-il, ne peut connaître ni avoir de réelle prise sur la place, même ontologique, des nombres (entiers ou premiers), et cela, y compris en opérant avec eux, c’est-à-dire en les utilisant dans le discours pour par exemple formuler des axiomes ou des équations arithmétiques ! On est en plein délire. Et ce délire prend sa source dans cette prétention à interroger l’essence des nombres (ce matériau numérique dont parle le Docteur Cochet) avec la doctrine freudienne.
Pourtant, sur l’origine des nombres, la science, la vraie, nous a appris plein de choses. L’origine des nombres entiers est lointaine. Par exemple, les bergers de l’Antiquité utilisaient des cailloux (« calculus » en latin) pour faire rentrer le soir autant de moutons qu’ils en avaient fait sortir le matin. Cailloux d’une part et moutons d’autre part forment des collections d’objets différents ayant autant d’éléments. Ainsi, au fil du temps, à partir de collections concrètes d’objets présentant le même caractère quantitatif, s’est dégagé le concept de nombres entiers. Ensuite, progressivement, ces entiers sont devenus des objets mathématiques abstraits, indépendants des objets comptés. On a donné des noms à ces nombres (Á noter cependant que, par exemple, les Aborigènes australiens n’ont pas de nom de nombre). S’est posé aussi le problème de la notation des entiers naturels. Ils sont en nombre illimité : comment les écrire tous avec un minimum de signes (appelés chiffres) ? C’est le problème de la numération.
Ce n’est donc que pour résoudre des problèmes d’ordre pratique que les humains ont ressenti l’urgence du besoin de compter, comme compter leurs moutons ou les cailloux. Pour compter tous les objets qu’ils jugeaient nécessaires à leur vie de tous les jours. Puis, d’autres nécessités imprévisibles en totalité, ont vu leur apparition du fait même de l’évolution elle aussi imprédictible en totalité des activités humaines. C’est donc par « conjectures et réfutations » des idées qu’ils se faisaient de leurs problèmes pratiques les plus urgents, que les humains ont vu naître en eux la nécessité de faire l’hypothèse que des objets présentant le même caractère qualitatif pouvaient être regroupés, et s’est ainsi dégagé le concept de nombres. Tout cela n’a strictement rien à voir avec ce que peut dire la psychanalyse. Elle pourra, certes, toujours affirmer une cause « psychique inconsciente » qui relèverait de son déterminisme, mais cela reste sans aucun fondement par rapport à ce qui a vraiment pu se passer. Dans son histoire, l’émergence du nombre, la découverte du concept de nombre est identique à celle de la découverte d’autres outils qu’a pu fabriquer l’homme, ou bien même la manière de faire du feu, ou d’imaginer une roue. Ce sont des nécessités vitales de survie, elles-mêmes intriquées dans d’autres nécessités, d’autres causes ou préoccupations, comme des causes éthiques, morales, etc., qui ont progressivement modifié l’esprit de l’homme, sa connaissance, pour lui permettre l’émergence de nouvelles hypothèses et leur corroboration par leur confrontation réussie avec les faits, leur permettant d’établir de nouveaux concepts, comme celui des nombres.
Comme l’explique Karl Popper avec sa théorie des trois mondes, où le monde 1 est celui des objets matériels, le monde 2 celui de la subjectivité de la conscience intérieure (ou de l’inconscient d’un sujet), et le monde 3 celui de la connaissance objective, les problèmes qui surgissent du monde 1 nous obligent à imaginer des hypothèses de solution dans notre monde 2, puis de les formuler pour qu’elles soient testées dans le monde 3 et deviennent à leur tour des objets théoriques du monde 3 susceptibles d’être réfutés ou corroborés grâce à des tests expérimentaux. Mais ces nouvelles connaissances acquises, ce monde 3 sans arrêt enrichi, nous permet à son tour d’exercer notre influence sur le monde 1, en nous donnant le pouvoir d’en modifier ces objets, et ainsi de suite…
3 – « Lacan revient d’ailleurs à de nombreuses reprises sur la question de la présence du nombre au sein du langage. La présence du nombre y est présentée comme faisant trou dans la texture du Symbolique. Pourtant, ce ne sont pas les nombres dits  » réels  » en mathématiques qui causent cet inaccès à l’ontologie des nombres. Ceux-ci sont en effet des constructions qui supposent un maniement symbolique très rigoureux. Non, ce qui a des effets de réel, c’est la suite des entiers elle-même. »
Le nombre, selon Lacan, fait « trou » dans la texture du Symbolique. Et pourquoi (?), si le nombre a pour fonction de symboliser des ensembles d’objets présentant le même caractère quantitatif ? Par exemple 2 + 2 = 4, peut symboliser, « deux cailloux plus deux cailloux donnent quatre cailloux »… Il n’y a d’autre « trou » que dans le vide de la pensée de Lacan.
Mais le Docteur Cochet corrige en écrivant que les nombres entiers supposent un maniement symbolique très rigoureux. Ce qui aurait des « effets de réel », serait la suite des entiers elle-même ». Mystère…Pourquoi une suite d’entiers naturels aurait-elle plus « d’effets de réel » qu’un seul entier naturel employé en mathématiques ou dans la vie pratique pour symboliser des objets bien réels ayant tous la même qualité ?
4 – « Dans la suite des entiers, tout s’enchaîne à partir du Un, dont il convient de préciser la triple nature. Il y a en effet le Un de l’unité, le 1 comptable qui se fonde de la différence pure, et qui renvoie à la dimension du signifiant. Il y a ensuite le Un de l’unicité, celui de la totalisation imaginaire que l’on retrouve dans la notion cantorienne d’ensemble. Il y a enfin le Un unaire qui relève de la marque, de l’écrit : c’est celui que l’on retrouve gravé sur les os d’animaux du Magdalénien, par exemple. »
Qui a-t-il de fondamentalement différent entre « l’unité », « l’unicité » et « l’unaire », tels que ces concepts sont employés ici ?
Commençons par le dernier, « l’unaire ». Un système unaire aussi appelé système monadique est un système de numération permettant l’écriture des entiers naturels en ne disposant que d’un unique symbole représentant l’unité. (Wikipédia). En mathématiques l’adjectif « unaire » sert à caractériser un opérateur ne prenant qu’un seul opérande. Un opérande est l’élément sur lequel on effectue une opération. Cela peut être une constante (symbolique ou pas), ou une variable.
Par conséquent, on ne voit pas pourquoi « l’unaire », comme le prétend le Docteur Cochet, relèverait de la « marque », de « l’écrit », dans l’exemple qu’il donne. C’est une façon comme une autre de détourner l’utilisation rigoureuse qui doit être faite de ce concept afin de lui accoler la terminologie lacanienne des signifiants relativement au langage donc, indirectement ou pas, à « l’écrit », et à la « marque ». Lacan d’ailleurs délire avec le concept d’unaire, dans sa définition de la répétition et trait unaire, où « ce qui se passe quand par l’effet du répétant, ce qui était à répéter devient le répété » (J.LACAN « La logique du fantasme », 1966/67, Séminaire inédit, Livre XIV, séance du 15/2/67).
On a ensuite, le « Un de l’unicité ». Unicité comprise par le Docteur Cochet comme ce qui permet de totaliser, et de regrouper en un seul ensemble « unique », les choses ou les objets ayant la même propriété, ou bien ce qui peut former un ensemble cohérent, unique, de choses ou de phénomènes. Mais dans ce cas, on peut dire que cet ensemble peut se symboliser, mathématiquement parlant par le chiffre « 1 », tout bêtement. Dès lors, dans le contexte où nous nous trouvons, pourquoi serait-il utile de distinguer « l’unicité » égale à « 1 », de l’unité, elle aussi égale au même chiffre ?
Après d’autres allégations, le Docteur Cochet, en vient à décrire le cas des nombres premiers, ces nombres entiers qui « ne se cassent pas lorsqu’on les laisse tomber par terre » (Paul Erdős), c’est-à-dire les nombres, dont la classe est infinie (comme les nombres entiers) mais qui n’admettent que deux diviseurs distincts dans l’ensemble des entiers naturels (N), 1 et eux-mêmes. Par exemple, 2, 3, 5, 7, 11, 13, 17, 19…sont des nombres premiers. Cochet souligne que malgré les travaux de Bernahrd Riemann dont la démonstration améliorait la connaissance de la répartition des nombres premiers, son hypothèse (l’hypothèse de Riemann), reste, aux yeux du monde mathématiques, une conjecture qui constitue l’un des problèmes non résolus les plus importants du début du XXI° siècle, ce qui est tout à fait exact.
Il y aurait donc, selon notre Docteur Cochet, une sorte de « chaos déterministe » relativement à ce mystère persistant sur la répartition des nombres premiers, et ce chaos serait homologue à celui de l’inconscient, mais là, en apparence seulement, puisque, heureusement, le refoulé serait le centre d’homothétie qui rendrait compréhensible, de manière stricte, ce chaos, il serait ce point unaire, et aussi permanent, contre toutes les récentes données neurobiologiques, par exemple, lesquelles ont jeté à bas la théorie du refoulement inconscient des psychanalystes, laquelle reposait sur le vieux dogme biologique selon lequel aucun nouveau neurone n’est créé à l’âge adulte. C’est ce dogme qui soutenait l’idée des souvenirs figés, comme contenu permanent, unaire (?) du refoulé inconscient.
Pour finir, songeons un moment à cette notion de « chaos déterministe »…Comment parvenir à marier deux concepts si diamétralement opposés, antinomiques aurait-on presque envie de dire, sans courir le risque d’écrire des absurdités ? L’univers de la physique quantique, avec ses lois probabilistes, peut bien être une sorte de chaos pour les aficionados du déterminisme. En effet, c’est la physique quantique qui a sonné le glas du déterminisme : il existe des lois qui ne sont pas des lois causales, précises, donc déterministes, mais des lois probabilistes. Karl Popper, dans « La logique de la découverte scientifique », a toutefois vigoureusement réagit contre la tentation d’une métaphysique indéterministe qui exclurait toutes lois causales précises dont toute entreprise scientifique a un impérieux besoin. Popper en conclut que la Science a donc autant besoin de corroborer des lois précises, déterministes, que des lois probabilistes, les deux types de recherches étant recevables. Cependant, Popper en vient à plaider pour l’indéterminisme contre une vision de la Science qui se voudrait fondée sur une forme de déterminisme qu’il faut exclure, car elle est entièrement métaphysique, donc inutile pour la recherche scientifique : c’est le déterminisme absolu et prima faciae. Celui de la psychanalyse en reste le cas le plus représentatif, radical, et censé être opérationnel dans la pratique thérapeutique des associations dites libres. La leçon de Popper est donc que, certes, il nous faut un déterminisme, mais il ne peut être que relatif et jamais absolu, tout comme le sont les lois universelles de la science lesquelles demeurent donc toujours indéterminées parce que ne pouvant jamais être absolument certaines, dans un univers ouvert et toujours « irrésolu ».
Cette locution de « chaos déterministe » n’a donc aucun sens. Elle est totalement contradictoire et absurde. L’un par rapport à l’autre, ces deux concepts s’annulent de part la signification qui leur est propre ! 1 – 1 = 0, voilà tout. Par contre, elle reflète à la perfection, si je puis dire, ce projet si typiquement freudien de prétendre posséder une théorie suffisamment puissante, englobante, et complète, pour saisir et même comprendre, apriori en excluant le hasard, ce qui par définition ne peut être compris : le chaos, le désordre absolu. La théorie freudienne, qui, sur le plan du déterminisme n’est certes pas reniée par Lacan, est peut-être l’une des très rares théories, voire la seule connue dans toute l’histoire des idées, à prétendre pouvoir mettre un ordre parfait, apriori, dans ce qui justement représente normalement (en dehors de la perspective psychanalytique), une boîte noire, le chaos le plus inaccessible et le plus insaisissable.
C’est justement parce que le domaine de l’inconscient (et son refoulé) tel que l’envisage la psychanalyse, est insaisissable en réalité (c’est-à-dire par des théories corroborées par des tests indépendants et extra-cliniques), qu’il ne peut être imaginé que dans une perspective métaphysique si délirante que même Simon Laplace avec son Démon n’aurait osé l’envisager comme réalisable dans une quelconque pratique, fut-elle thérapeutique. Cette métaphysique délirante c’est bien la psychanalyse freudienne. Celle de Lacan confine encore plus à la folie d’un authentique psychopathe comme le qualifia Noam Chomsky, ou bien est l’oeuvre d’un dément, issue de la langue et non de la tête, comme aurait pu l’écrire Arthur Schopenhauer.
En parlant de « chaos déterministe » au sujet de la répartition des nombres premiers puis, par une prétendue homologie, de l’inconscient, on prépare le terrain de ce postulat selon lequel, les psychanalystes peuvent, eux, maîtriser totalement le chaos (de l’inconscient), le comprendre, grâce à une loi qui serait assez complète : celle du refoulé, ce point « unaire », ce centre d’homothétie de toutes les névroses d’un individu… On en vient tout naturellement à comprendre ce qui permet aux psychanalystes depuis Freud jusqu’à nos jours à ne pas croire au hasard intérieur, et au non-sens, donc au chaos aussi peut étendu soit-il dans le « psychisme inconscient » de l’homme, si d’aventure il en possédait un correspondant aux voeux des freudo-lacaniens.
Mais pourquoi est-ce si délirant, en fait ? A-t-on besoin d’enfoncer le clou ? C’est délirant, parce que la psychanalyse prétend réussir dans son domaine, là où échouent jusqu’à présent les mathématiques, tout en s’inspirant de son modèle ! Ce qu’il y a en l’homme, pour la psychanalyse, serait en fin de compte, bien moins aléatoire, conjectural et problématique, que la recherche d’une solution à l’hypothèse de Riemann sur la répartition des nombres premiers, puisque dans le domaine psychanalytique, l’aléatoire, le chaos, serait réglé de manière absolue grâce à un point invariant, « unaire », un « centre d’homothétie » vers lequel convergerait tous les axes possibles de l’inconscient : le fameux refoulé.
Si c’était bien le cas, alors pourquoi les prétendues loi causales strictes du psychisme inconscient (refoulé) ne permettraient-elles pas de savoir ce qu’il y a dans l’inconscient de Riemann ou des mathématiciens, et qui les empêchent de venir à bout de cette énigme sur les nombres premiers ?
 
Que refoulent-ils donc ces pauvres matheux pour s’enliser ainsi ? Que refoulaient-ils aussi pendant si longtemps pour ne pas voir la solution au problème de Fermat ? Y avait-il un problème relevant de l’inconscient collectif ? Une sorte d’acte manqué de masse ? Pourquoi les mathématiciens, ne font-ils pas comme les psychanalystes lacaniens !? Si ce problème sur la répartition des nombres premiers leur échappe toujours c’est qu’il existe donc bien un « monde 3 » autonome, sans sujet connaissant, et qui peut échapper, peut-être à jamais, à toute compréhension humaine, voire à toute expérience sensible, même si c’est en nous, dans notre « monde 2 », qu’est née cette idée d’abord subjective de ce nouveau problème passé ensuite dans le « monde 3 ».
Reconnaissons que pour faire avancer la connaissance scientifique, les savants ont besoin d’imagination et de créativité. Ce n’est pas ce qu’on leur reproche, bien au contraire. Ils doivent faire preuve d’audace dans des conjectures hardies, dirait Popper. Peut-être leur faut-il souvent chercher ailleurs de l’inspiration, dans d’autres domaines, comme le font les physiciens pour donner une explication plus pédagogique d’une nouvelle théorie. Mais l’analogie et l’art de la métaphore, sont des domaines où le risque de sombrer dans l’absurdité demeure élevé si l’on en juge par les élucubrations des lacaniens sur les rapports qu’il y aurait entre l’univers des mathématiques et le déterminisme psychique.
Si donc ce que prétend la théorie de Freud était vrai, alors ce problème de la répartition des nombres premiers (comme du reste, tous les autres…) devrait aussi trouver une solution. Grâce au truc infaillible du déterminisme prima faciae et absolu qui règle le refoulé inconscient et l’inconscient y compris dans sa partie la moins enfouie, les psychanalystes prétendraient comprendre et résoudre un chaos qui peut se révéler prolixe en associations libres, comme si la machine humaine était moins compliquée à comprendre que les nombres premiers et leur répartition, bref que de vulgaires objets mathématiques ! Le psychisme en équation lacanienne, quelle chose merveilleuse tout de même (?) Un tel charlatanisme intellectuel ne nous rappelle-t-il pas celui de Hegel démystifié par Karl Popper dans « La société ouverte et ses ennemis » ?
Et si les lacaniens avaient entièrement raison ? Si, toute notre vie psychique pouvait s’écrire avec quelques formules mathématiques ? La psychanalyse deviendrait alors la pire de toutes les « techno-sciences », (pour reprendre la terminologie de Roudinesco), et à quelles fins ? « Le meilleur des mondes » ? Ce scientisme-là n’est-il pas imprégné par une tentation totalitaire ?
Après les élucubrations de Lacan en mathématiques, dénoncées par Sokal et Bricmont, certains n’ont pas retenu la leçon et ne désarment pas.
Catégories :Alain Cochet., Jacques Lacan