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Albert ELLIS et Didier PLEUX : "Comprendre l’origine des émotions ne suffit pas".

4 décembre 2014 Laisser un commentaire

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« Je cite Jean-Paul Sartre : « L’émotion signifie à sa manière le tout de la conscience ou, si nous nous plaçons sur le plan existentiel, de la réalité humaine. » Sartre était-il un précurseur des thérapies cognitives ? Il ne voulait pas dissocier l’émotionnel de la subjectivité de l’humain : l’émotion n’est pas le reflet d’un pur symptôme ou d’un désordre, elle signe la façon dont l’homme « est » dans le monde, son fameux « Dasein ». Elle traduit la conscience humaine puisque celle-ci est centrale, elle est « l’orientation vers le monde ». Dès 1939, Sartre se méfie de l’introspection psychanalytique et du tout-puissant inconscient qui ne laisse à la conscience qu’un pouvoir fragilisé. Y a-t-il une relation entre la psychothérapie comportementale émotivo-rationnelle, la PCER, et l’existentialisme ?
La PCER est une des philosophies existentialistes. Elle croît que pour comprendre les humains il faut connaître leur propre philosophie sur eux et sur le monde. La plupart des gens sont existentiellement perturbés parce qu’ils ne savent pas se servir de leur conscience, ils pensent de travers et cela de façon quasi innée.
L’émotion est donc plus que la traduction d’un dysfonctionnement psychique. Dès lors, comment peut-on se dire « conscient » et « guéri » après un travail sur soi lorsqu’un événement minime de la vie quotidienne peut vous faire retomber dans des angoisses, des réactions colériques ou dépressives ? Je suis toujours surpris par ces personnes qui ont fait un long cheminement pour la connaissance de soi et qui craquent sous n’importe quel prétexte : nous le voyons actuellement avec les réactions disproportionnées de colère et d’hostilité de certains « soignants » envers ceux qui osent critiquer la psychanalyse en France. La haine se révèle pour certains d’entre eux avec une telle force que nous doutons réellement de leur propre gestion émotionnelle. Contrairement à ce que les non-freudiens pensent, ce n’est pas le dogme qui les rend si hostiles mais leur méconnaissance de leur vie émotionnelle, l’impuissance d’une pseudo-gestion, l’inconscience de soi. D’autres, bien sûr, s’efforcent de nier toute émotivité exacerbée (c’est sans doute plus facile selon son code génétique), et c’est le « syndrome du lama » : rien ne me touche, je contrôle tout, je sais tout, plus d’émotions du tout.
Qu’ils me lisent et comprennent la distinction entre les émotions négatives inadéquates qui n’engendrent que souffrances pour soi et son entourage (anxiété, colère, dépression) et les émotions négatives adéquates qui sont frustrantes, difficiles mais non destructrices (inquiétude, tristesse, irritation par exemple). Nous sommes des humains faillibles, donc émotionnels, nous ne sommes pas des robots, « être » mieux, c’est retrouver un émotionnel gérable avec soi et la réalité. Et, si cette réalité redevient trop difficile, nous exacerbe de nouveau émotionnellement, il est désormais souhaitable de retravailler sur soi et  non d’incriminer la réalité, l’autre et ses prétendus déclencheurs. Il s’agit bien d’autoévaluer sa propre appréhension du monde, ce qui détermine « mon existence ».
La « prise de conscience » doit être plus qu’une « conscience de », c’est une remise en cause de sa philosophie de vie. Il est donc souhaitable de se réattribuer sa propre responsabilité émotionnelle, l’approche cognitive en est un moyen. Et c’est votre questionnement dans ce début des années 1950 : vos patients saisissent des prises de conscience avec la psychanalyse et surtout avec votre méthode analytique psychothérapeutique, mais n’évoluent pas sur le plan émotionnel. »
(In : Albert ELLIS et Didier PLEUX. « Le livre noir de la psychanalyse ». Sous la direction de Catherine Meyer. Editions les arènes, Paris, 2005. « La force du conscient ou comment repenser son inconscient ». Pages : 688 – 689).
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Commentaires :
 
« (…) Et, si cette réalité redevient trop difficile, nous exacerbe de nouveau émotionnellement, il est désormais souhaitable de retravailler sur soi et  non d’incriminer la réalité, l’autre et ses prétendus déclencheurs (…). »
L’être humain est fondamentalement social. Il dépend constamment de traditions dont il n’a même pas conscience. Il dépend, en partie, de son passé, mais aussi, bien entendu du monde qui l’entoure sans arrêt (!) : la Nature, les choses matérielles, et les autres.
Il est indispensable de retravailler sur soi pour comprendre ses propres erreurs et les représentations erronées que l’on fondait sur le réel. Il s’agit, certes, de remaniements personnels. Mais comment apprendre sur le réel, sans que celui-ci ne soit le « déclencheur » (souvent par hasard) de ces réflexions sur soi, et de ces réadaptations nécessaires ?!
Lorsqu’un homme de science veut accroître la connaissance objective, il part de la tradition de savoir déjà corroboré qui lui préexiste ; ensuite il tente de formuler des hypothèses inédites à partir de sa propre réflexion subjective (laquelle est dépendante de ses propres connaissances), c’est-à-dire en tentant des mises en relations plus ou moins originales qu’il pense nouvelles, entre ce savoir acquis et son imagination, sa subjectivité, son « Monde 2 » de représentations personnelles de l’objet qu’il étudie. Ensuite, les résultats de ses expériences lui renvoient des « feedback », des réponses sur la pertinence de ses hypothèses de départ : elles sont le « déclencheur » extérieur de remaniements au niveau de la réflexion personnelle du scientifique.
La solitude, déjà, à tendance à exacerber les pensées, les émotions. Dans des cas extrêmes, le « vide » est « déclencheur » de certaines émotions et de certaines pensées. La solitude peut être un choix individuel, à partir d’une « philosophie personnelle de vie », mais, dans d’autres cas, elle peut être la conséquence du comportement des autres ou de l’environnement, ou de certaines circonstances accidentelles.
Les autres, eux aussi, peuvent avoir une « philosophie de vie », à partir de laquelle ils forgent des représentations et des préjugés sur ce qui les entoure, et sur les autres. Ils peuvent donc juger les autres avec justesse, ou se tromper. Leurs erreurs, par exemple, peuvent déclencher des émotions fortes sur ceux qu’ils jugent, des émotions « exacerbées », sans que les personnes jugées n’aient à changer leur philosophie de vie! Par exemple, une personne innocente qui se retrouve emprisonnée pour un délit ou un crime qu’elle n’a jamais commis, voit ses émotions et ses sentiments « exacerbés » ; faut-il qu’elle fasse un travail sur elle-même, une sorte d’auto-culpabilisation de sa philosophie de vie, pour éviter de faire des reproches aux autres qui l’auraient injustement accusée ?
Il semble que toute forme de psychologie, toute forme de psychothérapie sombre, hélas, dans le même défaut « méthodologique » rhédibitoire : toujours renvoyer le sujet à lui-même, et lui faire croire que les solutions à ses problèmes se trouvent uniquement dans les défauts de « l’homme intérieur » qui vivrait soi-disant en lui. (Voir, à ce sujet, la critique de Maurice Merleau-Ponty).
Non, dans de très nombreux cas, les autres sont responsables de nos états émotionnels plus ou moins délétères, et c’est eux qui doivent faire leur « travail personnel », et non leurs victimes.
Ils semblent finalement rares les psychologues qui souhaitent vraiment aider les individus à se défendre, et à réagir par rapport aux agressions du monde extérieur. La vie est une jungle, où il faut connaître les codes. Plutôt que de sans arrêt obliger ou suggérer le sujet à faire de l’introspection, il suffirait de lui montrer, lui décrire ces codes, tous les pièges, et lui expliquer ensuite pourquoi il ne comprend pas, et comment il faut les comprendre. Les sujets en difficulté dans le monde social attendent souvent désespéremment qu’ont leur donne des clés pour ouvrir certaines portes qui leur paraissent définitivement fermées. Et ces clés, ne se trouvent pas uniquement en soi-même, elles se trouvent tout simplement sur les portes à ouvrir, en lieu et place, mais les sujets ne savent pas les identifier, ni même en faire usage. Il s’agit d’un « mode d’emploi » à donner au sujet pour identifier la clé qui se trouve à l’extérieur et dans quel sens il faut la tourner!
Il est possible de suspecter que cette technique qui consiste à « renvoyer le sujet à lui-même », est bien « porteuse » pour la profession de psychologue en général, que cette autre qui consisterait à montrer ces « clés » dont nous parlons ainsi que leur usage.
Cependant, dans certains domaines, il n’y a tout simplement pas de « clés » et les « portes » sont trop abstraites.

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Nous pouvons sans doute résumer notre propos à ces quelques idées : tous les problèmes humains, pour être compris, et solutionnés, doivent en tout premier lieu être apprenhendés dans la situation logique où ils se trouvent. Cette situation logique dépend de paramètres spatio-temporels qui ne sont pas d’emblée à la maîtrise du sujet puisqu’ils lui posent problème. La situaton logique de problème est quelque chose d’impersonnel, d’objectif, qui s’impose à l’individu, et qui détermine ensuite l’univers de propensions de ses réactions psychologiques et comportementales. Mais, nous pouvons dire aussi que toute situation logique est déjà, en elle-même, un univers de propensions dans lequel est inséré l’individu, qui est lui aussi un univers de propensions.

En définitive, l’individu doit d’abord savoir appréhender les « règles du jeu » qui lui sont extérieures, et qui constituent l’univers de propensions de la situation logique de problème dans lequel il se trouve, (et ces « règles du jeu » sont des règles propensionnistes et non déterministes). C’est la première étape, et il faut quelqu’un d’extérieur pour lui montrer, lui expliquer, toujours en premier lieu, où sont et en quoi consistent ces fameuses « règles du jeu » (social, etc..). Ensuite, il faut que le sujet comprenne pourquoi il n’a pas pu ou su les appréhender seul, et pourquoi ses représentations, ses préjugés, ou ses idées, etc., par rapport à elles, sont insuffisantes, ou partiellement ou totalement fausses. Ce sont donc avant tout des compétences sur le milieu qui l’entoure, ou sur sa « niche écologique », que le sujet doit posséder et être capable d’évaluer.

C’est sur ces compétences, leur absence identifiée, ou leur insuffisance, que le travail du sujet doit toujours porter en premier lieu, et non sur un « travail » (…) narcissique de repli sur soi, et d’introspection des émotions, des sentiments, etc., etc., Les psychothérapies ne doivent être considées que comme un pis aller, des moyens de « dernier recours », mais finalement, pour qui ?… Pour le seul intérêt des psychothérapeutes, ces individus qui n’ont su trouver d’autres modes d’existence que dans celui consistant à mettre les autres sous leur tutelle afin de pouvoir jouir de leurs besoins d’emprise, les formater au naricissisme de l’introspection ou de je ne sais quoi d’autre ; en tout cas, à les éloigner de la vie réelle, et des solutions efficaces aux problèmes qu’elle peut poser.

Catégories :Albert ELLIS., Didier PLEUX.