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Exposé succinct de la théorie d’Alfred TARSKI.

(La publication de ce texte ne « symbolise » rien, contre les personnes que j’aime et que je respecte. Il n’y a aucune « attaque déguisée », ou « inconsciente », ou quoique ce soit d’autre de mirobolant de ce genre).

La France serait-elle, depuis longtemps devenue le pays on l’on ne veut plus de la Vérité (objective) ? Le pays où l’on s’amuse à bafouer, sinon à sans cesse fouler aux pieds tous les principes qui doivent initier son administration ?

Mais la « Vérité objective », qui sait vraiment ce que c’est ? Qui la comprend ? Qui veut bien faire l’effort de se pencher sur cette vaste question ?

Pour la comprendre, il y a la philosophie de la connaissance, la philosophie des sciences, l’épistémologie, et la logique.

Encore une fois, nous ne connaissons pas de meilleur enseignant, dans ce domaine que Karl Popper, lui même « élève » d’Alfred Tarski.

Rappelons la théorie de Tarski, lequel, selon Popper, réhabilita la théorie de la vérité comme correspondance avec les faits :

« Un jugement est vrai, lorsqu’il correspond aux faits ».

Un jugement prend forme dans un énoncé, une proposition, une théorie. Sans ces moyens nous n’avons  aucune possibilité de seulement observer aucun fait, parce que les faits ne sont jamais comme « captés » passivement par nos sens. Ils ne « tombent jamais dans notre conscience », sans que celle-ci n’ait été au préalable « active » par les préjugés (théories, représentations, etc.) qu’elle forme toujours a priori pour les saisir. (K. Popper).

Ces préjugés eux-mêmes ne peuvent être formés sans nos mémoires inconscientes. Par conséquent « l’inconscient » nous est nécessaire mais il ne peut être une sorte d’agent ou de déterminant qui soit infaillible, parce qu’il serait actif selon des règles déterministes qui excluraient tout le hasard et tout le non-sens dans ses procédures de « calcul », donc de prédiction de ce que doivent être nos préjugés et nos actes conscients.

Cette dernière impossibilité repose sur le fait essentiel et incontestable que l’accès à la connaissance de calculs par quelque agent ou déterminant que ce soit, qui seraient absolument précis, reste inaccessible  aux possibilités du savoir humain, dans le but de fonder n’importe quel projet d’investigation sur ce qui peut être supposé de réel.

Cette inaccessibilité repose sur le fait que toute tentative d’établissement d’une mesure absolument précise, sombre dans la régression à l’infini (K. Popper).

Pourtant ce problème insoluble de la précision par rapport à toutes nos tentatives de mesure, est aussi l’unique possibilité d’accroître la connaissance puisque l’amélioration de la connaissance consiste à réduire de plus en plus l’imprécision des descriptions de faits que l’on peut obtenir ou corroborer par des tests.

En résumé, toutes les conditions initiales que l’on peut édifier ne peuvent jamais atteindre la précision absolue. Et  la quête de la Vérité objective implique l’augmentation du contenu d’information de nos connaissances, donc de leur niveau de précision, et par suite de leur correspondance avec les faits.

Mais, puisque dans le domaine de la Science il s’agit d’établir des lois universelles, l’impossibilité logique de pouvoir jamais accéder à une correspondance parfaite des théories scientifiques avec ce qui est supposé être une Vérité objective (quelque chose qui soit dénué de toute imprécision), donc une correspondance parfaite avec les faits, ne signe absolument pas une impossibilité de la recherche scientifique (ou son caractère « vain » par rapport à tout autre méthode), ou bien que la Science ne serait soi-disant qu’une illusion, dès lors que les théories qu’elle peut corroborer ne peuvent jamais être « absolues », et dès lors que la quête de la Vérité objective demeure une quête sans fin.

Les théories universelles corroborées par des tests scientifiques ne sont que des Vérités « objectives » provisoires parce qu’elles sont toujours relatives à l’imprécision et à la faillibilité des procédures humaines.

Si un « inconscient » doit être conforme à l’humain, il ne peut qu’employer des procédures « humaines » de calcul de notre conscience et de tout ce qu’elle produit.

Il est donc impossible que nous ayons en nous, un « super-agent » ou un « Autre » qui dépasserait toute procédure humaine dans ses propres moyens, et qu’il suffise de déclarer qu’il existe a priori avec de tels pouvoirs, sans que jamais une seule procédure d’administration de la preuve de son existence soit logiquement et humainement possible, de manière indépendante.

Toutefois, nos mémoires inconscientes représentent « beaucoup plus que nous-mêmes », c’est-à-dire qu’elles contiennent nécessairement beaucoup plus de contenu que n’en est capable de verbaliser l’individu par la conscience. Donc tout ce contenu inconscient dépasse largement celui de notre conscience, à un point tel qu’il peut donner l’illusion d’exercer sur notre conscience un déterminisme prima faciae absolu excluant tout hasard et tout non-sens.

Mais il reste totalement impossible, pour des raisons qui tiennent de la stricte logique, donc pour des raisons indiscutables, que l’on puisse édifier une preuve indépendante qui puisse rendre compte de l’élimination totale du hasard (donc de toute imprécision de calcul) et du non-sens (ce qui revêt en plus, de l’appréciation qualitative!…) dans de quelconques liens de cause à effet entre un « contenu inconscient » beaucoup trop déterministe comme celui envisagé par la psychanalyse, et ses « manifestations » (ses « contenus manifestes ») dans les productions conscientes de l’être humain. Pourquoi ?

Parce qu’il faudrait, pour garantir une correspondance avec les faits, donc la vérité de ces relations de cause à effet entre ce type de contenus inconscients et leurs manifestations conscientes, que celui qui prédit que cet inconscient aura tels effets dans le conscient, puisse rendre compte, avant sa prédiction, de  n’importe quel degré de précision dans le calcul…de la précision des conditions initiales de sa prédiction (K. Popper), de telle sorte que toute erreur aussi minime soit-elle dans le résultat attendu ne puisse être invoquée comme étant due au hasard, à l’imprécision toujours possible, ou au non-sens, et que de ce fait, le calcul de la précision des  conditions initiales qu’il a utilisé pour prouver qu’il y a un inconscient qui détermine la conscience en excluant le hasard et le non-sens, pouvait échapper, au moins en partie, aux déterminismes prima faciae absolus qu’il entend justement mettre en évidence !.

Il faudrait donc aussi que le prédicteur prouve de manière indépendante, comment il a lui-même résolu ce problème pour être jugé apte à mener son projet afin que sa propre faillibilité ne perturbe pas les calculs de la précision des conditions initiales !…, c’est-à-dire, comment il a procédé, pour sa propre personne, (en tant qu’expérimentateur), pour résoudre tous les problèmes qui peuvent être liés à la faillibilité de sa capacité à observer, mesurer, et décider d’un projet…

L’on nous rétorquera, que pour cela, il « suffit » que « l’expérimentateur » (…) ait été analysé, et que par conséquent la théorie de l’inconscient qui a garanti la valeur de son analyse, peut aussi garantir celle de ses futures « expériences ». Mais là encore, le problème demeure toujours le suivant, et non résolu par aucun argument des psychanalystes qui puisse épistémiquement être digne de foi, depuis les débuts de la psychanalyse jusqu’à nos jours : c’est que l’on parvient à toujours poser comme plus ou moins implicitement acquis, cela même qu’il s’agit de démontrer ou que l’on fixe comme objet d’une démonstration (T. Nathan).

La psychanalyse, tant qu’elle revendique un tel déterminisme psychique inconscient (prima faciae absolu), n’a donc, comme l’on peut s’en rendre compte, strictement aucune chance d’apporter la moindre preuve indépendante de quelconques relations de cause à effet entre des déterminismes inconscients et leur « manifestations conscientes ».

(…)

Maintenant, et en partant de ce principe que l’être humain est, par nature, fondamentalement faillible, l’on peut toujours douter de sa capacité à prouver une correspondance idéale entre ses jugements et des faits.

Comme fonctionne la théorie de Tarski ?

Elle suppose l’usage d’un « métalangage ». Et pour Popper, il suffit donc de posséder ce métalangage. Qu’est-ce qu’un « métalangage », tel qu’il est compris par Popper nous expliquant la théorie de Tarski, dans son livre « Les deux problèmes fondamentaux de la théorie de la connaissance » ?

Un « métalangage », c’est un langage sur un autre langage, lequel devient donc objet du premier.

Exemple :

« Je vois que la neige est blanche ». C’est une proposition-objet, si je puis dire. Elle est exprimée comme un langage qui pourrait faire l’objet d’un métalangage qui parlerait donc de lui.

Voici donc ce métalangage :

« Est-il vrai que la neige que je vois est blanche ? ». C’est seulement à partir de cet instant, dès que l’on a pu utiliser ce métalangage, et produire cette méta-proposition que l’on peut étudier le problème de la vérité de la proposition-objet : « Je vois que la neige est blanche ».

Il y a donc une sorte de lien à établir, à prouver (…) entre les deux. Ou plutôt, c’est l’étude, l’examen du second qui décidera du premier.

Comment faire ?

Dans la méta-proposition, il y a plusieurs choses importantes. Les termes « neige », le verbe voir, et le terme « blanche », et aussi le « je » qui renvoie au caractère subjectif de l’observation.

Établir la vérité de la proposition-objet consistera donc à établir qu’il est vrai que :

1. Ce fut bien de la neige ;

2. Que la couleur observée était bien le blanc ;

3. Que l’observateur était bien en situation de voir un objet qu’il a appelé de la neige et qu’il a qualifié de blanc.

Pour établir la vérité de 1. Il faut faire un prélèvement de ce que l’observateur à nommé comme étant de la neige. Ensuite, à partir du savoir acquis et corroboré scientifiquement, soumettre l’échantillon à des conditions initiales de tests jugées non problématiques par la communauté scientifique, lesquelles, moyennant l’utilisation de substances ou d’un matériel particuliers permettant de mettre à l’épreuve l’hypothèse, pourront en conclure que c’est bien de la neige dont il s’agit. Exemple de prédiction : c’est de la neige, si et seulement si en appliquant telle procédure (chimique, matérielle, etc., etc.) contrôlable et reproductible par d’autres, il se produit telle réaction(s) attendue(s).

Pour établir la vérité de 2. C’est exactement la même procédure.

Pour établir la vérité de 3. Il faut des témoins oculaires reconnus comme fiables et qui soient en mesure de certifier que l’observateur était bien devant de la neige au moment de son observation, ou mieux encore, qu’ils puissent fournir des preuves vidéos, ou des photos, et aussi des coordonnées spatio-temporelles précises sur l’observation.

Bref, comme on l’aura compris, la vérité, son administration, ne fonctionne pas sans la tentative de manipulation expérimentale de variables indépendantes de l’observateur.

Autre exemple :

proposition-objet :  « On peut voir ce qui est inconscient ».

Utilisation d’une méta-proposition pour étudier le degré de correspondance avec des faits de la proposition-objet précédente : « Est-il vrai que l’on peut voir ce qui est inconscient ? »

Perspectives possibles de mise à l’épreuve :

L’on pourra admettre, par exemple, que certaines sensations éprouvées et identifiées par un sujet, comme la piqûre d’une seringue sur sa peau, provoquent un ensemble de mécanismes neurobiologiques au niveau de son système nerveux central, lesquels mobilisent la sécrétion de certaines substances (…) responsables de la sensation de douleur sur la peau.

Par conséquent, il est incontestablement valide et tout à fait trivial d’affirmer que l’ensemble de ces mécanismes cérébraux se produisent à l’insu du sujet, « inconsciemment », et qui plus est, qu’il ne peut pas les « voir », c’est-à-dire, les observer directement par l’intermédiaire de sa vision.

Par contre, certains procédés d’observation sophistiqués, comme l’image à résonance magnétique (I.R.M.) sont en mesure de permettre une observation « directe » des mécanismes neurobiologiques au niveau de certaines zones du système nerveux central d’une piqûre de seringue sur la peau, et de leurs conséquences.

Dans cet exemple, et dans le contexte de la neurobiologie, il n’est prouvable de manière indépendante que « l’on peut voir ce qui est inconscient » que par l’intermédiaire de conditions initiales d’observations reproductibles et contrôlables.

En restant dans un contexte neurobiologique, nous pouvons changer le contenu de notre proposition-objet par : « On peut éprouver ce qui est inconscient ».

Et notre méta-proposition devient : « Est-il vrai que l’on peut éprouver ce qui inconscient ? »

Pour le démontrer, il faudrait mettre à l’épreuve l’hypothèse selon laquelle un individu piqué par l’aiguille d’une seringue, non seulement ressent la douleur, donc « l’éprouve », mais encore ressent aussi les mécanismes biologiques inconscients mobilisés dans son système nerveux central lors d’une piqûre d’aiguille !….

La réponse est claire : la science, depuis toujours, et jusqu’à  aujourd’hui, nous a montré que non, c’est impossible. Nous sommes totalement inconscients de nos propres mécanismes cérébraux.

Mais venons en à la question qui nous préoccupe davantage : la sensation de douleur peut-elle être, prise comme telle, ou observée cliniquement comme telle, une preuve (indépendante) de l’existence de mécanismes cérébraux inconscients (ou de tout autre mécanismes inconscients) ? Autrement dit, peut-on faire valoir l’existence indubitable (…) d’un lien de cause à effet, entre la piqûre d’une seringue et des déterminismes cérébraux inconscients qu’elle déclenche pour une manifestation consciente, clinique, de la douleur, sur la base de la seule interprétation (…), et/ou d’un compte rendu des impressions du sujet que l’on pique avec une aiguille ? Ou encore, le compte rendu sur une  sensation de douleur après une piqûre, peut-il avoir, à lui seul, le statut indubitable (…) de la preuve de déterminismes inconscients ?

Même en supposant l’absence totale de résultats scientifiques déjà corroborés sur le problème de la douleur, la réponse doit être très claire et évidente : c’est non. Pourquoi ? (Mais un sujet dont on pique la peau, peut parfaitement se dire, à tort, bien entendu : « C’est ma peau que l’on pique avec cette aiguille. Or, j’estime que je peux parfaitement avoir conscience de ma peau, puisque je peux la voir et la toucher. Ensuite, comme cette peau est la mienne, et qu’elle est donc « moi », elle m’est « identique ». Et parce qu’elle m’est « identique », la conscience que j’en ai est aussi « identique » aux sensations qu’elle peut occasionner. Il me semble donc absurde de penser que je ne pourrais être conscient des causes liées aux sensations que j’ai de ma propre peau! »…)

Parce que si l’on admettait cette méthode de « preuve » comme valide, ou comme suffisante pour justifier ensuite la validité d’une interprétation, on ne pourrait éviter l’accusation de procéder par un sophisme post hoc ergo propter hoc. Pourquoi ?

Si à l’instant T1 on pique une personne avec une seringue, et qu’à l’instant T2 (très rapproché de T1) elle ressent une douleur, alors ces deux instants se succèdent indiscutablement dans le temps. Si, à la suite de cela, on affirme qu’il y a indubitablement une cause neurobiologique cérébrale, (ou tout autre type de cause inconsciente) responsable de la sensation de douleur, et en l’absence de preuves indépendantes, alors, on fait indiscutablement dépendre l’apparition de la douleur en T2, directement du fait qu’elle suit dans le temps la piqûre ayant été effectuée en T1.

…Et l’erreur du sophisme post hoc ergo propter hoc consiste justement à croire que lorsque deux événements se suivent dans le temps, le second serait indubitablement causé par le premier.

En résumé :

1. On ne peut pas « voir » ce qui est « inconscient », sans conditions initiales spécifiques d’observation : il est évident que le sujet humain ne peut pas « voir » ce qui relève de ses déterminismes inconscients. La situation de la cure analytique, par exemple, ne peut être un « instrument d’observation » ou même une prétendue « situation de laboratoire » en mesure de garantir des conditions initiales valides « d’observation » d’un inconscient qui se « manifesterait » sous les yeux de l’analyste. Dans cette situation, l’inconscient n’est jamais observé de manière indépendante, mais toujours interprété sur la base du sophisme post hoc ergo propter hoc ;

2. Celui qui affirme que l’on peut « l’éprouver », doit non seulement fournir des preuves indépendantes, mais encore accepter que les méthodes de validation dans l’administration des preuves, doivent être divulguées et soumises à un examen critique intersubjectif.

3. En l’absence de telles preuves, (déjà corroborées, ou au moins susceptibles d’être corroborées par des tests), personne ne devrait pouvoir affirmer que l’inconscient est « manifeste », ou « qu’il se manifeste », c’est-à-dire qu’il est comme « observable » ou « visible ». Ce ne sont là que des interprétations. Et une interprétation sur la base de l’observation clinique de faits, ou de leurs comptes rendus, ne peut pas avoir un statut d’explication causale qui soit en mesure de nous permettre de  croire ou de nous faire croire en la qualité prétendument « indubitable » d’une loi déterministe et universelle sous-jacente.

Alfred TARSKI :

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