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Alan F. CHALMERS. "Quest-ce que la science ?" (Extraits).

13 février 2015 Laisser un commentaire

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P. 59 :
« L’inductivisme exige la production d’énoncés d’observation à partir d’énoncés singuliers au moyen de l’induction. Les raisonnements, inductifs aussi bien que déductifs, contiennent les relations entre différentes séries d’énoncés et non pas des relations entre énoncés d’une part et expériences de perception de l’autre. »
P. 61 – 62 :
« Ce qui vient d’être dit sur la priorité de la théorie sur l’observation s’oppose à la thèse inductiviste selon laquelle c’est l’observation qui donne leur signification à de nombreux concepts de base. Prenons un exemple simple, celui du concept « rouge ». Parmi toutes les expériences de perception permises à un observateur par son sens de la vue, certaines (celles qui correspondent aux expériences de perception venant de la vision d’objets rouges) auront quelque chose en commun. L’observateur, en examinant la série, parvient de quelque façon à en discerner l’élément commun et en arrive à comprendre que cet élément commun est « rouge ». Ainsi, le concept « rouge » est issu de l’observation. Mais cette vision des choses souffre d’un gros défaut : elle présuppose que parmi l’infinité d’expériences de perception vécues par un observateur, celles qui proviennent de la vision d’objets rouges sont bel et bien disponibles pour examen. Quel est le critère en vertu duquel les expériences perceptives peuvent être intégrées à la série ? C’est, bien entendu, que seules les perceptions d’objets rouges sont à inclure dans la série. Mais cette vision présuppose acquis le concept même de rouge, alors qu’elle est censée en expliquer l’acquisition. Ce n’est pas en disant que les parents et les enseignants sélectionnent une série d’objets rouges quand ils apprennent aux enfants ce qu’est le concept de « rouge », que l’on donnera de bons arguments en faveur de l’inductivisme ; ce qui nous intéresse ici est en effet de savoir comment le concept a, à l’origine, acquis sa signification. L’affirmation selon laquelle le concept « rouge » ou tout autre provient de l’expérience et de rien d’autre est fausse.
Le principal argument contre l’inductivisme naïf brandi jusqu’ici est que les théories doivent précéder les énoncés d’observation : ainsi il est faux de prétendre que la science commence avec l’observation. Il est un deuxième moyen d’affaiblir l’inductivisme : les énoncés d’observation sont tout aussi faillibles que les théories qu’ils présupposent et de ce fait ne constituent pas un fondement solide sur lequel bâtir des lois et des théories scientifiques. »
[Ce n’est donc pas l’infinité logique des confirmations possibles du dogme freudien de l’inconscient qui soit en mesure de prouver que ce dogme est fondé par l’expérience. Car, aucune expérience (scientifique) ne peut et n’a jamais été fondée de ce manière-là. Ce n’est pas parce que les derniers psychanalystes affirment que le nouvel objet de recherche pour la psychanalyse serait une relation copsychique inconsciente entre le patient et son analyste que cela exempte les psychanalystes de prouver de manière indépendante qu’il y a d’abord, sous certaines conditions initiales manipulables et répétables dans une situation autre que celle du divan, un inconscient qui déterminerait de façon absolue le patient ou son analyste. Pour identifier une « névrose inconsciente » chez un sujet, quel qu’il soit, il faut d’abord avoir démontré, avec de vraies preuves, que toute théorie générale de la « névrose inconsciente » est corroborée par des tests. Et cela, afin de permettre tout projet ou action thérapeutique qui évite par conséquent de fabriquer selon la circonstance du divan, le caractère général d’une théorie qui n’a jamais été imposé qu’à priori. Etc.]
P. 66 :
« J’ai montré (…) que l’inductivisme a tort sur deux fronts. La science ne commence pas par des énoncés d’observation parce qu’il faut une théorie avant tout énoncé d’observation, et les énoncés d’observation, pare qu’ils sont faillibles, ne constituent pas une base sûre sur laquelle la connaissance scientifique peut être fondée. Cependant, je ne prétends pas en déduire que les énoncés d’observation ne jouent aucun rôle dans la science. Je n’exige pas l’élimination de tous les énoncés d’observation sous prétexte qu’ils sont faillibles. Je me suis contenté de montrer que le rôle que l’inductivisme fait jouer aux énoncés d’observation dans la science est erroné. »
[Effectivement, la méthode scientifique ne peut jamais se passer d’énoncés singuliers d’observation, pas même de leur possibilité logique, inférée à partir d’une théorie générale que l’on souhaite soumettre à l’épreuve de tests. La seule manière d’en savoir plus sur une théorie générale, est d’en connaître les limites descriptives. Et la seule manière de connaître ces limites, est d’imaginer une série de tests répétables de manière indépendante, lors desquels un cas déduit de la théorie et susceptible de la mettre en échec, pourrait être confirmé, par l’observation…Ce qui renvoie, une fois encore, au caractère logiquement faillible de toute observation et élimine même le falsficationnisme naïf comme méthode scientifique viable : ainsi que le démontra Karl Popper dans « La logique de la découverte scientifique », aucune théorie ne peut jamais être, ni réfutée, ni vérifiée avec certitude. La seule « voie de la science » reste donc le falsificationnisme méthodologique proposé par Popper. Aucune science n’opère dans ses « formes de vie ou de développement » avec un quelconque  déterminisme strict capable d’exclure le hasard et/ou  le non-sens. Aucune réfutation, et aucune corroboration, si et seulement si elles sont scientifiques, ne peuvent être « absolues ». Cependant, tous les scientifiques ont besoin de croire en un modèle idéal de la Vérité absolue, c’est-à-dire une idée directrice d’un déterminisme métaphysique, ne serait-ce que pour être constamment motivés à sans arrêt remettre en questions et améliorer, non seulement les résultats obtenus mais aussi les méthodes pour y parvenir. Et, contrairement aux légendes mensongères continuellement répandues, Sigmund Freud n’a jamais travaillé dans cet esprit scientifique. ].

P. 73 :

« Le falsificationiste n’a aucun mal à admettre que l’observation est guidée par la théorie dont elle présuppose l’existence. Et il renonce le cœur léger à toute interprétation d’établir la vérité des théories – ou leur vérité probable – à partir des faits d’observation. Il considère les théories comme des conjectures ou des suppositions librement créées par l’esprit qui s’efforce de résoudre les problèmes posés par les théories précédentes et de décrire de façon appropriée le comportement de certains aspects du monde ou de l’univers. Une fois énoncées, les théories spéculatives doivent être confrontées rigoureusement et impitoyablement à l’observation et à l’expérience. Il faut éliminer les théories incapables de résister aux tests de l’observation ou de l’expérience et les remplacer par d’autres conjectures spéculatives. La science progresse par essais et erreurs, par conjectures et réfutations. Seules les théories les mieux adaptées survivent. On ne s’autorisera jamais à dire d’une théorie qu’elle est vraie, mais on tendra à affirmer qu’elle est la meilleure possible, qu’elle dépasse toutes celles qui  l’ont précédée. »
[Sigmund Freud n’a jamais été en mesure de démontrer, à partir des tests qu’il aurait réalisés, en quoi la psychanalyse est meilleure que tout ce qui l’a précédé dans son domaine : la psychologie. Il n’y a que des vérités révélées, des faits manipulés quand ils ne sont pas purement et simplement fabriqués de toutes pièces, des mensonges ad nauseam, et surtout cette envie constante de s’imposer comme « le seul », et sa doctrine comme « la seule ». Ensuite, il y a le caractère « privé » de la psychanalyse, tant au niveau de sa « découverte » que de la conception qui en a succédé. Il n’y a, en quelque sorte pas de « Monde 3 » freudien, il n’y a toujours que « Freud-tout-seul », et son seul « Monde 2 ». Ce que nous lisons, quand nous ouvrons un livre de Freud, ce n’est pas la psychanalyse comme science, c’est uniquement les idées de Freud, génial narrateur de ses propres histoires. Il n’y a jamais eu de tests scientifiques, et Freud n’a jamais travaillé en « bon poppérien » comme le prétend Jean Laplanche. Il n’y a pas davantage de « progrès » cumulatif des connaissances en psychanalyse, et les adaptations que l’on peut receler dans son « évolution » ( ?) ne sont que des virages plus ou moins bien subtilement négociés pour toujours absorber les critiques au lieu de réellement les prendre en compte. Les disciples du déterminisme psychique absolu, restent, et pour cause, irrémédiablement prisonniers des engagements ontologiques délirants de leur Maître. La psychanalyse ne peut être au service de l’Homme, elle ne peut être qu’au service d’elle-même et de sa propre propagation, c’est-à-dire, à la légende dorée de Sigmund Freud].
 
(In : Alan F. Chalmers. « Qu’est-ce que la science ? Popper, Kuhn, Lakatos, Fayarebend ». Éditions La Découverte, Paris, 1987, pour la traduction française).