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André VERDAN. « Karl POPPER ou la connaissance sans certitude. »

« (…) Cette impossibilité où nous sommes de parvenir à énoncer avec certitude des lois absolues, s’appliquent à la totalité du réel, constitue, selon Popper, une objection majeure contre le déterminisme scientifique et plaide en faveur de l’indéterminisme, puisque seule une connaissance parfaite des lois naturelles permettrait de prédire infailliblement un événement.

Sur ce point, Popper tient à se distancier de Kant. Certes, dans un premier temps, il s’accorde avec lui pour considérer que les théories scientifiques – telles que celle de Newton – ne sont pas des « décalages » de la réalité en elle-même, mais une construction de notre pensée, une démarche consistant à rationaliser la nature, à introduire une cohérence dans les phénomènes. Mais il ne croît pas pour autant que les lois de la nature, ainsi que les théories qui les expriment, soient valides a priori, donc d’une vérité incontestable, sous prétexte qu’elles sont élaborées en fonction des catégories subjectives de l’entendement humain, en particulier la notion de cause. Ce point de vue, qui implique un déterminisme absolu, ne pouvait, selon Popper, que plonger Kant dans un profond embarras, puisque, par ailleurs, il tenait fermement à maintenir l’affirmation du libre-arbitre humain, sans lequel on ne saurait concevoir de morale. »

(In : André VERDAN. « Karl POPPER ou la connaissance sans certitude ». Page : 107).

Commentaires :

L’affirmation d’un déterminisme absolu est donc bien incompatible avec l’idée du libre-arbitre humain. Voilà sans doute pourquoi, les psychanalystes qui affirment, depuis Freud un déterminisme absolu et aprioriste, nient, de la même façon, tout libre-arbitre au  niveau du « Moi » (S. Freud : « Le Moi n’est pas le maître en sa propre maison »). On note également le lien entre le fait que Freud n’ait élaboré que subjectivement sa théorie de l’inconscient, en dehors de tout contrôle, et celui qu’il ait pu considérer que ses « découvertes » fondamentales étaient « valides a priori » puisque de son propre entendement, il les « vérifiait » par introspection, sur lui-même, dans l’analyse de ses propres rêves au cours de son autoanalyse.

Dans la théorie de Freud, tout est donc lié. La foi dans le déterminisme absolu et aprioriste, implique dans une recherche isolée pratiquée à partir de l’introspection, non seulement la certitude que les « découvertes » effectuées sont valides et s’appliquent donc à tout le monde, et ensuite qu’il n’est pas nécessaires de les soumettre à l’épreuve des faits, puisqu’il y a partout des confirmations.

On peut également déceler l’impossibilité d’admettre que la rationalité serait identique au réel, ce qui permet d’invalider l’affirmation de Hegel selon laquelle « tout ce qui est réel est rationnel. Et tout ce qui est rationnel est réel ». Comme le réel (la nature) échappe toujours à nos tentatives de le rationaliser à la perfection, nous sommes obligés d’admettre qu’aucune rationalité qui tenterait de saisir le réel, donc aucune loi scientifique, ne peut être absolue, et par conséquent, relever d’un déterminisme absolu. Sigmund Freud et les psychanalystes croient que le psychisme inconscient fait partie du réel, parce qu’ils croient en ce déterminisme invalidé par Popper. Ils ne peuvent faire autrement, comme Freud, que de penser que la théorie de l’inconscient qui est la leur, est rigoureusement identique au réel, donc absolue.

Sigmund Freud a donc repris à son compte deux erreurs fondamentales : l’erreur de Kant, et celle de Hegel.

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