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ARISTOTE. Les principes et les faits.

« (…) Toutefois n’oublions pas la différence qu’il y a entre les raisonnements qui procèdent en prenant les principes pour point de départ, et ceux qui ont pour objet de remonter aux principes : car Platon avait raison de voir ici la matière d’une question importante ; et il cherchait à s’assurer si la méthode consiste à partir des principes, ou à y remonter ; comme, dans les courses du stade, on pourrait demander si le point de départ est l’endroit où siègent les juges de prix, en courant vers la borne placée à l’extrémité de la carrière, ou bien si c’est le contraire. Quoi qu’il en soit, c’est par les choses connues qu’il faut commencer ; et l’on peut en considérer de deux sortes : celles qui sont connues par nous, et celles qui le sont en général ; peut-être convient-il de commencer par celles qui nous sont connues. C’est pour cela qu’il faut avoir des mœurs bien réglées et des habitudes honnêtes, quand on veut tirer une véritable utilité des leçons qui nous seront données sur l’honnête, sur le juste, et, en général, sur la politique. Car les vrais principes sont dans les faits ; et quand ceux-ci se manifestent dans toute leur étendue, il est presque superflu de remonter aux causes. Celui donc qui est tel que je viens de dire, ou possède déjà les principes de la science, ou peut du moins facilement en acquérir la connaissance ; mais s’il est quelqu’un qui manque de ces deux conditions, qu’il écoute ces paroles d’Hésiode :

« Celui-là, dit-il est le plus sage et le plus excellent des hommes, qui, connaissant tout par lui-même, est capable de prévoir la suite des événements, et de prendre toujours le parti le plus avantageux. Il est encore vertueux, celui qui se montre docile aux sages avis qu’on lui donne ; mais celui qui, n’ayant aucune connaissance, ne sait pas même recueillir dans son esprit ce qu’il entend dire aux autres, est de tous les mortels le plus incapable et le plus inutile. »

(In : ARISTOTE.  « Le bonheur avec Aristote. Éthique à Nicomaque ». Éditions des Équateurs, 2011, pages : 17 – 18).

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Commentaires :

Si l’on choisit une méthode d’acquisition de la connaissance qui consiste à partir des faits pour « remonter aux principes », comme dans une « course du stade » ; sachant que dans un stade on ne cesse de tourner en rond, c’est bien ce qui se produit toujours : on tourne en rond à l’infini, car l’induction ne peut être une méthode valide.

Il n’y a aucun principe dans les faits. Les « principes » qui se trouvent dans les « faits », ne sont rien d’autre que les théories que nous construisons pour tenter de comprendre les faits. Les faits de la « Nature ».

Mais, on peut comprendre les choses comme cela : effectivement, les « principes se trouvent dans les faits ». Autrement dit, la Nature contient déjà, en elle-même, les lois qui la régissent et qu’il nous reste à découvrir. Cette Nature, « si habile à accueillir nos théories d’un non décisif, ou d’un inaudible oui » (Weyl).

Il n’y aucun principe dans les faits, cela veut dire que la « Nature » ne parle pas, elle n’écrit pas, elle n’énonce aucune théorie, ne l’a jamais fait, et ne le fera jamais, et surtout, elle ne contient aucune théorie ni même aucune loi. C’est toujours l’homme qui énonce des théories qu’il espère toujours pouvoir de mieux en mieux faire correspondre aux faits. C’est uniquement l’homme qui « donne des lois » à la Nature et se la représente comme si elle en possédait. Certes, la Nature se comporte très souvent comme l’indiquent les lois énoncées par l’homme, et ce avec une précision parfois des plus spectaculaire. Mais c’est une erreur, et même une illusion de croire que la Nature « contient des lois ». Jamais un arbre n’a écrit un document scientifique sur son propre comportement, jamais un oiseau ne nous a expliqué lui-même pourquoi il volait, et jamais un atome n’a dit à l’homme comment on devait faire pour qu’il libère son énergie. Jamais. C’est bien toujours l’homme qui imagine, qui énonce, et qui teste. C’est bien lui, et uniquement lui qui donne cette impression que la « Nature contient des lois ».

On nous répondra que les Sciences de la Nature ont mis en évidence des régularités, autrement dit des lois, dont la plupart ont atteint des degrés impressionnants de corroboration. Et que, du fait de l’existence de ces régularités, elles deviennent pour ainsi dire « naturelles », comme si c’était la Nature elle-même qui les avaient clarifiées pour les rendre visibles et compréhensibles à nos yeux. Mais il faut répéter encore et comprendre que jamais la Nature n’a pu faire une telle chose, ni ne pourra le faire, c’est l’évidence même.

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