Archive

Archive for the ‘Arthur SCHOPENHAUER.’ Category

Arthur SCHOPENHAEUR, l’art d’avoir toujours raison. Stratagème N° 28.

« Celui-ci est surtout utilisable lorsque les savants discutent devant des auditeurs ignorants. Si l’on a pas quelque argumentum ad rem, et même pas d’argument ad hominem, on en formule un ad auditores, c’est-à-dire une objection non justifiée, mais dont le spécialiste est seul à s’apercevoir qu’elle est boiteuse : tel est l’adversaire, mais non les auditeurs ; donc, à leurs yeux, il est battu, surtout lorsque l’objection fait apparaître de quelque manière son affirmation sous un jour ridicule : les gens ne demandent qu’à éclater de rire tout de suite, et l’on a les rieurs de son côté. Pour démontrer le néant de l’objection, il faudrait que l’adversaire se lançât dans un long exposé, et remontât aux principes de la science, ou à quelque autre états de faits : ce qui aura du mal à lui concilier les auditeurs.

Exemples : l’adversaire dit : lors de la formation des montagnes primitives, la masse qui s’est plus tard cristallisée pour former le granit et tout le reste de ces montagnes était liquide sous l’effet de la chaleur, donc fondue ; cette chaleur devait être d’environ 200° Réaumur ; et la masse s’est cristallisée au-dessous de la surface maritime qui la recouvrait. Nous répliquons par l’argumentum ad auditores, que sous une telle température et même bien avant, vers 80° environ, la mer aurait depuis longtemps bouilli et se serait évaporée dans l’air. – les auditeurs éclatent de rire. Pour nous vaincre, il devrait démontrer que le point d’ébullition n’est pas seulement fonction de la température, mais qu’il dépend tout autant de la pression de l’atmosphère : et que celle-ci, dès que par exemple la moitié des eaux marines serait en suspension dans l’air, sous forme de vapeur, augmenterait au point qu’il n’y aurait pas d’ébullition, même par 200° Réaumur. – Mais il n’y parviendra pas, car il faudrait, en présence d’auditeurs ignorants de la physique, toute une dissertation pour l’exposer. »

 

(In : Arthur SCHOPENHAEUR, « L’art d’avoir toujours raison », éditions Circé/poche, Paris, 1999, pages : 42 – 43).

schopenh

*                                                                *                                                                 *

Commentaires (Pour « Les psychanalystes-visiteurs-et-autres-psychothérapeutes-de-boulevard-et-s’autorisant-d’eux-mêmes-etc., etc., etc. ») :

La critique épistémologique de la psychanalyse est complexe. Elle exige des connaissances en épistémologie (cela va de soi, évidemment), que ces connaissances soient tout de même comprises ne serait-ce qu’un minimum (…) et aussi que l’on sache en faire usage dans le but de démontrer le vide absolu des propositions théoriques de cette doctrine.

Nous vivons dans une « France freudienne », c’est-à-dire, comme s’en vantent à plaisir les psychanalystes, une véritable « chasse gardée » (E. Roudinesco) de cette idéologie totalitaire qui n’est qu’au service d’elle-même et non des individus, contrairement à ce qu’elle affirme toujours. Dans cette « France freudienne », nous disent encore les psychanalystes médiatiques, il serait « remarquable » de constater à quel point les poncifs, les dogmes, et toutes les autres histoires à dormir debout de la psychanalyse ont imprégné jusqu’au trognon l’immense majorité de nos concitoyens.

Dans cette « France » donc, et compte tenu de l’aridité des connaissances en épistémologie, de leur complexité, et de leur niveau d’abstraction, on a toutes les raisons de redouter que la majorité des français n’ait pas accès, ou ne souhaite pas accéder à ce type de connaissance pourtant essentiel, et le seul qui soit véritablement « libérateur », puisqu’il permet, non seulement une évaluation autonome de beaucoup de propositions authentiquement scientifiques, jusque dans une approche de la compréhension des méthodes de la science, mais encore une identification puis une discrimination outillée par la raison entre ce qui est scientifique, ce qui ne l’est pas, et ce qui ne peut pas l’être…

On nous reprochera de placer l’épistémologie « au-dessus de tout ». Et bien nous assumerons avec joie ce reproche! Pour nous, l’épistémologie, l’étude et l’évaluation critique des engagements ontologiques, des méthodes et des résultats de tout projet qui se donne pour objectif de fonder des connaissances qui elles-mêmes ont prétention à la Vérité objective, est la discipline libératrice, émancipatoire par excellence, si et seulement si (…) elle se fonde sur la logique, c’est-à-dire par exemple, si elle réussit à valider sans sombrer dans la régression à l’infini, une élimination de tout recours au psychologisme.

Il nous paraît donc pour le moins consternant que tant de français restent séduits par cette duperie de « libération » que serait la psychanalyse dont l’une des plus croquignolesque prétention est d’avoir affirmé qu’elle pourrait être une « science des sciences » voire même une épistémologie du sujet (!), alors même qu’une seule discipline soit en mesure de l’évaluer, comme tout autre projet de « faire science » : l’épistémologie. Les français, ne se doutent pas encore, pour la plupart d’entre eux, qu’ils se sont complètement fourvoyés et qu’ils se fourvoient encore complètement sur la place de la charrue par rapport aux boeufs! La « charrue », c’est l’épistémologie, et jusqu’à présent, aucun « boeufs » de la psychanalyse ne peut y être « accroché »!….

Bref, revenons à Schopenhaeur.

Notre problème est le suivant : comment mettre en échec un psychanalyste bavard à vendre ses salades devant un auditoire qui a toutes les chances de lui donner une approbation aveugle (bien sûr) sur tout ce qu’il va dire ? Il peut toujours tourner en ridicule vos arguments épistémologiques, les présenter comme pédants, prétentieux, « trop abstraits » (…), « déshumanisés », « résistants » (…), etc., etc… Il peut même aussi faire rire l’auditoire en argumentant sur le fait que vous n’auriez pas compris vous-même le contenu de vos critiques! Quel auditoire accepterait d’attendre le long laïus épistémologique nécessaire à la démolition totale des arguments frauduleux ou sans fondement d’un psychanalyste ? L’on vous accuserait de « vouloir monopoliser la parole » ou de vouloir vous-même prétendument « noyer le poisson » ou je ne sais quoi d’autre.

Et pourtant..

Ceux qui connaissent l’épistémologie, qui ont fait l’effort de lecture (parfois douloureux, il faut le dire, mais nécessaire) ceux-là savent bien de quoi je parle.

La solution ?

Diffuser. Faire partager, rendre public, expliquer, démontrer, la validité de l’épistémologie fondée sur la logique. Enseigner, sans doute. Savoir donner de l’intérêt pour cette discipline de toute première importance et dans quel but ? Participer à un projet des plus honorables à nos yeux, et des plus utiles : tenter de montrer la voie vers l’indépendance d’esprit, la réflexion critique outillée, le rationalisme critique, … la liberté de penser, et en fin de compte, la véritable pensée.

*                                     *

« Donne à un homme un poisson, et il mangera un jour. Apprends-lui à pêcher et il mangera toute sa vie » (Proverbe d’Extrême Orient..).

L’épistémologie, voilà la discipline qu’il faut apprendre ou enseigner pour donner aux hommes les moyens de « pêcher » leurs décisions entre le Vrai, le Faux, et le sans fondement. (Une théorie est démontrée « sans fondement », lorsque sa formulation ne permet pas de prouver qu’elle est fausse ou bien qu’elle peut être « vraie », ou proche de la Vérité. Autrement dit, une théorie est « sans fondement », lorsque aucun test indépendant n’en est déductible et qui puisse fonder une croyance, soit en sa fausseté, soit en sa « vérité »).

*                                  *

Rappel d’un point de vue important sur l’aspect essentiel du rôle de l’épistémologie, celui de Jean-Marie Domenach.

Catégories :Arthur SCHOPENHAUER.