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"La magie des nombres". (Critique de la thèse de Benoît MAURET).

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L’objet de ce texte est de présenter une critique des principales hypothèses et de la méthode de recherche utilisés dans la thèse de Benoît MAURET, au contenu explicitement freudien. Nous montrerons que la méthode employée ne peut, en aucun cas, conduire à l’objectivation des attentes de l’expérimentateur. Nous essaierons, à la suite de nos critiques de proposer une méthode d’investigation, qui, selon nous, pourrait être valide, en ce qu’elle tente de tenir compte des injonctions fondamentales de Freud sur le déterminisme psychique absolu lequel ne peut être dissocié de sa théorie de l’inconscient, mais qui ne peut éviter l’accusation de risquer de suggérer les réponses au sujet d’expérimentation, même si nous considérons que nos propositions seront moins suggestives que celles de Benoît MAURET. Nous pensons que dans ce domaine, il est tout à fait impossible que le protocole expérimental ne puisse, plus ou moins suggérer au sujet d’expérience, les attentes de l’expérimentateur.
On trouvera une présentation de la thèse de Benoît Mauret en suivant ce lien :
1. Les principales hypothèses de la recherche :
« a) Il existe une composante affective mise en jeu par l’élève dans l’apprentissage et l’utilisation des chiffres et des nombres. »
Telle qu’elle est formulée, cette hypothèse a la caractéristique d’un énoncé existentiel au sens strict. La caractéristique de tous les énoncés de ce type est d’être logiquement irréfutables et logiquement vérifiables. On ne peut donc soumettre à d’authentiques tests un tel énoncé, à partir duquel on ne pourra donc trouver que des confirmations lues à la lumière de cet énoncé qui ne permet l’existence, apriori, d’aucune classe de falsificateurs potentiels ou énoncés de base, qui seuls, à la suite de tests, nous renseigneraient sur sa portée descriptive, explicative et prédictive.
« b) L’inconscient participe dans les représentations et les comportements des élèves à l’égard des nombres et en particulier à l’égard des chiffres. »
Si c’est bien la théorie de l’inconscient freudien qui est sensée être testée dans ce travail de recherche, on ne peut la dissocier de ce sur quoi elle repose : le postulat d’un déterminisme psychique absolu, aprioriste, excluant tout hasard et tout non-sens psychique, ainsi que Freud lui-même (mais aussi Lacan) l’a déclaré à de multiples reprises dans plusieurs de ses livres et surtout dans le chapitre 12 de la « Psychopathologie de la vie quotidienne ».
Là encore, si l’on tient compte (comme on doit le faire) de ce qui est impliqué, stricto sensu, par les affirmations de Freud au sujet du déterminisme psychique, il est logiquement impossible de ne pas trouver partout, et pour tous les types d’exemples possibles aussi insignifiants et subtils qu’ils puissent être, des confirmations de cette hypothèse, et jamais des réfutations.
En somme, on ne peut pas dire avoir testé la théorie de l’inconscient de Freud sans avoir tenu compte de son postulat déterministe, ou en l’ayant discrètement éludé.
Si l’on veut, par contre, tester la théorie de l’inconscient de Freud, en tenant compte des exigences strictes de son déterminisme dont elle dépend indissociablement, on est obligé, comme le démontra Karl Popper dans son livre « L’univers irrésolu, plaidoyer pour l’indéterminisme », de se soumettre au fameux « principe de responsabilité renforcé » dont parle Popper. C’est-à-dire que l’on est obligé de fournir les moyens de calculer, avant une prédiction, les mesures possibles des conditions initiales qui pourraient en être déduites, en rendant compte par avance, de toute erreur possible aussi infinitésimale soit-elle, de telle sorte que cela priverait le prédicteur du droit de plaider que les conditions initiales n’étaient pas suffisamment précises avant la réalisation de son projet de prédiction, en cas d’échec, même infime de ce dernier.
En somme, si les comportements des élèves à l’égard des chiffres sont, selon cette hypothèse, soumis à la théorie de l’inconscient de Freud, alors cette hypothèse n’est pas testable. Il est impossible d’en connaitre les limites en identifiant expérimentalement la manière dont elle pourrait être contredite par les faits, puisque en dépendant du déterminisme psychique absolu et excluant tout hasard et tout non-sens, aucun fait ne peut entrer en contraction avec la théorie.
On ne peut donc effectuer aucun test sur lequel fonder notre croyance en une valeur explicative, descriptive ou prédictive de cette théorie. Nous ne saurons donc jamais si cette théorie est fausse, ou à quel point et dans quelle mesure (scientifiquement reproductible de manière indépendante) elle s’approche de la vérité, c’est-à-dire d’un certain degré de correspondance avec les faits. Comme il est impossible de savoir si la théorie est fausse ou si elle peut être vraie, cette théorie, ni « vraie », ni fausse, est donc sans aucun fondement empirique. Elle n’a strictement aucune valeur descriptive, explicative et prédictive universelle corroborable et corroborée par des tests.
« Cette recherche a pour objectif de faire apparaître les composantes fantasmatiques de l’objet nombre. »
« Nous pourrons également observer l’expression symbolique et les mécanismes de défense mis en jeu ainsi que les différentes stratégies pour lutter contre la prise de conscience de mobiles inconscients, avec les frustrations et les angoisses qui peuvent en résulter. »
Il s’agit donc au préalable d’identifier quelle est la théorie universelle du fantasme, puis du symbole, puis de la frustration, puis de l’angoisse…et à quelle théorie de l’inconscient puis du déterminisme psychique inconscient tout cela se rattache. Mais si c’est de la théorie de Freud dont il est question, (et c’est bien d’elle dont il est question) alors on retombe dans les critiques précédentes.
2. Un exemple de la méthode de recherche employée :
« Les élèves ne connaissaient pas la finalité du test et ont participé avec le seul souci de réaliser une rédaction. Le texte proposé était le suivant :

Après avoir parcouru des plaines et traversé des montagnes vous arrivez au pays des chiffres. Racontez ce que vous observez et ce que vous ressentez. »
Contrairement à ce que croît l’auteur, la « finalité » du test est fortement suggérée aux élèves dans le sujet de la rédaction. Comment, en effet, l’élève, ne peut-il penser à quelque chose d’incongru, de fantasmatique, d’onirique, d’imagé, de symbolique, si on lui demande de réfléchir à la relation qu’il pourrait y avoir entre deux situations totalement différentes en nature, puisque la première est empiriquement possible, alors que la seconde, imaginaire, ne l’est pas : se promener dans les montages, ce qui peut être plausible dans le réel, et arriver dans le pays des chiffres, ce qui n’est possible que dans l’univers de l’imaginaire ?
Il ne s’agit donc, ici, nullement de demander aux élèves de faire des « associations libres » (de toute suggestion de l’expérimentateur ou même du dispositif expérimental), mais d’amener indiscutablement l’élève à répondre dans le sens de « l’hypothèse » de recherche. C’est l’évidence même.
Dans la recherche que propose l’auteur, il est impossible que le sujet d’expérience (l’élève), ne sache pas ce qu’il fait et qui correspond à la demande de l’expérimentateur : il ne peut ignorer qu’il fait fonctionner son imaginaire, pour éventuellement créer de toute pièce des relations qui ne se trouvaient pas forcément « déjà-là » dans son inconscient. Toute la réponse de l’élève, comme sujet d’expérience, n’est pas une fabrication autonome, indépendante du protocole, elle est en réalité une fabrication à deux personnes, le sujet d’expérience, et l’expérimentateur.
Ce commentaire peut se rapprocher de la critique que fait Mikkel Borch-Jacobsen dans « Folies à plusieurs », et, plus récemment dans « La guerre des psys. Manifeste pour une psychothérapie démocratique », à propos de l’hypnose, de la psychologie, de la psychanalyse, et, finalement de l’existence de l’inconscient, et des « fonctions » mêmes de cette prétendue existence. Nous citerons quelques passages du chapitre de ce dernier livre, intitulé : « l’inconscient simulé », lesquels nous semblent, par analogie, répondre de manière adéquate au problème que nous soulevons au sujet de la validité méthodologique de la recherche de Benoît Mauret.
Page 39 : « (…) C’est à la seule condition que le sujet ne sache pas ce qu’il fait pendant qu’il est hypnotisé qu’on peut parler d’un état objectif, susceptible d’être étudié « en troisième personne » par le psychologue. Si le sujet, par contre, était conscient d’obéir aux suggestions de l’hypnotiseur, le psychologue verrait son objet disparaître devant ses yeux : le soi-disant « hypnotisé » aurait tout simplement accédé aux demandes de l’hypnotiseur, que ce soit par jeu, complaisance ou simple politesse. (…) ».
En effet, comme nous l’avons fait remarquer plus haut, le sujet de rédaction incite les élèves à répondre dans le sens de ce qu’on leur demande, sur la nature même de leur participation. Ce sujet revient à demander aux élèves : « voilà, je cherche à mettre en évidence un lien entre les nombres et vos fantasmes, vos angoisses, vos frustrations, vos pulsions, voulez-vous m’aider ? ».
Ensuite, Borch-Jacobsen, reprenant un commentaire de Sigmund Freud au sujet du rôle de l’inconscient dans le récepteur de l’ordre (celui à qui l’hypnotiseur demande de faire certaines choses), met en évidence le fait que « l’objectivité des phénomènes hypnotiques est entièrement suspendue à l’hypothèse d’un inconscient psychique », ce qui explique que « les injonctions de l’hypnotiseur soient si souvent des demandes d’inconscient ou du moins d’inconscience : « Dormez. » « Vous ne vous souviendrez plus de rien. » etc. » Mais cette demande d’inconscient pourraient bien être que le reflet complaisant des attentes, expectatives et suggestions de l’hypnotiseur. Ensuite, Borch-Jacobsen, souligne que « la demande d’inconscient, en ce sens, est une demande d’ignorer la demande ; il faut que le sujet donne des gages qu’il va accepter de jouer le jeu comme si de rien n’était, comme s’il ne savait pas qu’il s’agit d’un jeu qu’il joue avec l’hypnotiseur.(…) »
Enfin, Borch-Jacobsen en vient à cette constatation cruciale, non plus à propos de l’hypnose mais à propos de la psychanalyse, page 42 :
« La règle du jeu analytique exige que les patients ne sachent pas pourquoi ils aiment leur analyste, pourquoi ils ont des rêves œdipiens ou des phantasmes de castration, faute de quoi ces manifestations réputées spontanées de l’inconscient risqueraient fort d’apparaître comme un produit des demandes inhérentes au dispositif analytique lui-même et la théorie psychanalytique ne se distinguerait plus, dès lors, d’une banale entreprise de suggestion. Voilà pourquoi il faut l’inconscient : pour protéger le thérapeute ou le psychologue contre l’accusation de contaminer ses données, pour empêcher que celles-ci n’apparaissent comme le fruit d’une interaction entre le sujet et l’expérimentateur, le patient et le thérapeute. En ce sens, l’inconscient n’est pas quelque chose qui aurait été « découvert » un beau jour par Freud ou par les hypnotiseurs qui l’ont précédé. C’est un impératif, une impérieuse demande d’objectivation de la part du psychologue scientifique, sans laquelle son objet n’existerait tout simplement pas : « Sois inconscient ». »
Toutefois, et en s’appuyant sur les travaux de Delbeuf, lequel affirmait qu’au cours de l’hypnose, les sujets simulaient inconsciemment tout ce qu’on leur demandait, Borch-Jacobsen montre que la théorie de l’inconscient, par cette voie, se retrouve confortée. Mais Borch-Jacobsen conteste l’affirmation de Delbeuf en posant la question de savoir comment Delbeuf pouvait être aussi sûr qu’il y a simulation « inconsciente ». Il s’appuie ensuite sur les travaux d’Ernest Hilgard qui ont démontré qu’il suffisait d’interroger un sujet sous hypnose pour que celui-ci rapporte qu’il y avait eu, tout au long du processus d’hypnose, « un observateur caché qui assistait au théâtre de la transe ». Il suffit donc, en vient à écrire Borch-Jacobsen, de faire une autre demande pour obtenir une autre réponse. Et il en conclut, à juste titre, « que l’on ne peut attribuer aucune caractéristique propre à l’hypnose – pas même l’inconscience. »
Notre critique de la méthode de recherche de Benoît Mauret repose donc sur les mêmes arguments de Borch-Jacobsen concernant l’hypnose. Ce dernier identifie d’ailleurs le même problème pour la méthode des associations libres de Freud qu’il ne juge pas moins suggestive que celle de l’hypnose en ce qu’elle comporte exactement la même « demande d’inconscient ».
Le sujet de rédaction posé par Benoît Mauret avait pour but d’inciter les élèves à produire des « associations libres » sur les nombres, en relation directe avec leurs fantasmes. Comme nous le démontrons, cette méthode ne peut être, en aucun cas probante. Soulignons que Adolf Grünbaum, dans son livre « La psychanalyse à l’épreuve », en arrive aux mêmes conclusions sur l’efficacité de la méthode des associations libres lorsqu’elle est employée par Freud pour, soi-disant, mettre en évidence de manière indépendante de toute suggestion et autres manipulations diverses de Freud, les désirs inconscients refoulés de ses patients. Adolf Grünbaum estime en conclusion, que tout le système échafaudé par Freud n’est qu’un champ de ruines.
3. Proposition d’une méthode de recherche que nous estimons conforme aux exigences freudiennes mais qui ne peut écarter toute possibilité de suggestion :
Nous allons auparavant, relater, par quelques citations tirées d’« Introduction à la psychanalyse » (Petite bibliothèque Payot), et que nous commenterons, la façon dont Freud pouvait entrevoir des expériences sur les nombres et les mots isolés à partir de la méthode des associations libres. Il écrit page 93 :
« (…) J’ai fait de nombreuses expériences de ce genre sur les noms et les nombres pensés au hasard. D’autres ont, après moi, répété les mêmes expériences dont beaucoup ont été publiées. On procède en éveillant, à propos du nom pensé, des associations suivies, lesquelles ne sont plus alors tout à fait libres, mais se trouvent rattachées les unes aux autres comme les idées évoquées à propos des éléments du rêve. On continue jusqu’à ce que la simulation à former ces associations soit épuisée. L’expérience terminée, on se trouve en présence de l’explication donnant les raisons qui ont présidé à la libre évocation d’un nom donné et faisant comprendre l’importance que ce nom peut avoir pour le sujet de l’expérience. Les expériences donnent toujours les mêmes résultats, portent sur des cas extrêmement nombreux et nécessitent de nombreux développements. Les associations que font naître les nombres librement pensés sont peut-être les plus probantes : elles se déroulent avec une rapidité telle et tendent vers un but caché avec une certitude tellement incompréhensible qu’on se trouve vraiment désemparé lorsqu’on assiste à leur succession ». 
Comme on peut le lire, Freud parle d’expériences qui auraient été répétées, donc ayant une valeur indépendante et intersubjective. Mais il ne parle absolument pas du calcul de la précision des conditions initiales de ses expériences, et pour cause…Il reconnaît surtout que les associations « ne sont plus alors tout à fait libres » et qu’il y a donc bien contamination de l’expérience par ses propres attentes ! Comme Freud suggère totalement les réponses qu’il attend, il n’est pas étonnant qu’il parle, non sans mauvaise foi, d’une « certitude tellement incompréhensible qu’on se trouve vraiment désemparé lorsqu’on assiste à leur succession ». Enfin, Freud prétend avoir travaillé sur des cas « extrêmement nombreux ». Mais où sont-ils ? A-t-il jamais publié des statistiques, des mesures ? Nous parle-t-il des conditions initiales de testabilité de ses soi-disant expériences ? Y avait-il des témoins indépendants dans son cabinet pour contrôler ses expériences (les historiens nous apprennent que Freud n’a jamais admis le moindre témoin dans son cabinet, au contraire de Charcot, par exemple) ? Quelle différence fait Freud entre les « raisons » dont il parle, et les « causes » qui sont plus appropriées à sa version déterministe des phénomènes psychiques ? Et, par-dessus tout, si, comme il l’avance, les nombres et les mots isolés seraient déterminés de façon aussi stricte, pourquoi ne propose-t-il aucune expérience de prédictions où il n’aurait pas, au préalable, suggéré ses sujets d’expérience, et où les résultats obtenus, sur des nombres composés de n’importe quel nombre de chiffres, seraient prédits en éliminant à l’avance tout risque d’erreur ?
Mais Sigmund Freud, va encore plus loin. Voici maintenant ce qu’il propose page 94 :
« Un jour, en parlant de cette question à un de mes jeunes clients, j’ai formulé cette proposition que, malgré toutes les apparences de l’arbitraire, chaque nom librement pensé est déterminé de près par les circonstances les plus proches, par les particularités du sujet de l’expérience et par sa situation momentanée. Comme il en doutait, je lui proposai de faire séance tenante une expérience de ce genre. Le sachant très assidu auprès des femmes, je croyais, qu’invité à penser librement à un nom de femme, il n’aurait que l’embarras du choix. Il en convient. Mais à mon étonnement, et surtout peut-être au sien, au lieu de m’accabler d’une avalanche de noms féminins, il reste muet pendant un instant et m’avoue ensuite qu’un seul nom, à l’exception de tout autre, lui vient à l’esprit : Albine. « C’est étonnant, lui dis-je, mais qu’est-ce qui se rattache dans votre esprit à ce nom ? Combien connaissez-vous de femmes s’appelant Albine, et il ne voit rien qui dans son esprit se rattache à ce nom. On aurait pu croire que l’analyse avait échoué. En réalité, elle était seulement achevée, et pour expliquer son résultat, aucune nouvelle idée n’était nécessaire. Mon jeune homme était excessivement blond, et, au cours du traitement, je l’ai à plusieurs reprises traité en plaisantant d’albinos ; en outre, nous étions occupés, à l’époque où a eu lieu l’expérience, à établir ce qu’il y avait de féminin dans sa constitution. Il était donc lui-même cette Albine, cette femme qui à ce moment-là l’intéressait le plus. »
Dans la citation qui précède, on constate que Freud reconnaît lui-même que les diverses caractéristiques d’une expérience, sont de nature à contaminer les réponses des sujets d’expérience ! Ensuite, il réitère la formule d’un nom soi-disant « librement pensé » (« Albine »), dans un protocole d’expérience dont il a reconnu auparavant qu’il ne pouvait que contaminer la réponse du sujet en lui suggérant comment répondre. Pour couronner le tout, Freud décrit lui-même, quelles furent les modalités de la suggestion qui ont amené son patient à dire « Albine » à l’exclusion de tout autre mot, donc selon un déterminisme psychique absolu. Mais pourquoi devrions-nous croire Freud, lui, qui n’a jamais admis de témoins pour contrôler ses prétendues « expériences » de manière indépendante ? Quand on se réfère à tous les mensonges, toutes les fabrications, sans aucun précédent dans l’histoire des sciences, sur ses données cliniques, on est déjà porté à rejeter les « preuves » qu’il nous propose. Mais surtout, si la force de sa suggestion était telle, à la suite de sa plaisanterie, (« albinos »), et aussi compte tenu des caractéristiques propres à son patient, pourquoi Freud n’a-t-il pas tenté de prédire que sont patient dirait « Albine », plutôt que de se livrer à une rétrodiction pour le moins douteuse ? Qu’aurait dit Freud, si au lieu de « Albine », le patient avait dit « Alpine » ? Dans les deux mots, il y a bien « al » (faisant référence à « al-binos »), mais dans le deuxième, il y a « pine » (faisant référence au pénis, donc, indirectement, au penchant de son patient pour les femmes. Comme quoi, le symbolisme freudien est à la portée de tous…). Mais « Alpine » est un nom qui a un sens connu, et qui désigne ce qui se rattache aux Alpes. A n’en pas douter, voilà qui n’aurait pas mis la théorie de Freud en échec, puisque, comme il le dit, en tenant compte des « circonstances les plus proches », et surtout que, s’agissant des mots, des nombres ou des rêves, ce n’est pas tant le « contenu manifeste » qui est significatif, mais le « sens caché » , Freud aurait très bien pu dire qu’il faut chercher les motifs sexuels inconscients qui sont liés à la formulation du mot « Alpine ». Ce que nous avons essayé de démontrer, c’est que la nature des théories de Freud, ainsi que celle des expériences qu’il propose, ne peuvent pas mettre ses interprétations et ses théories en échec. C’est impossible, tant que Freud ne nous dit absolument rien sur le degré de précision requis pour des prédictions et non des rétrodictions qui pourraient être réalisées sur la base de ses théories.
Avant d’en venir à notre proposition d’expérience, qui elle, tente des prédictions, voici comment Freud se contredit à propos de l’importance de la suggestion, lui qui a affirmé sans équivoque dans « Psychopathologie de la vie quotidienne », que les mots et les nombres, étaient les meilleurs exemples, dans lesquels la suggestion si souvent incriminée du médecin pouvait être exclue avec une certitude absolue. Page 223 (« Introduction à la psychanalyse ») :
« Si les paroles et les suggestions du médecin ont acquis une certaine importance, elles s’intercalent dans l’ensemble des restes diurnes et peuvent, tout comme les autres intérêts affectifs du jour, non encore satisfaits, fournir au rêve des excitations psychiques et agir à l’égal des excitations somatiques qui influence le dormeur pendant le sommeil. De même que les autres agents excitateurs de rêves, les idées éveillées par le médecin peuvent apparaître dans le rêve manifeste ou être découvertes dans le contenu latent du rêve. Nous savons qu’il est possible de provoquer expérimentalement des rêves ou, plus exactement, d’introduire dans un rêve une partie des matériaux du rêve. De ces influences exercées sur les patients, l’analyste joue un rôle identique à celui de l’expérimentateur qui, comme Mourly-Vold, fait adopter aux membres des sujets de ses expériences certaines attitudes déterminées. »
La dernière partie de la citation qui précède est suffisamment édifiante et ne nécessite aucun commentaire.
Comment pouvait-on proposer une expérience qui aurait pu être réalisée en essayant d’éviter le problème de la suggestion (mais finalement sans y réussir) et surtout en respectant les célèbres injonctions de Freud sur le déterminisme psychique absolu et excluant tout hasard, injonctions sans lesquelles on parle d’une toute autre théorie de l’inconscient que celle de Freud ?
Soit quatre moments M1 ; M2 ; M3 et M4.
En M1, le sujet d’expérience ignore tout de ce que va demander l’expérimentateur.
En M2, l’expérimentateur fait entrer le sujet dans une pièce vierge de toute image, de tout symbole, de tout objet, sauf le nécessaire minimal à l’éclairage. Il s’enferme avec le sujet, et deux contrôleurs observent l’expérimentation, derrière une glace sans teint, afin de contrôler tous les faits et gestes ayant eu lieu au cours de l’expérimentation. Ce sujet d’expérience a ceci de particulier qu’il a été choisi pour ne rien connaitre de la psychanalyse et de Sigmund Freud. Il n’a jamais été analysé.
Toujours en M2, l’expérimentateur dit ceci : « je vais te donner verbalement et successivement une série de nombres, et après chaque nombre donné, tu auras 20 secondes pour dire tout ce qui te passe par la tête. » Puis l’expérimentateur donne successivement les nombres suivants : « 123 » ; « 5689544 » ; « 45 » ; « 9638527411 » ; « 3658 » ; « 8563 » ; « 6538 » ; « 5853 » ; « 7852222 ».
Dans cette première expérience, on prédit que le sujet, répondra des mots ou mieux des phrases très précises qui révèlent, selon la théorie de Freud, ses fantasmes, ses pulsions, ses angoisses, ses frustrations. Conformément au postulat freudien du déterminisme psychique absolu, on prédit donc que si les réponses données par le sujet s’écartent aussi faiblement que ce soit des réponses attendues, le test prouve l’échec de la théorie.
Mais ceci pose immédiatement certains problèmes insurmontables :
– si, comme le dit Freud, tous les nombres sont rigoureusement déterminés, il y a donc une cause stricte, spécifique pour chacun d’entre eux, qui ne peut donc être identique à une autre. Ensuite, si, comme le dit Benoît Mauret, la formulation des nombres est liée aux fantasmes du sujet, alors, chaque nombre de notre expérience, et même la place de chaque chiffre dans chaque nombre, doit être liée par une relation stricte de cause à effet, à un fantasme précis, unique en son genre. Ceci implique que pour que notre expérience réussisse, il faut prédire avec une exactitude absolue, la réalité des fantasmes qui seraient reliés à « 123 » ; « 5689544 » ; « 45 » ; « 9638527411 » ; « 3658 » ; « 8563 » ; « 6538 » ; « 5853 » ; « 7852222 » ! Mais, après tout, pourquoi pas : « 54687165716571671 » ; « 465165716414561 » ; « 687164516416416451654165 » ; etc ? On objectera cependant, que les nombres choisis pour l’expérience, n’ont pas été choisis par le sujet, et que, par conséquent, ils ne peuvent avoir strictement aucun sens pour lui, donc qu’il est tout à fait impossible qu’il puisse y relier une quelconque émotion qu’elle qu’en soit sa nature (ce qui rendrait l’expérience inutile). On modifiera alors l’expérience selon les modalités suivantes : on demande au sujet de formuler par écrit, successivement, les nombres de son choix, en précisant que le nombre de chiffres par nombre importe peu, mais que pour les besoins de l’expérience il devra se limiter à 20 chiffres par nombre. On donne donc un temps de 20 secondes pour que le sujet formule le premier nombre. Puis, après la formulation, on demande au sujet ce que ce nombre « signifie pour lui qui l’a choisit ». Mais avec une telle expérience, on induit fortement le sujet à répondre dans le sens des attentes de l’expérimentateur, car la nature de la demande est totalement incongrue du fait même du protocole. Pourquoi, en effet, un nombre tel que « 46154716716871687 » et qui pourrait être écrit par le sujet, devrait-il avoir un sens, si ce n’est en le créant de toute pièce, pour répondre aux attentes de l’expérimentateur ? Ici, on se rend bien compte, que n’importe quel sujet ou presque est capable de faire fonctionner son imaginaire pour donner du sens à n’importe quel nombre. C’est logiquement possible. Avec de l’imagination, on peut trouver un « sens fantasmatique » à ce nombre : « 87164164516451654164516540178171841654 », ou à n’importe quel autre.
– le sujet se retrouverait, dans cette nouvelle situation expérimentale, pratiquement dans la même situation proposée par Benoît Mauret à partir d’un sujet de rédaction. Parce que demander à un individu de dire tout ce qui lui passe par la tête après la simple formulation successive de nombres par une tierce personne, est suffisamment incongru et bizarre pour ne pas l’inciter à répondre de manière « incongrue et bizarre ». A supposer maintenant le cas contraire, où le sujet aurait compris immédiatement ce que l’on attend de lui, c’est-à-dire qu’il ne considèrerait pas les requêtes de l’expérimentateur comme incongrues et bizarres, alors l’on aurait toutes les raisons de penser qu’il s’emploierait à répondre dans le sens des attentes de l’expérimentateur. Par exemple, après le nombre « 7852222 », il pourrait répondre : « je me vois en millionnaire ».
– il est impossible de contrôler la précision dans le résultat de chaque prédiction par rapport au projet en respectant le principe du déterminisme psychique absolu de Freud. Parce que l’on part d’une donnée quantitative, un nombre, pour en attendre une donnée qualitative, une phrase, ou quelques mots. A la rigueur on pourrait estimer que l’expérience réussit si à la suite de « 123 », le sujet répond une phrase jugée « chargée d’affects » comme « je pense à un énorme chien avec deux crocs brillants et trois têtes horribles » ; ou si à la suite de « 45 », il répond , « je pense à mon frère tuant mon père avec un colt 45 ». Dans la seconde réponse, l’expérimentateur pourrait y voir un « conflit œdipien latent ». Peut-être pensera-t-on que les réponses du sujet satisfont finalement au principe du déterminisme psychique absolu, si après chaque nombre, il répond une phrase chargée d’affects ou interprétée comme telle. Mais tout le problème reste encore celui de l’interprétation dans le sens de la théorie freudienne, grâce, notamment, à la fonction du symbole et au jeu des ambivalences. Et même en l’absence de réponse chargée d’affects, l’expérimentateur pourrait toujours faire intervenir l’argument du refoulé : si l’on ne trouve aucun signe d’angoisse, de frustration ou de pulsion dans les réponses du sujet, c’est qu’il les refoule inconsciemment. Mais en employant un tel argument, l’hypothèse de recherche est absolument irréfutable.
– comment donc s’assurer que l’expérimentateur n’interprète pas chaque réponse du sujet dans le sens de la théorie de Freud ? Nous posons ici, le problème des options théoriques de l’expérimentateur qui se trouve dans la situation d’interpréter de façon freudienne, dans un protocole freudien, des objets (fantasmes, pulsions, angoisses, frustrations), freudiens. C’est comme si Newton interprétait la gravitation avec des éléments gravitationnels, ne pouvant ainsi éviter le piège de la circularité.
– comment être sûr que l’expérimentateur ne contamine pas les réponses du sujet avec ses propres fantasmes, angoisses et frustrations ? [Mais comme nous l’avons vu plus haut avec l’analyse de Borch-Jacobsen sur l’hypnose, ceci rendrait raison à une possible objectivation de l’inconscient et du déterminisme psychique absolu, puisque si, d’un côté, le sujet ne corrobore pas l’hypothèse à cause de la suggestion inconsciente ou consciente de l’expérimentateur, on peut, grâce à l’interprétation, faire en sorte que ce soit l’expérimentateur lui-même qui la corrobore à son insu ! Ceci, comme on l’a vu plus haut, rend toute théorie de l’inconscient caduque et inutile].
– dans le cas où les réponses d’un ou plusieurs sujets seraient jugées comme satisfaisantes, il n’y a aucune base suffisamment étendue sur laquelle se fonder pour en conclure à la vérification d’une loi universelle, sauf, bien entendu une procédure entièrement inductive, donc invalide.
– mais, en fin de compte, la difficulté majeure, réside dans le fait que l’on ne puisse calculer « la précision des mesures possibles à partir desquelles peuvent se calculer les conditions initiales » (Popper, p.11), si l’on reste conforme au postulat du déterminisme psychique absolu et aprioriste de Freud.En effet, comment calculer, à partir de notre projet de prédiction spécifié (à la suite d’un nombre formulé par l’expérimentateur, tel que, « 6538 », le sujet répondrait quelque chose, un mot, une phrase, tout autre chose, sous la forme d’une association libre…), « le degré de précision nécessaire dans notre information de départ pour que le projet puisse être mené à bien » ? (Popper, p.13). Par exemple, si nous disons « 6538 », comment déterminer à l’avance, et avec une précision absolue, la manière de calculer la marge d’erreur qui pourrait se produire entre deux réponses données par le sujet, sachant que conformément au déterminisme psychique absolu excluant tout hasard et tout non sens, toute différence, aussi infime soit-elle, dans le choix, le nombre et la place de chaque mot, de chaque lettre, dans une réponse du sujet, pourrait constituer une falsification empirique de la théorie ? Même une analyse préalable et aussi longue que l’on voudra, des « caractéristiques psychiques » du sujet d’expérience, ne pourrait logiquement jamais constituer une base de connaissances suffisamment étendue pour maîtriser de manière certaine n’importe que degré de précision dans les mesures possibles du calcul des conditions initiales d’un tel projet de prédiction. Donc, faut-il le répéter encore, la théorie de l’inconscient de Freud, parce qu’elle ne peut être dissociée de son postulat déterministe si spécifique et intenable (à cause des affirmations répétées de Freud sur ses convictions déterministes en relation avec l’inconscient), ne peut, en aucun cas être falsifiable, et, par suite, être soumise à des tests. Il ne s’agit pas de science, mais de pseudo-science.
Que peut maintenant répondre, logiquement, le sujet d’expérience, à supposer qu’il ne soit pas suggéré par le protocole expérimental ? Le champ des réponses possibles lui est théoriquement infini. (Mais, comme nous l’avons vu, il est impossible de concevoir une expérience de telle sorte que le sujet ne soit pas suggéré à répondre dans le sens de ce qu’on lui demande).
– d’autres nombres…
– des mots isolés…
– des séries de deux mots…ou de plusieurs sans liens logiques entres eux…
– des séries composées de nombres et de mots isolés…
– des phrases cohérentes sans nombre…
– des phrases cohérentes avec des nombres…
– etc…
En M3, l’expérimentateur fait sortir son premier sujet d’expérience, et demande à un autre sujet qui n’a pu assister à l’expérience ou voir le sujet précédent, de rentrer dans la pièce. Ce second sujet d’expérience a ceci de particulier qu’il a été analysé pendant 5 années à partir de la thérapie freudienne et de sa théorie de l’inconscient, mais sans que jamais on lui ait posé des questions sur les nombres. On connaît donc, à l’avance, les fantasmes, les rêves, les obsessions, les névroses, les affects les plus courants de ce sujet.
Les requêtes de l’expérimentateur vont porter sur des mots qui font références à ces caractéristiques connues du sujet.
L’expérimentateur dit : « je vais te donner successivement une série de mots ou de phrases, et après chaque mot ou chaque phrase, tu auras 20 secondes pour dire tout ce qui te passe par la tête. » (Donc on va demander au sujet de faire des « associations libres » apparemment en dehors de tout risque de suggestion dans le sens de l’une ou l’autre des attentes de l’expérimentateur). Puis l’expérimentateur donne successivement les mots et les phrases que l’on retrouvera un peu plus bas (lesquels ont été préparés à l’avance ainsi que leurs réponses attendues respectives, en tenant compte des caractéristiques propres au sujet).
Il s’agit donc de prédictions. On prédit que si l’on prononce tels mots ou phrases, autres que celles faisant référence à une date quelconque, le sujet fera inévitablement et avec une précision absolue, en conformité avec le déterminisme psychique freudien, des relations avec certains nombres, et qu’il les formulera à l’exclusion de tout autre chose. On prédit même, pour être bien conforme au postulat du déterminisme psychique absolu excluant tout hasard et tout non sens, que tel nombre sera même formulé avec un nombre précis de membres lesquels seront à une place précise dans le nombre. Cette règle s’appliquant à tous les autres nombres prédits sans exception. Toujours conformément à la règle rigide du déterminisme freudien, une seule erreur, par exemple un chiffre dans un nombre qui ne se trouverait pas à sa place prédite, pourrait réfuter l’hypothèse.
Puis l’expérimentateur demande : « elle est belle… » => réponse prédite : « 69 ». « les rats sont terrifiants » => réponse : « 1734 » ; « Vienne » => réponse : « 5412589 » ; « il a envie de voler avec les milans » => réponse : « 100123 » ; « ses seins sont comme des poires noires » => réponse : « 35897458 » ; « il y a des loups dans ma chambre » => réponse : « 7 » ; « Aliquis » => réponse : « 2467 » ; « tagenrog » => réponse : « 426718 ».
(Les nombres 1734 ; 2467 ; 426718 ; et les mots « aliquis » et « tagenrog », que j’ai pris en exemple ici, furent aussi interprétés par Freud lui-même dans son « Psychopathologie de la vie quotidienne » pour soi-disant prouver le déterminisme psychique absolu).
Que peut répondre le sujet d’expérience, s’il n’est pas (en principe) suggéré dans ses réponses ?
Tout ce que le précédent sujet aurait pu répondre précédemment, mais, on l’espère, plutôt tous les nombres prédits par l’expérimentateur freudien, et ce, sans la moindre erreur possible. Car l’erreur, même la plus infime (comment la connaître avec exactitude étant donné que l’infinitésimal est inaccessible apriori ?), pourrait signifier l’échec d’une théorie de l’inconscient fondée sur un déterminisme absolu excluant tout hasard et tout non-sens et donc de la possible détermination causale de fantasmes afférents.
Il faut insister sur la réussite de prédictions pour bien mettre en évidence, (comme le fait remarquer Jacques Bouveresse dans son livre « Mythologie, philosophie, et pseudo-science, Wittgenstein lecteur de Freud »), « qu’un processus qui peut être prédit avec certitude est d’une manière ou d’une autre causalement déterminé, et qu’inversement le caractère causalement déterminé d’un processus implique la possibilité de le prévoir ».
Je prétends que seul un test de ce type respecte à la lettre les injonctions freudiennes sur le déterminisme psychique absolu sur les nombres, d’une part, et, d’autre part, pourrait, s’il était réalisable, corroborer de manière indépendante et reproductible une forte corrélation (voire une corrélation absolue d’une valeur de 1), entre les fantasmes du sujet d’expérience et sa propension à en déterminer le choix de nombres. Mais un tel test est, certes envisageable en théorie, ne l’est, malgré les apparences, pas du tout en pratique. Parce si nous avons donné des exemples de nombres censés être prédictibles, rien ne nous permet de justifier le choix apriori du nombre de membres dans chacun des ces nombres ! Pas même une analyse préalable de l’inconscient du sujet d’expérience, puisque cette analyse, se faisant elle aussi par la méthode des associations libres (ou peut-être une autre méthode comme l’hypnose), ne pourrait être exempte de l’accusation de suggestion des réponses de l’analysé dans le sens où ses réponses nous permettraient de nous orienter vers le choix de ces nombres, choix qui correspondrait, en réalité, à nos attentes de départ…
Mais on jugera encore l’expérience proposée en M3 comme bancale, pour cette raison qu’il ne serait pas préjudiciable pour l’hypothèse de départ, que d’inciter le sujet à répondre spécifiquement des nombres. On objectera donc qu’il faut que le sujet réponde des nombres, mais que l’hypothèse exige que ce ne soit pas n’importe quel nombre (avec une précision absolue, toujours en conformité avec le déterminisme psychique absolu).
L’expérience maintenant proposée en M4, consistera donc en ceci :
On fait entrer un autre sujet d’expérience, lui aussi analysé pendant 5 années, lors desquelles on aura pris soin de ne faire allusion à aucune date ou nombre particulier. On lui pose les mêmes questions que pour le sujet en M3, en lui précisant qu’il doit répondre les nombres qui lui passent par la tête, et uniquement des nombres. On prédit donc que pour chaque mot ou phrase donnée au sujet (exactement comme en M3), ce dernier répondra seuls certains nombres précis, comportant tous un nombre précis de chiffres, eux-mêmes agencés dans un ordre précis. On est obligé d’entrevoir une telle précision, car si le sujet peur répondre n’importe quel nombre, alors il sera par trop évident que le sujet ne fait que plier ses réponses directement aux injonctions du protocole expérimental.
Comme on le constate aisément, une telle expérience n’a aucune chance de réussir. Puisque si il y a bien un lien inconscient de cause à effet entre les fantasmes et les nombres, lien inconscient lui-même régit par un déterminisme psychique absolu et excluant tout hasard, et si l’on veut montrer que les réponses du sujet (qui selon Freud ne doivent rien au hasard) ne peuvent être majoritairement suggérées par le protocole expérimental, alors, on est obligé de faire des prédictions dont les résultats auront une précision exacte. En effet, si l’on était pas capable de prédire avec exactitude la formulation d’un nombre où chaque chiffre est à sa place, alors on pourrait rejeter le résultat de la prédiction en arguant du fait que le nombre donné par le sujet est différent de celui prédit par l’expérimentateur ! Par exemple, si à la suite de la requête suivante de l’expérimentateur : « ses seins sont comme des poires noires », le sujet répond : « 3580058 » au lieu de : « 35897458 » (initialement prédit), alors la différence entre les deux nombres, même si elle porte sur un chiffre ou sur la place d’un chiffre, suffit à réfuter l’hypothèse de recherche.
Mais envisageons, pour terminer, une autre expérience, à un moment M5 :
Dans cette expérience, on fait entrer un autre sujet, lui aussi analysé pendant 5 ans, ce qui est supposé permettre, comme pour les précédents sujets, une connaissance suffisamment étendue de ses caractéristiques psychiques, afin de réaliser certaines prédictions.
Toutefois, cette expérience ne sera pas « freudienne », dans le mesure où elle abandonnera le principe du déterminisme psychique absolu, pour s’en tenir à un déterminisme relatif. Ce déterminisme relatif impliquera que l’expérimentateur prédit par exemple, que les réponses sur des nombres, relatives à des questions sur certains fantasmes, auront tel nombre de chiffres par rapport à d’autres réponses possibles. L’expérimentateur, forme donc, de manière hypothétique des classifications universelles, du genre :
H1 : « Tous les fantasmes liés à la pulsion de mort suscitent la formulation de nombres dont le nombre de chiffres est compris entre 1 et 3 (exemple : 666) ».
H2 : « Tous les fantasmes liés à la pulsion de vie suscitent la formulation de nombres dont le nombre de chiffres est compris entre 9 et 11(exemple : 5544444455) ».
Après d’autres recherches, et à partir de la corroboration des précédentes lois universelles, l’expérimentateur pourrait risquer des hypothèses toujours plus précises, en spécifiant, outre le nombre de chiffres par nombres, le type de chiffre, puis la place de chaque chiffre, et ainsi de suite…Tout cela dans le but de parvenir à corroborer des lois universelles permettant des classifications toujours plus précises et détaillées entre les nombres, par rapport aux fantasmes inconscients qui sont sensés en déterminer la formulation.
Comme nous l’avons dit plus haut, cette expérience n’aurait plus rien à voir avec la théorie de l’inconscient freudien, puisqu’elle évacue totalement le problème du déterminisme psychique absolu et excluant tout hasard et tout non-sens. 
Pourtant, nous considérons que cette expérience est réalisable en pratique. Il faudrait, comme en M4, demander au sujet de ne répondre que des nombres, suite aux demandes de l’expérimentateur, qui lui proposerait plusieurs items comme ceux cités plus en haut, en M3. On considèrerait que H1 (ou H2) est réfutée s’il y a un pourcentage jugé significatif de nombres formulés par le sujet, dont le nombre de chiffres se situe en dehors de l’intervalle prédit, et ce, de façon répétable, quels que soient les sujets (ou alors en faisant d’autres hypothèses en fonction de l’âge, du sexe, des névroses ou autres maladies psychiques particulières, etc).
Mais même dans ce dernier type d’expérience, nous pensons qu’il y a fort peu de chances pour que H1 ou H2 soit corroborée de manière satisfaisante. En effet, le sujet peut finir par discerner les questions qu’on lui pose, du fait de leur contenu respectif, et être tenté de donner volontairement des nombres de taille différente adapté à chaque type de question. Il « corroborerait » ainsi lui-même l’hypothèse de l’expérimentateur,…tout en répondant à en dehors de la fourchette prédite au départ…
« Suite à ces différents entretiens il est apparu des thèmes privilégiés et des représentations fortement chargées d’affectivité. La méthodologie employée consistait à faire parler librement les élèves sur les nombres. La passation des entretiens s’est réalisée durant le temps scolaire (au moment d’une heure d’étude). Pendant 45 minutes à une heure les élèves pouvaient s’exprimer sur leur vécu dans la relation avec les nombres. »
Ce genre de situation ne peut que suggérer le sujet d’expérience à répondre dans le sens de l’hypothèse et à en donner des confirmations. Elle ne peut, en aucun cas être une mise à l’épreuve de l’hypothèse afin d’en évaluer sa valeur descriptive, explicative et prédictive réelle. Dans la situation qu’il propose, l’auteur de ces recherches ne peut « faire parler librement les élèves », ou, dans le jargon freudien, leur demander des associations libres, sans leur suggérer ses attentes. Comme l’écrivait Popper, « si ce sont des confirmations que nous cherchons, nous pouvons toujours en trouver, pour à peu près n’importe qu’elle théorie ». Et la théorie de l’inconscient freudien assortie de son déterminisme, ne peut pas ne pas trouver partout des confirmations. Comme le disait Jacques Alain Miller, psychanalyste, lors d’un forum organisé par le Nouvel Observateur, où il était questionné par des internautes pour le moins sceptiques, « plutôt qu’une théorie zéro, je dirais qu’elle [la psychanalyse] est une théorie infinie ». Avec de tels propos, JAM ne se doutait pas qu’il était en train de confirmer l’une des critiques épistémologiques fondamentales de la psychanalyse, l’irréfutabilité.
Pour des travaux du plus haut niveau scientifique sur les nombres et l’intuition des nombres, par exemple, on sera beaucoup plus à son avantage en allant sur le site du Collège de France où sont présentés ceux du Professeur Stanislas DEHAENE, en psychologie expérimentale. Suivre les liens suivants :
On peut aussi consulter les travaux de Lemer, Cathy : Représentations langagières des nombres dans la résolution de calculs mentaux complexes : Une approche par la mémoire à court-terme verbale. Université libre de Bruxelles. Dissertation défendue le 12 décembre. Direction : Jacqueline Leybaert & Alain Content, 2000. Suivre ce lien :
Les travaux de Pascale LIDJI. Relations entre représentations mentales des nombres et représentations mentales des notes de musique. Suivre ce lien :
Fernand DORIDOT. Génèse psychologique du système des nombres et formalisation de l’arithmétique. Suivre ce lien :

Fernand DORIDOT.