Archive

Archive for the ‘Carl MENGER.’ Category

Carl MENGER : des exemples d’institutions nées par voie organique.

 

« En réalité, expliquer les institutions sociales, leur nature et leur développement « comme le résultat d’un calcul humain en vue de leur fondation ou de leur formation, et les ramener à un accord entre individus, ou à des actes législatifs » est – dit Menger – « la première idée qui est venue à l’esprit pour parvenir à comprendre les institutions sociales ». Une telle théorie ou « explication (pragmatique) ne correspondait ni à la réalité, ni à l’histoire ; mais elle présentait l’avantage de ramener toutes les institutions sociales, aussi bien celles qui se présentent comme résultant de la volonté commune des individus socialement organisés que celles pour lesquelles une telle origine ne peut être montrée à une interprétation commune facilement compréhensible, avantage qui a son importance pour quiconque entretient une certaine familiarité avec le travail scientifique et connaît l’histoire de son évolution ».

Mais les hypothèses ne peuvent être considérées comme valides simplement parce qu’elles sont simples et unificatrices (même si cela peut être souhaitable). Il en est de même pour la théorie pragmatique de la genèse des phénomènes sociaux. Par exemple, bien que l’histoire nous enseigne que de nouvelles cités se sont formées parce qu’un certain nombre de personnes, de compétences et de professions diverses, s’y sont réunies dans le but de fonder une ville, « en général les villes nouvelles émergent de manière « irréfléchie », c’est-à-dire comme simple manifestation d’intérêts individuels qui, spontanément et sans aucune forme d’intention précise, conduisent à un résultat utile à l’intérêt général. Les agriculteurs qui les premiers ont occupé un territoire, l’artisan qui en premier s’est établi au milieu d’eux, poursuivent en général seulement un intérêt individuel ; et il en va ainsi du premier aubergiste, du premier marchand, du premier maître… Avec la croissance des besoins au sein de la communauté, d’autres acteurs économiques ont jugé intéressant de s’y installer afin d’y développer des activités nouvelles ou anciennes. Ainsi une organisation économique, très largement bénéfique aux intérêts des divers membres de la communauté, émerge graduellement, sans laquelle il serait impossible de mener une existence normale ; pourtant cette organisation n’est pas le résultat d’une volonté commune. Cette volonté intentionnelle commune ne se manifeste qu’à des stades plus avancés de la vie collective et contribue non pas à la naissance mais au perfectionnement des institutions sociales déjà nées par voie organique ».

Ce qui vaut pour les cités nouvelles, vaut tout autant pour l’Etat. Si la théorie exclusivement organique de l’origine de l’Etat peut sembler unilatérale, « il est tout aussi erroné, et peut-être plus encore anti-historique, d’accréditer la théorie selon laquelle tout Etat serait le résultat d’accords passés entre certains puissants ou leurs groupes afin de le construire ou encore le produit d’une activité consciente orientée dans ce but ». En réalité, remarque Menger, les Etats, tout au moins dans les premiers stades de l’évolution de l’humanité, « ont émergé parce que certains chefs de famille vivant les uns à proximité des autres, en l’absence de toute contrainte étatique et sans se mettre d’accord, mais du seul fait qu’ils avaient appris à connaître toujours mieux leurs intérêts individuels et qu’ils s’efforçaient de les satisfaire (par la soumission des plus faibles à la puissance des plus forts, par le recours à l’aide efficace du voisin quand la menace était telle que même les autres habitants du territoire considéraient leur bien-être menacé), parvinrent à instituer une communauté étatique et une organisation rudimentaire ». En résumé : « Même l’institution que nous appelons l’Etat, fut, tout au moins dans ses formes primitives, le résultat involontaire d’une activité au service d’intérêts individuels. »

(In : Dario ANTISERI. « La Vienne de POPPER. » Editions Presses Universitaires de France. Philosopher en sciences sociales, Paris, 1° édition, janvier 2004, pages : 134 – 136).

 

Catégories :Carl MENGER.