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"Termes universels et le terme d’inconscient en psychanalyse".

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L’inconscient est un terme universel, et comme tous les termes universels, tels que : «conscient», «cerveau», etc. Il est invérifiable mais par contre réfutable. C’est-à-dire qu’il nous est impossible de dénombrer, et à fortiori d’observer dans le passé, le présent, le futur, toutes les preuves qui «garantissent» une définition de l’inconscient qui nous satisfasse définitivement par rapport à une certaine réalité que nous voulons représenter. Autrement dit, la notion d’inconscient ne peut jamais être proposée comme une notion irréfutable et surtout vérifiable avec certitude quelles que soient les conditions initiales d’observation.
On peut donc proposer, d’emblée, que cette notion d’inconscient ne peut dépendre d’aucune forme de déterminisme qui serait absolue, et, encore moins « aprioriste ».
En conséquence, Il est inacceptable de faire en sorte que cette notion soit toujours confirmable et ne puisse jamais être mise en défaut, grâce, notamment, à la fameuse rhétorique des freudiens, laquelle ne fait que trahir leur échec puisqu’il est anormal d’avoir toujours réponse à tout.
Pour que cette notion ait un contenu empirique, c’est-à-dire pour qu’elle puisse exprimer quelque chose d’empirique, de réel, il lui faut des limites, une sorte de contenant empirique qui permette de distinguer le contenu, elle ne peut toujours tout expliquer sans changer de sens ou de définition. (Karl R. Popper : « Je définis le contenu empirique d’une énoncé p comme la classe de ses falsificateurs virtuels. » In : «La logique de la découverte scientifique». Page : 120) Elle ne peut être elle-même fondée par une doctrine ou un postulat déterministe, qui lui donnerait définitivement un pouvoir absolu d’explication.
Elle ne peut reposer sur un déterminisme apriori et absolu, comme en psychanalyse. Si les psychanalystes ont fait, et font encore de leur théorie de l’inconscient un concept « fourre-tout » ou « explique-tout », flexible et adaptable quelles que soient les conditions initiales d’observation, alors ce concept n’a pas de limite, son véritable sens n’est jamais saisissable et ce concept n’explique plus rien du tout.
L’inconscient freudien, et son inséparable acolyte, le refoulement, est pour les psychanalystes, une ressource tout à fait inépuisable d’interprétations puisque pour les freudiens il n’est pas un seul événement de notre conscience et un seul de nos actes aussi insignifiants soient-ils dont la cause ne soit pas fondamentalement réductible à une « explication » par l’inconscient. Mais que l’on ne s’y trompe pas, ce genre de réductionnisme n’est en rien une réussite scientifique. Ce n’est qu’un dogme, une vérité révélée,  à l’invincibilité clairement revendiquée par les psys que nous voulons contribuer à démystifier et à détruire, parce que les dogmes invincibles que l’on réussit à inculquer aux gens et qui contribuent à leur manipulation et à leur contrôle, tiennent de la mythologie voire du sectarisme et n’ont rien à voir avec la Science, qui, au lieu du sectarisme, nécessite la libre discussion critique pour le progrès de ses concepts.
Une authentique science n’offre jamais des concepts au pouvoir absolu et donc à l’heuristique bloquée, elle permet l’évolution des théories et des concepts, qui, parce qu’ils peuvent être soumis à des tests, ont la possibilité d’augmenter à l’infini leur pouvoir heuristique. Les freudiens ont fermé, d’entrée de jeu, toutes possibilités de réelle évolution à leur concept d’inconscient, qui est une sorte de caméléon théorique, donc une entourloupette, et non le produit d’une véritable succession de conjectures et de réfutations.
Exemple 1:
Quand nous disons: «cet homme est fou» nous supposons nécessairement l’énoncé suivant: «toutes les fois que nous sommes (seront) en présence d’un homme ayant telle(s) caractéristique(s), nous dirons qu’il est fou. Mais comme le terme «fou» est un terme universel (tout comme le terme «homme»), et qu’il est invérifiable, il est parfaitement possible que d’ici quelque temps (un siècle ?) les mœurs, la culture, et que sais-je encore, aient changés, de sorte que nous ne jugions plus du tout les gens comme étant des fous, de la même façon qu’avant. Citons, à ce sujet, Mikkel Borch-Jacobsen dans son livre, « Folies à plusieurs » : « les maladies dites «mentales » changent dans le temps et l’espace, subissent des mutations, disparaissent, réapparaissent. Chaque époque, chaque société produit son propre type de «folie» ou de «maladie de l’âme», sans qu’on puisse traduire l’une dans l’autre ou faire de celle-ci la vérité de celle-là ». (In: «Folies à plusieurs». Edition : les empêcheurs de penser en rond, Paris 2002, page 174).
Exemple 2:
Quand nous disons: «c’est une table» nous supposons: «toutes les fois que nous sommes en présence d’une objet ayant telles caractéristiques, nous disons «table» (en non «autel», ou «pupitre», ou autre chose..) et nous sommes obligés de supposer un tel énoncé universel, sinon il ne nous serait pas possible d’observer des tables (les tables ne seraient pas identifiables pour nous, de toute façon , dans de telles conditions, puisque même s’agissant d’un objet n’étant plus fabriqué aujourd’hui, un archéologue serait dans l’obligation de pouvoir disposer dans son système d’attentes, de ce genre d’énoncés pour rechercher les objets n’étant plus utilisés de nos jours).
Tous les objets de notre monde empirique (le «Monde 1» de Popper) nous sont connaissables que parce que nous possédons et formulons, à priori, des termes et des énoncés universels permettant de légiférer sur les conditions de leur acceptation et de leur identification par nos sens. Et ceci vaut, également, pour les objets encore inconnus, jamais vus par nous : si un objet inconnu se présente par hasard devant nos yeux, nous l’identifions parce que nous disposons, à priori, avant sa présentation, de concepts tels que : «objet» et «inconnu». Ainsi, pour un objet tombant subitement sur la Terre, nous pourrions dire : «tiens voici un objet ou une chose inconnue qui tombe au sol», et non pas : «tiens voici un astéroïde ou une météorite» à moins, bien sûr, de conjecturer qu’il s’agit d’un astéroïde ou d’une météorite, grâce à notre système d’attentes nous permettant la formulation instantanée de cette conjecture par la reconnaissance de certaines formes. Enfin, l’absence de concepts aussi élaborés à l’époque de l’homme préhistorique ne pouvait dispenser ce dernier de posséder des termes, un langage ou un code, même archaïques, pour identifier le monde et agir sur celui-ci, à moins de rester en permanence immobile et bouche bée. Les freudiens diraient, bien entendu, que l’homme préhistorique disposait déjà d’un inconscient, d’un «ça», lui aussi primitif et archaïque (en correspondance avec le niveau d’évolution) donc de pulsions inconscientes ou d’origine inconsciente à agir dans certaines directions, lui permettant ainsi d’appréhender le Monde 1 ? (Sinon, à partir de quand les hommes ont-ils eu un «inconscient» psychanalytique qui les détermine ? A partir de Sigmund Freud et pas avant ?). Mais quelles «directions», alors, aurait-il choisies en l’absence des problèmes auxquels il a pu être confronté, comme la fabrication d’outils de plus en plus performants pour la chasse du gibier courant !! Il lui fallait donc conjecturer l’efficacité d’une probable arme pour la chasse ou d’un outil, et cette conjecture n’a pu naître que de la mise en relation de son système d’attentes, et le problème à résoudre. L’homme préhistorique ne pouvait donc être dirigé par des pulsions psychanalytiques inconscientes, mais par une volonté de survie nécessairement consciente pour générer des conjectures efficaces face aux problèmes urgents. L’évolution, c’est-à-dire les problèmes de plus en plus complexes que l’homme a été capable de résoudre, est le produit de l’enrichissement de l’inné par l’enrichissement de l’acquis parce que de nouvelles théories explicatives du monde enrichissent notre système d’attentes et le modifie, et inversement, (et ces modifications, changent, à leur tour, nos actions motrices, qui, elles-mêmes, finissent par faire évoluer nos organes, comme nos organes sensoriels par exemple).
Mais comment faisons-nous alors pour identifier le «déjà là», comme les étoiles ou le ciel, dira le sceptique ? Ces objets ne tombent-ils pas dans notre entendement avant que nous disposions de concepts universels puisqu’ils existaient avant que nous soyons sur la Terre ? L’homme ne peut-il pas identifier, malgré lui, (passivement) le ciel avant toute possession du concept universel «ciel». La réponse est non : sans le concept qui lui est approprié, l’homme ne peut identifier le ciel que comme un objet étrange et inconnu, c’est uniquement de cette façon qu’il existe devant ses yeux.
On comprend aisément comment cet argument s’applique aussi à celui qui recherche par exemple un squelette de Tyrannosaure : les Tyrannosaures peuvent bien «exister» aujourd’hui, car il est tout à fait viable de supposer que l’on découvre encore des squelettes de Tyrannosaure, compte tenu du fait que l’on en a déjà découverts bien après qu’ils aient totalement disparus sous une forme vivante de la surface du globe. Ils «existent» donc toujours d’une manière empirique bien spécifique et bien utile pour les approcher…Cette existence déjà corroborée, n’a pu être elle-même corroborable qu’à partir de la mise à l’essai de certains énoncés généraux relatifs à la paléontologie et de certaines conditions initiales relatives à la géologie ou la géographie. Elle permet donc au chercheur d’espérer trouver d’autres squelettes de Tyrannosaure à l’unique condition qu’il puisse disposer dans son système d’attentes d’un énoncé du genre : «toutes les fois que je me trouve en face d’un squelette ayant telles caractéristiques quasi légales, et sous certaines conditions initiales (relatives par exemple au lieu de la découverte) je pourrai dire qu’il s’agit d’un squelette de Tyrannosaure et pas d’un Allosaure, encore moins d’un éléphant». En fin de compte, toute recherche empirique, nécessite la possession à priori de théories universelles au sens strict lesquelles sont nécessairement réfutables, puisque si je trouve un requin possédant 6 fentes branchiales au lieu de 5, la théorie «tous les requins n’ont que 5 fentes branchiales» est réfutée. Le problème avec une théorie de l’inconscient telle que Freud l’a conçue, c’est-à-dire irréfutable, c’est qu’elle amène inévitablement le «chercheur» qui tente de se plonger dans l’histoire d’une personne, à découvrir un os de Diplodocus plutôt qu’une patte de mouche, voire à transformer l’un en l’autre selon les circonstances, s’il s’avère que les aléas de la «recherche» semblent mettre en péril le caractère irréfutable donné (absolument nécessaire tant que les psychanalystes affirment de surcroît exclure tout hasard psychique) à la théorie qui sous-tend la notion d’inconscient freudien. Tout cela est rendu possible par la fameuse «algèbre psychanalytique», composée des fameuses ambivalences, du jeu subtil des métaphores, des analogies, etc…
Exemple 3:
Quand nous disons: «cet homme possède un inconscient du type freudien», nous ne saurions parler de cet inconscient sans disposer au préalable de l’énoncé: «toutes les fois que nous serons devant telle(s) condition(s) ou caractéristique(s) nous serons en mesure de reconnaître un inconscient du type freudien». Ceci suppose que la notion d’inconscient, indépendamment des aspects freudiens qu’elle peut revêtir, est une notion universelle, donc invérifiable (à cause du «toutes les fois que…») et aussi, de ce point de vue, réfutable.
Mais Freud a toujours avancé des arguments qui faisaient de l’inconscient un terme, ou une notion irréfutable, c’est-à-dire définitivement vérifiée ou universellement confirmable, ce qui, comme nous l’avons démontré, est impossible. D’ailleurs, pouvait-il faire autrement ? Comme le confirme l’affirmation de Freud cité plus bas, laquelle souligne sa croyance dans le déterminisme mental absolu et prima faciae, qui est étroitement liée de manière logique à l’irréfutabilité puisqu’il exclut tout élément de hasard ou tout non-sens dans la vie psychique. En effet, en excluant tout non-sens psychique par l’affirmation que tout ce qui est produit en termes de rêves, de représentations, d’émotions, de sensations, d’intuitions, trouve une cause dans l’inconscient pour la plus infime et pour l’ensemble de nos représentations, émotions sensations ou intuitions, etc, Freud ne peut fournir de conditions initiales permettant de prédire qu’en fonction de sa théorie de l’inconscient, un individu aura telle représentation ou fera tel rêve à tel moment.
Freud n’a donc jamais pu se lancer dans un authentique programme de recherche scientifique avec des conditions initiales aisément manipulables et reproductibles pour des tests expérimentaux indépendants. Des conditions initiales (freudiennes) de prédiction ne peuvent être fournies parce qu’elles supposent un degré de précision infini en corrélation avec le plus infime des faits psychiques censé être observé, interprété ou prédit, et parce qu’il est impossible, a priori,  de fournir toutes les conditions initiales de prédiction pour l’infinie diversité de nos émotions, représentations et intuitions.
En somme, c’est le genre particulier de déterminisme soutenu par les freudiens (prima faciae et absolu) qui est le piège de la psychanalyse. En prônant ce genre de déterminisme, Freud ne s’est probablement pas rendu compte qu’il imposait à sa théorie de l’inconscient une tâche impossible : faire des prédictions, pour être reconnue comme une authentique science, mais avec un degré de précision infini dans les conditions initiales. Mais aucune prédiction de ce genre n’est possible dans une Science quelle qu’elle soit. Sa théorie s’est donc heurtée, d’entrée de jeu, au fameux «principe de responsabilité» dont parle Popper dans son livre : «L’univers irrésolu, plaidoyer pour l’indéterminisme».
Karl Popper :
« En premier lieu, l’idée que se fait le sens commun d’un événement (à expliquer de manière causale) est essentiellement qualitative. Or, le déterminisme «scientifique» exige que l’on puisse prédire un événement avec n’importe quel degré de précision, ce qui dépasse certainement l’idée universelle du sens commun (…) En second lieu, l’idée que se fait le sens commun d’une cause est également essentiellement qualitative. C’est pourquoi certains états de fait échappent au sens commun, dont ceux-ci : les causes – c’est-à-dire, les conditions initiales – ne nous sont jamais données avec un degré de précision absolu; il nous faut donc nous contenter de conditions initiales qui sont, jusqu’à un certain point, imprécises; ce qui, à son tour, soulève des problèmes particuliers. Un troisième problème découle des deux premiers. Le déterminisme «scientifique» exige que l’on puisse prédire tout événement avec le degré voulu de précision, à condition que soient données des conditions initiales suffisamment précises. Mais que veut dire ici «suffisamment» ? Il nous faut, de toute évidence, expliquer ce «suffisamment» d’une manière qui nous prive de droit de plaider – chaque fois que nous échouons dans nos prédictions – que les conditions initiales données n’étaient pas suffisamment précises. En d’autres termes, notre théorie devra rendre compte de l’imprécision de la prédiction. Etant donné le degré de précision que nous exigeons de la prédiction, elle devra nous permettre de calculer le degré de précision des conditions initiales qui suffirait à nous donner une prédiction ayant le degré de précision voulu. J’appelle cette exigence le «principe de responsabilité». Il faudra nécessairement l’incorporer à la définition du déterminisme «scientifique ». (in : Karl R. Popper. «L’univers irrésolu, plaidoyer pour l’indéterminisme.» Edition Hermann. Page 9. Mais nous conseillons vivement de lire jusqu’à la page 21).
Précisons que, puisque l’infini est impossible à sonder, à priori, pour un être humain ou même une machine conçue et étalonnée par l’homme, un «degré de précision infini» dans les mesures possibles à partir desquelles calculer la précision de conditions initiales pour une prédiction est rigoureusement inaccessible et n’existe pas. En conséquence nous ne pouvons connaître la plus infime de nos représentations ou l’ensemble infini représentant leur diversité, pas plus que nous pouvons faire des prédictions avec une telle théorie de l’inconscient. La psychanalyse ne permet donc jamais de faire de prédictions comme dans une science digne de ce nom, mais seulement des rétrodictions qu’elle a l’habileté de faire passer pour des prédictions. Je cite, au sujet des rétrodictions freudienne, Adolf Grünbaum, dans son livre, «la psychanalyse à l’épreuve», paru aux éditions de l’Eclat, page 67 : « Freud a conjecturé que le développement d’une névrose N par un individu I dépendait non seulement de l’exposition de I à des expériences pathogènes P, mais aussi à la vulnérabilité héréditaire de I. Ses hypothèses étiologiques affirmaient généralement que la présence de P est causalement nécessaire à la pathogénèse de N, et non qu’elle est causalement suffisante. Une hypothèse de ce genre implique la rétrodiction universelle que tous ceux qui sont affligés Par N ont subi P. Mais l’hypothèse ne prédit pas que toutes les victimes de N seront affligées par N ! »
Mais si les freudiens ne peuvent prédire la plus infime de nos représentations, ou toute leur diversité (en conformité avec leur projet thérapeutique d’investigation des associations libres, projet éminement ultra-déterministe), ou même une simple représentation ou émotion courante avec n’importe quel degré de précision donné avant la prédiction, comme le voudrait leur théorie de l’inconscient, ils ne peuvent que l’observer en ayant déjà à l’avance une idée précise du résultat de leur observation qui soit exactement conforme à leur théorie : elle (la représentation ou l’émotion qu’ils veulent observer) «tombe sous leurs yeux», comme toute observation, non seulement parce que leur système d’attentes constitué des théories psychanalytiques les y prédispose, et aussi parce qu’ils conjecturent à l’avance le degré de précision voulu de l’observation.
Les observations que peuvent donc faire les freudiens à partir de leur théorie de l’inconscient, ne peuvent être confondues avec d’authentiques prédictions réussies, elles sont, tout au plus, de fausses prédictions dont les résultats (les observations réalisées) sont préfabriqués à partir de leur théorie.
On ne peut donc objecter que c’est précisément parce que la théorie de l’inconscient a des pouvoirs de prédiction et un contenu qu’elle permet de rendre observables ou interprétables certains faits qui resteraient invisibles ou incompréhensibles sans l’éclairage de cette théorie, puisque ces faits en sont les purs produits, ils ne sont pas des énoncés d’observation contradictoires ou falsificateurs virtuels (Popper) que la théorie a surpassé à l’issue d’un test indépendant.
Les freudiens construisent en quelque sorte leur réalité, à l’aide de leurs interprétations et observations, pour qu’elle s’accorde avec leur théorie de l’inconscient. Quand un psychanalyste nous dit à propos d’une représentation, d’une émotion, ou d’un événement psychologique quelconque : « tiens, vous l’avez là, l’inconscient, il est confirmé, vous voyez bien ?! », il nous mystifie sur la prétendue indépendance du fait observé avec les théories psychanalytiques qui permettent justement de l’interpréter comme un fait significatif de quelque chose ayant un rapport avec la théorie de l’inconscient.
Répétons encore que les observations qui confirment positivement la théorie de l’inconscient, (lesquelles sont souvent stratégiquement confondues avec des prédictions par les freudiens ou présentées comme de vraies prédictions) qui peuvent être réalisées à partir de la théorie de Freud, sont toujours faites à la lumière de cette théorie qu’elles ne peuvent que confirmer et sont nécessairement innombrables pour prétendre rendre compte, causalement, de la vie psychique et somatique dans ses moindres détails, puisque le plus insignifiant des faits psychologiques peut être expliqué par les freudiens, ou l’ensemble infini représentant la diversité des faits psychologiques. Ceci étant conforme avec les exigences de leur déterminisme mental prima faciae et absolu. Et c’est là que gît le principal problème : la classe des confirmations de la théorie de l’inconscient écrase tout. Il y a trop de confirmations et il ne peut y avoir que cela. Ceci rend le contenu de la théorie de l’inconscient insaisissable empiriquement. Et ceci rend la psychanalyse non conforme avec les règles du jeu scientifique, ainsi que l’explique Karl R. Popper : « Or la science théorique vise précisément à obtenir des théories aisément falsifiables (…). Son but est de restreindre au minimum l’éventail des événements permis.» In : «La logique de la découverte scientifique » Page : 113. Que voulons-nous dire ? Nous voulons dire, d’une part, que ce n’est pas sur la base d’un nombre même très grand d’observations qui paraissent la confirmer que nous pouvons dire qu’une théorie a prouvé sa valeur scientifique ou même son contenu empirique, et d’autre part, que cette classe illimitée des confirmations positives possibles de la théorie de l’inconscient ne permet pas l’existence d’une classe d’énoncés contradictoires qui la rendrait réfutable (et donc qui lui donnerait un contenu empirique) : les freudiens peuvent-ils, donner un seul exemple de rêve, de cauchemar, de représentation, d’émotion, d’intuition, etc, aussi simple soit-il, qui puisse contredire ou réfuter leur théorie ? La réponse est : non. Egalement, tout ce que je fais, le moindre de mes gestes, et de mes actes manqués peut être expliqué par la théorie de l’inconscient (mais il arrive aussi que les psychanalystes confondent prédiction et explication et oublient que prédire n’est pas expliquer). Les freudiens peuvent-ils donner un exemple d’acte manqué qui ne soit pas explicable par leur théorie ? La réponse est toujours : non. Autre exemple, quel est l’objet que nous pouvons manipuler dans la vie de tous les jours qui n’aurait pas pour les freudiens en lien quelconque avec la sexualité ou être interprétable d’après leur théorie psycho-sexuelle ? La réponse est encore : non, il n’y a aucun objet qui ne puisse échapper d’une façon ou d’une autre à l’explication freudienne. Si je rejette la théorie de l’inconscient, c’est que je refoule (inconsciemment), mon rejet de la théorie est le signe d’un refoulement psychopathologique, je confirme donc la théorie de l’inconscient, impossible de lui échapper, le piège rhétorique s’est refermé.
Cette rhétorique du refoulement, (appelée «argument des résistances» par Jacques Van Rillaer dans son livre « Les illusions de la psychanalyse »), parce qu’elle se veut invincible, est précisément le talon d’Achille de la théorie freudienne, elle est l’une des multiples signatures de son irréfutabilité et de vouloir soustraire la théorie de l’inconscient à toute possibilité de critique rationnelle. Pour les raisons que nous venons de décrire, la psychanalyse ne peut être considérée comme une science empirique composée d’énoncés eux-mêmes dotés d’un contenu empirique donc d’un réel pouvoir d’explication et de prédiction. Certes, il existe des théories auxiliaires du programme de recherche de Freud qui peuvent être réfutables, mais tout ceci se fait sur la base d’une théorie de l’inconscient irréfutable laquelle ne peut permettre de ne déduire aucune conséquence testable, et qui est au fondement de toutes les prétentions thérapeutiques de la psychanalyse. Comme on l’aura compris, ce qui nous intéresse, ici, c’est le problème de la réfutabilité de la théorie de l’inconscient et non de quelques autres théories auxiliaires du «programme» de Freud.
Notre point de vue rejoint la thèse poppérienne selon laquelle tant que les psychanalystes ne précisent pas les moyens par lesquels leur concept d’inconscient peut être mis à l’épreuve par une expérience indépendante, intersubjective, et extra-clinique, et tant qu’ils justifient le pouvoir explicatif illimité de leur théorie de l’inconscient à l’aide de leur postulat d’un déterminisme mental prima faciae et absolu, la psychanalyse ne doit pas être considérée comme une science capable de faire d’authentiques prédictions donc pouvant fonder une action thérapeutique d’une quelconque efficacité indépendante de tout effet placebogène.
Sigmund Freud :
« La conclusion générale qui se dégage des considérations particulières développées dans les chapitres précédents peut être formulée ainsi: certaines insuffisances de notre fonctionnement psychique (insuffisances dont le caractère général sera défini avec plus de précision tout à l’heure) et certains actes en apparence non intentionnels se révèlent, lorsqu’on les livre à l’examen psychanalytique, comme parfaitement motivés et déterminés par des raisons qui échappent à la conscience. » (Sigmund FREUD, in : «Psychopathologie de la vie quotidienne.» Chapitre 12: «Déterminisme, croyance au hasard et superstition. Points de vue». Édition: Payot. Page: 257.)
L’inconscient freudien se voulant irréfutable et ne pouvant donner lieu qu’à la déduction d’autres énoncés théoriques fondés sur un déterminisme absolu, ainsi qu’à des «explications» de type circulaire du genre : «la mer est agitée parce que Neptune est de mauvaise humeur, ce qui se prouve par le fait que chaque fois que Neptune est de mauvaise humeur il agite la mer»; il est donc vide de tout contenu empirique (puisqu’il n’existe précisément rien sur quoi faire porter un test qui pourrait réfuter la théorie : on ne peut déduire de la théorie aucun énoncé de base contradictoire, qui puisse être confirmé ou infirmé expérimentalement, de manière indépendante et extra clinique) et ne peut s’appliquer à aucune réalité psychique qui, elle-même, ne soit définie ou fabriquée spécialement de toute pièce de façon à pouvoir permettre sa propre «vérification» (1) (Freud : « Au cours d’une psychanalyse, le médecin donne toujours au malade, dans une mesure plus ou moins grande selon les cas, les représentations conscientes anticipées à l’aide desquelles il sera à même de reconnaître et de saisir ce qui est inconscient ». In : « Cinq psychanalyses ») !
Comme le démontre Mikkel Borch-Jacobsen dans son livre «Folies à plusieurs», la psychanalyse n’est qu’une machine auto-confirmatrice de ses propres affirmations dogmatiques et de ses propres «cas» qu’elle invente elle-même pour les besoins de ses théories. «Si la psychanalyse doit être critiquée à la fin, ce n’est pas parce qu’elle fabrique les preuves sur lesquelles elle s’appuie ou parce qu’elle crée de toute pièce la réalité qu’elle prétend décrire. C’est parce qu’elle refuse de le reconnaître et tente de dissimuler les traces de l’artifice.» (Mikkel Borch-Jacobsen. In : «Folies à plusieurs. De L’hystérie à la dépression.» Edition : Les empêcheurs de penser en rond. Paris, mars 2002). Le propre d’une théorie ou d’un concept authentiquement scientifique n’est pas d’être flexible au point de pouvoir tout expliquer, tout récupérer. « (…) Une fois de plus, on ne peut qu’admirer les capacités de récupération de la psychanalyse : non seulement elle intègre les faits qu’on lui objecte, mais elle va jusqu’à en faire l’effet de ratés de la théorie.» (In : Mikkel Borch-Jacobsen. Ouvrage cité plus haut, page 312). Une théorie ou un concept prouve sa valeur scientifique quand il permet de préciser ou de déduire dans quelles conditions particulières on pourrait effectuer des tests pour améliorer la théorie ou la valeur explicative du concept, en mettant ainsi en exergue son caractère empirique et falsifiable (réfutable). Ce qui signifie que ce sont les tests que l’on peut effectuer qui précisent les contours de la théorie ou du concept donc ses limites explicatives et par conséquent son contenu empirique.
C’est la seule possibilité de permettre les tests qui prouve l’existence d’un contenu pour la théorie ou le concept que l’on teste. Dès lors, si un concept comme l’inconscient freudien, n’offre aucune limite (en montrant partout des confirmations quelles que soient les conditions par exemple) c’est-à-dire une trop grande flexibilité ou un pouvoir explicatif illimité, il ne prouve pas sa scientificité, mais précisément le contraire : son absence totale de testabilité donc de scientificité, puis de contenu, et par suite de pouvoir d’explication.
Il serait toutefois ridicule d’affirmer que nous n’avons pas d’activité inconsciente du fait de l’existence de certains travaux scientifiques dans les neurosciences par exemple, travaux que nous ne confondrons pas ou n’amalgamerons pas avec des preuves de scientificité de la psychanalyse ou la prétendue corroboration de sa théorie de l’inconscient, ce que les psychanalystes ne se sont pas privés de faire chaque fois qu’ils ont cru pouvoir le faire. Ainsi, et contrairement à la théorie freudienne, les souvenirs enfouis dans notre mémoire ne sont pas des souvenirs figés, chose absolument nécessaire au fondement de la théorie du refoulement freudien et à son inconscient.
« (…) Pourtant le père de la psychanalyse, lui aussi, s’était profondément trompé sur la nature des souvenirs dans le cerveau. (…) Le cerveau n’est pas un organe passif qui ne fait qu’enregistrer des stimuli et les comparer avec l’information déjà emmagasinée. L’esprit est la conséquence des interactions dynamiques entre le cerveau, le corps et l’environnement. (…) Le cerveau ne prend pas de photographies. Au contraire, il les fabrique. Le cerveau, comme l’a écrit le neurophysiologiste Semir Zeki, n’est pas un simple chroniqueur de la réalité physique externe, mais il participe activement à la fabrication des images visuelles, selon ses propres règles et ses propres programmes. (…) Ainsi les pertes de mémoire seraient des pertes de connaissance. Ce qui nous conduit à penser que certains mécanismes de perte de mémoire peuvent être très différents des mécanismes énoncés par Freud, par exemple, le refoulement. (…) Le refoulement, (…), repose sur l’hypothèse qu’il existe des souvenirs figés. (…) Dans le cas de Sacks et de Wasserman, la connaissance des couleurs n’est pas bloquée – comprenons refoulée -, mais c’est la capacité même du cerveau à créer la catégorie des couleurs qui est détruite. Ce sont deux conceptions radicalement différentes du souvenir, de la conscience et de l’inconscient. (…) Le dogme selon lequel le cerveau ne peut pas produire de nouveaux neurones à l’âge adulte risque d’être fortement remis en question par une récente découverte : de nouveaux neurones naissent apparemment dans des aires cruciales pour l’apprentissage et la mémoire. La théorie des souvenirs figés était basée sur le dogme biologique selon lequel aucun nouveau neurone n’est produit après la naissance. Cette découverte nous conduit à réviser toutes les théories – de Freud à l’intelligence artificielle – qui présupposaient l’existence de souvenirs figés, (…) notamment les théories sélectionnistes de Jean-Pierre Changeux et Gerald Edelmann.» (in : Israël Rosenfield. «Souvenirs artificiels». Revue : Sciences et avenir. Les thématiques. N° 127, juillet-août 2001. Pages : 89 – 90).
Mais ce que l’on peut affirmer c’est que l’inconscient de Freud et des psychanalystes n’a pas de fondement. Et cette absence de fondement demeurera tant que les freudiens voudront le présenter comme quelque chose capable de tout expliquer, d’irréfutable.
Enfin, à la suite de ceci on peut logiquement affirmer que les topiques freudiennes de l’organisation psychique ne sont que de pures constructions métaphoriques posées dogmatiquement sans aucune valeur préscientifique, qu’elles ne s’inscrivent explicitement dans aucune tradition de recherche scientifique préexistante (les freudiens seraient bien en peine d’en démontrer les liens logiques de testabilité).
Aucun test respectant les règles de la méthode scientifique proposée par Popper n’a été construit et démontré par Freud pour justifier le passage de la première à la deuxième topique du psychisme. Ces spéculations que sont «l’inconscient», le «préconscient», le «ça», le «moi» et autre «surmoi» n’ont jamais pu aboutir à de véritables explications (scientifiquement testées) sur le fonctionnement de notre psychisme, et, surtout, des prédictions, et donc mener à aucune thérapie qui puisse être efficace. Mais les freudiens ont toujours eu l’audace de faire croire que de tels concepts avaient la même valeur scientifique que des concepts comme «électron», «atome», ou «énergie cinétique» employés dans une véritable science comme la Physique. C’est en cela que les psychanalystes signent leur grossière imposture scientifique.
Tous ces termes freudiens ne sont que des métaphores, voire des images qui nous bluffent parce qu’une image ou une métaphore sont plus faciles d’accès par rapport à notre psychologie d’acquisition des connaissances et s’accordent plus facilement avec une certaine sensation ou intuition que nous pouvons avoir sur le réel fonctionnement des choses de notre psychisme. De ce point de vue, le texte freudien est, en lui-même une manipulation de l’esprit (2) (mais qu’à cela ne tienne, rétorquent les freudiens : cette manipulation peut aussi s’expliquer par nos théories !). La cohérence d’un discours ou d’un conte de fées, le poids des mots et le choc de certaines représentations qu’ils suscitent, ne suffisent pas à faire une Science. Ce qu’il faut pour «faire Science», ce sont, encore et toujours, des tests. Mais des tests bien différents dans leur nature de ceux du docteur Freud.
Conclusion :
Toute la psychanalyse est une supercherie qui repose sur les délires mythomanes et les propres obsessions fantasmagoriques de Freud, sans parler des rêves de gloire de celui qui se disait être un «Conquistador» ! Pour la supercherie les mensonges et la gloire ça a marché et ça marche encore, mais pour la Science, les véritables scientifiques qui, heureusement, n’ont jamais attribué le Prix Nobel à Freud, ne s’y trompent plus et préfèrent ranger la psychanalyse du côté de l’astrologie ou la dianétique et les psychanalystes du côté des conteurs de fables ou des tireurs de tarots.
Notes :
(1) Ceci peut être rapproché de l’argument de Mikkel Borch-Jacobsen : « (…) L’effet de série, si souvent invoqué par Freud pour prouver l’objectivité des «découvertes» psychanalytiques, cache en fait un processus d’autoréplication et d’auto validation sans fin, chaque récit en engendrant un autre qui le confirme en retour. C’est ce que Karl Popper appelait non sans malice l’«Effet Oedipe», en reprochant aux psychanalystes de l’avoir insuffisamment étudié : l’histoire de l’Oedipe ne confirme l’oracle que dans l’exacte mesure où elle en est la conséquence. Les récits de cas psychanalytiques, de même, président et produisent ce qu’ils font mine de décrire, ils «performent» ce qu’ils prétendent constater. » (Mikkel Borch-Jacobsen. In : «Folies à plusieurs. De l’hystérie à la dépression.» Edition : Les empêcheurs de penser en rond. Le Seuil. Paris, mars 2002. Pages : 232-233).
(2) Citons, d’un autre point de vue, Patrick Mahony, dans son livre «Dora s’en va, violence dans la psychanalyse « (Editions : Seuil, les Empêcheurs de penser en rond), page 239 : « Tout au long de son texte, Freud inscrit le thème de l’interprétation, bonne au mauvaise, de n’importe quel sujet, y compris la psychanalyse. Viennent compléter ces commentaires les stratégies adoptées par Freud dans n’importe quel ouvrage pour indiquer à son lecteur comment le lire. De manière directe ou indirecte, il se livre à un commentaire constant sur la résistance du lecteur, de sorte que même si l’on n’est pas d’accord avec les idées d’un des ses passages, on est amené à tomber d’accord avec ses commentaires sur le caractère subversif de l’inconscient. Sa seule manière de créer une alliance avec le lecteur renforce la nature dialogique de sa prose et la rend éminemment intériorisable; le piège transférentiel posé par l’écriture de Freud défie donc le lecteur profane comme le lecteur versé en psychanalyse. »
« (…) il est clair que si l’on conçoit ainsi les lois naturelles, passant outre à la distinction entre énoncés singuliers et énoncés universels, le problème de l’induction doit paraître résolu. En effet, il est évident qu’il est parfaitement admissible d’inférer à partir d’énoncés singuliers des énoncés qui ne sont que numériquement universels. Mais il est également clair que le problème méthodologique de l’induction n’est pas concerné par cette solution. Car pour vérifier une loi naturelle, il faudrait relever de manière empirique chaque événement singulier auxquels pourrait s’appliquer la loi et constater que chacun s’y conforme effectivement, ce qui constitue une tâche manifestement impossible. (…) Tenter d’identifier une chose individuelle par les seules propriétés et relations universelles qui paraissent n’appartenir qu’à elle est voué à l’échec. Un tel procédé ne décrirait pas une seule chose individuelle, mais la classe universelle de tous ces individus auxquels ces propriétés et relations appartiennent. Même l’usage d’un système universel de coordonnées spatio-temporelles n’y changerait rien. La question de savoir s’il y a des choses individuelles correspondant à une description faite au moyen des noms universels et, dans ce cas, combien il y en a, est destiné à demeurer une question toujours ouverte. » (In : «La logique de la découverte scientifique.» Karl R. POPPER. Edition : Payot. Chapitre 3 : «les théories». Pages 61 et 64).