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David HUBEL. (Prix Nobel). « Le cerveau n’est pas une table rase. »

« Le cerveau n’est pas une table rase ».

Comment devient-on prix Nobel ? Esprit de boutade ou excès de modestie, David Hubel aime à raconter que tout a commencé, un jour d’enfance, par une expérience de chimie dans la maison familiale d’Outremont, au Québec : le bougre découvre les effets de l’intéressant mélange du chlorate de potassium et du sucre. Il obtient un véritable canon, très explosif, qui manque de tout faire sauter. La science serait-elle dangereuse ? Adolescent, il s’essaie à une autre expérience et remplit un ballon avec de l’hydrogène après y avoir placé un message. Quelques semaines plus tard, il reçoit l’appel d’une jeune fille de Sherbrooke (à plus de 100 km de chez lui), chez qui l’engin a fini par atterrir. La science a cette fois-ci très utile. L’esprit créatif et pragmatique de David Hubel (il avoue préférer de beaucoup s’exercer à expérimenter le domaine de la science plutôt que lire sur le sujet) le conduit aussi durant son adolescence à s’intéresser de près à l’électronique. Mais il finit par s’enlacer et avoue humblement : « Tout ce que j’ai jamais construit dans ce domaine n’a jamais marché !  »

Diplômé de mathématiques en 1947, il est admis contre toute attente à la faculté de médecine de l’université McGill, alors qu’il ne possède pas le moindre rudiment de biologie. David Hubel s’étonne et tout alors de lui-même. Pourtant, à sa plus grande surprise, il constate qu’il aime la médecine clinique, qui le conduit finalement à s’intéresser à la neurophysiologie. C’est ainsi qu’il consacrera les décennies suivantes à chercher les cellules qui permettraient de comprendre la façon dont le cerveau contrôle la vision. Ces aventures le conduiront à cartographier le cortex visuel et a remporter, en 1981, le prix Nobel dans la catégorie physiologie ou médecine avec son collaborateur Torsten Wiesel. Cavid Hubel a passé la majeure partie de sa vie professionnelle aux États-Unis sous la supervision de Stephen Kuffler, si apprécié par ses pairs que, lorsqu’il décida de déménager son laboratoire de l’université Johns Hopkins  à la faculté de médecine de l’université Harvard, tous les membres de son équipe de recherche, et leurs familles, le suivirent. Cinq ans plus tard, cette équipe de choc créait le nouveau département de neurobiologie de Harvard, aujourd’hui réputé dans le monde entier. C’est dans ce contexte que le docteur Hubel a mené, avec Thorsten Wiesel, les travaux qui allaient lui valoir le prix Nobel.

Outre ses intérêts scientifiques, David Hubel est un fervent musicien, linguiste et photographe amateur. L’humilité est ce qui caractérise sans doute le mieux ce grand homme de la science qui, interrogé un jour lors d’une conférence sur la recette de son succès, donna ce simple conseil : commencez, et ne jamais abandonner… »

(…)

« Quelles sont les implications de votre découverte pour le domaine de la psychologie ? »

« L’implication la plus importante de notre découvert en psychologie, c’est de montrer que le concept de la table rase info. Il est indiscutable qu’après la naissance notre environnement contribue au développement de beaucoup de connexions neuronales dans notre cerveau. Néanmoins, il existe déjà de nombreuses connexions à la naissance, contrairement à ce que les psychologues pensaient jusqu’alors.

Et dans le domaine de la médecine ?

Nous ne nous attendions absolument pas à ce que notre découverte ait  autant d’impact dans le monde de la médecine. Notre recherche a permis, par exemple, de mieux comprendre les causes du strabisme chez les humains. Cette recherche consistait à sélectionner un certain muscle de manière à causer un strabisme artificiel chez des animaux. Nous avons aussi découvert que chez les animaux nouveau-nés, presque toutes les cellules du cortex répondent aux stimulations perçues par les deux yeux. Cela nous a permis, dans certaines conditions expérimentales, d’établir que chez les animaux rendus artificiellement stabiques, l’un des deux yeux et finit par s’adapter et devenir monoculaire. On observe donc de grands changements dans l’organisation des connexions du système visuel seulement en sélectionnant un muscle bien précis. Nous avons aussi observé que pour obtenir ce résultat, il fallait que ce muscle soit coupé lors d’une période bien spécifique après la naissance, que l’on appelle « période critique ». Si ce muscle venait à être sectionné après cette période critique, il serait impossible d’observer les mêmes changements dans l’organisation des connexions du système visuel. La durée de cette « période critique » varie d’un animal à un autre. Quelques mois chez un chat, un an chez un singe est peut-être seulement quelques heures, quelques jours ou plusieurs années chez un être humain – mais bien évidemment, dans le cas des humains, nous n’en savons rien. Nous pouvons donc obtenir des changements dans les connexions neuronales pendant cette période critique, mais pas chez l’animal adulte. C’est pourquoi, si un jeune enfant souffre de strabisme, il faut le traiter chirurgicalement très rapidement afin d’être sûr d’intervenir durant la période critique. Il fut un temps où l’on croyait qu’opérer le strabisme d’un enfant comportait de gros risques : les médecins attendaient que celui-ci soit sorti de l’enfance pour intervenir chirurgicalement, mais c’était beaucoup trop tard. Notre recherche a permis de changer ces idées préconçues et fausses, et de faire progresser la médecine dans ce domaine spécifique. »

(In : Violaine GUÉRIAULT. « Les nouveaux psys. Ce que l’on sait aujourd’hui de l’esprit humain. » Sous la direction de Catherine Meyer. Editions les Arènes, Paris, 2008, pages : 469 – 470 ; 477 – 479).

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