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Monique Bydlowski : "L’inconscient peut calculer la date de naissance".

7 décembre 2014 Laisser un commentaire

 

 

Représentation du paranormal et de la télépathie dans le champ psychanalytique.
Marie-Christine Combourieu – Mémoire de DEA – Année 1985
PSYCHOLOGIE SOCIALE
E.H.E.S.S
Sous la direction de Mme Denise Jodelet
Objet du mémoire : comment les analystes se représentent-ils la télépathie ?
Nous considérons qu’il s’agit, ici, d’une étude tout à fait sérieuse et riche en enseignements sur les croyances et autres délires cultivés par la gent freudienne depuis les débuts du mouvement psychanalytique.

Avant-propos : 



« Il y a évidemment une différence considérable entre la certitude que la vie mentale elle-même doit être considérée comme gouvernée intégralement par le principe de causalité et la possibilité de formuler des lois causales précises qui rendent compte de ce qui s’y passe. De toute façon, même si l’on était tenté de croire que Freud a effectivement réussi, comme il le suggère, à soumettre à des lois causales rigoureuses, des événements qui semblaient jusque-là inexplicables ou fortuits, on devrait tout de même admettre que la connaissance des causes, que la psychanalyse prétend détenir, est d’une manière générale bien incapable d’autoriser le genre de prédiction qu’exigerait la thèse du déterminisme scientifique, si on la comprend à la façon de Popper. Tout au plus la psychanalyse pourrait-elle, sur la base d’une certaine connaissance acquise par la méthode spécifique qu’elle utilise, de la constitution particulière de l’inconscient du sujet, indiquer au départ que des événements ou des comportements d’un certain type (rêves, lapsus, oublis, actes manqués, jeux de mots, etc., de telle ou telle espèce) sont susceptibles de se produire avec une certaine probabilité et rendre intelligible, une fois qu’il s’est produit, tel ou tel d’entre eux. Mais, pour avoir une chance d’expliquer, par exemple, l’occurrence de tel ou tel jeu de mots précis, il faudrait évidemment faire intervenir une quantité d’autres facteurs dont la psychanalyse ne dit rien et dont nous ne savons généralement à peu près rien ».

(In : Jacques Bouveresse. « Philosophie, mythologie et pseudo-science. Wittgenstein lecteur de Freud ». Editions l’Eclat, Paris, 1991). 

 

*                         *

 
 

(Un exemple suffisamment parlant d’une recherche « scientifique » effectuée par une psychanalyste, qui plus est directrice de recherche à l’INSERM).

 

 
Monique Bydlowski, psychanalyste et directeur de recherche à l’Inserm.
Objet de la recherche : il s’agit, ni plus ni moins que de démontrer que l’inconscient calcule la date de naissance en excluant le hasard…
Quelques citations tirées de cette « recherche scientifique » :
« Il s’agit du fait suivant : pour bien des femmes la date involontairement prévue pour la naissance sera une date non venue du hasard, mais commémorative d’un autre événement du passé et dont la réapparition comme date de naissance de l’enfant prend valeur de répétition. Ce fait, cette date d’accouchement ou de prévision d’accouchement, cette date commémorative, nous l’avons découverte dans un contexte précis : celui des grossesses survenant après antécédent obstétrical traumatique avec mort de l’enfant (2,3). Pour beaucoup de ces femmes malgré la contraception moderne, et malgré la programmation volontaire des naissances, la grossesse que nous avons à suivre annonce son terme pour une date correspondant, en date de calendrier, avec celle de l’issue tragique de la grossesse précédente. »
« (…) Un exemple : une femme a mis au monde un enfant mort-né un 3 septembre. Déprimée, elle décide d’en rester là et pratique une contraception par stérilet, efficace pendant 5 ans. Cinq années plus tard, elle a la surprise d’être enceinte malgré son stérilet et le calcul de son terme montre qu’elle va accoucher un 3 septembre, 5 ans plus tard, jour pour jour. »
Simple question : QUI a (de façon tout à fait insouciante) « a déposé la petite graine » ?…
« Le calcul inconscient de la date prévue pour la naissance, avait un caractère plus général. Il s’y est ajouté que la date de la conception elle-même pouvait aussi être significative. Rapidement, la moisson des faits a été importante et la très grande fréquence de ce phénomène exclut la possibilité d’une simple coïncidence factuelle. »
Commentaires :
A quelle procédure de généralisation, Madame Bydlowski fait-elle allusion ? Si elle parle de « moissons des faits » (à la lumière de l’hypothèse de départ), il s’agit bien entendu d’une procédure relevant de l’inductivisme le plus naïf. Et cette « moissons des faits » aussi importante et surprenante soit-elle, ne regroupe donc que des « faits » lus à la lumière de la théorie de départ…Le plus incroyable surgit lorsque Madame Bydlowski exclut toute possibilité de hasard (« coïncidence factuelle ») sur la seule base d’une probabilité inductive mathématique.
« Nous avons alors constaté qu’il pouvait s’agir d’autres commémorations. Ainsi, dans de nombreux cas, la date de naissance de l’un des parents de la femme enceinte, ou de son compagnon ; très souvent, il s’agit de la date de naissance de la mère de la femme qui attend l’enfant, ou bien de celle de son propre anniversaire, date importante pour elle s’il en est. Disons au passage que la facilité avec laquelle émerge ce signe, souvent dès le premier entretien obstétrical, laisse penser qu’il n’est pas profondément refoulé. D’autres fois, le deuil mémorable et commémorable n’est pas celui d’un enfant, mais celui d’un parent disparu, père ou mère, ou celui du deuil d’un organe vital. Ainsi nous avons connu une femme néphrectomisée pour laquelle la maternité était interdite par les néphrologues et dont la grossesse malgré contraception venait à son terme pour une date d’accouchement correspondant à la date anniversaire de son intervention chirurgicale. »
Commentaires :
Le propos pseudo-scientifique continue et s’accentue. Pour parer à tous les cas qui auraient pu réfuter l’hypothèse de départ, voilà maintenant que le contexte même dans lequel fut utilisée la notion de « commémoration » devient d’une élasticité digne des films de Walt Disney. Pourquoi ? Tout simplement parce que le hasard est rebelle, et que Madame Bydlowski, ne fournit strictement aucune preuve indépendante sur un lien de cause à effet entre les caractéristiques précises d’un événement traumatique refoulé et son effet sur le déclenchement d’une grossesse. Partant de là, tous les cas de « traumatisme commémoratifs » sont utiles pour confirmer la théorie de départ, et peuvent donc être lus à partir d’elle. Mais la méthode qui consiste à revendiquer qu’une théorie est prouvée sur la seule base de la multiplication des exemples qui peuvent être lus à partir d’elle, n’est pas valide. Il manque toujours, des preuves indépendantes. Donc les questions à se poser restent les  suivantes :
– Comment Madame Bydlowski prouve-t-elle qu’il y a un lien de cause à effet entre un élément traumatique commémoratif refoulé et le déclenchement d’une deuxième grossesse ?
– Quelle est ou qu’elles sont les variables indépendantes qu’il faut manipuler pour établir un tel lien, et sous quelles conditions initiales ?
Comment Madame Bydlowski proposerait-elle de calculer le degré de précision des conditions initiales afin d’atteindre un niveau de précision suffisant qui satisfasse au principe d’exclusion du hasard et du non-sens sans lequel la théorie de l’inconscient perd tout son sens et sa nature proprement « psychanalytique » ?
Madame Bydlowski aurait pu nous présenter un tableau statistique mettant en évidence « la moisson des faits » (…) dont elle parle, en faisant état, par exemple, de certains coefficients de corrélation plus ou moins proches de 1 entre les dates de naissance « traumatiques commémoratives » et les dates des deuxièmes accouchements qu’elle a pu relever. Mais même un fort coefficient de corrélation entre deux phénomènes, n’apporte pas le moindre preuve d’un lien de cause à effet entre eux. En effet, deux phénomènes peuvent être corrélés à un même phénomène-source : une troisième variable non mesurée, et dont dépendent les deux autres : le nombre de coups de soleil observés dans une station balnéaire, par exemple, peut être ainsi fortement corrélé au nombre de lunettes de soleil vendues ; mais aucun des deux phénomènes n’est probablement la cause de l’autre (Wikipédia.fr). Or, toute l’argumentation de Madame Bydlowski repose, implicitement ou explicitement sur une corrélation entre deux types de dates de naissance.
Autre problème : la conception d’un enfant, que le veuille ou non Madame Bydlowski, nécessite du sperme. Donc l’intervention directe ou indirecte (s’il s’agit d’une fécondation in vitro par exemple) d’un homme. Mais prenons le cas d’une conception naturelle, où l’un des deux parents, par exemple la mère, a vécu par le passé un accouchement aux conséquences « traumatiques » telles que l’envisage Madame Bydlowski. En pareil cas, sa théorie affirme, en excluant le hasard, que c’est donc le « refoulé inconscient » de la mère qui a décidé de la date de naissance de son deuxième enfant. Et le père dans tout ça ? Et son inconscient refoulé à lui ? Pour que la grossesse de la mère puisse se déclencher de telle sorte que la date d’accouchement corresponde commémorativement à celle du premier accouchement traumatique, il faut quand même que « l’inconscient du père », ou son conscient, et peut-être l’inconscient du spermatozoïde élu ait quand même un peu coopéré, non ? Si donc la théorie de Madame Bydlowski est « vraie », alors le refoulé maternel a indiscutablement influencé le refoulé paternel, sinon, la mère a « fait un bébé toute seule ! »

En supposant que le refoulé maternel ait bien influencé le refoulé paternel, ce qui, après tout, est possible, (si l’on admet les théories freudiennes), ou si l’on considère que la mère ait pu parler de sa souffrance de la perte du premier enfant à son mari de telle sorte, par exemple, qu’il soit très attentif aux émotions et aux désirs de son épouse, particulièrement lorsque cette dernière peut exprimer des désirs envers son conjoint ; et bien dans ce cas, il faudrait, pour s’approcher un peu d’une procédure valide permettant de construire une preuve en faveur de la théorie de Madame Bydlowski, pouvoir décrire les conditions initiales exactes à partir desquelles le refoulé du père influence celui de la mère, conditions initiales dont la précision selon des coordonnées temporelles devra être elle-même suffisamment précise, car une erreur d’un jour dans la date de naissance du deuxième enfant pourrait signifier l’échec de la théorie de Madame Bydlowski.

Mais foin de tout cela ! Et au diable la biologie, par exemple. En effet, le refoulé maternel, une fois effectué l’acte de fécondation aura très bien pu avoir son influence sur la maturation du foetus, ainsi que sur tous les autres événements ou phénomènes de tous ordres concernant la mère pour parvenir à « calculer la date de naissance » ! Là encore, se dessinent de tels obstacles à la réalisation du délire de Madame Bydlowski que nous nous demandions encore s’il valait la peine d’en parler. Les conditions initiales, ainsi que leur calcul offrent un tel foisonnement de possibilités que nous pourrions nous arrêter ici et en conclure que cette prétendue « recherche » a suffisamment dépassé les bornes du ridicule dès son entame qu’elle ne mérite pas qu’on en dise un mot de plus…

« Ailleurs enfin, la commémoration peut être celle de l’événement heureux par excellence, la naissance du premier enfant. Nous rencontrons ainsi souvent des femmes qui involontairement tendent à accoucher toujours à la même date du calendrier. Par exemple cette femme qui a eu un premier enfant le 7 janvier dont elle a dit  » c’est le cadeau oublié par les rois ». Une infertilité secondaire s’est installée pendant trois ans. Puis à la quatrième année, enfin enceinte, son terme est calculé involontairement pour le 8 janvier. »
Commentaires :
Changement de programme ! La commémoration peut aussi être celle d’un événement heureux. Ainsi, voici qu’apparaît un nouvel élément qui aurait pu réfuter la théorie de départ, mais qui maintenant est absorbé, sans être corroboré par cette même théorie de la « commémoration ». La théorie de Madame Bydlowski, au lieu d’accumuler le savoir avec des « et » exclusifs, devient de plus en plus immunisée avec des « ou » inclusifs sans jamais avoir été testée de manière indépendante.
Mais le plus énorme c’est l’élasticité totalement arbitraire du laps de temps qui sépare les deux dates de naissance. Il suffit donc que la première date corresponde avec la deuxième, quelque soit le labs de temps entre les deux pour que cela confirme la théorie de Madame Bydlowski. Avec une telle élasticité la théorie devient absolument nulle en pouvoir descriptif, explicatif et prédictif.
La conclusion de Madame Bydlowski :
« À l’époque moderne de la contraception, de la programmation volontaire des grossesses, on pourrait s’attendre à ce que les dates de naissance coïncident avec les choix conscients des sujets. Or souvent il n’en est rien. Au contraire, et complètement en dehors de la volonté de la femme, la date qui surgit comme date prévue de la naissance est soit celle d’un deuil douloureux, soit celle d’un événement commémoratif.
L’inconscient célèbre aussi bien les événements heureux que malheureux. Les seconds sont seulement plus fréquents. »
« L’inconscient est-il capable d’une opération de calcul? (4). Si la date de naissance n’est pas volontairement décidée, si la femme se laisse aller à devenir enceinte selon le mouvement naturel de son inconscient, la date prévue pour la naissance doit être le résultat d’un calcul inconscient, c’est-à-dire d’une opération involontaire d’addition ou de soustraction. En tout cas il s’agit d’une opération simple, portant sur le moment d’une durée fixée par la biologie : les 40 semaines et demie de la gestation (280 jours) à l’intérieur d’une période numériquement limitée : les 365 jours de l’année, période qui se répète cycliquement sur le calendrier : jours, mois, semaines, saisons. L’effet de ce calcul est de produire une date signifiante. Enfant perdu, enfant gagné, parent perdu, organe vital prélevé, ou bien sa propre naissance. »
Commentaires :
Comment une naissance ne peut-elle être volontairement décidée, (si ce n’est, ni un viol, ni une étourderie, ni une erreur dans le calcul des dates de menstruation de la mère) ? J’ai beau chercher, j’avoue ne pas trouver la réponse. En excluant tous ces cas, est-ce qu’une femme peut avoir une relation sexuelle complète sans être consciente si elle risque ou non d’être enceinte ? Dans le cas d’un viol, la psychanalyse pourrait-elle dire que le viol a été inconsciemment désiré ? Assurément que oui, les possibilités de la « théorie » lui en donne les moyens. Dans le cas d’une étourderie aussi, et d’une erreur de calcul aussi.

Mais continuons encore un peu notre réflexion. Si l’inconscient peut calculer la date de naissance, c’est qu’il prédit un événement. L’inconscient (refoulé) de la mère, prédit qu’elle aura non seulement envie d’avoir un rapport sexuel (ou pas !) à telle date précise, et que tous les processus biologiques et autres qui s’échelonneront, disons de la constitution du fœtus jusqu’à la date de l’accouchement, seront prédits avec une exactitude suffisante pour que l’accouchement se produise bien à la date initialement calculée.

Ce qui veut dire que les causes du deuxième accouchement ne seraient donc plus uniquement psychiques, mais aussi biologiques en ce sens que c’est le psychique qui aurait un effet sur le biologique, effet ressemblant à une action psychosomatique, en quelque sorte.

Le premier accouchement vécu de manière traumatisante, aurait donc laissé une trace mnésique inconsciente si puissante (et permanente) qu’elle en aurait influencé toute la machine biologique et psychologique de la personne, (bref, toute la personne elle-même) pour la programmer à une deuxième grossesse bien déterminée dans le temps… Après tout, pourquoi pas, a-t-on envie de dire, [laissons généreusement de côté tous les autres « déterminismes » possibles liés au conjoint de la mère et à l’efficacité de ses spermatozoïdes, ce qui implique que ni lui, ni ses spermatozoïdes ne risquent de contrecarrer le « projet inconscient » de la mère]. Mais Madame Bydlowski n’avance pas l’ombre d’une preuve indépendante, et la moisson des faits dont elle se vante n’arrange rien au problème.

Pour qu’une telle prédiction soit quand même possible, il faut aussi que l’inconscient de la mère calcule à l’avance toutes les autres activités de ses journées de telle sorte que la succession des événements soit complètement favorable à cette fameuse prise de décision inconsciente prise par son refoulé. Bref, qu’il n’y ait pas d’accident qui fasse tout capoter.

Il faut donc que l’on affirme que c’est aussi le « refoulé inconscient » de la mère qui détermine toutes ses relations avec son environnement, bref qui « motive » toutes ses décisions en protégeant de cette manière le « projet » de la date du deuxième accouchement, en procédant soit à une sélection puis une exclusion des événements accidentels hors de contrôle de la personne même de la mère ou bien en proposant que eux aussi ne sont pas « perçus par accident » et que s’ils viennent faire échouer le projet de prédiction de quelques jours ce serait imputable à une autre « décision de calcul inconsciente et refoulée » ?! Même une affirmation comme celle-ci n’échapperait pas à la rencontre de problèmes totalement insurmontables comme nous allons le voir par la suite, et la défendre reviendrait à revendiquer le caractère totalement irréfutable de la théorie de l’inconscient refoulé.

Et est-ce suffisant ? Je pense que non. Car il faut également tenir compte du laps de temps qui s’est écoulé entre le premier accouchement traumatique et la date de conception du premier enfant, et aussi (comme nous l’avons dit précédemment) de tous les événements qui se sont déroulés pendant cette période de telle sorte que strictement aucun d’entre eux n’ait pu empêcher la réussite du projet de calcul de l’inconscient sur la date du deuxième accouchement.
Ce qui veut dire par ailleurs que non seulement l’inconscient de la mère doit calculer tous les événements relatifs à sa seule personne, mais aussi toute la classe des événements qui ne dépendent pas uniquement d’elle, comme tout ce qui est susceptible d’entrer en contact avec elle et de faire échouer le projet.
Par exemple, si la mère habite dans un immeuble où elle doit monter les étages à pied, il faut que son inconscient calcule chaque action motrice pour que la durée de montée des marches ne perturbe pas le décours des événements prévus et favorables dans le temps à la réussite du projet de prédiction. En effet, si l’inconscient faisait l’erreur de calcul consistant à faire monter les marches trop vite pour la mère, une porte pourrait s’ouvrir à un étage, un individu en sortir et faire n’importe quoi qui puisse contrecarrer, au final, la date prévue par l’inconscient de la conception de l’enfant et peut-être aussi la date d’accouchement…

Mais comme je l’ai déjà dit, il faudra aussi que l’inconscient de la mère ait calculé toute relation possible avec les autres personnes qu’elle va rencontrer, (ou éviter de rencontrer), pour des raisons diverses, car chaque rencontre, chaque discussion, et peut-être chaque mot est susceptible d’influencer la mère et de faire échouer la prédiction. Par conséquent, l’inconscient doit aussi tenir compte des « inconscients » de toutes les personnes que connaît la mère et même de toutes celles qu’elle ne connaît pas et qu’elle peut potentiellement (…) rencontrer.

Sur ce dernier point l’on  pourrait objecter encore que dans le cas d’une rencontre inopinée avec une personne inconnue, l’inconscient de la mère aurait suffisamment de pouvoir de décision et de calcul pour gérer cette nouvelle « relation » afin qu’elle ne fasse pas obstacle au projet de prédiction du deuxième accouchement. Cependant, si le projet doit réussir, l’on ne peut raisonnablement admettre sa réussite que si les dates prévues correspondent au mieux, ou exactement à celles prédites. Ce qui implique que si une rencontre inopinée avec une personne inconnue de la mère se produit, elle prendra du temps, ou fera perdre du temps au projet de prédiction, lequel, en principe, n’avait pas prévu un tel événement. Il serait trop facile de faire gagner à tous les coups la théorie de l’inconscient pour pallier à ses erreurs de calculs de la date de naissance au-delà d’une limite admise a priori d’un certain nombre de jours (ou d’heures ou de secondes ?..) afin de l’immuniser contre toute critique sur la véracité de ses capacités à calculer une date de naissance. Mais pourquoi des jours, combien exactement (…), pourquoi pas des heures, des minutes, ou des secondes ?!…

Puisque l’inconscient de la mère doit donc aussi calculer les occurrences de rencontres inopinées avec des personnes inconnues (afin qu’elles ne puissent faire échec au projet de prédiction), alors, c’est que par une moyen ou un autre (…) il peut aussi faire des calculs prédictifs sur les inconscients de ces mêmes personnes de telle sorte que le hasard soit exclut dans la possibilité même de ces occurrences, et ainsi transformé en « motifs inconscients » (pour la mère et les inconnus qu’elle rencontre inopinément) pour d’éventuelles rencontres « faussement fortuites »… ! 

Par contre, si l’on affirme que l’inconscient refoulé de la mère ne s’occupe pas de ce type de rencontres fortuites toujours possibles et susceptibles de mettre en échec le projet de prédiction de la seconde date d’accouchement, alors, il faut admettre qu’en cas d’erreur d’un ou plusieurs jours, le projet est un échec et que l’inconscient n’a pas pu prédire la date de naissance…

On comprend donc que l’étendue des prédictions à réaliser ainsi que la précision du calcul est logiquement impossible à réaliser.

Pour résumer, l’inconscient refoulé de la mère, doit tout calculer ! Il doit prévoir tout le futur fonctionnement physiologique, biologique, psychologique, et « social » de la personne pour qu’aucun élément extérieur à elle, comme un individu ou n’importe quel objet du monde physique, ne puisse mettre en échec le projet de prédiction sur la deuxième date de naissance.

En d’autres termes, il doit aussi calculer et prévoir l’environnement social et physique, etc., de la mère, dans lequel se trouve toutes les causes de relations possibles avec elle qui risquent de contrecarrer l’accouchement « prévu » par son inconscient. Donc, pourquoi ne pas proposer aussi que cet inconscient doit également calculer ce qui passe dans les inconscients de toutes les personnes qui pourraient entrer en contact avec elle (comme nous l’avons vu plus haut), sans oublier de contrôler également les objets, les animaux, la météo, le tout relativement à ces personnes, à la mère, aux connaissances des précédentes personnes, etc., etc…. ?!

Tout cela implique le calcul d’un nombre quasi infini de conditions initiales. Et si de surcroît, tout hasard et tout non-sens doit être exclu sur les causes inconscientes du deuxième accouchement, il faut que celui qui se risque à un tel projet de prédiction, rende compte, avant la réalisation de son projet, des mesures possibles à partir desquelles doivent se calculer le degré de précision voulu de ces conditions initiales, [principe de responsabilité renforcé de Karl Popper], de telle sorte que cela le prive du droit de plaider que si son projet échoue [même de peu] dans la prédiction de l’un ou l’autre des événements afférents au projet, c’était parce que les conditions initiales de la prédiction n’étaient pas suffisamment précises.

Par conséquent, un tel projet de prédiction qui respecterait les affirmations de Freud sur l’exclusion de tout hasard et de tout non-sens dans les déterminations psychiques inconscientes (et refoulées) du devenir d’une personne est logiquement impossible. Parce qu’un calcul apriori aussi précis qu’on le voudrait des mesures possibles à partir desquelles calculer n’importe quel degré de précision dans des conditions initiales est aussi logiquement impossible à réaliser. C’est impossible sachant qu’une mesure empirique tentant de correspondre au réel, consiste en son cas le plus simple en la tentative de mise en correspondance exacte de deux points. Sur le problème de la précision de la mesure, on peut citer Karl Popper, dans « La logique de la découverte scientifique », page 125 :
« Deux points physiques, disons un trait sur une règle et un autre sur le corps à mesurer, peuvent au mieux être étroitement rapprochés. Ils ne peuvent coïncider, c’est-à-dire se fondre en un point. Si banale que puisse être cette remarque dans un autre contexte, elle est importante pour la question de la précision des mesures. Elle nous rappelle, en effet, qu’il conviendrait de décrire une mesure dans les termes suivants : nous constatons que le point du corps à mesurer se situe entre deux graduations ou marques sur la règle ou encore, que l’aiguille de notre appareil de mesure se situe entre deux graduations sur le cadran. Nous pouvons alors, soit considérer ces graduations ou marques comme nos deux limites optimales d’erreur, soit commencer à estimer, par exemple, la position de l’aiguille dans l’intervalle entre les graduations afin d’obtenir ainsi un résultat plus précis. Dans ce cas, nous supposons que l’aiguille se situe entre deux graduations imaginaires. Il reste donc toujours un intervalle, un écart. (…) Mais (…) quel avantage peut-il y avoir à remplacer en quelque sorte une graduation sur un cadran par deux graduations – les deux limites de l’intervalle – quand pour chacune de ces limites doit de nouveau se poser la question de savoir quelles sont en les limites de précision ?

Il est clair qu’il est inutile de donner les limites de l’intervalle si ces deux bornes ne peuvent à leur tour être fixées avec un degré de précision excédant largement celui que nous pouvons espérer atteindre pour la mesure initiale ; entendons : fixées dans leurs propres intervalles d’imprécision qui devraient en conséquence être de plusieurs ordres de grandeur plus petits que l’intervalle qu’elles déterminent pour l’évaluation de la mesure primitive. En d’autres termes, les limites de l’intervalle ne sont pas des limites précises ; ce sont en réalité de très petits intervalles dont les limites sont à leur tour des intervalles plus petits encore et ainsi de suite.» 

Celui qui prétend faire une mesure « absolument précise » ne peut donc éviter ceci : considérer que les  deux points qu’il utilise sont « parfaitement précis » et absolument semblables de façon arbitraire. Pourquoi ?  

Cela nous paraît évident et assez facile à expliquer une fois compris les arguments de Popper : un point, au fond, qu’est-ce que c’est, sinon une sorte de « tâche », ou un  « rond », ou toute autre forme limitée et unique en son genre ? Aussi petit que puisse être un point donné, il a donc forcément une étendue, ou une dimension, si l’on peut dire. On peut même tenter de mesurer cette dimension : quelle est la taille du point que nous voulons mesurer afin de nous assurer de sa parfaite précision, (c’est-à-dire parvenir à démontrer qu’il se suffit en quelque sorte à lui-même en n’étant dépendant d’aucun autre élément de mesure effectué à partir d’autres points…) ? 

Partant de là, l’on s’aperçoit tout de suite que ce projet de mesure d’un unique point exige nécessairement deux autres points (dans le cas le plus simple…), donc un intervalle pour estimer sa « dimension ». Si le point à mesurer ressemble à un cercle, on peut estimer le diamètre de ce cercle avec deux autres points de telle sorte que le diamètre du cercle représente aussi un intervalle. Et ces deux autres points de cet intervalle, ou bien nous décidons de les « fixer » arbitrairement pour stopper la régression à l’infini, (c’est le début du dogmatisme), ou bien nous admettons (et il n’y a pas d’autre choix) que la régression à l’infini dans notre tentative de définir une mesure « absolument  précise » à partir d’un ou deux points aussi petits soient-ils est rigoureusement inévitable. 

Nous pensons que cette argumentation sur le problème (insoluble) de la précision des mesures est essentiel pour comprendre l’impossibilité et l’échec total du « déterminisme scientifique » dévasté par Karl Popper, et par voie de conséquence, l’impossibilité et l’échec total, a priori, de toute doctrine, ou tout projet de faire science qui se fonderait sur une croyance en la possibilité d’un « déterminisme scientifique » ou d’un déterminisme prima faciae absolu excluant tout hasard et tout non-sens comme en psychanalyse. Car celui qui exclut le hasard en psychanalyse ne peut éviter d’admettre qu’il exclut aussi toute imprécision.

Cependant, s’il y a un « refus de la logique » à nous accorder l’accès à la définition d’une mesure a  priori absolue (et donc à sa réalisation), nous devons admettre que si à la place du mot « logique » nous mettons le mot « nature », ce n’est pas parce que la nature nous « refuse » un accès à la précision absolue, qu’elle « fait n’importe quoi », donc qu’elle est « hasardeuse ». (Voir le document de Daniel MARTIN, ici.) Comme il l’écrit à la page 30 de son document très complet : « Il n’y a pas de hasard dans la position ou la vitesse d’un corpuscule de Mécanique quantique, il y a de l’imprécision, c’est-à-dire un refus de la nature de nous accorder la possibilité de précision infinie qui satisferait notre esprit. Il ne faut donc pas confondre le déterminisme statistique, avec son choix d’élément et son imprécision (flou par superposition pour une variable continue), et le hasard (où la nature ferait n’importe quoi) ».  Cependant ce « refus de la Nature » n’est toujours qu’une interprétation humaine, et non la réponse directe de la Nature, car la Nature ne parle jamais à l’être humain, ni à aucun scientifique, elle ne lui a jamais « parlé » ni ne lui « parlera » jamais. Faute de connaître davantage la mécanique quantique, nous prendrons toutefois le risque d’affirmer ceci (ce qui pourra, bien entendu, être complètement réfuté par un spécialiste de la mécanique quantique) : libre à nous d’interpréter cette imprécision en mécanique quantique comme du hasard ! Car le fait d’affirmer un prétendu « refus de la Nature » à nous accorder la précision absolue, d’une part, et, d’autre part, à prétendre savoir si oui ou non elle ne peut jamais « faire n’importe quoi », donc de ne pas laisser de possibilité au hasard dans ses déterminations (…), relève toujours de l’interprétation humaine tendant à « faire parler la Nature » comme ça lui convient. Voilà, selon nous, une conduite intellectuelle tout  à fait arbitraire et dogmatique. 

Celui qui ne croit pas au hasard pourra toujours dire, en effet, que la « Nature ne fait pas n’importe quoi », et qu’elle « nous refuse seulement un accès à la précision absolue » sans jamais pouvoir exclure totalement la possibilité du hasard, puisque nous ne disposons d’aucun moyen de mesure donc de jugement suffisamment précis a priori qui puisse rendre compte avec une certitude absolue de toute l’étendue de la précision que « nous refuse la Nature » : nous ne pourrons jamais être certain dans tout ce qui peut échapper à la Nature dans ses « calculs », si le hasard n’a pas joué un rôle, et par conséquent, nous ne serons jamais en droit d’en exclure l’hypothèse voire même la possibilité avec certitude. 

En somme, dans tout le « champ » ou « l’étendue » d’une imprécision de mesure de quoique ce soit, si l’on était en situation d’affirmer avec certitude (…) où se trouve exactement la limite de l’étendue liée à l’imprécision pour en exclure totalement la possibilité du hasard, ce serait fort paradoxalement, que nous aurions résolu le problème de la précision. 

Ceci nous amène à dire qu’il est logiquement impossible de distinguer avec toute la précision requise (…), (dans ce que nous aurions imputé à de l’imprécision), là où « s’arrête » l’imprécision et là où « commence » le hasard. Imprécision et hasard seront toujours liés, et nous ignorerons toujours jusqu’à quel point, à moins que nous ayons acquis l’intelligence du Démon de Laplace…

Nous ne pouvons donc savoir dans ce qui est imputé à de l’imprécision si nous pouvons exclure la possibilité du hasard. Car ce qui est imprécis comporte bien entendu, et logiquement, une part d’inconnu, et cette part d’inconnu, peut, à son tour, logiquement contenir une part potentiellement accessible à la connaissance, et une autre qui lui restera à jamais inaccessible. Et dans ces deux parties, les effets du hasard pourront toujours être invoqués, que ce soit à titre d’hypothèses réfutables, ou irréfutables.  

Quoiqu’il en soit, ni le hasard, ni l’imprécision ne peuvent faire partie des sciences de la Nature, en tant qu’explications de la Nature. Ce ne sont toujours que des pseudo-explications de la Nature. Des formules telles que, « la Nature est imprécise », ou « la Nature est hasardeuse »,  ne nous fournissent aucune véritable description et explication des comportements possibles de la Nature, car seules les lois causales corroborées par des tests peuvent remplir cette double fonction

Des hypothèses irréfutables liées au hasard ou à l’imprécision n’ont donc,  dans leur statut d’irréfutabilité, aucun lien commun avec le statut d’irréfutabilité de la théorie de l’inconscient de la psychanalyse. Parce que cette théorie de l’inconscient prétend avoir des pouvoirs descriptifs et explicatifs sur la nature humaine tout en étant irréfutable, alors qu’aucune théorie de l’imprécision ou du hasard qui soit réfutable (ou irréfutable), ne puisse y prétendre.

« Connaître avec une relative précision », n’exclut pas, bien sûr, la connaissance, mais exclut en partie temporairement  une autre partie de la connaissance qui lui est indissociablement liée : celle encore cachée, ou encore dérobée à l’observation humaine dans le domaine de l’imprécision, domaine encore inconnu et qui ne peut donc se prêter à une exclusion certaine, et a priori, de la possibilité du hasard, d’une part, et d’autre part, de « l’inconnaissable pour toujours« .

Mais, dans l’univers si métaphysique où la psychanalyse exclut le hasard au niveau de toute « causalité inconsciente », (le psychanalyste Binswanger écrira même que : « l’inconscient est métaphysique et nous le prenons pour réel ») et puisque nous n’avons jamais un accès direct à cet forme inconscient qui se situe hors de tout cadre matériel, (n’étant que « psychique »), et que celui-ci doit toujours être interprété, il nous semble impossible de parvenir à distinguer ou à dissocier ce qui relèverait d’une erreur de calcul de l’inconscient ou d’une imprécision, de ce que cette même imprécision pourrait être due au hasard ou serait en fait identique au hasard. 

Nous ignorons toujours si l’inconscient psychique des psychanalystes serait comparable à un « univers quantique » avec des interprétations similaires, et où l’abord des différences entre hasard et imprécision serait également identique. Nous n’avons aucune preuve à ce sujet. Cependant, le Prix Nobel de médecine John C. Eccles, fait référence notamment à Margeneau concernant son étude sur l’esprit en relation avec la physique des quanta. Il le cite dans son livre « Comment la conscience contrôle le cerveau » : « L’esprit peut être considéré comme  un champ au sens physique du terme, mais c’est un champ non matériel, ce qui s’en approche le plus étant peut-être un champ de probabilité (…) Il n’est pas tenu de contenir de l’énergie pour que soient expliqués tous les phénomènes connus ou l’esprit interagit avec le cerveau » (p. 43). Ensuite, dans ce même ouvrage, Eccles nous parle d’une nouvelle hypothèse sur l’interaction esprit-cerveau, fondée sur la physique quantique : l’hypothèse des microsites. Il écrit ensuite : « Comme nous l’avons écrit dans une publication antérieure (Eccles, 1986), il est possible (…) que les structures servant à la transmission synaptique sont de dimensions si infimes qu’on peut les faire fonctionner de façon analogue aux champs de probabilité de la physique moderne tels qu’ils sont décrits par Margeneau (1984). Mais tous ces travaux authentiquement scientifiques ne disent absolument rien sur la probable « nature quantique » d’un inconscient psychique tel qu’envisagé dans la cadre de la théorie psychanalytique. Ils nous renseignent uniquement sur des rapports possibles envisageables,  non entre l’inconscient et la physique quantique, mais entre la conscience et la physique quantique sachant que dans la tradition des neurosciences, la problématique « corps-esprit » concerne plus généralement les rapports entre la conscience et le cerveau et non l’inconscient et le cerveau.

Les propos de Margeneau suscitent un rapprochement avec les travaux de Allan J. Hobson dans « Le rêveur neuronal », ouvrage qui est une critique dévastatrice de la théorie des rêves de Freud, sur la base de son hypothèse « activation-synthèse ». Les deux scientifiques semblent être d’accord pour proposer que l’esprit ne contient aucune énergie (psychique, par exemple), et que par conséquent cette notion « d’énergie psychique » développée par les psychanalystes depuis Freud, est arbitraire et sans aucun fondement.

L’on pourrait alors penser que l’esprit, qu’il soit conscient ou inconscient est plus proche d’un « univers de propensions » en accord avec les thèses de Karl Popper (lequel travailla avec Eccles qui reconnu sa dette méthodologique envers le philosophe…), mais même entrevu selon cette approche, nous nous éloignons encore un peu plus de toute possibilité d’accorder le moindre crédit au « recherches » de Monique Bydlowski, lesquelles s’appuient sur  une théorie de l’inconscient exclusivement psychanalytique, donc un inconscient doté d’une énergie propre et surtout « fonctionnant » sur un déterminisme bien trop strict aux antipodes de la théorie des propensions.

En somme, même s’il existe à l’heure actuelle des approches authentiquement scientifiques de la notion d’inconscient, celle offerte par la psychanalyse n’a toujours pas fournit la moindre preuve qu’elle serait semblable à un élément de notre « nature » (de la « nature humaine »).

Contrairement à ce que pensent certains psychanalystes lacaniens, le « refoulé » ne constitue pas un ordre prouvé de manière indépendante et authentiquement scientifique dans le « chaos » de l’inconscient. Nous n’avons aucune preuve qu’il serait ce prétendu « point d’attraction unaire » comme le pense par exemple le psychanalyste lacanien Alain Cochet.

Pour terminer ce passage,  nous conseillons aux récalcitrant(e)s éclairé(e)s de se reporter à la page 52 du document de Daniel Martin où il traite de l’imprédictibilité de la pensée humaine. Bien entendu, l’on peut s’opposer à ses points de vue en proposant que l’être humain est lui aussi « un univers de propensions » et donc que même sa base physique n’est pas déterministe mais également compréhensible sur la base de la théorie des propensions proposée par Karl Popper.

 

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Supposons maintenant que l’on objecte que l’inconscient ne participe pas à tous ces calculs et qu’il ne s’occupe, très intelligemment, que de ce qui est essentiel à la réussite de son projet. Une question alors se pose : comment est-il mobilisé, et sur la base de quels critères réalise-t-il les discriminations qu’il doit faire ? Là encore il faudra que le chercheur qui défend une telle théorie de l’inconscient puisse expliquer, et la richesse et la précision de toutes les conditions initiales requises qui président au processus de mobilisation de l’inconscient puis à ses propres procédures de discrimination.
Une objection apparemment plus sérieuse pourrait être celle-ci : peu importe que la date de l’accouchement ne corresponde pas précisément à celle prévue, car il peut toujours se produire des événements inopinés et qui ne dépendent pas uniquement de la mère, donc qui n’ont pas de sens pour elle, ce qui implique aussi pour son inconscient. Ce qui compte donc, c’est la date de conception, sachant que la majorité des grossesses durent neuf mois. On observera que même en pareil cas, les difficultés que nous avons décrites plus avant demeurent, et que le problème (impossible) de la prédiction reste entier, parce que l’inconscient doit prévoir et calculer tous les événements se produisant entre la date du premier accouchement traumatique et la date de la deuxième conception, sachant que ce calcul doit exclure a priori tout risque d’erreur ou d’imprécision aussi infinitésimal soient-ils en conformité avec l’exclusion de tout hasard et de tout non-sens invoqué par la théorie de l’inconscient de la psychanalyse

Enfin, si l’inconscient est bien capable de prédire la date de naissance, il doit savoir à l’avance si la mère et l’enfant auront des problèmes pendant la grossesse. Donc l’inconscient sait à l’avance tout ce qui peut arriver au fœtus… Il sait s’il va y avoir une grossesse prématurée, ou un problème quelconque qui risque de contrecarrer son projet de calcul.

Mais si notre inconscient sait tout cela, et s’il sait calculer tellement d’événements, et donc si la théorie de Madame Bydlowski est une vraie loi causale dotée d’un réel pouvoir prédictif, alors cette théorie est assurément la plus merveilleuse que le genre humain possède, et la plus inquiétante aussi. Tout cela relève même de la science-fiction, c’est le cas de le dire !

(Bref, à essayer de chercher des arguments qui pourraient valider les hypothèses de Monique Bydlowski, l’on s’aperçoit que l’on finit toujours par retomber sur les mêmes critiques indiscutables contre elles.) 

Reste à savoir comment des personnes ont pu accepter les interprétations ou les pseudo-explications de Madame Bydlowski sans être prises d’euphorie ou de rires inextinguibles ou en croyant tout simplement que la théorie de l’inconscient de la psychanalyse n’est que fictionnelle, délirante, et qu’elle relève surtout du comique involontaire le plus ridicule. Mais nous sommes habitués aux interprétations délirantes et ridicules avec la psychanalyse, à commencer par Sigmund Freud lui-même qui affirmait dans son Introduction à la psychanalyse que le tic-tac des horloges symbolisait les battements du clitoris féminin, avec celles de Mélanie Klein, de Françoise Dolto et de tant d’autres disciples ou prosélytes de cette bien étrange doctrine.

En somme, la théorie de l’inconscient de la psychanalyse est très probablement l’un des objets théoriques les plus délirants de toute l’histoire des idées et il permet tous les délires interprétatifs. S’il y a encore beaucoup de psychanalystes qui aiment délirer et faire délirer leurs victimes avec eux, sinon la majorité d’entre eux, qu’ils sachent au moins que tout le monde ne souhaite sans doute pas délirer avec eux ou naviguer dans les marécages de leurs rhétoriques interprétatives et céder à leur forte propension à prendre leurs propres cas pour généralité.

Il y a aussi la logique, et l’épistémologie, n’en déplaise aux psychanalystes, lesquels ont l’habitude de manifester contre elles un mépris clairement assumé, notamment à cause de « leur ignorance crasse » dans ces domaines (Cf. Pierre Henri Castel, psychanalyste lacanien qui fait cette remarque dans son livre A quoi résiste la psychanalyse ?). Ces deux disciplines qui permettent assurément d’y voir plus clair dans tout le bluff théorique et interprétatif déployé par les membres de cette secte et de bien les identifier pour ce qu’ils sont : des charlatans ; et pour ce qu’est vraiment leur doctrine : une escroquerie, et rien d’autre.

Nous pourrions aussi limiter toute notre démonstration à celle-ci : tout le bric-à-brac déployé par Madame Bydlowski ne repose que sur un sophisme post hoc ergo propter hoc. Ce sophisme consiste à affirmer que lorsque deux événements se suivent dans le temps, le second serait indubitablement la conséquence du premier. On peut en effet démontrer un lien de cause à effet entre deux événements qui se succèdent mais à la seule condition de proposer des procédures d’administration de preuves indépendantes de ce lien. En l’absence de preuves, ou de toute procédure valide permettant d’y aboutir, il n’y a bien entendu strictement aucune raison de croire en la validité du sophisme post hoc ergo propter hoc si massivement employé par les psychanalystes. Depuis quand la raison doit-elle accepter les sophismes pour valider des explications ?!…

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Nous arrivons maintenant à certaines conclusions.
– Si nous avons en nous cet « Autre » (le refoulé inconscient) qui nous déterminerait selon ses propres lois lesquelles excluraient tout hasard et tout non-sens, de telle sorte que ces lois soient aussi de vraies lois causales, (scientifiques même, comme l’aurait voulu Sigmund Freud), alors il est tout à fait légitime de demander à Freud et aux psychanalystes des preuves indépendantes de la valeur explicative et descriptive de ces lois, en leur demandant de réaliser des prédictions (comme par exemple prédire la date de naissance d’un être humain), mais avec un degré de précision dans les mesures possibles à partir desquelles calculer aussi la précision des conditions initiales de la prédiction qui respecte, à la lettre, cette faramineuse prétention à exclure le hasard et le non-sens…c’est-à-dire qui soit a priori absolu !
– Si cet « Autre » détermine donc tous nos actes conscients (sachant que « le Moi n’est pas le maître en sa propre maison »), et y compris « tous ces petits faits de hasard » (S. Freud dans sa troisième leçon de psychanalyse), alors, il faut qu’il calcule aussi nos interrelations futures avec l’environnement et donc aussi tous les « déterminismes » liés à cet environnement ! Car si c’est bien lui (l’inconscient) qui motive toutes nos représentations conscientes (à partir de représentations inconscientes) lesquelles sont utilisées par le moi pour faire ses propres essais sur l’environnement (sachant que rien de ce qui prend du sens pour l’individu en provenance de l’environnement ne peut échapper à l’inconscient), le moindre changement dans le décours des événements prévus par l’inconscient sur l’environnement peut constituer une réfutation de ses capacités de calcul et par voie de conséquence de la théorie.
(…)
Qu’est-ce donc que « le mouvement naturel de l’inconscient » ?…
Tout cela, pour moi, c’est du charabia. Cela va au-delà de la simple attitude pseudo-scientifique. Mais nous avons ici, et de façon tout à fait contemporaine une illustration parfaite de l’importance toujours vivace et « opérationnelle » du délire princeps et fondateur de toute la psychanalyse : le déterminisme psychique prima faciae et absolu.
Pour ceux qui estimeront que je n’ai pas encore listé tous les arguments qui pourraient dévaster la théorie de Madame Bydlowski, je leur laisse le plaisir de le faire et le loisir de me les communiquer s’ils le souhaitent. Ils pourront figurer en bonne place sur ce billet.
Laissons maintenant le dernier mot à Karl Popper. Voici une citation (assez longue) tirée de l’un de ses meilleurs livres (« L’univers irrésolu, plaidoyer pour l’indéterminisme », Hermann, Paris, 1984, pages 20 à 21) :
« L’idée de prédire l’action d’un homme avec le degré voulu de précision, quel qu’il soit, par des méthodes psychologiques est à ce point étrangère à la pensée psychologique qu’on ne peut que difficilement saisir ce qu’elle impliquerait. Elle impliquerait, par exemple, la capacité de prédire, au degré voulu de précision, la vitesse à laquelle un homme monterait à l’étage supérieur en sachant qu’il doit y trouver une lettre l’informant de sa promotion – ou de son licenciement. Il faudrait pour cela combiner des conditions initiales physiques en tout genre (la hauteur des escaliers, le frottement des souliers contre les marches), les conditions initiales physiologiques (l’état de santé de la personne, de son cœur, de ses poumons, etc.), ainsi que, par exemple, des conditions initiales d’ordre économique (l’épargne sur laquelle il peut compter, ses chances de trouver un autre emploi, le nombre de personnes à charge, etc.). Personne ne peut dire comment on devrait procéder pour évaluer de telles réalités, ni comment les évaluer, à supposer qu’elles soient connues. On ignore, plus particulièrement, comment utiliser les conditions psychologiques de manière à pouvoir les traiter comme des forces physiques avec lesquelles on pourrait les comparer et les combiner.
Un psychanalyste, au cours de longues années d’étude (bon nombre d’analyses durent en effet plus de dix ans), pourra déterrer des « causes » en tout genre – des motifs et ainsi de suite – enfouies dans l’inconscient de son patient. Ira-t-on pour autant jusqu’à croire que l’analyste, avec toute la science qu’il a des motifs de son patient, serait en mesure de prédire avec précision le temps que celui-ci mettra pour monter les escaliers ? Le psychanalyste affirmera peut-être pouvoir effectuer même cette prédiction, à condition de disposer de suffisamment de données. Mais il sera incapable d’énoncer les données qui seraient suffisantes à cet égard, et d’en rendre compte. Car d’une théorie qui permettrait à l’analyste de calculer le degré de précision requis des données, il n’existe pas même le soupçon.
La connaissance que nous possédons de la psychologie d’un homme (ou d’un chat) peut nous permettre de prédire qu’il ne commettra ni un meurtre, ni un vol (ou que le chat ne mordra ni ne griffera). Mais pour asseoir le déterminisme « scientifique », il faut beaucoup plus [il faudrait pouvoir satisfaire au principe de responsabilité renforcé, mais c’est logiquement impossible, comme le démontre Popper dans son livre].
Une fois les implications du déterminisme « scientifique » – et plus particulièrement celles du principe de « responsabilité » – pleinement saisies, l’on s’aperçoit que la connaissance psychologique, comme celle du comportement, nous l’avons vu, requiert un complément de connaissances physiologiques. Cela signifie, bien entendu, l’effondrement de l’argument psychologique.
Il va s’en dire que dès le départ, l’argument psychologique était plus vulnérable encore que l’argument tiré de l’étude du comportement et cela non pas tant, je crois, parce qu’on ne peut mesurer l’intensité des motifs, car, comme nous avons vu, les mesures du behaviouriste ne lui sont d’aucun secours. Cette vulnérabilité est due plutôt à ce que l’emploi de concepts comme « motif », ou « caractère », se réduit, comme le prouve suffisamment un minimum de réflexion, à une tentative assez grossière d’établir des rapports ayant au moins l’apparence de lois, et même de les inventer lorsqu’ils font défaut. Je ne nie pas qu’une question comme « Quel fut le motif de son action ? » ou un « pourquoi » comme « Pourquoi l’a-t-il fait ? », peuvent être tout à fait raisonnables, tout comme peut l’être une réponse comme « Il le fit parce qu’il était jaloux (ou ambitieux pour se venger) ». Mais toute réponse de ce genre, même très subtile, ne peut prétendre à un statut bien supérieur à celui d’un grossier effort de classification ; au mieux, elle se réduit à une tentative pour construire un schéma contextuel hypothétique, qui rend l’action compréhensible à la raison. Ce sont des tentatives de compréhension post hoc. Il en est ainsi même pour les rares cas où elles dépendent de schémas que l’on peut tester en les conformant avec des prédictions. »