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Dominique-France TAYEBALY. Le groupe et ses pervers.

Cher(e)s récalcitrant(e)s éclairé(e)s, (Tout ce qui va suivre, il va sans dire, concerne les « psychanalystes-visiteurs-et-s’autorisant-d’eux-mêmes », pour le reste, Dieu reconnaîtra les siens, et il a déjà reconnu un ange que je connais moi aussi, et que l’on devra donc éviter de confondre avec la lie.).

Une surprise, et de taille, semble-t-il. Nous citons le travail d’une psychanalyste. Pourquoi ? Parce qu’après avoir acheté son livre et l’avoir seulement parcouru, pour l’instant, nous avons estimé que ses vues (sur ce que nous avons lu) sont justes, tout à fait justes, et correspondent bien aux faits qu’il est possible de vivre, hélas, en certaines situations.

Cependant, l’occasion est idéale pour comme on le dit de “séparer le bon grain de l’ivraie”. L’ivraie, c’est ce recours à la théorie de l’inconscient de la psychanalyse ou à la psychanalyse tout court. Sinon, tout cela nous semble juste.

Revirement ? Certainement pas.

Parce que, comme toujours : tout ce que la psychanalyse a dit de vrai, ou peut dire de vrai, n’est pas nouveau, et tout ce qu’elle a dit de nouveau, ou de son propre cru, n’est pas vrai, ni bon, ni utile du reste.

La plupart des éléments caractérisant la “perversion narcissique” ou qualifié sous cette expression sont déjà connus depuis que le monde est monde. Rien de nouveau sous le soleil. Mais nous avons été guidé par la curiosité, par le besoin d’information sur le sujet, et, en lisant certains passages qui ne manquaient pas de nous rappeler des situations (douloureuses) vécues à titre personnel, nous avons acheté ce livre, mais en faisant la part des choses sur ce que nous avons pu y  lire. (Il ne s’agit ni d’inceste ni de quoique ce soit de ce genre, mais plutôt de problèmes relatifs à “la vie en groupe”…).

Dans les passages que nous citons, nous nous sommes évidement aperçus, comme vous vous en apercevrez aussi, que nul n’est besoin d’être psychanalyste, ou de connaître, voire d’utiliser la moindre de ses théories, pour avoir déjà décrit pour soi-même tout ce que vous allez pouvoir lire. Je pourrais donner ici, des exemples tirés de ma vie personnelle, mais, pour d’autres raisons, je dois m’abstenir.

Finalement, la “réflexion” psychanalytique sur ce problème, nous aurions pu nous en passer. Si ce livre avait été écrit par un adversaire de la psychanalyse, nous l’aurions acheté aussi. Bref, tout cela pour dire encore qu’il n’y a rien de nouveau mais qu’en toute honnêteté, le travail de description que nous a fourni cette psychanalyste nous a semblé bon, pour le moment, hormis bien entendu le recours à la théorie de l’inconscient.

Ce constat n’implique pas pour nous, répétons-le, que nous  commençons  à adhérer à la psychanalyse, et, inutile de préciser que notre “non”, n’est pas un “oui déguisé en non”; mais que simplement, nous avons été conforté dans ce que nous avons lu, parce que nous l’avions déjà caractérisé, seul, par nous-mêmes, et sans aucun recours à l’aide d’aucun psychanalyste.

Le problème est alors le suivant : les psychanalystes peuvent dire des choses vraies, comme celles-ci. Mais c’est là que la cela peut devenir très grave : c’est qu’ils peuvent en profiter pour fourguer leurs histoires à dormir debout, lorsqu’une personne fragile, qui se trouverait subitement et totalement “confortée”, irait se confier à eux, en n’étant pas informée, au préalable, du vide absolu de ses dogmes!

La stratégie des charlatans consiste aussi à mélanger le recours à de bons points de vue avec de la camelote (qui ne leur appartiennent jamais en propre, pour mieux vendre leur camelote) : nous avons acheté un livre d’une psychanalyste, mais toute la part de camelote qu’il contient, et d’ores et déjà jetée à la poubelle.

Il est pourtant très curieux, de constater, en lisant d’autres pages, comment la caractérisation de la perversion narcissique que donne l’auteur, s’applique aussi, trait pour trait, au comportement des psychanalystes envers leurs critiques, voire même envers leurs patients! (Pour cela, le lecteur de ce billet pourra se référer à l’ouvrage de Nathan STERN : « La fiction psychanalytique », il sera édifié).

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« Imposer des faux-semblants pour nier  l’évidence.

Les acteurs de la perversion sont les champions du déni. Ils appuient sur une touche, et hop…pour eux, comme par magie, les actes malveillants qu’ils ont commis n’existent plus. Ils peuvent alors jouer le rôle de quelqu’un d’autre, d’une personne « normale », bien insérée socialement, innocente, respectable, etc. Ils peuvent ainsi endosser le rôle de la victime. C’est un stratagème qui leur évite de se remettre en cause et leur permet d’attribuer à l’autre ce qui (leur) fait peur. Ainsi c’est toujours la faute de l’autre : de son conjoint, de son collègue, de la société, de la famille. Eux, ne sont jamais responsables ou coupables. Au contraire, ils savent très bien comment se faire plaindre.

Pourquoi la sidération et le déni sont-ils contagieux ?

Quand nous rapportons l’horreur de la profanation, il y a un tel effet de sidération que les personnes à qui nous nous adressons ne croient pas que cela soit possible. C’est comme si cela n’avait jamais existé et ne pouvait pas exister. Le refoulement face à la perversion peut engendrer des réactions d’évitement : « ça ne me concerne pas », ou de banalisation : « Oh, ce n’est pas si grave », « Il y en a tellement comme ça », « Ce sont des choses qui arrivent ». Minimiser les faits est une défense qui vise à rendre la réalité de la perversion plus tolérable : « Vous pouvez prendre du recul », dit un juge à un enfant maltraité ; « On ne meurt pas de l’inceste », lance une autre ! Le consensus social qui s’appuie sur le refoulement de la perversion conforte les récriminations retorses des systèmes pervers : « ça y est, tu recommences à faire un drame de rien du tout », « tu ne vas pas en faire toute une histoire » ou encore « ça va, calme toi, il n’y a pas mort d’homme ! » En fait, les pervers s’en lavent les mains et poussent l’entourage à faire de même.

Une incongruité devient banale, une violence est réduite à une anecdote, l’irrespect devient un acte de bravoure interprété comme la punition méritée d’un individu récalcitrant, qui ne s’est pas soumis à la domination du plus fort (? Mais ce n’est pas toujours « le plus fort », loin s’en faut. C’est parfois un individu qui peut-être jaloux d’un autre, et qui utilise un contexte où toute confrontation physique serait passible de sanctions pour faire de la provocation et prendre des postures de petit caïd, ou de faux-dur des bacs à sable. Il se peut aussi qu’il profite encore du déni dans lequel agissent certains de ses pairs pour accentuer sa « domination » (…) sur celui dont il est jaloux, sachant fort bien au fond de lui-même que son art consommé du regard torve ne lui servirait plus à grand chose en cas de confrontation physique, mais seul à seul, en dehors de tout cadre professionnel et sans témoin oculaire…) . Le déni du pervers bloque toute possibilité d’écoute de la réalité, annihilant toutes les capacités de jugement et de réflexion de l’interlocuteur. Car la manifestation de la perversion provoque une grande peur. Elle est profondément perturbante.

Il est plus confortable d’être dans le consensus social où, (les) (…) idées préconçues arrangent l’entourage.

Le déni agit comme un virus, il contamine tout et tout le monde. Il obscurcit la vue, bouche et tympans. La personne perverse falsifie la réalité empêchant, du coup, sa proie de se fier à ses propres ressentis. Contaminée par le déni du prédateur, sa victime n’ose plus s’exprimer : elle ne peut pas « parler assez fort » de ce qu’elle a subi, elle ne peut pas s’affirmer suffisamment pour se faire entendre. Elle peut aussi inconsciemment se débrouiller pour qu’on ne l’entende pas ou baisser les bras à l’avance, car elle croit que la violence de ce qu’elle vit est sans limite et qu’elle va y laisser sa peau.

(…) Le groupe, qu’il s’agisse d’un groupe familial ou social, est un lieu privilégié pour la mise en place d’un système pervers. Dans l’un comme dans l’autre, la désignation d’un bouc émissaire fait partie des tactiques de domination et d’influence. Cette situation ne peut advenir que grâce à la participation inconsciente et aux complaisances d’autres membres du groupe. Les demandes d’appartenance à un clan et de loyauté vont rebondir comme une balle dans le camp pervers. Le prédateur a parfois besoin d’un collaborateur zélé (c’est-à-dire obéissant et soumis) pour mettre en œuvre ses intentions malveillantes, voire exécuter son  plan (lorsque la perversion devient organisée). Il va donc s’efforcer de déclencher insidieusement et d’entretenir un mouvement de rejet envers une victime émissaire, en désignant l’un des membres (peut-être l’un de ses proches) comme le mouton noir à exclure. L’attaque sera le plus souvent dirigée vers celui qui est le plus éthique. Il sera d’autant plus diffamé qu’il est honnête, les calomnies seront d’autant plus mensongères et dégradantes qu’il est intègre.

Le groupe se cimente alors sur la critique commune de l’un des leurs. Il devient le réceptacle de tous les « transferts » non liquidés, des zones d’ombre des uns et des autres non élaborées. Comme dans les situations de conflits politiques ou de guerres, la violence aveugle et ses débordements barbares semblent soudaine légitimés. C’est un véritable règlement de comptes de ressentiments négatifs, aiguisé aussi par la jouissance de défouler un sadisme soigneusement caché jusqu’alors, ou renforcé par le soulagement d’avoir échappé à ce rôle-là et au sort humiliant qui lui est destiné !

(…)

L’usage roué de la plainte.

La personne malveillante peut choisir de communiquer par le biais de la plainte, en jouant sur ses différents registres de façon à mettre l’autre dans la confusion. Il ne s’agit pas d’une plainte « mélancolique » exprimant un regret, ou le gémissement d’un souffrance persistante. Il s’agit d’une plainte revendicatrice, d’une attaque d’une victime magnifique à qui « on a osé faire ceci, cela », qui est « outrée » et qui « porte plainte », qui demande justice. (…) Elle peut aussi choisir un autre type de plainte pour éveiller la compassion de sa cible comme l’utilisation des petits maux du corps (maux de tête, de ventre…) pour forcer l’attention de l’autre, voire la pitié, et se faire bichonner, se faire materner. (…).

Le dénigrement systématisé.

Le tourmenteur communique également par le dénigrement. Un dénigrement systématique et contagieux. (…).

Le retournement inattendu.

La personne perverse inverse et retourne les situations, les actions, le discours et les êtres qu’elle côtoie. Elle détourne ou fait tourner à son avantage l’intention de l’autre. Ce retournement est pour l’interlocuteur une véritable fin de non recevoir, qui équivaut à le nier et à lui imposer de se taire. (…).

Détruire l’autre pour ne pas montrer sa folie.

La perversion est le dernier rempart contre la folie. Pour ne pas devenir folle, c’est-à-dire pour ne pas laisser entrevoir l’immense vide et le chaos qui les habitent, les personnes perverses rendent les autres fous, expulsent sur eux leur propre folie. (…).

Le silence peut être assassin.

La violence qui peut exister dans un groupe, et qui agit comme une stimulation malveillante visant l’exclusion de l’un de ses membres peut aussi se retrouver dans un silence complice. Le dernier film de Lucas Belvaux, 38 témoins (2012), brosse le portrait d’une société drapée dans l’égoïsme et l’indifférence, soudée dans une démission collective.

Le film est inspiré d’un livre de Didier Decoin. Tous deux sont tirés d’une histoire vraie, celle de Kitty Genovese, violée et assassinée en pleine rue, en 1964 à New York, dans le Queens. Alors que ses cris ont attiré l’attention de trente-huit témoins des immeubles voisins, personne n’a essayé d’intervenir ou prévenu les secours. De nombreuses études  sociologiques en ont conclu que face à une agression, plus il y a de témoins, moins il y a de chances que quelqu’un intervienne. Comme s’il y avait une « dilution » de la responsabilité. »

(In : Dominique-France TAYEBALY, « Pour en finir avec les pervers narcissiques », éditions Bréal, Paris, 2012, pages : 77 – 79 ; 124 – 125).