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Edgar FAURE. Sur l’incertitude de la vérité.

« L’incertitude de la vérité ».

« (…) L’exemple le plus émouvant est celui de la théorie de Newton, tenue longtemps pour l’archétype de la révélation scientifique, et qui avait reçu une corroboration éclatante par la découverte de la planète Neptune. Einstein parut, et sa théorie élimina la précédente parce qu’elle recouvrait tous les points de celle-ci et qu’elle y ajoutait des informations supplémentaires.

Cependant, cette certitude, dont nous avons conté l’immolation, cette Iphigénie de la science, c’est la certitude… de la vérité. Il existe, par contre, une certitude qui demeure bien vivante, c’est la certitude de l’erreur.

Alors qu’un million ou un billion d’expériences corroborantes ne suffisent pas à établir la vérité de la théorie, une seule expérience non concordante permet de certifier, sans repêchage possible, non pas seulement sa faux-semblance, mais son caractère définitivement inexact.

C’est ici qu’apparaît le quiproquo dû à l’emploi du terme de falsification qui a été utilisé pour décrire la théorie de Popper, et qui procède d’une transcription littérale et fautive de l’anglais. Il doit bien évidemment être remplacé soit par détection de fausseté, qui est la transcription la plus précise, soit par les mots de « réfutation », « infirmation », « improbation » ou « invalidation ». On peut aussi parler de l’élimination de l’erreur, mais cette formule, souvent usitée par Popper, comporte une acception supplémentaire, de caractère positif. »

(Dans ce passage, Edgar Faure commet quelques erreurs classiques concernant l’épistémologie de Popper. En effet, comme beaucoup d’autres commentateurs, il nous semble comprendre le critère de démarcation, la réfutabilité, sous l’angle du falsificationisme naïf, à savoir : une théorie peut être réfutée avec certitude, par conséquent les réfutations, en science, sont certaines et peuvent constituer une sorte de « socle dur » de la connaissance objective. Or, Karl Popper, dès « La logique de la découverte scientifique », puis, en défense de ses critiques, dans « Le réalisme et la science », démontrait qu’en science, aucune corroboration et aucune réfutation ne peut être logiquement certaine. Pourquoi ? Parce que les tests qui permettent d’y aboutir, eux-mêmes, ne peuvent être logiquement « certains », parce qu’ils se fondent nécessairement sur des énoncés qui contiennent des termes universels dépendants eux-mêmes de lois universelles strictes logiquement réfutables. Lorsqu’une procédure de tests est acceptée par une communauté de chercheurs, lorsque certaines conditions initiales d’expérimentations sont acceptées, ce n’est que parce qu’elles sont admises comme « non problématiques » pour que le test soit considéré, par la communauté, comme épistémiquement valide. Tous les tests authentiquement scientifiques, sont nécessairement inscrits dans une tradition plus ou moins longue d’autres tests qui les précèdent. Ils sont donc tous, nécessairement « relatifs les uns aux autres », et, encore une fois, chaque test, est « relatif » à la faillibilité toujours possible des conditions initiales utilisées, ne serait-ce que par l’impossibilité d’en calculer, a priori, n’importe quel degré de précision souhaité dans la détermination même de leur précision. Ceci, nous renvoie à l’invalidation totale et dévastatrice, réussie par Popper, de ce qu’il nomme, « le déterminisme scientifique ».

Ensuite, on ne peut, comme le propose Edgar Faure, confondre la notion de réfutation avec les autres termes qu’il nous donne. On peut sans doute accepter que réfuter est synonyme d’infirmer ; mais on ne peut accepter que réfuter est synonyme d’invalider. La validation d’une théorie concerne l’étude de sa structure logique interne, son aspect immanent. Par exemple, si un énoncé contient un sophisme, on dira qu’il n’est pas valide. Si un même énoncé est jugé logiquement incohérent, on dira aussi qu’il n’est pas valide, et pourtant Karl Popper démontre aussi qu’un énoncé peut être incohérent, et pourtant correspondre aux faits. C’est la raison pour laquelle, notamment, il distingue, dans « Les deux problèmes fondamentaux de la théorie de la connaissance », deux types d’analyse des énoncés : leur analyse, ou leur critique « immanente » (l’énoncé est-il cohérent, est-il valide d’un point de vue logique ?) ; et l’analyse, ou leur critique « transcendantale » (l’énoncé correspond-il aux faits ?).

Concernant le terme « improbation ». Là encore, si Edgar Faure fait allusion au fait qu’une théorie réfutée est équivalente à une théorie dont on a démontré l’improbabilité  mathématique, il se trompe. Parce que, de façon inverse, ce n’est pas davantage un fort taux de probabilité mathématique qui nous permet d’avoir plus confiance en une théorie qu’en une autre. Popper démontre que la probabilité mathématique ne peut pas constituer un critère de démarcation efficace entre science et métaphysique.

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