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Endel TULVING. « La mémoire des événements ou la mémoire épisodique ».

« La mémoire des événements ou la mémoire épisodique ».

« En 1972, Endel Tulving propose de distinguer deux types de mémoires :

–        La mémoire épisodique ;

–        La mémoire sémantique.

L’une est la mémoire de l’expérience, des événements qui surviennent dans notre vie, une sorte de mémoire biographique. Et l’autre, la mémoire de la connaissance et des faits généraux. Pour reprendre un exemple que Tulving cite souvent, nous utilisons notre mémoire sémantique lorsque nous disons que Paris est la capitale de la France, et notre mémoire épisodique lorsque nous nous rappelons notre voyage à Paris, pendant les vacances, et la visite de la tour Eiffel…

A l’époque, une telle idée était subversive : la plupart des psychologues pensaient qu’il n’existait qu’un seul type de mémoire à long terme, et la théorie de deux systèmes de mémoires séparées fut sévèrement critiquée. Selon ses détracteurs, savoir que Paris est la capitale de la France et se souvenir d’un voyage à Paris procédait d’un seul et unique type de mémoire. Ce qui change, c’est simplement l’information contenue dans la mémoire. Aujourd’hui, la plupart des scientifiques ont accepté la théorie de la mémoire épisodique.

Après avoir subi certaines lésions cérébrales, il arrive que l’on soit privé de mémoire épisodique : on peut effectuer des apprentissages nouveaux, on peut donc fabriquer de nouveaux souvenirs, quoique avec difficulté, mais impossible de se rappeler l’origine de ces apprentissages. Ainsi de cette patiente qui venait pour des soins à la clinique de Tulving. On lui apprenait certaines informations, comme « le soleil fait fondre l’asphalte ». A la fin des sessions, on lui posa la question suivante : « Qu’est-ce que le soleil fait fondre ? », elle répondit : « L’asphalte. » Mais, quand on lui demanda comment elle le savait, on s’aperçut qu’elle n’avait aucune idée de la façon dont elle l’avait appris.

Deux caractéristiques de la mémoire épisodique.

L’une des spécificité de la mémoire épisodique est la conscience autonoétique. Quand on se rappelle le passé, quand on réactive un souvenir, on fait une expérience mentale particulière : on se voit acteur des événements, on est conscient de son identité. Tout se passe comme si on revoyait le film en « caméra subjective ». Tulving nomme conscience autonoétique l’état de conscience associé à la mémoire épisodique. On a besoin d’être attentif – ce n’est pas le même état de conscience que lorsque l’on regarde ce qu’il y a autour de soi ou que l’on entend les bruits alentour. En revanche, quand on convoque la mémoire sémantique, on n’a pas conscience du fonctionnement de cette mémoire. Si je fais du vélo, par exemple, je n’ai pas besoin de réactiver consciemment le souvenir de mes capacités à tenir sur deux roues en pédalant. C’est automatique.

Autre caractéristique, la sensation subjective du temps : la mémoire épisodique nous permet de voyager mentalement dans le temps, d’aller du présent au passé et jusqu’au futur. C’est ce qu’Endel Tulving appelle la « chronesthésie ».

Les enfants de moins de 4 ans et les animaux n’ont pas de mémoire épisodique.

Les bébé et les jeunes enfants enregistrent un nombre astronomique d’informations. Il leur faut tout apprendre : comment se mettre sur le ventre quant on est sur le dos, comment arriver à saisir un objet en se servant de cet outil fabuleux qu’est la pince pouce-doigt, comment parler et bien d’autres choses. Pour cela, ils utilisent les capacités extraordinaires de leur mémoire sémantique. En revanche, ils n’ont pas de mémoire épisodique. Ils ne se souviennent pas du jour où ils ont fait leurs premiers pas : ils savent simplement marcher. De façon générale, ils ne se rappellent pas ce qu’ils ont fait la veille et ne peuvent pas s’imaginer ce qu’ils feront le lendemain. De notre toute petite enfance, nous gardons le souvenir de sensations physiques et d’émotions, non d’anecdotes ni « d’épisodes » de notre biographie. Une bonne  odeur de gâteau peut réveiller un souvenir diffus de bonheur sans qu’aucun événement précis n’y soit associé.

Selon Tulving, les animaux ne disposent pas non plus de mémoire épisodique : le chien sait que, lorsque vous prenez sa laisse, cela signifie que vous allez le promener, mais il ne se souvient pas de la  façon dont il l’a appris. Les chimpanzés et les gorilles sont aussi dépourvus de mémoire épisodique. Seul l’humain est capable de se déplacer en esprit dans le temps.

De cette caractéristique, Endel Tulving a fait son nouveau sujet de recherche. Notre capacité à agir dans le présent repose à la fois sur le passé et sur le futur. Car les mêmes mécanismes de la mémoire qui nous font remonter le temps nous permettent aussi d’explorer l’avenir… »

(In : Endel TULVING (par Catherine MEYER). “Les nouveaux psys. Ce que l’on sait aujourd’hui de l’esprit humain”. Sous la direction de Catherine Meyer. Editions les arènes, Paris, 2005, pages : 239 – 241).

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