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Georges POLITZER. Le sujet et la connaissance psychologique.

27 février 2017 Laisser un commentaire


« Tant que le fait psychologique est défini comme une simple réalité interne, le caractère paradoxal de l’existence de l’omniscience du sujet concernant sa vie intérieure ne peut pas éclater, car la science du soi étant relative simplement à une réalité, on peut non seulement postuler, mais encore constater, grâce à des démarches que nous n’avons pas à approfondir ici, l’existence d’une intuition sui generis qui saisit immédiatement les formes de la « sixième essence ». Mais lorsque qu’il ne s’agit plus de saisir des entités ou des qualités, mais de comprendre le sens d’un comportement ; lorsqu’il s’agit non pas « d’assister au déroulement d’une vie donnée immédiatement pour soi », mais d’analyser le drame concret de la vie individuelle, alors on ne peut plus demander au sujet d’être acteur en même temps que spectateur intelligent qu’en exigeant de lui l’accomplissement d’une œuvre de connaissance qui ne peut résulter que d’un procédé aussi complexe que précisément l’analyse freudienne.

Il est donc vrai de dire que conscient et inconscient sont enveloppés dans la même condamnation : la pierre d’achoppement des deux thèses est constituée par le fait qu’elles se fondent, toutes les deux, sur le postulat de la « pensée pour soi » ou de la pensée récitative. Et c’est pour cela que la négation de l’inconscient ne nous amène pas à l’affirmation de l’exclusivité de la conscience, et que la négation de cette exclusivité n’implique pas l’introduction de l’inconscient : la confusion qu’engendre le postulat en question est incompatible avec la psychologie concrète. Car le fait psychologique originel, c’est la vie dramatique de l’homme, et la psychologie concrète qui veut la connaître n’attend du sujet que précisément cette vie dramatique. La psychologie classique, au contraire, demande plus : elle lui demande aussi une autre connaissance et, ce qui est plus, veut même faire de cette exigence la constatation fondamentale de la psychologie. Or, vie et connaissance ne sont pas synonymes : le sujet qui a la vie psychologique n’est pas forcé d’avoir en même temps la connaissance psychologique, sinon la psychologie est inutile. Le paradoxe de la psychologie classique est précisément de se supprimer en tant que science dès la position de son premier principe. Comment qualifier, en effet, de science ce qui n’est que le récit d’une vision ? La psychologie concrète, au contraire, supprime ce paradoxe, car elle ne réclame pour la connaissance psychologique aucune structure privilégiée, et ne demandant pas au sujet d’être psychologique, elle trouve naturel qu’il ne le soit pas ; et c’est précisément parce qu’elle ne considère pas que l’ignorance du sujet concernant son propre être psychologique soit un fait particulièrement remarquable qu’elle n’a aucun besoin de la notion d’inconscient ».

(In : Georges POLITZER. « Critique des fondements de la psychologie ». Editions : PUF, collection Quadrige. Paris, 2003, pages : 206 – 207).