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Un peu de sport aussi : l’escrime au sabre.

17 février 2016 Laisser un commentaire

L’escrime au sabre.

A cette époque, l’arme n’était pas encore électrifiée, et son arbitrage nécessitait un président de jury et quatre assesseurs (deux par escrimeurs). L’avis de chaque assesseur comptant pour une voix, et celui du président pour deux. L’attribution d’un point reposait sur le choix entre trois possibilités pour décider de la validité de la touche : « oui », « non », ou « abstention ». Les erreurs d’arbitrage étaient fréquentes autrefois, mais, étant donné la vitesse d’exécution des escrimeurs, il n’était pas toujours facile d’observer avec précision les phases d’un assaut, y compris pour les meilleurs juges. Tout cela provoquait des contestations parfois véhémentes de la phrase d’arme telle qu’elle devait être systématiquement décrite après chaque touche par l’arbitre principal. 

Dans les années quatre vingt, et jusque vers le début des années quatre vingt dix, il était possible de croiser le pied arrière devant le pied avant, et même de courir sur la piste. Par ailleurs l’utilisation de la piste était différente d’aujourd’hui, avec la possibilité de sortir une fois dans le fond sans perdre le point, alors qu’aujoud’hui c’est impossible.
Selon  nous, la pratique de cette arme était bien plus spectaculaire et intéressante à cette époque, mais cet avis n’engage que nous. L’on peut observer de superbes assauts de sabre dans les conditions actuelles du règlement dans cette arme.
Cette vidéo montre la finale par équipes des jeux olympiques de Moscou qui se déroulèrent en 1980. Elle oppose l’équipe d’Italie, à celle de l’URSS. Cette dernière, véritable « dream team » du sabre de cette époque était composée de quelques uns des plus grands champions de l’histoire dans cette arme, et, à ma connaissance, l’on n’a toujours pas vu d’équipe aussi forte que celle-là, mis à part certaines formations chez les hongrois. L’équipe d’URSS était composée de Vikor Sydiak, Viktor Krovopuskov, Vladymir Nazlymov, Mikhail Burtsev, et Serguei Aliokhine. Tous les membres de cette équipe extraordinaire ont tous au moins conquis une fois un titre olympique par équipe,  (Sydiak a été champion olympique à Munich, et Krovopuskov, deux fois champion olympique, à Montréal, et à Moscou..), un ou plusieurs titres de champion du monde par équipe et/ou individuel, remporté une ou plusieurs fois la coupe du monde, etc.., Bref !  Ils étaient vraiment très, très forts.

Viktor Sydiak porte le numéro 137 sur le côté droit de son masque, Krovopuskov le 130, Burtzev le 128 et Nazlymov aucun numéro.

L’escrime au sabre, (comme la savate boxe française), exige beaucoup de concentration et de maîtrise de soi, (étant donné les erreurs d’arbitrage fréquentes et parfois les provocations de l’adversaire), mais aussi certains coups de sabre parfois assénés violement et volontairement dans des buts d’intimidation. (Ces choses-là n’étaient évidemment pas systématiques, mais elles étaient loin d’être rares).

Il faut, en escrime, une grande dissociation entre les actions des jambes et du bras armé, et tenter de trouver le maximum de relâchement, le plus vite possible (ce qui est un  peu contradictoire), avant de porter chaque touche, pendant les déplacements, et même souvent, pendant que l’on porte la touche. Se crisper en escrime, dans l’immense majorité des cas, revient à perdre le point. Le « grand secret » de cette arme ? C’est le relâchement, lequel permet la disponibilité, laquelle permet de faire ce que l’on veut, quand on veut, et comme on le souhaite, de son arme. Mais pour parvenir à ce relâchement du haut du corps et du bras armé, (mais aussi des jambes, contrairement aux apparences), il faut acquérir beaucoup de puissance statique et explosive dans les membres inférieurs et mener un travail assidu  sur les déplacements pendant l’entraînement, et sur la technique en mouvement, cela va sans dire.

Sur le plan décisionnel, c’est, comme vous vous en doutez, une activité sportive où il faut avoir un plan, être capable d’en imaginer un, très, très rapidement, de l’adapter tout aussi rapidement (un bon escrimeur est capable de changer de ligne d’attaque en bien moins d’une seconde.. ou subitement de décider d’une parade riposte, etc.), et de se souvenir des touches portées par l’adversaire, de ses actions préférées, de ses cibles préférées, de ses défauts dans les déplacements, dans son appréciation de la distance (c’est très important), etc., etc., …
Dans cette finale, (les assauts sont en 5 touches), les sabreurs russes ont littéralement écrasé la rencontre et ils ont gagné très largement. Seul l’italien Michele Maffei (faisant partie, lui aussi d’un des meilleurs sabreurs de sa génération) est parvenu à faire jeu égal avec eux en s’adjugeant deux victoires, l’une contre Vladymir Nazlymov, et l’autre contre le double champion olympique en titre : Viktor Krovopuskov. Dans cette finale, ce dernier nous a paru un peu en dessous de son niveau habituel, ainsi que Nazlymov. Par contre j’attire votre attention sur les assauts du plus ancien de l’équipe, Viktor Sydiak, sur son sens incroyable de la parade-riposte, et surtout sur ceux de Mikhael Burtzev, hélas récemment disparu, dont la pureté et l’efficacité de la technique, sans parler d’une vitesse d’exécution littéralement « supersonique » sur les parades-ripostes, ne pourront passer inaperçues, même pour un oeil néophyte.
Mais qu’est-ce qu’un « temps d’escrime » ?!

Pour qu’une attaque soit validée, il faut que le sabreur ait le bras allongé, l’arme menaçant une cible, et progresse vers l’avant. Du moins à l’époque c’était comme ça, et aujourd’hui, certaines choses ont changées, comme l’importance de la pose du pied avant, … après avoir porté l’attaque (bras allongé). Donc, pour ne pas « perdre de temps », un escrimeur (au sabre ou au fleuret, seules armes où il existe des conventions) doit emprunter le plus court chemin vers la touche : c’est la « ligne droite », d’où avoir le bras allongé. Par conséquent, s’il lui arrive, pendant sa progression, de raccourcir son bras, il « perd du temps » ; et si… une contre-attaque lui est portée sur une cible pendant qu’il raccouçit son bras, elle « gagne du temps sur l’attaque » et elle prend la priorité sur celle-ci, donnant lieu à un point pour celui qui a porté la contre-attaque. (Un « contre temps », c’est une parade d’une contre-attaque : l’escrimeur peut donc piéger son adversaire en raccourçissant volontairement son bras pour provoquer une contre attaque qu’il va ensuite parer, lui donnant droit à une riposte…c’est le « contre temps »). Que faire lorsque celui qui progresse reste bras allongé pour contre attaquer de façon valide ? Une solution : réaliser un battement sur sa lame (dans l’un des deux tiers du haut de la lame), l’on appelle cela  une « prise de fer »,  et continuer directement sur une cible. Il y a une différence entre une contre attaque et une attaque sur la préparation : une contre attaque, en escrime, c’est une action où l’escrimeur ne progresse pas vers l’avant pour porter cette contre attaque. Une attaque sur la préparation, c’est lorsque, face à un adverse qui progresse et qui subitement raccourcit son bras, l’autre décide brusquement d’attaquer une cible mais lui aussi en progressant très rapidement et en portant la touche sur une cible. Oui, je sais c’est un peu compliqué, mais vous savez, ces choses-là s’assimilent très rapidement, y compris par les plus jeunes escrimeurs.

Qu’est-ce que le « sentiment du fer » ?!

C’est essentiellement l’appréciation qu’a l’escrimeur de la distance de sa propre lame, par rapport à celle de l’adversaire. Ici, c’est en quelque sorte une donnée spatiale. Mais c’est en même temps une donnée temporelle : Un escrimeur qui a un bon « sentiment du fer », va être capable de synchroniser de manière idéale dans le temps, la position de sa lame par rapport à celle de son adversaire, notamment sur les parades-ripostes, mais aussi sur les attaques avec « prise de fer », ou les « attaques au fer ». Tout comme l’exécution des contre-attaques portées à la « manchette » (sur l’avant-bras, le poignet), ou sur la main de l’adversaire, lesquelles exigent beaucoup de précision, de vitesse, et de maîtrise du timing, avoir un bon « sentiment du fer », fait partie des compétences les plus essentielles pour une « fine lame ».

Un bon escrimeur doit aussi maîtriser son énergie, et surtout vers l’avant. En réalité, la technique en mouvement nous semble bien plus difficile, pour l’offensive, que pour la défensive, et la contre-offensive en escrime. Il est évident que plus l’escrimeur se déplace vite vers l’avant, plus il mobilise d’énergie, et plus tout changement de position au niveau de son bras armé, indépendamment du mouvement de ses jambes, va poser des problèmes. Or, voilà bien l’une des compétence qui hissait les soviétiques et les hongrois, à notre avis, nettement au-dessus de toute autre nation, au sabre, à cette époque. Et, soviétiques et hongrois, précisément pour avoir été si forts dans cette compétence, possédaient une maîtrise des déplacements, elle aussi, nettement supérieure aux autres nations, leur assurant toujours plus d’équilibre et de contrôle de leurs mouvements, y compris lors des actions offensives les plus engagées. Mais on observe que les sabreurs russes, utilisaient finalement assez peu la « flèche » qui est une technique de déplacement offensive consistant en une projection vers l’avant, avec croisement du pied arrière en avant ; et beaucoup plus la fente, sauf pour l’exécution des contre-attaques à la tête. Ceci leur permettant de limiter les risques liés au contrôle de l’énergie pendant une action offensive, et de garder le meilleur équilibre pour éventuellement réaliser une contre-riposte, (ou toute autre action), dans le cas où l’offensive échouerait sur une parade-riposte de l’adversaire… En fin de compte, l’un des grands mérites de la technique de déplacement des sabreurs soviétiques, était de leur offrir la possibilité de toujours pouvoir continuer l’affrontement, et ce, bien plus souvent que leurs adversaires se laissant, eux,  parfois « embarquer » par leur propre énergie…

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