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François ROUSTANG : « Le transfert, une impasse ? »

7 décembre 2010 Laisser un commentaire

 

 

 

Le transfert ? La « clé de voûte » de la manipulation mentale, de la suggestion, et de l’instauration d’une relation de dépendance entre l’analyste et son malheureux patient.

Le transfert ? C’est le moteur de la mise sous tutelle des victimes de la psychanalyse, ceux qu’elle empoigne pour toujours, comme l’a écrit Ludwig Binswanger.

Le transfert ? C’est enfin le désir totalitaire (et sans vouloir reprendre une terminologie analytique) de Freud et de sa doctrine, actualisé, opérationnalisé sur chaque patient par l’intermédiaire de chaque petit soldat de l’armée du Phallus.

Si une telle relation s’instaure, comment alors la psychanalyse pourrait-elle revendiquer le statut de science, si le « chercheur » et son objet (le patient et son inconscient) sont en si étroite relation de co-dépendance, et même, comme le remarque Jacques Van Rillaer, de conditionnement bidirectionnel (le patient est autant conditionné par l’analyste que l’analyste par le patient, puisque, à chaque feedback positif de ce dernier, c’est-à-dire répondant aux attentes de son analyste, lui-même renforce encore plus ses propres convictions dans le bien fondé de la méthode freudienne).

Ce n’est qu’une relation destructrice, où l’individu disparaît, contrairement aux apparences. Il disparaît pour laisser apparaître un fantasme métaphysique : celui de l’inconscient toujours créé, circonstantiellement à la cure, sur des mots suggérés, régurgités à partir des délires du premier malade princeps : Sigmund Freud. Cette relation est destructrice de l’individu, parce qu’il faut qu’apparaisse, coûte que coûte, un « inconscient » qui sera le « maître ». Et un maître qui peut dire oui ou non sur tout, c’est-à-dire, qui oblige l’individu à inventer puis à se plier à un « oui » de fabrication, alors que toute sa nature, toute sa structure dirait, naturellement, « non ». (Ou l’inverse).

Destructrice, parce cet inconscient-là ne tolère aucune arme, aucune défense, aucune rationalité, autre que celle habilement fabriquée et convoquée par l’analyste,  justement, par la fabrication de sa propre image. « Désormais, tu apprendras à dire oui, ou non, sur toutes choses de ton existence, en reconnaissant toujours que c’est la théorie psychanalytique qui t’a appris à reconnaître ce « oui », ou ce « non ». Relation binaire entre les deux, sans aucune possibilité de « tiers exclu« , si j’ose dire…puisque pour les freudiens, un « oui » peut équivaloir à un « non », ou l’inverse. Et puisque l’inconscient ça n’a pas de logique.

Destructrice, en réduisant l’individu à cette « locomotion binaire ou cafouillante de sa propre conscience » désormais sous tutelle d’un dresseur accepté : l’inconscient freudien.

 

 

*    *    *

 

 

 

« Tout d’abord, si le but avoué de l’analyse est de produire des analystes, on n’a plus à se poser la question de la dissolution du transfert, car l’analysant devenu analyste ne cesse de vivre dans le transfert à l’égard de ses pairs, à l’égard de la théorie analytique ou de son fondateur. Le transfert devient le ciment de son travail et de ses relations. Mais il y a autre chose : si le devenir psychanalyste est l’aboutissement et la clé de l’analyse, celle-ci se referme sur elle-même, elle devient un dedans sans dehors, se comporte à la manière d’un délirant qui ne tient plus de discours qu’à lui-même ; elle n’a plus à s’interroger sur ses propres relations avec la société globale, elle n’a plus à répondre d’elle-même devant des instances extérieures, elle est à elle-même sa propre justification, si bien que les croyances qu’elle entretient n’auront jamais à apparaître comme telles, car ce ne sont rien d’autre que des éléments de son propre fonctionnement, des nécessités. Enfin cette circularité de l’analyse fondée sur son seul discours préserve des mini-sociétés qui, de proche en proche, va tendre à s’amplifier, puisqu’il est vrai que les valeurs proposées officiellement par la société ne correspondent plus à son état présent, alors que les théorisations analytiques – et les mythes véhiculés par elle -rendent compte de maints phénomènes contemporains et qu’il est donc beaucoup plus facile d’y adhérer. Sans conteste, le génie de Lacan a été de traîner les divers courants de la culture au profit de la théorie analytique, de telle sorte que chacun puisse s’y reconnaître ; il a donné l’illusion qu’il en avait jamais fait un système de croyances, grâce à un jeu subtil de dénégations, de contradictions et de confusions, pour finalement refermer cette énorme machinerie sur elle-même en produisant, par effet du transfert, des croyants et des fidèles, attelés eux-mêmes à la seule tâche de faire d’autres croyants et fidèles, qui n’ont pas besoin de s’appeler comme tels, d’une part parce que leurs croyances sont des évidences de la culture et d’autre part puisqu’elles prétendent avoir pour visée la démystification de cette culture. Le verrouillage est intégral, puisqu’il réussit à faire croire qu’il n’utilise que des procédés de déverrouillage. »

Commentaires :

On dispose, avec ce texte de François Roustang, que connaissent bien les psychanalystes, je présume…Une excellente caractérisation du fonctionnement de cette doctrine : un fonctionnement sectaire dont la visée est le contrôle totalitaire de la société qu’elle noyaute. Tout l’art, si j’ose dire, est de ne pas paraître en tant que telle : une pensée totalitaire.

François Roustang, conteste la valeur « subversive » de la psychanalyse, en ce qu’elle constituerait une sorte de mouvement insolent et libérateur des liens plus ou moins occultes qui enchaîneraient la condition humaine. C’est la psychanalyse elle-même qui créé finalement, via le « transfert », un lien quiempoigne, pour ne plus les lâcher, tous ceux qui s’y adonnent…

La psychanalyse a donc réussit là où toutes les autres pensées totalitaires ont finit par échouer, en devenant infiniment plus sophistiquée, et donc aussi le plus efficace  de tous les totalitarismes que le monde ait connu.

Aller en analyse, consiste donc à se faire endoctriner pour aller ensuite, en s’autorisant de soi-même, – et en se sentant justifié à le faire par une analyse vécue dont les fondements théoriques, eux-aussi ne s’autorisent que d’eux-mêmes, –  essayer d’endoctriner d’autres croyants de façon « institutionnelle » dans le cadre de l’analyse, ou sauvage, dans la vie courante.

Les psychanalystes sont donc nos « Big brothers » soi-disants bienveillants. Mais ils sont paternalistes donc infantilisants, et par conséquent, nuisibles.

On a donc là, une secte à grande échelle, et, dans le cas de la France, une secte qui a soumis un pays tout entier, nous fiant en cela aux propos d’Elisabeth Roudinesco, pour ne citer qu’elle : « la France est la chasse gardée de la psychanalyse ». Par conséquent, face à ce pouvoir massif, si l’on peut dire, on mesure encore mieux le courage et la clairvoyance d’intellectuels comme Bénesteau, Borch-Jacobsen, Van Rillaer, et plus dernièrement,  Onfray.

 

 

Que faire de la psychanalyse ?..

L’ennemi, s’il doit y en avoir un, ce n’est pas, et cela n’a jamais été pour nous, cette idée audacieuse que de vouloir soigner les gens par la parole. C’est encore moins de vouloir formuler et développer des conjectures métaphysiques, car, sans le point d’origine métaphysique, aucune science ne peut voir le jour.

« L’ennemi », dant tout projet de « faire science », reste le subjectivisme, et le maintien du caractère privé, occulte, et non contrôlable par d’autres, d’une pensée, supportée pas sa métaphysique audacieuse.

Par maintien du caractère « privé », nous entendons toutes les stratégies qui visent à replier la pensée sur elle-même, à ne se nourrir que d’elle-même, et dans le pire des cas, à parvenir à se justifier en tant qu’épistémologie d’elle-même (!), puis de toutes les autres sciences. Il ne peut y avoir de « super pensée », or, c’est bien dans ce projet que la psychanalyse a toujours paru s’affirmer. Elle est donc devenue une pensée close, une pensée magiquecomme le soulgine Lévi-Strauss, et, de ce fait, une pensée qui tend à aliéner toutes les autres à ses réductions non scientifiquement démontrées.

Il faudrait détacher la psychanalyse de ses créateurs princeps. Il faudrait abandonner le subjectivisme freudien qui rime avec l’éternel et inévitable bouclier du déterminisme psychique prima faciae et absolu. Ce déterminisme-là n’est que la création bizarre d’un seul, et il n’est pas valide, il est délirant.

La psychanalyse pourrait-elle se débarrasser d’un tel déterminisme dans de nouveaux engagements ontologiques ? Pour nous, cela impliquerait la fin du« tout psychique », et aussi la fin de cette prétention à vouloir comprendre les hommes sur la base de leurs mots, de leurs pensées, de leurs fantasmes, ou de leurs rêves, seulement dans une relation intime organisée, suggérée, et manipulée pendant la cure.

Les tentatives d’ouverture de la psychanalyse vers les neurosciences sont louables, en elles-mêmes, mais…peut-elle vraiment s’y ouvrir ? Dans les écrits, selon nous, la réponse est toujours non : on sent parfaitement bien dans le propos de Nicolas Georgieff, par exemple, que le deuil du déterminisme psychique absolu est impossible  à accepter, et pour l’instant on n’obtient que de bien maladroits bafouillages qui ont toutes les peines du monde à dissimuler dans leurs formules ce qu’il conviendrait de changer pour parvenir enfin à faire autre chose.

Il y a donc une impasse.

 

Sur le rêve héroïque, légendaire, et prétendument « humaniste » du rôle « subversif » de la psychanalyse dans nos sociétés occidentales.

Dans le livre d’où est tiré l’extrait que nous avons commenté (nous laissons tout le plaisir au freudiens, de faire preuve, une fois n’est pas coutume, de courage dans le travail), François Roustang dresse un bilan sur ce rôle « subversif » qu’aurait joué et que jouerait encore la psychanalyse.

Tout d’abord, on doit cette légende de la subversivité, bien entendu à l’héroïsme habituel de la doctrine, qui fut en butte avec les régimes totalitaires européens du XX° siècle, ce qui est vrai, etc., bien qu’elle soit devenue, de nos jours, et même depuis des décennies, une pensée totalitaire compte tenu de l’étendue et de la nature son influence ainsi que de son mode de fonctionnement qui était donc « latent » (si j’ose dire…), et maintenant plus« manifeste »… Disons qu’elle a dû attendre son heure, la psychanalyse, pour pouvoir s’épanouir vraiment et affirmer sa vraie nature.

Mais, citons François Roustang :

«  Il est impossible de sous-estimer les injures et les malheurs qui on accablé les psychanalystes sous des régimes fascistes. Mais peut-on en déduire que la psychanalyse est subversive ? Un gouvernement totalitaire ne supporte pas de ne pas tout contrôler ; il voudra donc s’infiltrer dans toutes les organisations sociales et dans toutes les formes de la vie publique ou privée.[C’est exactement ce qu’est parvenu à réaliser la psychanalyse en France, et d’ailleurs, les psychanalystes s’en glorifient. Elle a réussi à noyauter toutes les institutions : la Santé publique, l’Education, le monde de l’entreprise, le monde sportif, celui dit des arts et de la culture, etc. Mais elle a toujours autant de mal, à l’Université, cherchez l’erreur…]. On monte en épingle le fait que la psychanalyse ait été mise au pas dans l’Allemagne nazie par les soins d’un certain Dr Göring, cousin du maréchal, mais la psychanalyse ne fait pas exception ; la même opération a été effectuée à l’égard de tous les groupements, qu’ils soient religieux, politiques, ou scientifiques. Et chaque fois le but était le même : il s’agissait d’en fausser radicalement les visées pour les mettre au service de l’idéologie nazie. Chaque famille était investie par ses enfants, qui devenaient autant de délateurs possibles. [Avec l’infiltration de la « culture freudienne » en France, votre voisin est un délateur potentiel du dogme de l’inconscient ou de la névrose refoulée.] La psychanalyse gêne le pouvoir absolu [Elle est devenue un pouvoir absolu], mais pas plus, ou peut-être beaucoup moins, que quelques hommes d’église incapables de supporter l’esclavage, qu’un syndicat animé par la justice, qu’un groupuscule d’étudiants décidés qui en redoutent pas la mort.

Sans préjuger de ce qui se passe dans d’autres pays, n’y a-t-il pas quelque témérité à affirmer dans le contexte français actuel que la psychanalyse est subversive ? [Oui ! C’est être contre la psychanalyse qui est très subversif !]Ainsi S. Viderman, dans un article qui tendrait plutôt tout entier à montrer le contraire : « Sans doute peut-on récupérer les psychanalystes : jamais la psychanalyse, elle est fondamentalement subversive, elle est bouleversement de l’échelle des valeurs et leur transmutation [C’est vrai qu’elle fait partie de ces idéologies fumeuses qui ont contribué à détruire le mariage dans notre pays, donc la famille, et par voie de conséquence engager toute une société sur le risque majeur de son déclin]. » En quoi la psychanalyse est-elle subversive si ses meilleurs produits, les psychanalystes ne le sont pas ? [Et comment pourraient-ils l’être, formatés qu’ils sont par leurs propre doctrine à ne pas tolérer la moindre contradiction ou critique ?] Par quelle voie se fait donc la subversion, si « depuis Freud, les psychanalystes se répètent » ?[C’est exact : il n’y a jamais eu, et il ne peut du reste pas y avoir de progrès cumulatif en psychanalyse, comme dans les sciences, puisque aucun test scientifique n’est réalisable]. A quoi cela sert-il de séparer l’œuvre freudienne de ses comportement sociaux ou de sa personne : « l’œuvre psychanalytique ne peut évoluer qu’en tranchant tout lien de dépendance avec le nom de Freud », [Donc, si les psychanalystes, comme le dit François Roustang, se répètent depuis Freud, c’est qu’ils n’ont pas coupé le cordon avec lui, et sont bien ce que nous avions dit qu’ils sont : des « big brothers », de « petits soldats » dogmatiques sans aucune indépendance d’esprit, des petits-chefs en puissance, des délateurs de leur dogme, tout juste bon à pratiquer un terrorisme de l’interprétation sur le tout venant], si cette œuvre n’a donné le jour, comme on vient de nous le dire, qu’à des perroquets. (…) Cette volonté de distinguer radicalement l’homme de l’œuvre, les institutions et l’œuvre, ne relève-t-elle pas justement – car, dans la science seule, le nom peut se perdre – du mythe scientifique qui a permis le succès de la psychanalyse et qui fait d’elle un constituant nécessaire de la société libérale ? [Tout à fait exact. La scientificité de la psychanalyse, non seulement c’est un mythe, mais quelque chose qui sert de vaste entreprise de désinformation pour venir jour un rôle aux antipodes de la « subversvité » dans une société démocratique comme la nôtre].

(…)

Autrement dit, ce que produit la psychanalyse, c’est un mythe qui n’introduit pas une force étrangère au système présent avec le risque de le faire sauter, encore moins pour le faire éclater, mais qui, au contraire, apprivoise ce qui, en principe, n’est pas intégrable par un monde scientificisé, technicisé, rationalisé, et lui donne un statut de science et de logique, le rendant par là même acceptable. En fournissant une intelligibilité sous les auspices de la science, à ce qui était en dehors du champ de la technique et de la science stricte, la psychanalyse donne d’abord l’impression de devoir subvertir celles-là, mais, par la suite, elle devient le moyen d’étendre la science au-delà de ses propres limites. [Et comment le pourrait-elle, Monsieur Roustang, si elle n’a jamais réussi à corroboré la moindre valeur explicative, descriptive et prédictive des ses théories ?..].

(…)

Si je voulais dire d’un mot ce qui est en question, je m’en tiendrais à cette formule : dans la société moderne, la psychanalyse a pour tâche de gérer, le plus scientifiquement possible, l’irrationalisable. [C’est une tâche qu’elle n’a jamais été en mesure d’accomplir, et il faut tabler sur le fait, que compte tenu des croyances indéboulonnables dans le déterminisme psychique absolu toujours déployées par les psychanalystes, cette tâche restera toujours pour elle hors d’atteinte dans une perspective scientifique, mais…la psychanalyse s’y est prise autrement : l’endoctrinement, la suggestion, la manipulation, la désinformation, le mensonge, etc.].

(…)

Les rapports de la psychanalyse à la société globale réclameraient bien d’autres développements. En particulier, il faudrait montrer comment l’art du détour en psychanalyse [je traduis : de la malhonnêteté et de la mauvaise foi. Comme le dit Frank Cioffi, la psychanalyse n’est qu’une culture de la mauvaise foi], le refus de tout affrontement par renvoi à l’autre à ses propres problèmes [Je traduis : le refus de toute critique rationnelle, par pathologisation des propos de celui qui ose critiquer, et ce n’est pas le seul moyen, il y a aussi l’insulte et la diffamation]. (…). »

 

 

*    *    *

 

 

Les propos de Français Roustang, ancien psychanalyste, sont issus de son livre intitulé : « Elle ne le lâche plus… ». Nous avions hésité à communiquer le titre, par peur qu’une personne interprète la publication de ce titre comme une insulte indirecte et subtile dirigée contre elle! Il ne s’agit aucunement de l’insulter, bien sûr, ce n’est que la psychanalyse qui est visée par le titre de Roustang, et par notre choix, et il n’y a pas, soi-disant de « second discours » dissimulé derrière nos actes. Nous combattons la psychanalyse, avec des références, issues également d’anciens psychanalystes, quoi de plus intéressant!

À la lecture de ce qui suit, on constatera que Roustang confirme ce que nous pensions de la cure analytique : ce n’est qu’un formatage intellectuel. Il faut adhérer à ses idées, et il n’y a aucune autre voie de sortie. C’est donc un endoctrinement, et la psychanalyse, loin d’être une science, n’est qu’une idéologie, « parmi d’autres », rien de plus.

L’ouvrage s’intitule donc : « …Elle ne le lâche plus ». Les éditions de minuit. Paris, 1980, pages 64 – 65.

Nos commentaires figurent entre crochets.

 

« Paradoxalement, la psychanalyse, […] cesse d’être du côté de la science pour devenir une formation culturelle parmi d’autres. Si la psychanalyse était une science, elle ne quitterait pas le terrain de la fiction, fiction provisoire qui se donnerait les moyens de la possibilité d’une infirmation. [D’accord, Monsieur Roustang, mais les sciences de la Nature, ne peuvent être considérées comme des « fictions ». Les tests empiriques, même s’ils restent faillibles et renouvelables ne sont pas des fictions, justement parce qu’ils se basent sur des faits empiriques contrôlables par d’autres.]. C’est cela que Freud semble proposer en laissant la parole au patient, c’est-à-dire en lui laissant la possibilité d’approuver, d’élargir, de confirmer ou de rejeter le discours psychanalytique particularisé à son intention. [! Que l’on se réfère, ne serait-ce qu’au cas de Dora, comme tous les autres, d’ailleurs, et l’on s’apercevrai qu’il n’en fut rien du tout : Freud manipulait, suggérait, voire intimidait sans arrêt ses patients, et sans parler des mensonges dans ses comptes rendus « cliniques »…]. Mais en réalité, c’est le contraire qui se passe ; si le patient continue de parler, c’est pour que, à la fin, il approuve toute la vérité de la construction forgée peu à peu par l’analyste, pour que, à la fin, l’analyste et l’analysé se trouvent accordés. Et ce accord n’est rien d’autre, il faut bien le reconnaître, qu’une soumission partagée au discours analytique tel qu’ils ont pu le constituer ou le reconstituer. La fin d’une analyse, a lieu, dans cette perspective, et c’est surtout vrai dans le cas de ce qu’on nomme la psychanalyse didactique, lorsque analyste et analysant finissent par parler le même langage, à quelques variantes près pour éviter l’inconvenance. Au terme, on pourrait dire qu’analyste et analysant sont entrés dans le même mini-univers culturel, ou, pour reprendre les termes de Freud, qu’il situent les origines à peu près au même endroit et les décrivent de façon semblable, c’est-à-dire que leurs délires fondés sur la même vérité historique supposée sont devenus assez ressemblants pour leur permettre de communiquer et de fonder une mini-société. »

(…)

J’ai toujours pensé, me disait une analyste, que le but ou la fin de mon analyse était d’être en accord avec mon analyste. Or il me renvoie comme si j’étais de la merde. Je ne peux plus dire je. » Caricature, dira-t-on, ou simplement expression brutale d’un état de chose répandu. Guéris parce qu’ils échappent à l’isolement et peuvent parler un langage que certains, un petit nombre, font mine d’entendre (et, comme disait Hegel, le bien connu ne diffère pas du mieux méconnu), mais psychotiques quand même parce qu’ils ne peuvent subsister, porteurs de ce discours, que s’ils y sacrifient leur particularité et tout simplement la possibilité de parler en leur nom et de dire tranquillement, même si certains pensent que c’est bêtement : « Je ». Comment ne pas évoquer, parmi d’autres, la figure de l’homme aux loups si subtilement compris par Freud, puis par des générations de psychanalystes intelligents, qui lui ont été proposés, et, finissant ses jours, plutôt mal, dans la Vienne qui fut le point de départ de sa célébrité, il s’est vu interdire par des psychanalystes bien pensants de rendre public ce qu’une journaliste lui avait permis de dire de sa propre histoire après toutes ses histoires dont on lui avait largement fait cadeau.

Il faut avouer que les psychanalystes ne sont pas tous étouffés par le soucis épistémologiques et que ce ne sont pas des fanatiques de l’interrogation sur les tenants et les aboutissants de leur pratique. Leur modération en ce domaine s’expliquerait assez bien si la psychanalyse, comme les autres formations délirantes de l’humanité dont parle Freud, a besoin de se protéger et se refuse à la « critique logique » et aux « objections de réalité ». »

 

 

 

 

 

 

 


 


 

 

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