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Gaston BACHELARD. La science et la métaphysique.

« (…) En effet, les savants jugent inutile une préparation métaphysique ; ils font profession d’accepter, de prime abord, les leçons de l’expérience s’ils travaillent dans les sciences expérimentales, les principes de l’évidence rationnelle s’ils travaillent dans les sciences mathématiques. Pour eux, l’heure de la philosophie ne sonne qu’après le travail effectif ; ils conçoivent donc la philosophie des sciences comme un bilan de résultats généraux de faits importants. Puisque la science est toujours inachevée, la philosophie des savants reste toujours plus ou moins éclectique, toujours ouverte, toujours précaire. Même si les résultats positifs demeurent, par quelque côté, faiblement coordonnés, ces résultats peuvent être livrés ainsi, comme des états d’esprit scientifique, au détriment de l’unité qui caractérise la pensée philosophique. Pour le savant, la philosophie des sciences est encore le règne des faits. »

(In : Gaston BACHELARD. « La philosophie du non ». Editions Presses universitaires de France, Quadrige, Paris, 4° édition, avril 1994, page 2).

 

Commentaires : il semble que Gaston Bachelard n’ait pas du tout conçu la place de la métaphysique, par rapport à la science, ou l’activité théorique scientifique, de la même façon que Karl Popper ; ou encore la place même de la philosophie des sciences. (Il est d’ailleurs remarquable, que Popper ne fasse jamais référence, ni à Bachelard, ni à Claude Bernard, dans toute son oeuvre, bien que ces deux grands penseurs français se soient rendus célèbres pour leurs thèses sur le méthode scientifique!).

Pour Karl Popper, il est impossible, qu’aucune science ne puisse démarrer sans l’imagination de conjectures de nature métaphysique, qu’il nomme « conjectures audacieuses ». En quoi consiste-t-elle ? Donnons un exemple (mais l’on pourra avantageusement se reporter aux chapitre intitulé « retour aux présocratiques » dans « Conjectures et réfutations » de Popper) :

Supposons que l’on veuille implanter un nouveau de champ de savoir dans la société. Donc un champ de savoir dont on espère qu’il parviendra au statut « scientifique ». S’il s’agit de savoirs nouveaux et inédits sur la Nature que l’on souhaite mettre à jour, il est fort possible que l’on ai encore jamais vu, dans son existence physique, l’objet, ou les objets de ce savoir inédit. Lorsque les anciens s’interrogeaient sur la configuration et la position de la Terre (cf. Popper, « Conjectures et réfutations », éditions Payot, 1985, page 209) , faute d’instruments d’observation aussi sophistiqués que les nôtres, et donc, faute de connaissances, ils étaient obligés d’émettre des conjectures métaphysiques. Par exemple Thalès, pensait que « la Terre est portée par l’eau sur laquelle elle flotte comme un bateau, et que lorsque nous disons qu’il y a un tremblement de terre, celle-ci se trouve alors secouée par le mouvement de l’eau ». Anaximandre, disciple de Thalès, proposa, lui aussi une conjecture métaphysique concurrente, non testable, mais tout à fait géniale, en son temps, et que Popper estime être « l’une des idées les plus audacieuses, les plus révolutionnaires et les plus prodigieuses de toute l’histoire de la pensée. C’est elle qui a rendu possibles les théories d’Aristarque et de Copernic ». Anaximandre proposait, à titre de conjecture que « la terre (…) n’est soutenue par rien, mais demeure stationnaire parce qu’elle est également distante de toutes les autres choses. Sa forme est (…) semblable à celle d’un tambour (…) Nous marchons sur l’une de ses surfaces planes, tandis que l’autre est située à l’opposé ». (Popper, ibid, page 210).

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