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Gottlob FREGE. « La pensée. »

Gottlob Frege fut l’un des plus grands logiciens avec Aristote, Okham et Leibnitz. « Il a créé la logique moderne et plus précisément le calcul propositionnel moderne, le calcul des prédicats. Il a en outre créé une langue artificielle (notée au moyen des symboles logiques qui a inspiré toutes les logiques postérieures), il a formalisé entièrement la logique et en a fait par là un véritable calcul logique. » (Wikipédia.fr). Et il fut aussi l’un des principaux inspirateurs de la pensée épistémologique de Karl Popper, avec Alfred Tarski, Socrate, et Kant.

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« De même que le terme « beau » renvoie à l’esthétique et le terme « bon » à l’éthique, le terme « vrai » renvoie à la logique. Certes, toutes les sciences ont la vérité pour but, mais la logique s’en occupe d’une tout autre manière encore. Elle a trait à la vérité un peu comme la physique a trait à la pesanteur ou à la chaleur. Découvrir des vérités est la tâche de toutes les sciences, mais c’est à la logique qu’il appartient de connaître les lois de l’être vrai. On emploie le mot « loi » dans un double sens. S’il s’agit de lois morales ou politiques, on pense à des descriptions qui doivent être suivies mais auxquelles les événements ne s’accordent pas toujours. Quand aux lois de la nature, elles constituent l’élément général des événements naturels, auxquels ceux-ci ne manquent jamais de se conformer. C’est plutôt en ce sens que je parle des lois de l’être vrai. Encore ne s’agit-il pas dans ce cas d’un événement mais d’un être. De ces lois réglant l’être vrai naissent les prescriptions pour l’opinion, la pensée, le jugement, le raisonnement. En ce sens, on peut aussi parler de lois de la pensée. Mais non sans courir le danger de confondre ce qui est différent. On comprend peut-être l’expression « lois de la pensée » comme « lois de la nature », entendant par là l’aspect général du procès psychique de la pensée. Une loi de la pensée prise en ce sens serait une loi psychologique. A partir de quoi l’on pourrait croire que la logique traite du déroulement psychique de la pensée psychologique auquel il est soumis. Mais on méconnaîtrait la tâche de la logique en ne donnant pas à la vérité la place qui lui est due. L’erreur et le préjugé ont leur cause, tout comme la connaissance juste. L’opinion fausse et l’opinion vraie adviennent l’une comme l’autre selon des lois psychologiques. On peut bien vouloir en tirer une analyse du processus psychique qui accompagne une opinion, cela ne peut pas remplacer une preuve de l’objet de cette opinion. Ne se peut-il pas que des lois logiques aient également un rôle dans ce déroulement psychique ? Je ne le contesterai pas ; mais s’il s’agit de vérité la possibilité ne peut suffire. Il est possible qu’un élément non logique y ait aussi eu son rôle, détournant l’opinion du chemin de la vérité. C’est seulement après avoir discerné les lois de l’être vrai que nous pourrons en décider. Mais il est vraisemblable qu’on pourra se passer d’expliquer le processus psychique par sa loi naturelle quand il s’agira de décider si l’opinion qui est l’occasion est légitime. Pour exclure toute méprise et ne pas laisser s’estomper les frontières entre psychologique et logique, j’assigne pour tâche à la logique de trouver les lois de l’être vrai, et non celles de l’acte d’opiner ou de penser. De ces lois, on verra se dégager ce que veut dire le terme « vrai ». »

(In : Gottlob FREGE. « Écrits logiques et philosophiques ». Traduction de Claude Imbert. Éditions du Seuil, collection Points/Essais, Paris, 1971, pages : 170 – 171).

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