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Heinrich HERTZ. Les images et les représentations de la Nature en Science.

« Nous donner la possibilité de prévoir des expériences futures afin que nous puissions organiser nos actions présentes d’après cette prévision : telle est la prochaine tâche de notre connaissance consciente de la nature et, dans un certain sens, sa tâche la plus importante. Les expériences fortuites ou de tentatives volontaires, serviront en toute circonstance de fondement pour résoudre ce problème de la connaissance. Pour déduire le futur du passé et atteindre à la préscience désirée, cependant, nous procédons toujours de la façon suivante : nous créons des représentations intérieures imaginaires ou des symboles des objets extérieurs et nous les façonnons de manière que les conséquences intellectuellement nécessaires des images soient toujours les images des conséquences naturellement nécessaires des objets représentés. Pour que cette exigence puisse être satisfaite, il doit exister une certaine conformité de notre esprit à la nature . L’expérience nous enseigne que cette exigence peut être satisfaite et donc qu’une telle conformité existe effectivement. Lorsqu’on a réussi à constituer, à partir de l’expérience accumulée jusqu’à présent, des images de la qualité désirée, on peut en peu de temps développer sur elles, comme sur des maquettes, les conséquences qui ne se manifesteront dans le monde extérieur que dans un avenir lointain ou par une suite de notre intervention ; ainsi nous avons la possibilité de devancer les faits et d’orienter nos décisions présentes en fonction de la connaissance acquise.

Les images dont nous parlons sont la représentation que nous nous faisons des choses ; elles sont conformes aux objets par un point essentiel, à savoir que l’exigence énoncée est satisfaite, mais leur fin ne nécessite pas d’autre conformité aux choses. En fait, nous ignorons, et n’avons aucun moyen de découvrir, si la représentation que nous nous faisons des choses est conforme à celles-ci en aucun point autre que cet unique rapport fondamental. Incontestablement, les images que nous voulons nous faire des choses ne sont pas encore déterminées par l’exigence qui veut que les conséquences des images soient de nouveau les images des conséquences. Il y a plusieurs images possibles pour un même objet et ces images peuvent différer sous plusieurs aspects. Dès le départ, nous devrions désigner toute image comportant une contradiction aux lois de notre raisonnement comme étant inadmissible et nous exigeons donc en premier lieu que toutes nos images soient logiquement admissibles ou admissibles tout court. Nous disons qu’une image admissible est inexacte lorsque ses rapports essentiels sont en contradiction avec les rapports des objets extérieurs, c’est-à-dire quand elle ne satisfaite pas à cette première exigence fondamentale. Deuxièmement, il faut que nos images soient exactes. Mais deux images acceptables et exactes du même objet extérieur peuvent encore différer par leur utilité. Etant  donné deux images d’un même objet, la plus utile sera celle qui reflète plus de rapports essentiels de l’objet que l’autre, disons la plus distincte. Si les images sont également distinctes, la plus utile des deux sera celle qui comportera, outre les traits essentiels, le plus petit nombre de rapports superflus ou insignifiants, donc la plus simple. On ne pourra éviter tout rapport insignifiant, car il en incombe déjà aux images du fait qu’elles sont seulement images, créées par notre esprit particulier et donc déterminées aussi par sa manière de représenter les choses.

Nous venons d’énumérer ce que nous exigeons des images elles-mêmes, les exigences que nous avons pour l’exposé scientifique de telles images sont tout autre chose. Nous lui demandons de nous montrer distinctement quelles sont les propriétés incluses dans l’image à des fins d’admissibilité ou d’exactitude ou d’utilité. La possibilité de modifier, d’améliorer nos images, dépend de cela. Les éléments inclus dans les images à des fins d’utilité  sont contenus dans les désignations, définitions, abréviations, en un mot dans ce que nous pouvons y ajouter ou en retrancher de façon arbitraire. Les caractères inclus dans les images à des fins d’exactitude sont contenus dans les faits expérimentaux qui ont servi à leur élaboration. Ce qui appartient aux images à des fins d’admissibilité est donné par les propriétés de notre esprit. Nous pouvons trancher la question de l’admissibilité d’une image  par un oui ou un non incontestables et notre décision restera définitivement valable. On peut également se prononcer de façon incontestable sur l’exactitude d’une image, mais cette décision ne vaut que pour l’état actuel de nos connaissances, étant admis qu’elle peut être révisée à la lumière d’expériences ultérieures. L’utilité d’une image ne peut être décidée de façon certaine ; des opinions divergentes peuvent exister de cette manière. Chacune des images peut offrir des avantages sous un certain aspect et seul un examen progressif de nombreuses images permet d’obtenir en fin de compte celles qui sont les plus utiles. »

(In : Heinrich HERTZ, Werner HEISENBERG, « La nature dans la physique contemporaine », éditions Gallimard, Folio/essais, Paris, 2000, pages : 267 – 270).

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