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Howard GARDNER. « Huit formes d’intelligence. »

« Que nous apprend Howard Gardner ? »

« Huit formes… et demie [d’intelligence] »

« Howard Gardner hésita longtemps entre les nombreuses disciplines qu’il étudiait. Féru de piano, grand amateur d’art, il s’investit avec ferveur dans l’histoire, les sciences ou le droit… Sans aller jusqu’à la carrière d’avocat ou de médecin, malgré les souhaits parentaux. La rencontre de Piaget, sous l’égide d’un Bruner déjà ancré dans les sciences cognitives, révèle une piste qu’il ne cessera plus d’explorer : celle de l’intelligence humaine.

Ces travaux de neuropsychologie l’amène à ce que les cognitivistes appellent la « modularité de l’esprit » : l’esprit est composite, formé de différents « modules » qui réalisent chacun une fonction (traiter le langage, les images ; prêter attention ; se souvenir ; etc.). Ces modules sont autonomes et distincts : c’est leur fonctionnement d’ensemble qui nous permet de raisonner et d’agir… Même si chacun d’eux gère ses propres actes. À l’époque, Gardner travaille sur l’aphasie, c’est-à-dire la perte totale ou partielle de la parole, un trouble du langage souvent lié à une lésion du cerveau. Il associe naturellement ces deux idées essentielles : certaines zones du cerveau sont plus attachées à certaines taches ; c’est la synthèse de différentes capacités qui permet d’agir efficacement… Donc intelligemment.

Contre Piaget, pour qui l’enfant traverse des stades successifs avant d’atteindre une intelligence adulte achevée, contre tout ceux qui voient dans l’intelligence quelque chose d’unitaire, Gardner propose une théorie pionnière : il n’existe pas une mais des intelligences, c’est pour être précis. Au même titre que plusieurs zones du cerveau sont dédiées à des taches différentes, plusieurs formes d’intelligence s’expriment dans notre comportement. Et, contre tout ce qui, à la suite de Binet et de Simon, teste un Q.I. artificiel, Gardner défend la nécessité de prendre en compte toute forme d’intelligence en situation. Il ira jusqu’à rejeter la possibilité d’une évaluation légitime. Comment définir, alors, ce que l’on nomme « intelligence » ? Comme « une capacité, un potentiel à traiter l’information pour résoudre des problèmes, ou produire quelque chose, qu’ils soit valorisé dans certains contextes culturels ». Pas grand-chose à voir avec un chiffre savamment calculé, sésame ou malédiction lorsqu’il est hors normes…

La force de sa théorie, celle des « intelligences multiples » (1983), tient en deux phrases :

–        ces formes d’intelligence sont un potentiel que nous possédons tous à l’origine.

–        C’est notre développement qui les conduit à s’exprimer plus ou moins, faisant de chacun de nous un être au profil d’intelligence spécifique.

Gardner étudie de près la biographie de grands leaders, de grands créateurs et de personnalités extraordinaires (tels Gandhi, Einstein ou Mozart), pour isoler les facteurs qui privilégient le développement de formes spécifiques d’intelligence. Déterminées par le biologique (notre héritage), l’expérience (notre enfance nous étude) et la culture (les valeurs d’une communauté), ces formes sont au nombre de sept dans ses premiers travaux :

–        l’intelligence linguistique : elle concerne la maîtrise du langage, qu’il s’agisse de s’exprimer de façon adaptée ou de retenir des informations.

–        L’intelligence logico-mathématiques : pour raisonner avec logique, traiter des nombres et des configurations mathématiques, c’est elle qui intervient. Elle est souvent privilégiée dans la pensée scientifique.

Ces deux-là sont traditionnellement les plus testées par l’école, et plus encore aux États-Unis – patrie de Gardner. Elle limite l’intelligence à celle d’un « professeur de droit » !

–        L’intelligence spatiale : intelligence des espaces, des formes et des volumes, elle est aussi à se représenter mentalement des images ou des lieux. Les aveugles n’en sont d’ailleurs pas dépourvus.

–        L’intelligence musicale : pour détecter, comprendre, retenir un rythme ou une note, pour composer ou siffler un morceau, c’est elle qui sera mise à contribution.

–        L’intelligence corporelle kinesthésique : notre capacité à gérer et coordonner nos gestes, nos mouvements, d’une façon harmonieuse et déterminée. Danser la mobilise au premier chef !

Ces trois-là sont particulièrement valorisés à travers les arts.

–        L’intelligence être personnel : pendant subjectif de la précédente, elle nous permet d’identifier nos ressentis, nos désirs, notre sphère émotionnelle et nos motivations propres. Être lucide sur ses envies la mobilise.

Associées, ces deux dernières formes composent le facteur « humain », très présent chez les grands humanistes, les professionnels du soutien psychologique… Ou les manipulateurs experts.

Considérées dans leur ensemble, mais exprimer à divers degrés chez chacun, ces formes rendent compte de notre « intelligence » dans sa totalité.

Mais pas question d’ajouter une forme d’intelligence pour n’importe quelle activité (sexe, cuisine, chasse…). Les intelligences sont « transversales » : elles sont plusieurs à permettre un comportement donné. Le Nîmes qui cherche à transmettre une émotion mobilise ses intelligences corporelles kinesthésiques et intrapersonnelles, ainsi que musicales s’il le fait en musique. Huit critères précis doivent être respectés avant d’inclure une forme de plus dans la classification. Cette année suivante que, récemment, Gardner a ajouté une forme « et demie » à son modèle : l’intelligence naturaliste ; et, à moitié satisfait, l’intelligence expérientiellle.

–        La première s’exprime dans notre rapport à l’environnement naturel, la faune et la flore : comment nous les classons et agissons avec ou sur eux. Elle est très en lien avec les valeurs adoptées par une culture sur ce point.

–        Gardner hésite plus sur la seconde intelligence évoquée : c’est celle du sens de la vie, débute ultime de l’existence. Si des preuves valides permettent de la prendre au sérieux, elle ne répond pas aussi bien aux critères que les autres. Elle compte donc à moitié !

Comme beaucoup des « nouveaux psys » Howard Gardner, spécialiste du développement individuel, inscrit celui-ci dans le développement de notre espèce. Il considère donc que la variété des formes d’intelligence est partagée par tous : il s’agit d’une nouvelle nature humaine cognitive. Des conséquences majeures peuvent en être tirées pour l’éducation et la société : de fait, les milieux concernés, notamment dans l’éducation, vont s’emparer de la théorie des intelligences multiples. »

(In : Cédric Routier. Howard GARDNER. “Les nouveaux psys. Ce que l’on sait aujourd’hui de l’esprit humain”. Sous la direction de Catherine Meyer, édition les Arènes, Paris, 2008, pages : 131 – 134).

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