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La corroboration des théories scientifiques.

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Introduction
Le concept de corroboration fut introduit par le philosophe des sciences et de la connaissance autrichien, Karl Popper, en 1934, dans son œuvre intitulée « La logique de la découverte scientifique » (« Logik der forschung »).
1. Définition
Le concept épistémologique attaché à ce mot fut introduit par Popper, afin de disposer d’un terme  »neutre » permettant d’« exprimer le degré auquel une hypothèse a résisté à des tests sévères et a ainsi fait ses preuves ». (Karl Popper.  »La logique de la découverte scientifique ». Éditions Payot, 1973, Chapitre :  »La corroboration ou : comment une théorie résiste à l’épreuve des tests ». Pages 256 et suivantes.)
Dans  »La logique de la découverte scientifique », Karl Popper stipule qu’une théorie est corroborée aussi longtemps qu’elle passe les tests avec succès. « L’évaluation qui affirme la corroboration (l’évaluation corroborante) établit certaines relations fondamentales, à savoir celles de compatibilité et d’incompatibilité. Nous interprétons l’incompatibilité comme une falsification de la théorie ». (op. cit. page 271). Une théorie (scientifique ou autre) est considérée comme falsifiée si un test déduit de cette théorie a pu en démontrer la fausseté à partir de certaines conditions initiales.
2. Genèse du concept
Ce concept provient d’une réflexion de Popper contre ce qu’il appelle la logique inductive, qui se serait, « développée comme une logique susceptible d’attribuer aux énoncés non seulement les deux valeurs « vérité » et « fausseté » mais encore des degrés de probabilités ». (Karl Popper. La logique de la découverte scientifique. Edition Payot, Paris, 1973. Chapitre 10. La corroboration ou : comment une théorie résiste à l’épreuve des tests. Page 256.)
Ce que Popper reproche à la logique inductive, c’est de proposer que les énoncés scientifiques pourraient être considérés comme tels, à la suite d’une évaluation inductive laquelle permettrait d’en vérifier de manière décisive, soit la vérité, soit la fausseté, soit encore un certain de degré de probabilité mathématique. Or, Popper affirme qu’il est logiquement impossible, non seulement de vérifier de manière certaine les énoncés généraux de la science (Karl Popper. La logique de la découverte scientifique. Edition Payot, Paris, 1973. Chapitre 10. La corroboration ou : comment une théorie résiste à l’épreuve des tests. Page 256), également de les réfuter de manière décisive, sachant que des stratagèmes ad hoc peuvent toujours, les sauver d’une réfutation (Karl Popper. Le réalisme et la science. Edition Hermann, Paris, 1983. Page 3 à 11), et aussi de les accepter sur la base d’une probabilité mathématique, laquelle, écrit Popper, est toujours égale à zéro face à l’infinité des cas non encore observés.
Popper en vient donc à proposer que « au lieu de débattre de la probabilité d’une hypothèse nous devrions essayer d’évaluer les tests, les épreuves, qu’elle a passés, c’est-à-dire que nous devrions essayer d’évaluer jusqu’à quel point elle a pu prouver son aptitude à survivre en résistant aux tests. Bref, nous devrions essayer d’estimer jusqu’à quel point elle a été corroborée » (Karl Popper. La logique de la découverte scientifique. Edition Payot, Paris, 1973. Chapitre 10. La corroboration ou : comment une théorie résiste à l’épreuve des tests. Page 256)
3. Corroboration et falsification (réfutation)
Dans sa vision de la logique de la découverte scientifique, Karl Popper met en exergue des liens logiques entre la formulation des théories de la science et leur possibilité d’être soit falsifiables, soit corroborables par des tests. Il en résulte que les deux moyens dont dispose le scientifique pour accroître son savoir (la falsification ou la corroboration) est dépendant du fait qu’il est impossible, d’un point de vue méthodologique, de vérifier avec certitude les théories universelles comme celles d’une science (Karl Popper. Ibid. p. 258).
3.1. Corroboration et invariance des lois de la science
Popper fait observer que traditionnellement les scientifiques ont tendance à considérer que ce sont les théories qui changent pour s’adapter à la Nature qui elle ne changerait pas, posant ainsi le principe de l’immuabilité des processus naturels ou « le principe de l’uniformité de la nature » (Karl Popper. idid. p.257).
Cependant des changements dans l’ordre de la Nature peuvent bien se produire, comme le fait que le soleil ne se lève pas demain. Dès lors, Popper propose qu’il relève de la tâche de la science que d’expliquer de tels changements par des lois nouvellement corroborées, ce qui engage à réviser de fond en comble les lois antérieures de telle sorte que « les théories révisées devraient rendre compte non seulement de la nouvelle situation mais encore de nos expériences antérieures » (Karl Popper. Ibid. p.258).
Ceci implique à son tour que le principe de l’uniformité de la nature doit être remplacé par le postulat d’invariance des lois naturelles (Karl Popper. Ibid. p.258), posant en principe que ces lois ne doivent pas comporter d’exceptions, ce qui donne toute sa signification à la méthode qui consiste à tenter de falsifier une théorie en montrant qu’une exception reconnue par la communauté scientifique s’est bien produite, ou à les corroborer en montrant que la formulation initiale des théories leur permet quand même de résister au test d’une occurrence jugée inédite a priori.
 
3.2. Degré de corroboration et degré de falsifiabilité (réfutabilité)
Le degré de corroboration d’une théorie scientifique, qui ne peut être établi par un simple dénombrement des cas la corroborant, concerne principalement « la sévérité des tests auxquels elle peut être, et a été, soumise » (op. cit. page 272). En somme, le progrès en science, ne résulterait pas de l’accumulation progressive de nos expériences sensorielles non interprétées rendues possibles par une utilisation toujours améliorée de nos sens (Karl Popper. Ibid. p. 285-286). Seules des idées audacieuses, des anticipations injustifiées et des spéculations peuvent être des outils pour saisir et comprendre la Nature. Popper justifie ainsi le recours à des tests, sur la base de ces conjectures audacieuses dont le destin est leur réfutation ou leur corroboration.
Popper, précise dans « La logique de la découverte scientifique » et dans « Conjectures et réfutations » (Cf. Chapitre 10 de ce livre), que le degré de corroboration d’une théorie s’apparente à son « contenu logique » et son « contenu empirique ». Plus ce degré est élevé, et plus la théorie a subi de tests avec succès, ce qui veut dire que sous certaines conditions initiales nouvelles, certaines prédictions déduites de la théorie ont pu infirmer des occurrences possibles de faits qui risquaient de la réfuter. Par conséquent, avec l’accroissement du degré de corroboration, s’accroît également la sous-classe des énoncés interdits par la théorie (au sein de la classe de tous les énoncés de base de la théorie), les « falsificateurs virtuels », qui peuvent potentiellement la mettre en échec. Car en intégrant plus de contenu à la suite de corroborations successives, la théorie devient plus précise.
Plus une théorie est corroborée, plus elle est précise et potentiellement falsifiable. Cette précision accrue implique une information accrue sur ce que la théorie interdit grâce à l’augmentation de la sous-classe des falsificateurs virtuels qui seuls sont aptes à fournir aux scientifiques une information utile sur son contenu empirique et informatif. La sous-classe des énoncés permis (ou énoncés illustratifs), parce qu’ils sont déjà lus à la lumière de ce que peut potentiellement dire la théorie avant d’être testée – en la  »confirmant » – ne donnent aucune information nouvelle et ne peuvent donc la mettre en échec (op. cit. pages 112 à 135).
L’accroissement du degré de corroboration entraîne l’accroissement du degré de falsifiabilité de la théorie testée (Karl Popper.  »La logique de la découverte scientifique ». Edition Payot, 1973, Chapitre : Les degrés de falsifiabilité. Pages 112 – 113) et aussi son improbabilité logique.
En résumé, plus une théorie est corroborée, plus est elle précise, donc réfutable, et donc aussi « improbable » (ses possibilités de succès en face de nouveaux tests deviennent logiquement plus réduites du fait de l’augmentation du nombre de prédictions qui peuvent être déduites de son contenu).
« (…) Or, comme une faible probabilité équivaut à une probabilité de réfutation élevée, il en découle que l’obtention d’une degré élevé de réfutation, d’invalidation potentielles ou d’assujettissement potentiel aux tests constitue l’un des objectifs de la science ; cet objectif n’est d’ailleurs rien d’autre, en réalité, que la recherche d’un contenu informatif élevé ». (Karl Popper.  »Conjectures et réfutations ». Éditions Payot. Paris, 1985. Chapitre 10 :  »Vérité, rationalité et progrès de la connaissance scientifique ». Page 325).
« L’une des raisons pour laquelle nous n’accordons pas aux prophéties typiques des chiromanciennes et des devins un degré positif de corroboration est que leurs prédictions sont tellement prudentes et imprécises que la probabilité logique qu’elles soient exactes est extrêmement forte » (Karl Popper. La logique de la découverte scientifique. Edition Payot, 1979, p.275).
Donc, lorsqu’une théorie est scientifiquement corroborée par le biais de sa mise à l’épreuve réussie face à un élément inédit qui aurait pu la mettre en échec, elle englobe, logiquement, tout le savoir acquis grâce à la formulation précédente de la théorie, c’est-à-dire sa formulation avant des tests inédits. La théorie qui vient d’être corroborée, dit logiquement plus de choses sur le monde de l’expérience que l’ancienne théorie, grâce au cumul d’informations qu’elle contient par rapport à la précédente (laquelle devient un « cas limite » de la nouvelle, en conservant ainsi un certain degré de vérité).
« (…) L’on pourrait dire, (…) que si la classe des falsificateurs virtuels d’une théorie est « plus grande » que celle d’une autre, la première théorie aura plus d’occasions d’être réfutée par l’expérience ; si on la compare de cette manière à la seconde théorie, l’on pourra dire que la première est « falsifiable à un degré plus élevé ». Cela signifie également qu’elle nous dit plus à propos du monde de l’expérience car elle exclut une plus grande classe d’énoncés de base. (…). On peut donc dire que la quantité d’informations empirique communiquée par une théorie, c’est-à-dire son contenu empirique, s’accroît avec son degré de falsifiabilité. »
4. La corroboration : vers une évolution « quasi-inductive » de la science. (Karl Popper. Ibid. p. 283)
Bien qu’étant reconnu comme le philosophe de la connaissance et l’épistémologue ayant « tué le positivisme » (Karl Popper. La quête inachevée) par la démonstration de l’impossibilité de l’induction et de la méthode inductive comme méthode scientifique, Karl Popper imagine le résultat du processus d’accroissement du savoir scientifique comme étant « quasi-inductif ». En effet, si une théorie « bien corroborée » ne peut être remplacée que par une théorie d’un « niveau d’universalité supérieur », donc par une théorie susceptible d’être soumise à plus de tests et qui contient, en outre, l’ancienne théorie bien corroborée (Karl Popper. La logique de la découverte scientifique. p. 282), alors, on peut imaginer une évolution quasi-inductive de la science en ce que les nouvelles théories corroborées par les tests, viennent, par couches successives, se déposer sur les anciennes en épaississant de la sorte le « dépôt » (Karl Popper) du Savoir.
Pour Popper, il en résulte aussi que « les notions qui flottaient dans de hautes régions métaphysiques peuvent être atteintes par la science en croissance, entrer en contact avec elle et se précipiter ». (Karl Popper. ibid. p.283) avec le « dépôt » déjà corroboré.
Ces dernières allégations de Popper montrent son attachement à l’idée que les sciences ont le plus souvent besoin de considérations métaphysiques, (ne serait-ce que dans les engagements ontologiques de leurs programmes de recherche) lesquelles, une fois transformées en hypothèses falsifiables peuvent éventuellement concourir à l’augmentation du savoir scientifique. En cela, Popper s’opposa de façon radicale à ce que fut le projet des néopositivistes du Cercle de Vienne voulant expurger la science de toute trace de métaphysique, mais aussi des énoncés universels au sens strict qui du fait de leur non-vérifiabilité (caractéristique identifiée aussi par Popper) étaient considérés comme « vides de sens », donc métaphysiques, et inutiles pour la Science. Dans ces conceptions se trouvaient l’une des erreurs les plus importantes du Cercle de Vienne, fondant par opposition l’un des arguments de la logique de la découverte scientifique de Karl Popper.
5. Intérêt du concept
 
5.1. Corroboration, confirmation, validation, et vérification
L’intérêt de ce terme est de permettre, en outre, la distinction cruciale pour Popper avec la vérification (au sens de la vérité certaine), la confirmation, et la validation des théories, bien que ces termes soient souvent considérés, à tort, comme synonymes.
5.1.1. Corroboration et confirmation
En ce qui concerne la confirmation des théories générales de la science, par rapport à leur corroboration, Popper écrit que ces « théories peuvent être plus ou moins bien confirmées, ce qui veut dire qu’elles peuvent concorder plus ou moins bien avec des énoncés de base acceptés ». (Karl Popper.  »La logique de la découverte scientifique ». Éditions Payot. Paris, 1973. Chapitre 10 :  »la corroboration ou : comment une théorie résiste à l’épreuve des tests ». Section 80 :  »la probabilité d’une hypothèse et la probabilité d’événements : critique de logique de la probabilité ». Page 267). Cela implique que la corroboration porte, non sur les énoncés de base acceptés avec lesquels la théorie  »concorde », ou ne peut être logiquement contredite, mais sur les « falsificateurs virtuels », c’est-à-dire, lorsqu’ils sont acceptés par la communauté scientifique, les énoncés singuliers de base, qui peuvent mettre en échec la théorie s’ils sont confirmés par le biais d’une « hypothèse falsifiante » (op. cit. pages 256 à 282).
Par conséquent, une théorie qui vient d’être corroborée à la suite d’une série de tests, n’est pas équivalente à une théorie dont on se contente de déduire les faits qui ne sont lus qu’à la lumière de ce qu’elle énonce. Par exemple, l’observation d’autres cygnes blancs ne fait que confirmer la théorie, tous les cygnes sont blancs, mais ne la corrobore pas. Par contre, la corroboration, c’est-à-dire l’échec reconnu par la communauté scientifique, d’une tentative de réfutation dépend du fait qu’un des falsificateurs virtuels de la théorie n’a pu être confirmé par le biais d’une « hypothèse falsifiante ». Par exemple, si l’observation d’un cygne noir est confirmée, cela réfute la théorie, tous les cygnes sont blancs, et si elle est infirmée, la théorie est corroborée.
Popper rappelle que Rudolf Carnap avait assimilé « degré de corroboration » avec « degré de confirmation » et que c’était une erreur, parce que, écrit Popper, Carnap utilisa « degré de confirmation » comme synonyme de « probabilité » Karl Popper. La logique de la découverte scientifique. Edition Payot, Paris, 1973. Chapitre 10. La corroboration ou : comment une théorie résiste à l’épreuve des tests. Page 257.
5.1.2. Corroboration et validation
Le terme de validation d’un énoncé, s’emploie traditionnellement dans le domaine de la logique formelle. Par conséquent, ce concept ne concerne pas directement l’évaluation d’un énoncé par rapport aux faits, contrairement à la corroboration, mais seulement l’étude de sa structure logique.
5.1.3. Corroboration et vérification
Popper insiste surtout sur la différence nette entre corroboration et vérification (op. cit. page 258). En effet, les théories scientifiques, ayant selon lui, toutes, la forme logique d’énoncés universels au sens strict, elles demeurent donc logiquement impossible à vérifier avec certitude et inversement falsifiables ; et, dans la plupart des cas, empiriquement falsifiables (Popper fait une différence très importante entre falsifiabilité logique et empirique, arguant du fait que son critère de démarcation entre la science et la métaphysique doit d’abord se comprendre comme un critère méthodologique de démarcation (Karl Popper. « Les deux problèmes fondamentaux de la théorie de la connaissance ». Hermann, 1999, pages 370-383)).
Si l’on ne peut donc vérifier de manière certaine les théories générales de la science en en dénombrant les d’énoncés singuliers y apportant une confirmation inductive, ou même si l’on ne peut leur accorder foi sur la base d’un certain degré de probabilité (Popper souligne que face à l’infinité des cas non encore observé, même un fort degré de probabilité est égal à zéro), on peut par contre les corroborer en leur faisant subir une série de tests successifs et dépendants les uns des autres, lesquels ont pour but de réfuter les théories en les soumettant chaque fois à l’épreuve d’éléments inédits.
Dans le processus d’une corroboration, il est important de percevoir, (pour Karl Popper) que « jamais encore on n’a dû considérer qu’une théorie était falsifiée à cause de la défaillance soudaine d’une loi bien confirmée. Jamais il n’arrive que de vieilles expériences donnent de nouveaux résultats. Il arrive seulement que de nouvelles expériences décident à l’encontre d’une ancienne théorie. L’ancienne théorie, même évincée, conserve souvent sa validité comme une sorte de cas limite de la nouvelle théorie ; elle est encore applicable, du moins à un haut degré d’approximation, aux cas où elle l’était avec succès auparavant ». (op. cit. page 257).
Dans la logique de la science que propose Popper, l’usage du concept de corroboration permet d’éviter l’usage quelque peu problématique, des concepts « vrai » et « faux », lequel peut donc être remplacé par des considérations logiques concernant les relations de déductibilité entre les énoncés (Karl Popper. La logique de la découverte scientifique. Edition Payot, Paris, 1973. Chapitre 10. Section 84, page 279).
Pour Popper, les concepts de vrai et faux, ne sont pas des concepts empiriques, mais des concepts logiques, comme « tautologie », « contradiction », « conjonction » ou « implication ». « Ils décrivent ou évaluent un énoncé sans tenir compte d’aucun changement empirique » (Karl Popper. La logique de la découverte scientifique. Edition Payot, Paris, 1973. Chapitre 10. Section 84, page 280). Le problème que souhaite mettre en évidence Popper, est que, dans l’absolu, les termes vrai et faux sont utilisés selon leur valeur intemporelle admise et qu’ils sont peu adaptés pour s’accorder aux changements des propriétés des objets physiques. Popper explique en effet, qu’il n’est pas habituel de dire d’un énoncé qu’il était parfaitement vrai hier mais qu’il est devenu faux aujourd’hui (Karl Popper. La logique de la découverte scientifique. Edition Payot, Paris, 1973. Chapitre 10. Section 84, page 281) .
La différence fondamentale entre vérité [certaine] et corroboration apparaît donc clairement : un énoncé est corroboré ou non, selon une évaluation intemporelle relative à « la mise en évidence d’une relation logique déterminée entre un système théorique et un certain système d’énoncés de base acceptés » (Karl Popper. La logique de la découverte scientifique. Edition Payot, Paris, 1973. Chapitre 10. Section 84, page 281).
6. Corroboration et probabilité
Popper interroge également les rapports possibles entre probabilité empirique d’une hypothèse et la corroboration. Il précise que si l’on acceptait la suggestion selon laquelle une hypothèse elle-même est une « séquence d’énoncés », aucun moyen d’évaluation ne pourrait éviter d’en arriver à un résultat correspondant toujours à zéro de probabilité (op. cit. page 262).
Popper conteste donc formellement le fait que les hypothèses puissent être des séquences d’énoncés. (op. cit. page 263). Il souligne encore que les hypothèses relatives à des probabilités ne sont ni vérifiables, ni réfutables. « Elles ne sont pas vérifiables parce qu’elles sont des énoncés universels et elles ne sont pas falsifiables au sens strict parce qu’aucun énoncé de base ne peut jamais être en contradiction logique avec elles » (op. cit. page 266). Par conséquent ce type d’hypothèse ne peut faire l’objet d’aucune corroboration scientifique. Toutefois, comme pour Popper la corroboration ne peut s’expliquer qu’en termes d’évaluation, il n’y aurait, à cet égard seulement, pas de différence entre corroboration et probabilité (op. cit. page 271).
7. Corroboration, tradition, et recherche scientifique
Dans son livre intitulé « Conjectures et réfutations », Karl Popper démontre que le développement de la science est comparable à celui d’une tradition parce que toute recherche scientifique exige du scientifique qu’il connaisse au préalable les travaux de ses prédécesseurs et de ses contemporains.
Il faut qu’il connaisse même l’histoire des tests qui ont pu être réalisés par le passé sur son objet de recherche privilégié et qu’il retrouve de manière déductive la raison d’être des tous derniers tests reconnus par la communauté auquel il prétend appartenir. (« Si nous travaillons dans un domaine scientifique, notre objectif est d’ordre heuristique, ce qui signifie que nous devons nous maintenir en quelque sorte sur les épaules de nos prédécesseurs et nous n’avons pas d’autre choix que d’être les continuateurs d’une certaine tradition » (Karl Popper. Conjectures et réfutations. Payot, 1985, p. 196)).
Sinon, précise Popper, un scientifique court le risque de refaire les mêmes erreurs déjà corrigées par d’autres avant lui ou d’appauvrir l’heuristique des énoncés constitutifs de ce que Kuhn nommait le paradigme dominant, notion que Popper finit par accepter. « Mais la science est l’une des rares activités humaines – et sans doute la seule – où les erreurs soient systématiquement critiquées et, bien souvent, avec le temps rectifiées » (Karl Popper. Conjectures et réfutations. Payot, 1985, p.321).
L’une des raisons essentielles mettant en évidence cette nécessité du caractère traditionnel de toute recherche scientifique, est que méconnaître les travaux de la communauté implique aussi le risque de ne pas construire de tests ayant une valeur intersubjective, condition que Popper juge primordiale pour garantir l’objectivité des procédures de corroboration des travaux scientifiques.
La conception poppérienne du progrès et de la rationalité scientifique exclut de travailler de manière isolée ou de faire table rase des travaux de recherche qui précèdent toute nouvelle tentative d’améliorer le savoir déjà constitué sur un objet scientifique, soit en les ignorant, soit en les déclarant d’emblée obsolètes, même si « la majeure partie de cet immense savoir constitué auquel nous nous référons constamment dans toute discussion (…) ne pourra naturellement pas, pour des raisons d’ordre pratique, être mis en question (…).
En outre, une tentative mal inspirée qui consisterait à tout mettre en question – donc à faire table rase – pourra aisément entraîner la faillite de la discussion critique envisagée [donc des tentatives de corroboration ou de réfutation] (car s’il nous fallait partir du point dont Adam lui-même est parti, je ne vois pas par quelle raison nous nous trouverions plus avancés que lui en fin de parcours) » (Karl Popper. Conjectures et réfutations. Payot, 1985, p.352).
8. Corroboration, résolution des problèmes et progrès de la connaissance scientifique
En Science, les tests indépendants sont toujours nécessaires, parce non seulement la Nature change parfois et oblige à reconsidérer les théories les plus performantes et récentes qui en fournissaient la meilleure explication reconnue du comportement, et parce qu’une fois que l’on a réussit à corroborer ou à falsifier une théorie, de nouvelles questions inédites, donc de nouveaux problèmes surgissent logiquement de cette nouvelle situation dans laquelle se trouve le savoir constitué.
Les connaissances scientifiques qui ont du être nécessaires pour expliquer les problèmes auxquels l’homme a été confronté par le passé (dans n’importe quel domaine), progressent vers des contenus informatifs toujours plus riches ; nous percevons toujours davantage de contenu dans les problèmes et davantage de problèmes parce que nous disposons de théories qui elles-mêmes évoluent dans le sens où elles nous permettent l’observation de ces nouveaux problèmes en nous engageant à nous poser des questions inédites sur le monde.
Quand nos connaissances scientifiques progressent, elles modifient notre vision du monde. Ces connaissances créent de nouveaux problèmes, parce qu’elles parviennent en résistant aux tests les plus sévères connus et déduits des tests antérieurs, à interdire toujours plus d’événements empiriques possibles tout en étant capables de prédire de nouveaux faits par rapport à des connaissances concurrentes.
Ce sont ces progrès, qui se caractérisent par l’enrichissement des contenus informatifs de nos théories scientifiques, qui nous conduisent inévitablement à voir de nouveaux problèmes pour lesquels nous restions aveugles avec nos anciennes théories plus pauvres en contenu corroboré, parce que l’homme est toujours attiré par la recherche des moyens lui permettant d’améliorer ses conditions de vie dans sa « niche écologique ».
Si nous percevions moins de problèmes nouveaux, ce serait l’indice d’une stagnation de la « Culture », voire les prémisses de sa régression, par l’abandon de la quête de la Vérité.
Certes, dans ne nombreux cas, la corroboration des théories scientifiques a pour effet de rendre les choses plus faciles dans divers domaines de la vie courante, en éliminant ou en réduisant certains problèmes pratiques ; et c’est aussi cette perception de moindre difficulté et complexité qui en nous permettant de mieux maîtriser nos limites nous motive à non seulement faire un meilleur usage de nos capacités et compétences, mais aussi à risquer de les confronter à des situations nouvelles et que pourtant nous percevions auparavant comme inaccessibles. Mais il est clair que l’enrichissement des connaissances scientifiques entraîne logiquement un enrichissement du pouvoir heuristique des cadres de référence théoriques, suscitant de nouvelles expectatives et des attentes, donc l’imagination de nouvelles questions liées à de nouvelles aspirations à mieux contrôler le monde. (Nous sommes irrésistiblement attirés par cette quête du pouvoir sur notre monde dès lors que nous sentons que nous disposons des moyens pour la réaliser).
Ensuite, en réponse à ces questions, émergent de nouvelles solutions et possibilités d’action au plan technologique, puis de nouveaux problèmes (parce qu’il est impossible de prédire à l’avance toutes les conséquences théoriques et pratiques qu’auront certaines avancées technologiques), lesquels engendrent à leur tour des investigations scientifiques inédites pour leur résolution, dont l’issue nous ramène à la situation initiale où nos connaissances se trouvent enrichies…
9. Exemple général
9.1. Méthodologie
Pour comprendre cet exemple méthodologique, il faut de se placer dans la situation d’un scientifique qui souhaiterait intégrer une communauté de chercheurs ayant déjà corroboré toute une série de connaissances dans un domaine particulier : celui de l’étude des cygnes. Nous supposerons que notre « nouveau venu » s’intéressera plus particulièrement à l’étude de la couleur de ces oiseaux, (comme d’autres pourront s’intéresser à leur mode d’alimentation, ou de nidification, etc.).
La seule question qui peut alors se poser à tout « nouveau venu » qui souhaite augmenter le « savoir acquis » traditionnellement par ceux qui l’ont précédé, ne peut-être que la suivante :
« Comment puis-je augmenter en contenu ce que mes collègues prédécesseurs savent déjà sur la couleur des cygnes ? »
D’où :
– « Est-ce en leur montrant d’autres cygnes blancs ? » (Même dans d’autres conditions initiales d’observations ?).
 
-« Est-ce en leur montrant qu’il peut exister un « vrai cygne », mais tel que sa couleur ne soit pas blanche ? ». (C’est-à-dire un oiseau qui sera reconnu comme étant bien un « cygne », sur la base des connaissances scientifiques déjà corroborées et estimées, par la communauté de mes collègues, comme étant « non problématiques », afin de permettre l’édification d’un test inédit, rendant possible l’observation d’un cygne non-blanc. En effet, jamais la communauté scientifique n’accepterait de valider mon test, s’il s’avérait que le soi-disant cygne non-blanc que j’aurais réussi à observer, n’est en fait pas un cygne, selon les classifications reconnues scientifiquement).
Comme on le voit immédiatement, seule la deuxième question est intéressante d’un point de vue du progrès de la Science. La première ne fera qu’apporter une confirmation, et non une corroboration de la théorie. L’on pourrait même observer des millions d’autres cygnes blancs, dans d’autres conditions initiales inédites, cela ne nous apprendrait rien de nouveau sur la couleur de ces oiseaux, et donc serait totalement inutile, scientifiquement parlant, pour le savoir déjà acquis dans ce domaine.
Méthode :
Soit (E) l’énoncé universel au sens strict suivant :
(E) = « Tous les cygnes sont blancs ».
Nous supposerons que cet énoncé représente l’état du savoir scientifique le mieux corroboré du moment sur un objet de recherche : l’étude de la couleur des cygnes.
De cet énoncé nous pouvons déduire sa base empirique laquelle est composée de deux sous-classes d’énoncés de base (Karl Popper. La logique de la découverte scientifique. Edition Payot, 1979. Pages 84 à 86) :
1. La sous-classe des énoncés confirmant la théorie, que nous nommerons p.
2. La sous-classe des énoncés potentiellement contradictoires, ou que la théorie interdit, que nous nommerons non-p.
Exemple d’énoncé singulier de base appartenant à p = « il y a un cygne blanc à l’endroit k ».
Exemple d’énoncé singulier de base appartenant à non-p = « il y a un cygne non-blanc [par exemple noir] à l’endroit k ».
Problème posé : comment améliorer le pouvoir descriptif (puis explicatif et prédictif) de la théorie universelle (E) si l’on suppose une recherche portant sur l’amélioration de la connaissance scientifique sur la couleur des cygnes ?
1. Première voie de recherche inductiviste : trouver et dénombrer d’autres cygnes blancs, dans d’autres conditions. C’est-à-dire se servir de la sous-classe des énoncés singuliers de base appartenant à p. Puis estimer que le relevé est suffisant et qu’il permet de conforter une forte probabilité mathématique à (E). Ce type de méthode est récusé par Karl Popper. Il argumente d’une part sur le fait que l’observation d’autres cygnes blancs ne permet pas d’augmenter le pouvoir descriptif de (E) sur la couleur des cygnes, en général, et, d’autre part, que la probabilité des énoncés ne peut constituer un critère de scientificité à partir duquel l’on pourrait conforter la corroboration des théories.
2. Deuxième voie de recherche hypothético-déductive : parier sur l’hypothèse qu’il existe, sous certaines conditions, des cygnes non-blancs, par exemple noirs, mais tels que ces spécimens soient reconnus et admis comme pouvant être classifiés comme étant bien des  »cygnes » par la communauté scientifique, sur la base de connaissances scientifiques déjà corroborées et donc jugées « non-problématiques » (Popper). Il s’agit donc de se servir de la sous-classe des énoncés non-p. Pour Karl Popper, cette voie de recherche représente l’unique possibilité logique pour améliorer toute connaissance objective, dans tous les domaines, comme celui de la Science. Popper prône donc une unité de la méthode scientifique (Cf. « Misère de l’historicisme ».) en défendant la thèse selon  laquelle l’unique moyen d’en savoir plus, en Science, comme ailleurs, consiste toujours à rechercher des moyens inédits de mettre les théories à l’épreuve de l’expérience.
– A partir de la deuxième voie de recherche, Popper démontre qu’il faut formuler une « hypothèse falsifiante ». C’est-à-dire que les scientifiques doivent tenter de parier sur le fait que si l’on peut observer « intersubjectivement » de manière « répétée », « contrôlable », et « reproductible », un cygne non-blanc [qui pourrait être noir] selon des conditions initiales (des énoncés singuliers de testabilité) inédites, afin d’en  »confirmer » l’existence, alors, la théorie (E) pourra être reconnue comme falsifiée (ou réfutée) si les scientifiques admettent après discussion, la validité de toute la procédure de falsification.
1. De ce fait, si l’hypothèse falsifiante « confirme » un énoncé de base appartenant à non-p, alors (E) est falsifiée, et la connaissance scientifique sur la couleur des cygnes progresse. On sait désormais que, (E’) = « tous les cygnes sont blancs ou [par exemple] noirs » (Mais, à ce stade, on ignore encore s’ils peuvent être d’une autre couleur que blanc ou noir).
2. Si l’hypothèse falsifiante infirme un énoncé de base appartenant à non-p, (et s’il reste admis par la communauté scientifique, et d’après les conditions initiales de testabilité choisies), alors (E) est « corroborée » et la connaissance scientifique progresse également. On sait que (E) = « tous les cygnes sont blancs et [par exemple] non-noirs ». (Chose qui était inconnue avant que l’on ne soumette (E) à un test inédit, puisque portant sur la confirmation possible d’un de ses « falsificateurs virtuels », non-p (Cependant, il demeure, que les tous les cygnes sont bien blancs à l’exclusion de tout autre type de couleur, dans l’état actuel de la recherche scientifique, jusqu’à ce qu’une nouvelle expérience soit réalisée).
9.2. Conséquences sur les pouvoirs des théories universelles
Toute théorie universelle qui vient d’être corroborée augmente, selon cette logique, ses pouvoirs descriptifs, explicatifs et aussi prédictifs.
Description :
Parce qu’en intégrant des faits inédits grâce aux tests, la théorie permet de dire plus de choses sur la Nature qu’elle ne le pouvait avant les tests qu’elle a subit avant sa dernière mise à l’épreuve. Mais, souligne Popper, une théorie de nous renseigne que sur les faits  »qu’elle interdit », sur les autres, elle ne nous dit rien (rien qui ne puisse déjà être connu à partir de ce qu’elle énonce). C’est-à-dire, et comme il l’est précisé au début de cette section, seule la sous-classe des énoncés singuliers potentiellement interdits par la théorie, peut donner une information sur son contenu empirique parce ces énoncés en constituent, justement, les limites testables de manière expérimentale. La théorie  »« tous les cygnes sont blancs » », interdit, a priori, l’existence de cygnes d’une tout autre couleur (non-blancs). Mais si cette théorie se trouve corroborée après une nouvelle tentative de falsification » (qui échoue) », alors elle permet de décrire la Nature avec plus de précision.
Explication :
Les lois universelles de la Science se veulent être, pour la grande majorité d’entre elles, des lois causales, c’est-à-dire des lois dotées d’un certain déterminisme. Popper estime que la recherche de ce type de lois causales de plus en plus précises est indispensable pour toute science empirique en s’insurgeant contre une certaine métaphysique indéterministe qui voudrait rendre vain la recherche de ce type de lois (Karl Popper. La logique de la découverte scientifique. Payot, 1979. Chapitre 9. Section 78, page 250). Mais Popper plaide pour l’indéterminisme (Cf. « L’univers irrésolu, plaidoyer pour l’indéterminisme ») contre la version la plus extrémiste du déterminisme, qu’il nomme « déterminisme scientifique » (Karl Popper. L’univers irrésolu, plaidoyer pour l’indéterminisme. Editions Hermann. Paris, 1984. Chapitre 1, page 1 ; 31.), et dont les pouvoirs outrepasseraient les possibilités de tout projet scientifique. Car, selon lui, certes, il faut une idée de la  »Vérité certaine » pour continuer les recherches, mais cette idée-là ne pourra jamais être atteinte car aucun projet de description d’un phénomène de la Nature ne pourra être bâti sur la base d’un calcul aussi précis que l’on voudrait des mesures possibles à partir desquelles calculer n’importe quel degré de précision dans les conditions initiales de la prédiction d’un tel projet (Karl Popper décrit ici, ce qu’il nomme « le principe de responsabilité renforcé »)  (Karl Popper. Ibid, page 10).
En conséquence, aucune loi corroborée ne peut l’être avec certitude et donc répondre à un déterminisme absolu, et la connaissance humaine ne permet jamais de calculer avec suffisamment de précision les mesures des conditions initiales de tout projet scientifique pour prédire avec exactitude qu’elle sera le degré futur de corroboration d’une théorie scientifique (c’est sur la base de cette critique fondamentale des possibilités du « déterminisme scientifique », que Popper fonde sa réflexion éthique et politique contre le totalitarisme via une critique de l’historicisme, doctrine fondatrice, selon lui, des grandes prophéties socio-historiques et des utopies totalitaires. Cf. « La société ouverte et ses ennemis » et « Misère de l’historicisme »). Les explications causales fournies par la corroboration d’une loi sont donc toujours incomplètes et doivent même être  »fausses » par comparaison avec la Vérité certaine.
Prédiction :
Plus le degré de corroboration d’une théorie s’accroît à la suite des tests successifs, plus s’accroît également son contenu informatif sur la Nature. La théorie court donc de plus en plus le risque de pouvoir être réfutée par l’expérience, puisqu’en augmentant son contenu elle augmente aussi sa précision et donc la classe de ses énoncés interdits ou falsificateurs virtuels. Donc, une théorie (A) dotée d’un plus fort de degré de corroboration qu’une théorie (B) permettra de prédire plus de faits lus à partir de la sous-classe des nouveaux énoncés singuliers qui la confirment et aussi d’envisager plus de tests à partir de la sous-classe de ses énoncés interdits.
Conclusion
La conclusion de ces options méthodologiques de recherche est que les confirmations d’une théorie universelle, aussi nombreuses et rigoureusement étudiées soient-elle ne peuvent, en toute logique, apporter aucune information supplémentaire sur ce qu’il est permis de décrire, expliquer ou prédire, à partir de la formulation initiale de la théorie que l’on cherche à évaluer.
Les confirmations ne sont donc, selon Popper, d’aucune utilité pour faire progresser les contenus empiriques et logiques des théories scientifiques, seuls les éléments logiquement interdits a priori par la théorie sont intéressants. Mais ces éléments doivent être testés sur la base de conditions initiales, elles aussi, inédites, et toujours déductibles des précédents tests déjà effectués et reconnus comme valides par la communauté scientifique. 
En conséquence, la méthode scientifique revient toujours à tenter de réfuter une théorie, même si les scientifiques espèrent que dans la plupart des cas, les tests aboutiront à des corroborations ;  bien que dans les deux cas, réfutation ou corroboration, le savoir scientifique s’en trouve toujours significativement amélioré si l’on a pu contrôler que les conditions de mise à l’épreuve d’un énoncé scientifique étaient bien novatrices et inscrites dans une tradition de recherche considérée comme suffisamment non-problématique pour rendre possible la construction de nouveaux tests.

(Patrice Van den Reysen).