Archive

Archive for the ‘Jean D’ORMESSON.’ Category

Jean D’ORMESSON. Sur la tradition.

« J’ai beaucoup parlé des sociétés passagères où nous avons vécu. Je ne me suis pas fait avec mes propres forces. Je ne suis pas assez suffisant ni assez satisfait de moi-même pour croire que je ne dois rien aux autres. Je dois tout à ceux qui sont venus avant moi et qui m’ont instruit et élevé. Je suis le fruit d’un passé d’où je sors. Les origines me concernent comme elles vous concernent tous. Et elles m’intéressent. »

(In : Jean D’ORMESSON, « C’est une chose étrange, à la fin que le monde », éditions Robert Laffont, Paris, 2010, page : 20).

*                                        *                                       *

Commentaires :

Inutile de nier ces déterminismes-là. Il n’existe pas d’individu sans mémoire, sans passé, sans une forme quelconque d’éducation, pas plus que de nos jours il n’existe d’individu qui puisse nier l’influence considérable de tout un ensemble de traditions sans lesquelles la vie moderne serait impossible.

La plupart d’entre elles, sont des traditions scientifiques, mais leur position dominante ne signifie pas qu’il soit bénéfique de nier l’importance et l’influence des autres traditions, non-scientifiques, à la condition, selon nous, qu’elles soient le fruit d’une progression consentie par les individus, par leurs efforts, et que cette progression ait accepté et utilisé par nécessité ou guidée par une éthique, la raison critique, le dialogue, la controverse pacifique pour se réaliser.

Mais que faire de notre passé ? Avons-nous « trop de passé » ou pas suffisamment ? L’homme moderne jouit-il de la présence d’un grès grand nombre de connaissances disponibles, ou bien peut-il en pâtir ?

Nous avons besoin de toujours plus de connaissances, et nous en demandons toujours plus. Parce que nous sommes curieux, et dès qu’un pouvoir nouveau  semble acquis grâce à la corroboration ou la réfutation d’une théorie, nous nous rendons compte d’un nouveau champ de possibilités, ne serait-ce qu’en étant capables de déduire de nouvelles hypothèses.

Donc, nous découvrons de nouveaux problèmes à chaque nouveau progrès acquis. (K. Popper). Il semble qu’il soit impossible pour l’homme de fermer les yeux, ou de bloquer sa propre pensée, dès qu’il a résolu un problème qui mobilisait des tests inédits quant à ses essais de recherche pour en trouver la solution.

Sans doute que les affects jouent un rôle très important, également dans ce mouvement spontané de la pensée qui le pousse à la réflexion hypothético-déductive. Pour cela il faut que les problèmes aient pris beaucoup de signification, d’intérêt, et que des enjeux aient été perçus pour leur importance et leur pertinence.

Ce qui peut rendre un problème significatif, c’est le jeu de nos mémoires, donc de nos connaissances antérieures, avec celui de l’environnement et encore avec celui des représentations que nous avons de la situation logique où nous sommes, car, puisqu’il nous faut agir sur le monde qui nous entoure pour nous y adapter, nous ne pouvons éviter de tenter d’identifier et de comprendre chacune de nos situations logiques.

Nous ne pouvons alors, jamais être satisfaits des connaissances qui sont à notre disposition, pas plus que nous pouvons être satisfaits du niveau de la compréhension que nous en avons.

Se satisfaire d’un niveau de connaissance, revient à admettre qu’il aurait atteint un niveau de précision « suffisant » ou un alors un niveau de probabilité « suffisant ». C’est-à-dire, que le contenu ou le pouvoir explicatif de la connaissance serait estimé « suffisant » pour qu’il ne soit plus jugé nécessaire d’engager des recherches pour le dépasser, et, d’un autre côté, cette satisfaction pourrait elle-même, en quelque sorte, « bloquer » nos affects, et empêcher qu’ils concourent à l’émergence dans l’esprit de cette sollicitation de la pensée hypothético-déductive permettant d’imaginer des hypothèses inédites pour envisager l’existence de nouveaux problèmes, et pour les résoudre.

Le dogmatisme et l’obscurantisme ne fonctionnent pas sans cette sorte de « satisfaction », d’immobilisme.

Il y a aussi la Nature, évidemment. La science se charge de la comprendre, et d’essayer au mieux d’en prédire le comportement, les changements, à partir de lois. Mais les changements imprévus de la Nature nous rappellent, tant que les scientifiques ne nous ont pas fourni des lois suffisamment corroborées, que nous ne pouvons être « satisfaits » de nos connaissances, et que nous risquons de pâtir de notre immobilisme, et du dogmatisme.

Il y a enfin les connaissances inutiles, voire le « savoir nuisible ». C’est-à-dire celui qui a réussi à imposer des vues qui  ne peuvent être que des tentations irrésistibles au dogmatisme, à l’immobilisme, à l’arrogance.. Ces « connaissances » empêchent, part nature, l’ouverture de nouveaux horizons quand dans leur postulats se trouvent des croyances qui prétendent comprendre ou anticiper à l’avance nos motivations même à être guidées vers le nouveau, l’inédit.

Il suffit sans doute pour cela, pour tout bloquer, de toujours tour ramener aux émotions, ou aux affects, qui soi-disant, détermineraient tout, sur la base d’une théorie des émotions et des motivations qui ne peut envisager que l’individu puisse trouver dans ses tentatives de compréhension de ce qui l’entoure, la vraie solution à ses problèmes, et non que celle-ci, se trouve toujours et  uniquement par rapport à lui-même.

Catégories :Jean D'ORMESSON.