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Jeffrey YOUNG. La théorie des schémas.

« Nous avons des besoins affectifs fondamentaux. »

« Selon Young, il existe au cœur de la personnalité un noyau central, qui se structure, durant l’enfance et l’adolescence, autour de besoins de base : les besoins affectifs fondamentaux. Le besoin d’attachement à des personnages importants de l’entourage est l’un des principaux de ces besoins. La nécessité de se représenter soi-même comme une personne valable en est un autre.

La personnalité se construit sur une base biologique : le tempérament émotionnel. En fonction de son tempérament, chaque enfant peut évoluer de façon spécifique et imprévisible, quelles que soient les conditions de son éducation : un enfant sociable et débrouillard s’adaptera et fera sa vie malgré les abus ou les négligences. Le tempérament peut aussi entraîner, à l’inverse, des comportements qui nuiront à l’enfant : un enfant turbulent risque davantage d’être exposé à un parent maltraitant qu’un enfant calme et passif. Selon Robert Cloninger (voir p. 361), un certain nombre de traits de personnalité seraient liés à des facteurs de tempérament, tels que l’évitement de la menace (qui fait le lit des personnalités à tendance anxieuse) ou la recherche de la nouveauté, caractéristique des personnalités impulsives.

Au cours de son enfance et de son adolescence, en se confrontant aux personnes qui l’entourent et à l’environnement dans lequel il vit, l’enfant est exposé à diverses expériences marquantes qui vont influencer sur la satisfaction de ses besoins. Des expériences de frustrations, voire de traumatisation, vont entraîner une carence dans la satisfaction de besoins. A l’inverse, un excès de satisfaction des besoins (dans le cas de familles surprotectrices) peut également générer un trouble psychologique.

De l’interaction entre le tempérament biologique et les expériences précoces de la vie va donc se constituer le noyau central de la personnalité, sur un fond de besoins affectifs plus ou moins satisfaits.

 

Qu’est-ce qu’un schéma ?

Lorsque ses besoins affectifs fondamentaux sont satisfaits, l’enfant acquiert des schémas précoces positifs. Autrement dit, il se forge une représentation très favorable des personnes importantes de son entourage. De même, la représentation de sa valeur personnelle devient fortement positive. En cas de non-satisfaction de ses besoins fondamentaux, des associations inconscientes entre les souvenirs d’expériences pénibles, des émotions négatives et des cognitions se constituent : ces structures associatives inconscientes sont les schémas précoces inadaptés. Le qualificatif de précoce signifie que ces schémas se créent au cours de l’enfance et de l’adolescence du sujet. L’adjectif inadapté fait référence au caractère extrême, rigide, de ces schémas, et au fait qu’ils persisteront tout au long de l’existence et gêneront la vie sociale du sujet. Ils seront générateurs de troubles de la personnalité. Ces schémas ont pour support cérébral des réseaux de neurones, qui siègent dans la mémoire à long terme et la mémoire émotionnelle.

–       Les schémas de manque affectif, d’abandon, de méfiance, d’imperfection, d’isolement social, sont surtout liés à la carence d’attachement.

–       Les de dépendance, d’incompétence, de vulnérabilité, de fusionnement, d’échec, sont plus liés à un excès d’attachement, dans un environnement familial surprotecteur.

–       Les schémas de manque de contrôle de soi, d’exagération des droits personnels, sont généralement liés à un manque de limites parentales, générateur de carence de contrôle.

–       Les schémas de perfectionnisme, de pessimisme, sont le plus souvent l’expression d’un besoin de contrôle qui a été poussé à l’excès, souvent dans le cadre d’un modèle familial, ou bien en réaction à une environnement défavorable.

La théorie des schémas.

Les stratégies d’adaptation, ou comment on apprend à vivre avec un schéma.

Selon Young, les sujets développent tôt dans leur vie des stratégies d’adaptation, qui leur permettent de s’adapter à leurs schémas, tout en évitant de ressentir les émotions intenses et insupportables que ceux-ci engendrent. Bien que ces stratégies aident l’individu à supporter un schéma, (Commentaires : nous avions, dans d’autres billets, émis l’idée intuitive, que dans la solitude sur le long terme, l’individu pouvait développer des « contre-compétences » afin de la supporter, et de vivre malgré tout, par opposition aux « compétences » pour en sortir, et aux autres pour vivre normalement société) elles ne le guérissent pas et sont au contraire un élément du processus du maintien des schémas. « Selon les individus, l’adaptation à un schéma donné se réalise de différentes manières comportementales, parfois opposées. Considérons par exemple trois enfants qui s’adaptent à leur schéma d’imperfection de plusieurs manières. Bien que tous les trois se sentent imparfaits, l’un recherchera des partenaires et des amis critiques, l’autre évitera les relations trop proches, et le troisième adoptera une attitude de critique et de supériorité envers les autres. »

Cette citation de Young montre les trois types de stratégies : la soumission au schéma, l’évitement du schéma et la compensation. En fonction de son tempérament biologique, tel individu va plutôt éviter, plutôt se soumettre ou bien encore compenser. Dans l’exemple cité, l’enfant qui recherche les partenaires critiques se soumet à son schéma (« je suis mauvais et je mérite les critiques ») ; celui qui considère ne pas pouvoir supporter la souffrance émotionnelle liée au schéma évite les relations proches ; et celui qui se comporte avec supériorité avec les autres adopte la stratégie dite de compensation, consistant à agir comme si l’inverse du schéma était vrai.

(…)

 

(In : Bernard PASCAL, à propos de Jeffrey YOUNG. « Les nouveaux psys. Ce que l’on sait aujourd’hui de l’esprit humain ». Sous la direction de Catherine Meyer. Éditions les arènes, Paris, 2008, pages : 677 – 679).

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