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Jérôme DOKIC. « Les grands courants de la philosophie de l’esprit »…Vers les sciences cognitives.

« La philosophie de l’esprit est une branche particulièrement vivante de la philosophie analytique, qui étudie la nature de l’esprit, et donc les états, événements et processus mentaux, ainsi que les facultés, fonctions et opérations psychiques. Les contributions théoriques dans ce domaine se divisent entre programmes de recherche ambitieux et études de cas ciblées. Parmi les programmes de recherche les plus importants figurent :

  1. La place de l’esprit dans la nature. Les états mentaux sont-ils identiques à des états physiques, notamment corporels ? Si la réponse est négative, comment se relient-ils au monde physique, et plus généralement à la nature ? Comment savoir si un organisme au moins en partie physique a des états mentaux ?
  2. La place de l’esprit dans la société des esprits. Où finit un esprit et où commence l’autre ? Deux esprits peuvent-ils partager un même état mental ? Comment un esprit peut-il conserver l’existence d’autres esprits ?
  3. La place de l’esprit dans le règne animal. L’esprit est-il l’apanage de l’être humain ? Les animaux (non humains) ont-ils un esprit ? Est-il fondamentalement différent de celui de l’être humain ? Comment le savoir ?
  4. La place de l’esprit dans le monde technologique. En quel sens la technologie peut-elle « augmenter » l’esprit ? Peut-on parler de prothèses cognitives (agendas, ordinateurs, systèmes experts, etc.) au sens où il y a des prothèses corporelles (lunettes, cannes, membres artificiels, etc.) ?

Les études de cas liées à la philosophie de l’esprit sont très nombreuses, et s’inscrivent plus ou moins directement dans l’un au moins de ces programmes de recherche. C’est le cas du problème de l’intentionnalité (Comment l’esprit peut-il viser le monde, notamment par sa perception et sa pensée ?), de la conscience (Est-elle un trait de tout l’esprit ?), du raisonnement (La pensée est-elle symbolique ? Le raisonnement est-il un calcul ?), de la causalité mentale (Comment un état mental peut-il avoir des effets physiques ?), du libre arbitre (Un esprit peut-il agir librement dans un monde éventuellement déterministe ?). D’autres études de cas proposent des taxinomies détaillées des phénomènes psychiques (sensations, perceptions, imaginations, émotions, sentiments, croyances, désirs, volitions, etc.), ou échafaudent des architectures cognitives plus ou moins complexes, la plus radicale faisant éclater l’esprit en une myriade de modules indépendants.

Si les problèmes de la philosophie de l’esprit sont globalement en continuité avec ceux de l’histoire de la philosophie, surtout depuis le XVII° siècle, ses méthodes ont d’abord été celles de la logique et de la philosophie du langage, héritées des pères fondateurs de la philosophie analytique (Frege, Russell et Wittgenstein). Après son tournant linguistique, la philosophie de l’esprit a porté principalement sur la signification des termes mentaux, et s’est attachée à clarifier les concepts incarnés dans ces termes et à dénoncer d’éventuelles « illusions grammaticales ». Elle s’est également illustrée par diverses formes d’anti-psychologisme, c’est-à-dire par le refus de considérer le sens des mots comme une donnée psychologique. À partir des années 1970, la philosophie de l’esprit prend un tournant cognitif et se revendique comme un branche de la philosophie autonome par rapport à la philosophie du langage, voire plus fondamentale que celle-ci (le langage pouvant être considéré comme un linguistique, elles restent fondamentalement celles de la philosophie analytique depuis ses origines : l’analyse conceptuelle et la sollicitation d’intuitions à partir d’expériences de pensée plus ou moins sophistiquées. Enfin, il n’est pas exagéré de parler d’un tournant empirique récent, puisqu’un courant important de la philosophie de l’esprit contemporaine est étroitement associé au développement prodigieux des sciences cognitives. Non seulement les philosophes appartenant à ce courant trouvent dans les modèles empiriques des éléments pertinents pour étayer les thèses qu’ils défendent, mais les scientifiques eux-mêmes s’approprient aujourd’hui fréquemment des thèmes autrefois réservés à la philosophie, tels que la conscience, les émotions, le libre arbitre et la vérité.

L’image de la philosophie de l’esprit comme discipline autonome est donc parfaitement illusoire. D’une part, la philosophie de l’esprit a toujours été en constant dialogue avec d’autres branches de la philosophie : la philosophie du langage, certes, mais aussi la métaphysique, la théorie de la connaissance et la philosophie des sciences. D’autre part, elle est restée le plus souvent ouverte aux sciences empiriques de l’esprit : la psychologie, bien sûr, mais également la sociologie, l’anthropologie, la linguistique, et les neurosciences.

Le présent texte n’a pas l’ambition de couvrir tous les aspects de la philosophie analytique de l’esprit – comment le pourrait-il ? Nous nous contenterons donc d’exposer deux problèmes capitaux, à savoir le problème de l’intentionnalité et le problème de la conscience, et de dégager les principales conceptions de leurs interactions. Nous conclurons notre présentation par quelques réflexions générales sur le problème de la naturalisation de l’esprit. »

(…)

(In : Jérôme DOKIC. « Lectures de philosophie analytique ». Sous la direction de Sandra LAUGIER et Sabine PLAUD. Editions Ellipses, Paris, 2011, pages : 331 – 333).

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Pierre JACOB :

« Philosophie de l’esprit et sciences cognitives. »

« (…) Les mécanismes de la connaissance peuvent-ils faire l’objet d’une connaissance scientifique (?) ; la connaissance de la connaissance peut-elle être aussi exacte, objective et impartiale, que la connaissance physique des particules élémentaires (…) (?) ; les sciences cognitives font la pari que la réponse à cette question sera : « oui » (…). »

« Qu’est-ce que la pensée, qu’est-ce que l’intelligence, qu’est-ce que la mémoire ?… »

« Percevoir n’est pas passif.. » (Cf. Gibson ; Popper ; etc.).

(..à écouter, sans doute, en priorité. « Il y a, à mon sens, incompatibilité entre une interprétation freudienne, et une interprétation cognitive de l’information.. »).

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