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John LOCKE, sur la liberté.

« Daily Dabble in the Classics (Extra), John Locke

[L]aw, in its true notion, is not so much the limitation as the direction of a free and intelligent agent to his proper interest, and prescribes no farther than is for the general good of those under that law : could they be happier without it, the law, as an useless thing, would of itself vanish ; and that ill deserves the name of confinement which hedges us in only from bogs and precipices. So that, however it may be mistaken, the end of law is not to abolish or restrain, but to preserve and enlarge freedom: for in all the states of created beings capable of laws, where there is no law, there is no freedom: for liberty is, to be free from restraint and violence from others ; which cannot be, where there is no law : but freedom is not, as we are told, a liberty for every man to do what he lists : (for who could be free, when every other man’s humour might domineer over him?) but a liberty to dispose, and order as he lists, his person, actions, possessions, and his whole property, within the allowance of those laws under which he is, and therein not to be subject to the arbitrary will of another, but freely follow his own. »

John Locke (1632-1704), Concerning Civil Government, Second Essay, Chapter VI

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Commentaires (les digressions au sujet de la psychanalyse sont destinées aux « psychanalystes-visiteurs-pots-de-colle ») :

La liberté absolue est irréalisable. Elle n’est pas, d’emblée, conforme à la nature humaine et à ses limitations. Sommes-nous libres de « tout savoir » ? L’évolution des connaissances scientifiques, montrent bien…qu’il y a une « évolution » et que cette évolution, dans le jeu de la vraie science, ne peut jamais être arrêtée. S’il y a donc une évolution, alors, c’est que les hommes ont toujours conscience des limitations de leurs savoirs acquis.

La vraie science est donc, avant toute chose, une « interdiction » quoiqu’en même temps elle reste une ouverture sur l’avenir. Elle est une interdiction dans le sens où le contenu informatif des théories les mieux corroborées ne nous est accessible que par ce que ce contenu interdit, ou exclut. Et elle est une ouverture dans le sens où seuls les énoncés exclus par ces théories sont susceptibles, après des tests, de nous en apprendre toujours davantage.

Il est impossible, en société de ne pas accepter ses propres limitations. Certes, certaines personnes parviennent à « s’affirmer » plus que d’autres, ou à jouir plus que d’autres des instants de leurs vies, mais eux aussi sont limités par eux-mêmes, les autres, et leur environnement. Peut-être que le bonheur en société, et son amélioration résiderait dans le fait de comprendre et d’accepter les limitations d’autrui, sans que ses propres possibilités ne soient jamais perçues par lui comme une humiliation. Toutefois, accepter ses limitations et celles des autres, c’est aussi accepter que d’autres « peuvent toujours plus que nous ».

La psychanalyse est donc bien totalement inutile. C’est au contact des autres que l’on apprend à s’accepter et à les comprendre, et que l’on apprend aussi à leur faire comprendre, le cas échéant qu’ils doivent apprendre à nous accepter. Il s’agit d’un dialogue d’une très grande complexité, et pourtant un dialogue si commun, si journalier. Il s’agit d’un dialogue de consciences à consciences, où les personnes s’expliquent sans essayer de suggérer ou de manipuler la pensée de l’autre ; car, si la confrontation des cadres de référence individuels est nécessaire pour un tel dialogue, toute tentative de prise de pouvoir ou de volonté de domination par les moyens de la suggestion ou de la manipulation, ne peut que pervertir le dialogue et le changer  en « monologue d’un chef ». Un « chef », c’est-à-dire celui qui ne veut pas être contredit, et qui peut, sous les apparences si dangereuses de l’empathie, parvenir à inculquer ses propres idées, ou ses propres dogmes sur des personnes ignorantes de l’épistémologie, car sur les autres il peut toujours rêver.

Aucun psychanalyste ne pourrait accepter un « patient épistémologue » (maîtrisant les principales règles objectives de l’épistémologie), donc libre, sans tenter de lui suggérer que ses arguments ne sont que névroses.

Il ne pourrait jamais accepter ne plus être un « chef », ou un « guide ». Or, nous croyons que ce qu’il faut comprendre, c’est que personne n’accepte vraiment de changer à partir d’un « guide », mais seulement lorsque la conviction que sa propre raison n’a jamais été bafouée ou flouée par les manoeuvres de la suggestion ou de la manipulation mentale. Et tout cela parce l’individu humain, est certes, fondamentalement social, mais aussi et surtout, fondamentalement autonome quand à sa volonté de création et de participation à la société, au niveau où il le peut.

Il nous semble complètement contre nature d’imaginer l’individu humain sous l’entière tutelle morale et intellectuelle d’un autre, quand bien même cette tutelle serait masquée sous le fard d’une empathie plus ou moins subtile et d’autant plus perverse qu’elle est intrusive et non souhaitée.

La psychanalyse est donc aussi, totalement impossible. Pourquoi ? Parce que la seule voie possible, c’est justement, le rationalisme critique, et la mentalité du rationaliste critique, c’est-à-dire au fond, celle de tout individu humain qui n’ait pas été formaté par la psychanalyse est totalement contre nature avec cette dernière. Il y a une sorte d’antinomie indépassable. Ce sont deux univers, pourrait-on dire. Le premier, celui du rationalisme critique, est un univers ouvert ; le second, celui de la psychanalyse, n’est qu’un univers clos, sans autre possibilité que d’y adhérer. C’est cela qui forme l’essence de l’impossibilité pour la psychanalyse d’être jamais semblable ou identique, de quelque façon que soit, à l’individu humain.


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