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Karl BÜHLER. Sur les trois fonctions du langage.

« K. Bühler et les « trois » fonctions du langage ».

« Dans La quête inachevée, Karl Popper écrit encore à propos de son maître Karl Bühler : « Mon futur développement dut beaucoup à sa théorie des trois niveaux ou fonctions du langage (…) : la fonction descriptive (Kundgaben-funktion), la fonction de communication par signal ou fonction d’émission (Auslösefunktion), et, à un niveau supérieur, la fonction descriptive (Darstellungfunktion). Il expliquait que les deux fonctions mineures étaient communes aux langages humains et animaux et étaient toujours présentes, tandis que la troisième fonction était une caractéristique du seul langage humain (…) ». En réalité, écrivait Bühler dans Die Krise der Psychologie, « dans aucun domaine, autre que celui du langage, la comparaison entre l’homme et l’animal ne découvre d’aussi claires relations de continuité dans le développement et, en même temps, des lignes de démarcation aussi nettement définissables. Dans le règne animal, la sémantique a deux fonctions fondamentales, deux dimensions du sens en commun avec le langage humain, tandis qu’il lui manque la troisième fonction (sur la base de nos connaissances actuelles). Dans les deux langages, l’animal et l’humain, nous retrouvons la fonction communautaire, sociale, de la sémantique ainsi que sa fonction d’expression et donc de manifestation de cette expérience. Mais on ne retrouve jamais chez l’animal la troisième fonction, c’est-à-dire le langage ou les gestes comme moyens de représenter les objets et les faits ». Par cette fonction représentative entre en jeu le concept de vérité.

De son côté, Popper précise ce qui suit : 1/ la fonction expressive entre en jeu au moment où l’on exprime une condition intérieure : « Tout langage animal est symptomatique de l’état d’un certain organisme », 2/ la fonction de communication par signal se situe à un niveau supérieur par rapport à la fonction expressive qui en est un prérequis : « Les animaux, surtout les oiseaux, émettent des signaux de danger, même les plantes lancent des signaux (par exemple aux insectes) ; et lorsque notre propre expression (linguistique ou d’autres types) provoque une réaction chez un animal ou chez un être humain, nous sommes en mesure de dire qu’elle a été reçue comme un signal », 3/ la fonction descriptive – écrit Popper – est celle qui, selon Bühler, « dépasse le langage des animaux et est propre au langage humain ». Cette fonction présuppose les deux précédentes et elle est caractérisée par le fait que, par son entremise, peuvent se produire des affirmations vraies ou fausses, et par conséquent que l’on introduit des critères de vérité ou d’erreur. Il faut souligner, dans ce contexte, que les descriptions d’événements peuvent ne pas être liées, par exemple, à un signal avertisseur. Tout cela ne se vérifie pas pour les animaux : l’abeille ne peut faire rien d’autre que dire la vérité, l’homme peut mentir. Il s’agit d’un constat d’une énorme importance : « À mon avis, l’invention du langage humain descriptif, libre de décrire la réalité de manière scrupuleuse comme d’inventer une histoire, est la base de l’esprit humain et nous éloigne de nos critères ». Au début, il y a donc eu le mensonge. 4/ La fonction argumentative est un sujet dont Popper se sert pour perfectionner et achever le schéma proposé par son maître Bühler. Cette fonction suppose, évidemment, l’existence de la fonction descriptive et cela même parce que les arguments se réfèrent aux descriptions et les visent : « Ceux-ci critiquent les descriptions du point de vue des idées qui régissent la vérité, le contenu et la vraisemblance ».

Popper fait remarquer que ces quatre fonctions ne sont pas les seules fonctions du langage. Il y en a d’autres, comme par exemple l’ordre, l’exhortation, le conseil, mais ce qui est fondamental pour l’homme est la fonction descriptive du langage : « Le langage humain descriptif (…) peut transmettre une information qui n’est pas immédiatement exploitable ; elle peut se révéler totalement inutile, ou bien, elle peut être utile dans certaines conditions seulement, ou, encore, elle pourra être efficace dans une situation totalement différente de la situation initiale ». Si le langage humain est le produit de la l’imagination de plusieurs esprits, « l’esprit humain – dit Popper – est à son tour, le résultat de ces mêmes produits (…). Les enfants qui n’ont pas la faculté du langage sont à peine humains et, sans doute, sont-ils simples d’esprit ». Au contraire de Hume, Popper est persuadé que le « moi » existe, bien qu’il soit convaincu que nous ne naissons pas comme « moi » : « Nous devons apprendre à être des « moi ». Apprendre à devenir des personnes n’implique pas seulement une étroite relation avec le Monde 2 des autres, mais aussi avec le Monde 3 du langage et des théories. « Comme « moi », comme être humains, nous tous, nous sommes des produits du Monde 3 qui, à son tour, est le résultat de nombreux esprits humains ».

(In : Dario ANTISERI. « La Vienne de POPPER. » Éditions Presses Universitaires de France. Philosopher en sciences sociales. Paris, 1° édition, janvier 2004, pages : 33 – 36).

 

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