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Lev VYGOTSKI. « L’émergence du langage intérieur. »

« Vygotski et l’émergence du langage intérieur »

« Dix années après Piaget, en 1934, Lev Vygotski, fondateur de la psychologie soviétique, proposa dans Pensée et langage un important prolongement de la théorie du langage égocentrique.

Selon lui, les deux formes de pensée, l’égocentrisme et la dirigée, augmentent toutes les deux et s’enrichissent considérablement jusqu’à l’âge adulte, la pensée égocentrique devenant la base du langage intérieur. C’est cette intériorisation qui fait disparaître l’expression égocentrique dans le langage spontané de l’enfant, vers l’âge de 7 ans : elle n’est plus retrouvée parce qu’elle n’est plus exprimée et non pas parce qu’elle est remplacée par le langage socialisé.

Lev Vygotski observe ainsi que « toutes nos réflexions muettes sont justement, du point de vue de la psychologie fonctionnelle un langage égocentrique, non un langage social ». Autrement dit, le langage intérieur étant par essence un langage pour soi-même, il est indifférent qu’il soit intelligible pour les autres. De plus, ce langage accompagnant nos faits et gestes depuis notre plus tendre enfance, devient rapidement et naturellement la base de notre pensée, « c’est-à-dire qu’il assume une fonction de planification de l’opération, de la résolution d’un problème nouveau survenant dans le comportement ».

En confirmation de cette hypothèse, Vygotski note que plus les enfants sont mis en difficulté par les expérimentateurs, plus leur langage égocentrique s’enrichit en parallèle de leur réflexion pour résoudre les problèmes qui leur sont posés.

Le langage égocentrique deviendrait ainsi la base de notre langage intérieur, cette voix avec laquelle nous avons régulièrement un dialogue mental. Il est un fait que nos pensées sont rarement rationnelles et que si nous les exprimons sous leurs formes brutes, nous ne serions souvent pas compris. Il est aussi vrai que l’intuition, le raccourci de l’idée à la conclusion, est souvent opérationnelle pour être efficace immédiatement : tout ne peux pas être raisonné selon le mode déductif et, pour agir, il n’est pas nécessaire de toute mettre en équation.

L’approche de Lev Vygotski présente de plus l’avantage, outre de fournir une explication cohérente à l’émergence du langage intérieur, de proposer un lien entre l’apprentissage de la parole été la pensée, question essentielle s’il en est pour ceux qui, comme nous, sont à la recherche du saut de la conscience !

La décentration et l’apparition de la conscience.

Bien que contemporains, Piaget et Vygotski n’ont pas pu se rencontrer. Pis, ce n’est que vingt-cinq ans après sa parution que Piaget a pu lire l’ouvrage de Vygotski prolongeant et modifiant sa propre théorie du langage égocentrique. La disparition du psychologue soviétique rendait de plus tout échange impossible. Piaget le déplora d’autant plus que, selon lui, ils auraient pu s’entendre sur de nombreux points. Dans le commentaire qu’il rédigea en annexe aux premières éditions anglaises du livre de Vygotski, Piaget affirme ainsi qu’il « se trouve en complet accord » avec l’hypothèse nouvelle selon laquelle « le langage égocentrique constituait le point de départ du langage intériorisé ».

Le plus intéressant dans cette ultime confrontation, c’est que Piaget y précise sa théorie en expliquant que son choix du mot égocentrisme en devait pas être entendu dans le sens d’un individualisme de l’enfant, comme cela avait pu être dit, mais dans le sens d’un centrisme sur lui-même par incapacité à décentrer sa pensée. La décentration est en effet, selon Piaget, une étape essentielle dans l’appréhension du monde, un saut indispensable à la logique. C’est cette loi de décentration qui permit par exemple de passer du géocentrisme à l’héliocentrisme. C’est ce même saut que l’enfant qui a un frère doit faire pour comprendre qu’il est lui-même le frère de son frère.

Autrement dit, la pensée est strictement égocentrique tant que l’enfant n’a pas acquis une capacité minimale de décentration, lui permettant de se mettre à la place des autres afin de prévoir l’impact de ses propres paroles, dans l’objectif d’un langage de coopération. La décentration est donc à la base de la communication, mais elle est précédée par la pensée égocentrique qui, bien qu’incommunicable, sert de base au développement du langage intérieur et à l’essor de la pensée logique.

La décentration est ainsi une notion essentielle qui permettra non seulement de communiquer efficacement avec les autres, mais aussi de comprendre le monde en le regardant hors de soi, sans le limiter à soi-même. »

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