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Archive for the ‘Ludwig Von MISES.’ Category

La Foi, la démocratie, la liberté d’expression et l’individu…

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« La liberté d’expression est une forme d’extrémisme ». (Alpha Blondy). Nous sommes d’accord avec cette proposition, mais nous la corrigerons un peu : “La liberté d’expression, lorsqu’elle est mal comprise, peut devenir une forme d’extrémisme.”

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Aucun homme ne mérite de mourir pour des idées. Car la fin ce n’est pas « l’idée », mais l’individu. Ce sont les idées qui doivent « mourir » à notre place (Karl Popper) si elles peuvent contenir des conséquences néfastes pour l’individu, et il vaut mieux remplacer la guerre des épées, par celle des mots. 

Un groupe, une communauté, une société toute entière, voire même une civilisation ne sont que des entités creuses sans les individus qui les composent, car « seul l’individu pense, seul l’individu agit » (Ludwig Von Mises). L’on peut objecter que les sociétés, les civilisations, sont guidées par des théories et des idées, mais aucune idée ni aucune théorie ne s’est jamais formulée ni ne se formule sans un individu, pas plus qu’elle n’est capable de mettre quoique ce soit en mouvement, comme des individus ou des choses, sans que des individus eux-mêmes ne décident de s’en servir pour justifier des changements dans l’ordre social, par exemple. Les idées, les théories ne doivent donc jamais être considérées comme des êtres vivants, et à leur endroit, aucune « théorie organique » (comme une théorie organique de l’Etat, par exemple) ne peut finalement être valide.

Or, il faut admettre que tout cela ne peut interdire (ou réfuter) la Foi dans une religion, laquelle consiste à croire que ses idées originelles ont été formulées par un Dieu qui n’a jamais de lui-même manifesté de présence physique sur terre de telle sorte que cette présence ne nécessita aucune interprétation par un être humain. Moïse fut sans doute l’un des premiers témoins de l’existence de Dieu ayant pu recueillir sa parole et les Tables de la Loi, mais c’est seulement la Foi qui peut  nous porter à croire que Moïse fut un témoin fiable, puisque la Foi consiste à croire ou à aimer sans preuves.  

Dans le cas où un être humain a pu être considéré de son vivant comme une divinité, et où l’on a pu vérifier que ce fut cet individu qui initia une religion par ses propos, il demeure donc indiscutable que ce fut toujours un individu qui a formulé voire écrit les premières idées de sa religion et non une entité purement  spirituelle.

La civilisation occidentale « nous influence », et elle détermine bon nombre de nos croyances et de nos comportements, mais il nous semble incontestable que tous les écrits, (scientifiques, littéraires, juridiques, etc.) de cette civilisation ont toujours été les produits des hommes et d’individus bien réels, y compris en ce qui concerne La Bible, écrite initialement en hébreu (le TaNak) puis traduite en grec ancien à partir de 850 rouleauxde parchemin rédigés entre le III° siècle et le I° siècle avant J.C. 
Bref, dans toute civilisation rien n’a été créé sans la pensée et la main de l’homme. L’on peut même pousser l’argumentaire en démontrant qu’il est logiquement impossible que deux individus aient pu avoir tout à fait la même idée exactement au même moment : les découvertes, les créations nouvelles sont toujours initialement le fruit d’un seul individu.
Les mots ne sont que les moyens pour formuler des phrases ou des propositions, ou des théories. Les théories et les idées ne sont à leur tour que des moyens pour formuler des problèmes, la solution aux problèmes n’est qu’un moyen pour améliorer le bonheur des individus. Et nous irons jusqu’à défendre l’idée que le bonheur lui-même ne peut être une fin, il n’est, lui aussi qu’un moyen, pour une fin encore supérieure et ultime : la continuation de la vie, dans les meilleures conditions pour l’être humain. 

Cependant, cette idée comporte un risque, voire même un danger non négligeable : si le bonheur de l’individu n’est qu’un « moyen » pour une fin qui lui serait supérieure, (la continuation de la vie), alors, au nom de cet objectif, l’on pourrait justifier, dans des cas extrêmes, de faire la guerre, ou de répandre la mort, ne serait-ce que temporairement, pour que la vie puisse continuer. Certes, si l’immortalité, par exemple, était possible sur terre, la vie humaine, en serait très menacée, et sans doute, à cause de la surpopulation, finirait par disparaître… (?).  

Mais, et c’est l’évidence : que serait la continuation de la vie humaine, sans précisément les individus ? 

L’on voit par ailleurs, que les idées « généreuses » ou « vertueuses » (Cf. la Révolution Française), ou qui se présentent comme telles, comme le sont très souvent les idées socialistes, (…), lorsqu’elles impliquent la soumission des individus à ce qui est conçu comme un idéal que tout le monde doit viser, selon une prétendue nécessité économique, politique, ou historique, (comme la « dictature du prolétariat » et la « fin de la lutte des classes » impliquant la soi-disant possibilité de supprimer toutes les différences de classe entre les individus), peuvent avoir comme conséquences, l’intolérance aux critiques, aux opposants, l’usage de la terreur (…), et même l’élimination physique en masse ; et comme corollaire, la fin de l’individu en tant que citoyen capable de décider de manière autonome ou en groupe, contre une oppression. 

Il faut donc que les « fins » ne soit jamais quelques grandes idées politiques aussi généreuses et vertueuses qu’elles puissent être, mais toujours, au niveau politique, l’individu et son bonheur, pour que ce dernier puisse participer à la continuation heureuse de la vie sur terre. 

La « fin » ne peut donc être « l’idée » mais l’individu. (Karl Popper).

Si Dieu a formulé lui-même les paroles qui ont pu être écoutées puis transmises par des hommes, il n’y a que ceux qui ont voulu les accepter de leur plein gré qui peuvent prétendre avoir la « Foi », les autres étaient soit des hypocrites, soit des soumis par d’autres hommes, ou bien ont été éliminés dans certains cas.
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Les religions reposent toutes sur des théories, des idées irréfutables donc non testables. Elles relèvent du dogme et ne sont  donc pas accessibles, en principe, à l’esprit critique (et encore moins à l’insulte).  

Donc, on ne peut contester rationnellement l’existence de Dieu que s’il est possible d’établir, à l’aide de tests, des preuves indépendantes de son inexistence. Ce genre de procédure est logiquement impossible avec toutes les théories métaphysiques, qu’elles relèvent ou non d’une religion. Toutefois, on peut examiner d’un point de vue critique un dogme religieux par rapport à ses conséquences sur le sens qu’il peut donner à certains faits ou à certaines actions, ou encore sur les diverses interprétations qu’il est possible d’en déduire.

C’est à partir de ce point crucial (l’irréfutabilité des religions) qu’il nous faut distinguer entre la Foi et la croyance, voire la conviction. Christophe Paillard(à propos de Kant) : « Dieu est objet de foi et non de savoir. Pour marquer les limites de la connaissance, le criticisme n’abolit pas la métaphysique. La raison pratique éprouve le besoin de postuler les objets suprasensibles que sont Dieu, la liberté et l’immortalité. Faute de pouvoir les connaître, elle doit les penser. Ce besoin de la raison motive la foi rationnelle ou croyance morale en Dieu. La foi rationnelle, c’est la religion morale. La religion doit être appréciée d’après la moralité, et non l’inverse. »

Après cette citation de Christophe Paillard, l’on se rend compte de l’importance majeure des considérations d’ordre moral dans le cadre des religions. Du même coup, et puisque la morale y occupe une place centrale, le fait que les religions reposent par ailleurs et essentiellement sur des idées métaphysiques, donc non testables, et qu’elles excluent de ce fait l’esprit critique, il est facile de réaliser la dimension affective consécutive que peut prendre toute atteinte à la morale développée par une religion quelconque par le biais des idées qu’elle développe. 

Puisqu’il existe des religions différentes, et qu’elles ne sont pas ouvertes à la critique de leurs dogmes, cette situation logique force en quelque sorte le relativisme, et en particulier le relativisme moral, donc elle offre aussi une ouverture toujours possible à l’usage de la violence afin qu’un dogme religieux qui est considéré comme moralement supérieur à un autre ou à tout autre par ceux qui en sont les croyants, s’impose sur un autre ou sur tout autre, si certains de leurs croyants ont décidé qu’il devait s’imposer, et qu’il n’y avait que la violence pour parvenir à ce but

Donc, si chaque groupe religieux prétend détenir la vérité sur l’existence de Dieu, en toute logique, cette position rejette l’existence des autres Dieux. (Dans le cadre des religions monothéistes). Une religion monothéiste ne peut admettre « d’autres Dieux ». Et c’est, comme nous l’avons dit précédement, ce rejet qui est potentiellement la source de conflits entres les valeurs morales que peuvent cultiver des communautés religieuses différentes, bien qu’il puisse exister des similitudes de pensée entre certaines religions sur le Bien, la morale, et le respect de la vie humaine.


Dans le domaine de la science, il est souhaitable, et même inévitable que la controverse, donc un conflit permanent et pacifique organisé entre des théories en concurrence (ou des paradigmes) au sujet d’un même objet de recherche, soit le moyen principal d’atteindre la Vérité, et provisoirement, une sorte de « stabilité » ou de « paix » dans les représentations, jusqu’à la nouvelle « guerre », où seules les théories seront « mises à mort ».

Lors des guerres de religions, puisqu’il est impossible d’organiser la « mise à mort » par des tests de théories métaphysiques, seuls les croyants sont susceptibles de se combattre et de tenter de s’éliminer.
 

Le problème est donc bien de savoir qu’elle est la religion, entre deux potentiellement en conflit, qui contient le plus de potentialités à pousser ses croyants à vouloir éliminer tous ceux qui croient en une autre, si l’on considère que l’intérêt général puis le bien être de l’individu doivent préférer la paix et la concorde.   
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Il nous semble très risqué de critiquer, y compris rationnellement, les conséquences des idées ou des thèses d’ordre moral développées par le biais d’un dogme religieux sans que cette critique ne fasse l’objet de l’accusation de n’être qu’un blasphème. Parce que les religions écrites par la main de l’homme, considèrent qu’elles sont une retranscription de la parole de Dieu avec ses préceptes moraux et pour le croyant, son Dieu ne peut être immoral.  
Si, dans les démocraties modernes, les individus peuvent jouir de la liberté d’expression, ne faut-il pas réfléchir à ceci : cette liberté n’est-elle pas avilie dès lors qu’elle s’aventure dans une certaine provocation avec des excès dans des caricatures pouvant se servir de la vulgarité, voire d’obscénités ? L’humour, l’ironie, ont-il nécessairement besoin d’y avoir recours pour conserver ou même pour accroître leur impact quand ils se donnent pour objectif de faire passer un message ? Qu’elle est la morale d’une démocratie et même d’individus qui utilisent la vulgarité, l’obscénité, le scatologique pour faire usage de la liberté d’expression ? Faut-il humilier, insulter et trainer dans la boue ceux avec qui l’on n’est pas d’accord pour les convaincre ou pour les ramener à la Raison, si cela est jugé nécessaire ? L’individu ne peut-il être plus interpellé encore si les messages que l’on divulgue en sa direction se dispensent de tout recours à cette forme de provocation, voire même de toute forme de provocation ? Et s’il l’était, et en devenait alors plus consécutivement violent dans ses réponses ou ses réactions, le droit moral des démocraties à se défendre, et à faire éventuellement usage de la censure ou de la violence n’en serait-il pas davantage justifié ?…
Nous croyons que si la notion de liberté peut avoir un contenu identifiable, et par suite un vrai sens donnant lieu à des conséquences pratiques utilisables pour chaque individu, alors, cette notion doit avoir des limites, et la liberté ne peut être absolue, illimitée, ou « totale » dans aucun domaine, y compris en ce qui concerne la liberté d’expression qui est du reste déjà nécessairement contrainte dans de très nombreux domaines dans nos démocraties.  

En résumé, l’usage de libertés diverses dans le réel de la vie sociale n’est possible sans la connaissance et l’application tout aussi réelle des limitations imposées à ces libertés. De surcroît, aucune démocratie, et aucun Etat de droit n’a de sens ni même de possibilité réelle sans un accroissement des libertés allant toujours de pair avec leurs limitations. (En effet, pourquoi la possibilité d’un « Etat de droit » serait-elle incontournable ou aurait-elle un sens, s’il n’était plus jugé nécessaire que des lois encadrent les actions de chaque individu, par les interdictions qu’elles signifient logiquement, étant donné que puisque la finalité de l’Etat de droit est l’éradication de la violence, l’atteinte de cet objectif nécessite inévitablement la conception, et l’application de lois ?..)

Mais si quelqu’un affirme, (à titre d’exemple), qu’en Allemagne, la « vitesse est libre » sur certaines autoroutes pour réfuter notre argument, cette liberté n’est pas non plus « absolue » parce qu’elle est limitée par les possibilités techniques d’une voiture aussi puissante soit-elle, par la longueur du réseau autoroutier, et par la présence plus ou moins dense des autres automobilistes. Cette liberté de rouler à « vitesse libre » est par ailleurs limitée par un respect de la sécurité des autres automobilistes : le possesseur d’une voiture capable de rouler à plus de 300 km/h sur ce type d’autoroute serait arrêté si son comportement s’avérait manifestement très dangereux pour les autres ou serait du moins jugé moralement condamnable. 

Voici maintenant un autre exemple, encore plus extrême : supposons que cette loi (absurde) soit promulguée et appliquée : « tous les individus ont le droit de tuer ». Dans la pire des situations, les « tueurs » se retrouveraient seuls sur terre en ayant éliminés tous les gens pacifiques. Que pourrait-il alors se produire ? Et bien que tous les tueurs s’entretuent de telle sorte qu’il ne reste plus qu’un seul « tueur »? Et si ce dernier pousse la logique de la loi jusqu’au bout, (laquelle est assez imprécise..), il pourrait même se suicider. Or, l’on voit que le prétendu « absolu » est également sujet à caution dans un cas aussi extrême et répétons-le absurde. Pourquoi ? Parce qu’il est impossible ou vraiment très peu probable qu’aucun des tueurs ne soit doté d’un instinct de conservation, ne serait-ce que pour le pousser à tuer autrui afin d’éviter d’être tué lui-même. Par conséquent, il existerait au moins un tueur qui entreverrait en lui-même des limites au meurtre : « je tue les autres, parce que j’estime qu’aucun autre n’a le droit de me tuer ». Et même à supposer qu’après un certain nombre de meurtres, les tueurs décident d’arrêter de tuer pour constituer un « état des tueurs » en souhaitant que cet état perdure aussi longtemps que possible, ils seraient à leur tour, obligés… d’interdire le meurtre et d’imposer la paix.

La « liberté absolue » n’existe pas dans les faits, ce n’est encore qu’une idée métaphysique, et aucun être vivant n’a accès à « l’absolu » dans aucun domaine, ni n’y a jamais eu accès, (et n’y aura jamais accès), c’est logiquement impossible, et cela, nous pouvons en être absolument certain. 

Un énoncé universel sur le contenu d’une liberté spécifique, s’il veut avoir une réelle portée descriptive, explicative et prédictive pour ceux qui souhaiteraient l’utiliser dans la vie sociale, doit être réfutable par ses cas « logiquement interdits » et qui en sont déductibles. Car seuls les cas « interdits » par cet énoncé, peuvent vraiment lui « donner du sens ». Ces cas « interdits » par la formulation même d’un tel énoncé, sont les seuls à pouvoir renseigner réellement un utilisateur potentiel et orienter ses actions. Un panneau de circulation automobile indiquant « 130 » (km/h) a donc du sens pour l’individu, uniquement parce qu’il énonce une limite, laquelle implique qu’il est interdit de la franchir. (En réalité, un tel énoncé dit ce qu’il est interdit de faire, bien plus que ce qui est permis). La loi universelle sous-jacente est réfutée dès qu’un individu dépasse les 130, c’est l’évidence. Un énoncé sur le contenu d’une liberté spécifique qui se présenterait sous une forme irréfutable, renverrait donc à l’absolu, et ne pourrait donner lieu à aucune utilisation réelle par aucun individu. Il ne peut donc y avoir aucune loi universelle (juridique ou scientifique), qui puisse avoir du sens pour les individus, qui ne soit en réalité une interdiction, ou qui doit être comprise comme une  interdiction, bien plus que une « permission ».

On peut concevoir que le progrès d’une société démocratique repose aussi sur l’accroissement des libertés individuelles, lesquelles sont toujours définies par des lois et vécues par des individus dont le sens des responsabilités, et toutes les valeurs se rattachant à la citoyenneté auront aussi progressé de façon concomitante grâce à l’éducation. 

L’objectif « naturel » de toute démocratie serait donc de viser à « toujours plus de libertés », en étant guidé par l’idée métaphysique de la liberté absolue, tout en ayant conscience que cette idée ne sera jamais réalisable dans les faits, bien qu’elle demeurera toujours indispensable pour questionner les libertés existantes et l’état de l’éducation à la responsabilité et à la citoyenneté par rapport à cet idéal. Nous tentons par ces arguments, une analogie avec le progrès dans le domaine de la Science : les scientifiques ont besoin de cette idée métaphysique de perfection absolue, ou de Vérité (absolue), laquelle maintient leur insatisfaction sur leurs théories les mieux corroborées et les engage ainsi à toujours rechercher de nouveaux tests, tout en gardant à l’esprit que la perfection ou la précision absolue d’une théorie scientifique restera à jamais et logiquement inaccessible du fait du caractère inaccessible de la perfection dans toute mesure de tout objet de la Nature (K. Popper, La logique de la découverte scientifique).

Nous pensons que lorsque les libertés ne progressent pas dans une société, nous disposons d’un indicateur permettant d’identifier les faiblesses du pouvoir en place à développer la responsabilité individuelle, la  citoyenneté et toutes ses valeurs, ou le dessein d’y porter atteinte. Si tel est bien le cas, c’est en partie à cause des faiblesses de son système éducatif, ou de la médiocrité des engagements philosophiques, éthiques et moraux de ceux qui gouvernent. 

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Un monde dans l’idéal de Rabelais : « Fais ce que voudras » (à condition que l’individu soit devenu suffisamment responsable, autonome, et citoyen) nous semble nettement préférable à un monde policé, psychanalysé* (libéré du vampirisme interprétatif des psychanalystes et de leur trop nette propension à se mêler des affaires intimes d’autrui sans son consentement, à manipuler, infantiliser, essayer de trouver sans arrêt des « névroses » ou n’importe quel autre prétendu « symptôme » qui soit issu uniquement des âneries développées par la doctrine ou de l’esprit attardé et pervers du psychanalyste « s’autorisant de lui-même »), surveillé, ou paternaliste, quel qu’il soit.

Les concepts qui renvoient au Réel donc qui prétendent le décrire, n’en expriment un contenu identifiable uniquement que parce que les théories universelles qui les fondent peuvent être réfutables par les faits, lesquels constituent, en quelque sorte, les « limites » de toutes les théories universelles strictes.
Ce sont les faits qui sont susceptibles de mettre en échec une théorie universelle qui sont donc les seuls utilisables pour en définir le contenu empirique et descriptif applicable au Réel. Pour tous les termes universels, c’est la même chose : nous n’identifions et ne comprenons le Bien que par rapport à ce qui n’est pas le Bien, le chaud par rapport à ce qui n’est pas le chaud ou ce qui est « exclu » par le chaud, etc.  
En somme, et comme l’avait bien démontré Karl Popper, les concepts universels, (tels que « liberté », « tolérance », « violence », « chaud », « atome », « poisson », etc., etc., donc tous les noms communs utilisés dans toutes les langues), ainsi que toutes les théories universelles strictes auxquelles ils renvoient, non seulement ne peuvent être « constitués », mais encore n’ont un sens ou ne disent quelque chose sur le réel que par l’intermédiaire que ce qu’ils interdisent, ou de toutes les conséquences déductibles qu’ils excluent

L’on comprend, par conséquent, que le concept de « liberté » ne peut absolument pas échapper à cette règle logique, et l’on comprend aussi que la liberté n’a de vrai sens que si nous pouvons en déduire des limites et que si, dans les faits, elles s’accompagne toujours, et nécessairement, de limites impliquées par des lois.

Un concept irréfutable et prétendant s’appliquer au Réel est une absurdité, un mot vide de tout contenu, parce qu’une notion sans contenant. Il ne peut donc rendre compte de rien de Réel. 

Tout n’est pas de l’eau, sinon rien ne serait identifiable dans l’univers, et personne ne pourrait même exister, y compris pour formuler l’énoncé : « tout (absolument) est de l’eau », puisque l’eau ne parle pas. 

La Nature ne parle jamais à l’être humain, sous quelque forme que ce soit, (elle ne lui donne jamais « directement » aucune information lui indiquant la voie à suivre pour s’approcher de la vérité à propos d’elle). Les « faits de la Nature » ne viennent jamais à nous comme un fleuve (Karl Popper), c’est toujours l’être humain qui fait des observations a priori sur ces faits, seulement à partir de théories (hypothèses, conjectures) elles-mêmes toujours a priori des observations, car aucune observation n’est « pure » par rapport aux faits, elle est toujours déterminée par un préjugé théorique.
C’est donc toujours l’être humain qui « fait parler » la Nature, que ce soit par ses hypothèses sur elle, ses tests, les résultats des tests, leurs interprétations, souvent considérés, à tort, comme la soi-disant « réponse » directe (…),  de la Nature (Karl Popper). 


Faut-il ajouter encore que les limites de toutes les libertés sont directement dépendantes
  des lois de la Nature, mais aussi de l’ordre social, de l’éthique, de la  morale, etc ?, « car ce fut toujours la reconnaissance des limites du possible, qui a rendu l’homme capable de faire pleinement usage de ses capacités ». (Friedrich A. Von Hayek, in : Droit, législation et liberté. Tome 1, Règles et ordre, éditions Quadrige/Presses Universitaires de France, Paris, 1980, page : 9).
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En somme les « susceptibilités religieuses » sont bien plus sensibles que les « susceptibilités scientifiques ». 
Si un scientifique peut se sentir très affecté de voir que la théorie sur laquelle il a travaillé toute sa vie est réfutée par une autre théorie concurrente et plus riche en contenu corroboré pour décrire et comprendre certains phénomènes, il doit accepter la règle du jeu scientifique : la connaissance objective ne progresse que par ce moyen : la mise à l’épreuve concertée, contrôlée puis validée de manière intersubjective des meilleures théories concurrentes en présence sur une objet de recherche. Il n’a pas d’autre solution que d’accepter cette règle du jeu, ou bien de se retirer de la Science en prétendant faire sa « science privée ». Or, il ne peut y avoir de véritable science qui soit ou qui demeure « privée » ou dépendante de quelque forme de psychologisme, de subjectivité, des sentiments personnels des chercheurs, de leurs partis pris, sans que ces derniers soient conscients des inconvénients que cela comporte s’ils veulent toujours parvenir au plus près de l’objectivité dans les jugements qu’ils portent mutuellement sur leurs engagements ontologiques, leurs hypothèses, leurs tests, les résultats des tests, l’interprétation de ces résultats, et les diverses conséquences de ces interprétations.
Si un religieux à la foi en certains dogmes, il peut tenter de convaincre d’autres personnes pour en faire des croyants qui formeront peut-être avec lui une communauté religieuse comptant plus ou moins d’adhérents par rapport à une autre. Mais il ne peut, sur la base d’aucun test qui soit possible, contester l’existence des autres fois religieuses en prétendant que les autres Dieux n’existent pas

Par contre, en lisant les écrits religieux, et en fonction des valeurs qu’ils cultivent, il peut examiner, (par rapport à son seul cadre de référence moral, éthique, etc.) si les conséquences déductibles logiquement des dogmes de l’autre religion lui semblent acceptables. Il peut aussi décider qu’il existe même des valeurs éthiques, morales, etc. qui sont objectives en ce qu’elles sont au-dessus de toutes les religions. Par exemple, la tolérance, le respect de la vie humaine, la liberté d’expression, etc. Mais là encore, l’on peut objecter que ces valeurs appartiennent aussi à un cadre de référence spécifique et qu’elles s’apparentent donc à un relativisme. Il est possible que certaines personnes, dans d’autres civilisations que la civilisation occidentale, n’aient pas tout à fait la même approche du respect de la liberté d’expression, de la vie humaine, de la morale, etc., en fonction de leur religion. Dans ce cas, les conflits peuvent toujours être possibles. 

Les religions, comme les sciences ont leurs extrémistes, leurs « ultras » fanatisés. Dans les sciences, ce sont ceux qui s’aventurent dangereusement vers le dogmatisme et le relativisme, quand ce n’est pas dans des fabrications mensongères, des manipulations de toutes sortes, de la désinformation, et parfois aussi de l’intimidation et de la soumission (comme en psychanalyse, laquelle n’est pourtant pas une science).  Lorsque ces dérives se produisent dans le monde scientifique validement reconnu comme tel, il est alors permis d’affirmer que ce monde bascule provisoirement ou dans certains cas, « localement », dans des dérives pseudo-scientifiques.
Une vraie Science, contrairement à ce que l’on croit généralement, ne peut pas « faire autorité ». Car en Science la prétendue « autorité » de certaines théories bien corroborées doit toujours être contestée par de nouveaux tests, et peut toujours l’être, en toute logique. 
Le dogmatisme « scientifique » consiste à nier la validité de réfutations ou de corroborations pourtant admises intersubjectivement comme valides par une communauté de chercheurs. Il consiste aussi à formuler des théories ou des idées de manière à ce qu’elles puissent toujours être soustraites à la mise à l’épreuve par les faits, mise à l’épreuve contrôlée « de l’extérieur », par d’autres chercheurs. 
Le relativisme, lui, consiste à croire qu’un paradigmescientifique contient des théories incommensurables, c’est-à-dire, des théories qu’il est impossible de soumettre à des expériences cruciales de falsification (réfutation), et que ce paradigme est « la » vérité du moment contre laquelle il serait une « hérésie » de s’opposer, même si un autre paradigme concurrent pourrait lui aussi contenir des théories bien corroborées. Donc, dans le monde de la science, il y a en quelque sorte des « communautés » différentes toujours possibles, avec ceux qui finalement s’accrochent à des motivations destructrices pour la recherche de la Vérité et pour la Science. Ce qui signifie que le monde de la vraie science ne peut jamais totalement se garantir lui-même de se soustraire au risque de la pseudo-science.
Dans les religions, les choses sont selon nous à peu près identiques. On trouve aussi des fanatiques, des ultras, des intégristes. Ce qui ne signifie pas pour autant que tous les membres d’une même religion soient des ultras ou des intégristes et que de ce fait ils soient mus dans leurs croyances par les dérives destructrices qui peuvent être déduites ou mêmes lues dans certains de leurs dogmes. L’inquisition terrorisait tous les catholiques et torturait des innocents. Son régime de terreur était bien entendu aussi un régime de manipulation et de soumission. Aujourd’hui, dans certaines religions, des intégristes font peu ou prou la même chose : leur régime de terreur aboutit à la manipulation et à la soumission de certains de leurs croyants, ou soit à la volonté avérée de destruction des autres religions ou à leur intolérance.
Pourtant…
…Personne sur cette terre ne souhaite être détruit, que son pays soit détruit, que sa civilisation soit détruite avec tout ce qu’elle comporte. C’est donc toujours, et pour tous, la Vie qui l’emporte. Sur cette terre, tôt au tard, chacun peut se demander qu’elles peuvent bien être les meilleures conditions à créer ou à maintenir pour que la vie reste possible et heureuse, à moins, bien entendu, que certains groupes humains pensent que ceux qui croient en d’autres religions que la leur doivent être détruits afin que les vainqueurs règnent sans partage. 
En Occident,  nous avons le choix d’être (par exemple) soit « hégéliens », soit « kantiens ». C’est-à-dire que nous pouvons penser que la guerre peut être une solution et que l’histoire est  prétendument « le tribunal du monde » (Hegel), ou bien penser que ce sont la discussion rationnelle, la paix et la concorde, le respect de la liberté et de l’individu qui doivent l’emporter (Kant) et que ces choses-là ne nous empêchent nullement d’avoir la Foi. En étant hégéliens, nous pourrons être amenés à penser que les religions sont dans un rapport entre elles qui est identique à celui entre nations, c’est-à-dire un « état de nature », et qu’elles sont soi-disant « naturellement » destinées à se combattre les unes les autres. Nous pourrions aussi penser qu’une nation qui croit en une religion particulière est porteuse de « l’Esprit du temps », et que certaines autres incarnent « l’axe du mal », et par suite que les peuples de ces dernières sont sans droit par rapport aux « nations élues ». (Cf. Hegel in « Principes de la philosophie du droit »).
Par ailleurs, nous pouvons aussi choisir le relativisme en éliminant la croyance en la Vérité objective, en arguant sur le fait que les théories, les idées, sont finalement toutes soi-disant  « incommensurables », ou bien opter encore une fois et de manière pacifique pour le rationalisme critique en nous appuyant sur le caractère désuet et non valide du mythe du cadre de référence par la démonstration que chaque cadre de référence est évaluable en fonction des conséquences logiques qu’il est possible d’en déduire, afin d’examiner si ces conséquences peuvent ou non être acceptables par le plus grand nombre d’individus (Karl Popper).
 
 
Dans les sociétés démocratiques où la liberté individuelle est respectée, chacun est libre d’être athée ou de croire en un Dieu, quelle que soit la religion. Et chacun a droit au respect de ses croyances et de sa Foi tant qu’elles ne menacent pas l’intérêt général ou un autre individu. En outre, chacun a le devoir de supposer son prochain comme étant digne de respect, et doué de raison. Par conséquent, nous devons également supposer que celui qui cultive une Foi en une religion particulière a conscience de son caractère métaphysique donc irréfutable ce qui doit lui éviter l’accusation d’être irrationnel donc incapable de se comprendre lui-même et d’être autonome par rapport à ses pensées et à ses actes. Par suite, chaque croyant peut développer le sentiment légitime de se sentir blessé moralement si on insulte directement ou indirectement un investissement ou un engagement personnel qui représente de la valeur à ses yeux en ce qu’il peut lui donner une spiritualité et une direction à sa propre existence.  
Mais dans ces sociétés, ni le meurtre ni aucune tentative de soumission ou de conversion forcée n’est tolérable comme réparation à une atteinte morale au nom d’une croyance ou d’une Foi quelconque dès lors qu’ils menacent les valeurs structurant les sociétés qui justement permettent et encadrent la possibilité des diverses religions.
L’Amour de Dieu ne peut être davantage une fin en soi, mais un moyen pour une autre fin supérieure : le respect de la Vie, donc de la paix, de la tolérance, et par conséquent de l’individu. 
En effet, un individu peut avoir la foi en une certaine religion parce que les contenus des idées et des théories qu’elle lui offre, fournissent aussi un cadre à partir duquel il peut orienter ses propres représentations personnelles sur la façon de concevoir la vie, le sens de la vie sur terre, ses relations avec autrui, la nature et les choses matérielles. C’est-à-dire que c’est par le moyen de la foi que l’individu peut être influencé ou suggéré à réfléchir sur les décisions personnelles à prendre pour orienter son existence par rapport à tout ce qui l’entoure.
Au nom de l’Amour d’une cause, d’un Dieu, d’une chose ou de quelqu’un on peut faire les plus belles comme les pires choses. Or, les meilleures idées sont celles qui comportent le moins possible de conséquences absurdes ou destructrices.
Tout le monde connaît les conséquences souvent abominables dans l’histoire où les hommes ont pensé que les idées devaient être la « fin » et que tous les contestataires devaient soit être convertis, soit… éliminés.
Selon nous, la véritable Foi se fait toujours sur la base d’un engagement personnel et sincère après que l’esprit ait été convaincu sans contrainte et encore moins par la terreur. Car toute tentative (rationnelle et respectueuse des valeurs liées au respect de l’individu) de conviction de la volonté ou de l’esprit d’autrui est réfutée dans son efficacité dès lors qu’apparaît l’usage de la contrainte, de l’intimidation ou de la force. Et du même coup, c’est aussi la valeur de l’idée à laquelle l’on voulait soumettre ou convaincre quelqu’un qui se trouve également remise en question…
Car si c’était la menace et la contrainte qui étaient considérées comme les principaux moyens de conviction, il nous serait impossible de nous assurer de la sincérité de ceux que l’on aurait « convaincus ».
La terreur, la menace de la mort, l’intimidation et la soumission ne rendent pas les gens plus sincères ou plus croyants. 
La terreur, dans son usage comme moyen d’oppression et de soumission, suscite d’abord la peur, et puis tôt ou tard la révolte car nul n’accepte de vivre éternellement dans la peur et l’humiliation insupportable qu’elle provoque. L’on peut soumettre un grand nombre de personnes pendant assez longtemps, mais là encore il est tout à fait impossible de contrôler la diversité des sensibilités et des caractères humains pour s’assurer définitivement de leur soumission totale. Passé une certaine limite qu’il nous est à jamais impossible de connaître avec exactitude, un homme ou plusieurs peuvent prendre conscience qu’ils ont été trompés et que leur situation est intolérable. Or, l’on ne trompe pas les gens indéfiniment.  
Enfin, ni la terreur, ni les menaces de mort, ni même l’intimidation ou la soumission n’atteignent leurs objectifs avec les gens dotés de l’esprit critique et de l’indépendance d’esprit, même si ces derniers peuvent croire en Dieu. 
La terreur et la menace de mort peuvent surtout priver de tout esprit critique les autres, et faire d’eux bien plus des gens soumis que de véritables croyants, donc des gens bien plus dangereux pour eux-mêmes (et aussi les autres) qu’ils ne le croient…


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Hors sujet :

La psychanalyse n’est-elle qu’un « intégrisme » dans le monde de la psychologie ? Selon nous, la réponse est : oui.