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Archive for the ‘Luttre contre le terrorisme.’ Category

Mr. Manuel Valls, Premier ministre, et Mr. Cazeneuve, Ministre de l’intérieur, au sujet de l’Etat de droit.

Si nous renonçons à l’Etat de droit, nous sommes fichus. Nous nous rabaisserons au niveau des barbares. Je suis d’accord avec ce point de vue, et je l’ai toujours été : ne renonçons JAMAIS à l’Etat de droit. Cependant, il n’est pas interdit de continuer de réfléchir, et de faire fonctionner le raisonnement critique. Quelle est la finalité de l’Etat de droit ? C’est l’éradication de la violence.
Cependant, dans une Etat de droit, il faut, dans des situations extrêmes, devoir recourir à la violence. Mais dans quel cas ? Uniquement pour protéger la non-violence, les valeurs de la non-violence, les non-violents, leurs biens, et leurs personnes.
Donc, puisque la finalité de l’Etat de droit est l’éradication de la violence, passé une certaine limite, il doit savoir faire usage de la violence pour se protéger, sinon c’en serait finit de lui.
Et c’est la même chose pour la tolérance. Là encore, passé une certaine limite (…), si nous voulons protéger les valeurs de la tolérance, et les gens qui sont tolérants, il nous faut être intolérants envers….. les intolérants.
Je pense que le gouvernement devrait adopter, vis-à-vis de l’application de l’Etat de droit, une politique réaliste et « fragmentaire », ou « coup par coup », un peu comme le préconisait Karl Popper dans « La société ouverte et ses ennemis ». (Or, il est clair que les terroristes « islamistes », sont des ennemis déclarés de la société ouverte, de la démocratie, de l’Etat de droit, et de nos libertés).
Que pourrait signifier une application « fragmentaire » de l’Etat de droit ? Cela pourrait signifier des changements, des adaptations TEMPORAIRES et « ciblées » selon des critères plus stricts et plus précis encore que le « simple fait », si j’ose dire, de déclarer telle ou telle autre personne « suspecte » (…) d’appartenir à un réseau terroriste, ou de se radicaliser. Cela pourrait, concrètement se réaliser dans une limitation temporaire (voire définitive) de la liberté d’expression au sujet de certaines déclarations, de certains propos, de certaines publications qui auraient ou qui ont tendance à cautionner clairement l’extrémisme islamique, à le favoriser, ou pire, à le mettre en œuvre sur notre sol. Car, au sujet du terrorisme « islamique », tout part, semble-t-il, d’une sorte d’idéologie, de certaines théories, et de la communication. Il faut donc, interdire toute communication toute propagation de cette idéologie en empêchant sa liberté d’expression. Cela ne consisterait pas, bien entendu, à porter atteinte à l’ensemble (…) de la liberté d’expression, j’espère que c’est évident.
Pour les individus déjà fichés « S ». Il faut examiner les faits, et les critères à partir desquels ils ont été fichés, pour évaluer leur dangerosité et la menace potentielle qu’ils représentent par rapport à l’Etat de droit. Dans quel but ? Soit garantir un contrôle permanent de ces personnes (bracelet électronique, ou emprisonnement à partir de certains critères de dangerosité plus élevés), soit … leur expulsion pure et simple, de notre territoire.
Aujourd’hui, j’ai donc changé d’avis. Le gouvernement défend mal l’Etat de droit, et notamment Mr. Valls.
Dans sa rhétorique déployée à l’Assemblée Nationale, Mr. Valls a fait un amalgame entre les mesures possibles applicables contre des personnes suspectées de radicalisation ou d’appartenir à des réseaux extrémistes, avec la célèbre « Loi des suspects » qui fut mise en place par le gouvernement terroriste (…) de la Convention Nationale, lors de la Révolution Française, le 17 septembre 1793, laquelle prélude à la terrible loi de Prairial du 10 juin 1794, période de la « Grande Terreur » en France. C’est-à-dire qu’il a fait un rapprochement tout à fait fallacieux entre une loi qui s’appliquerait à ceux qui menacent l’Etat de droit, par la violence et la terreur, aujourd’hui, avec les lois de notre passé révolutionnaire qui s’appliquaient contre ceux suspectés de n’avoir pas constamment manifesté leur attachement à la Révolution, et ceux qui n’ayant rien fait contre la liberté, n’ont aussi rien fait pour elle. Comme on le voit, il n’y a plus rien de commun entre la notion de « suspect » telle qu’elle fut appliquée sous la Révolution, et celle d’aujourd’hui, plus rien.
En quelque sorte, Mr Valls a commis cette erreur typique : il a implicitement fait valoir que l’histoire pourrait se répéter selon un même prototype du passé, alors que cette chose est totalement impossible. Ce n’est donc pas parce que nous appliquons des mesures temporaires, « fragmentaires », et au coup par coup contre certaines personnes vivant sur notre sol, que nous verserons dans les actes abominables qui ont été commis lors de la Grande Terreur, pendant la Révolution Française. Il n’est pas du tout « garanti » que si nous procédons à des adaptations temporaires de nos lois, afin de protéger l’Etat de droit dans sa finalité propre, nous verserions vers la fin de l’Etat de droit et deviendrions des « barbares ».

Enfin, Mr. Cazeneuve, ministre de l’intérieur, déclare : « « Nous ne pouvons pas sortir de l’Etat de droit pour protéger l’Etat de droit ». C’est précisément là qu’il se trompe. Comme nous l’avons dit, la finalité de l’Etat de droit est l’ERADICATION DE LA VIOLENCE. Il suffit de réfléchir un peu pour se rendre compte qu’il ne peut avoir d’autre finalité essentielle. Sinon, ce ne serait pas comprendre, ni l’esprit, ni la logique des lois juridiques, lesquelles comme les lois scientifiques, doivent se comprendre comme des interdictions.

Ensuite, il faut répéter que si c’est bien cela, la finalité de l’état de droit, alors, passé une certaine limite (…), et pour protéger les valeurs de la non-violence ainsi que les non-violents, nous devons, contradictoirement (…), savoir faire usage de la violence.

 

Pour résumer : 

Dans les changements temporaires et au « coup par coup » qu’il faudrait réaliser dans l’Etat de droit pour éradiquer la violence terroriste, et afin de le protéger, tout est affaire de nuances , d’une précision accrues dans certains critères de ces changements (qui doivent rester temporaires ; et l’on devrait aussi penser à prévoir des garanties juridiques pour cet aspect des choses). Le gouvernement doit comprendre, que passé une certaine limite (…cette limite n’est-elle pas déjà franchie), si nous voulons sauver les valeurs de la non-violence, donc l’Etat de droit, la démocratie, et nos libertés, nous devons, contradictoirement, procéder à des changements temporaires et adaptés à la situation qui est la nôtre.