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Le Professeur Elizabeth LOFTUS, et la supercherie de la "mémoire réprimée"…

13 février 2015 1 commentaire

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« Le professeur Loftus était confrontée à une situation sans issue. Il lui était certes facile de mettre au point une expérimentation classique sur la mémoire : elle avait déjà montré, précédemment, qu’il était possible d’ajouter à un souvenir authentique une foule de détails parfaitement imaginaires auxquels le sujet croit dur comme fer, et que, dans un témoignage à propos d’un crime, des informations obtenues après les faits modifiaient considérablement le souvenir. Mais les souvenirs d’abus sexuels infantiles portent sur des circonstances à la fois très traumatiques et très intimes. Tout l’échafaudage de la théorie de la « mémoire réprimée » repose justement sur ce précepte : la mémoire humaine ne fonctionne pas de manière uniforme. Les mécanismes sont différents pour les souvenirs classiques et pour les souvenirs de traumatismes sexuels infantiles. La science peut démontrer que les souvenirs classiques sont peu fiables, influençables et parfois carrément imaginaires. Elle montre aussi que certains chocs traumatiques nous font effectivement perdre la mémoire d’événements graves. Les scientifiques savent aussi qu’il arrive occasionnellement qu’un enfant puisse « oublier » une agression sexuelle ou un inceste. Surtout lorsque cela se passe à un très jeune âge où la fonction mnésique est encore peu développée. Hélas, si la mémoire lui revient à l’âge adulte, elle est parcellaire, imprécise, bref, extrêmement peu fiable. Donc peu utilisable pour échafauder un témoignage valide. Or, selon les partisans de la « mémoire réprimée », les souvenirs d’abus sexuel seraient fiables, peu influençables et rarement (ou jamais) imaginaires.
Il n’est pas possible pour un chercheur de reproduire avec des sujets d’expérimentation des situations comparables à un abus sexuel infantile, pour des raisons évidentes d’éthique. Comment le professeur Loftus allait-elle s’y prendre pour faire surgir le faux souvenir d’un événement traumatisant infantile ?
La technique de « l’enfant perdu dans un centre commercial »
Le but d’Elisabeth Loftus était d’induire, chez les sujets de son expérience, non pas des morceaux de souvenirs, mais une histoire complète. Une de ses amies lui glissa l’idée qu’il existait une expérience vraiment traumatisante pour une jeune enfant : perdre ses parents dans une grand magasin ou un centre commercial. Enthousiaste, le professeur Loftus lança la procédure de recherche et obtint des résultats fascinants. Voilà quel en était le principe : on racontait à des sujets adultes une série d’aventures survenues durant leur enfance ; toutes étaient vraies sauf l’anecdote du centre commercial. Dans cette anecdote, on précisait aux « cobayes » qu’à l’âge de 5 ans ils s’étaient perdus pendant longtemps et avaient été recueillis par une personne âgée. 25 % des sujets se remémorèrent cet épisode et l’enrichirent même de détails précis sur l’apparence de la personne qui les avait aidés. Mais tout cela n’était jamais arrivé. Elizabeth Loftus avait enfin démontré qu’une personne adulte pouvait construire de toutes pièces de faux souvenirs très élaborés d’un événement traumatisant de l’enfance. D’autres chercheurs reproduisirent l’expérience avec de faux souvenirs infantiles de noyade, d’attaque d’animaux ou d’autres circonstances très stressantes. Et plus aucun scientifique sérieux ne met aujourd’hui en doute le fait que l’on peut induire chez un sujet (volontairement ou involontairement) de faux souvenirs très élaborés auxquels la personne croit fermement.
Évidemment, les tenants de la théorie de la « mémoire refoulée » estiment que cela ne prouve rien, et la quête d’Elizabeth Loftus pour approcher la vérité est encore longue. »
« […]Mon travail s’est orienté tout naturellement vers l’étude de la mémoire chez les témoins d’accidents ou de crimes. Et j’ai commencé à étudier la mémoire des témoins. Je montrais aux gens des films d’accidents ou de délits. C’était quelque chose de nouveau, d’inédit. À l’époque, on se contentait de montrer aux sujets d’expérimentation des listes de mots, des photos ou parfois des phrases. Mais personne ne leur montrait des films d’accidents de voiture. […] L’une des premières choses que j’ai découvertes, c’est que, lorsque l’on questionne les gens à propos de leurs souvenirs, on modifie leurs souvenirs. Par exemple, si on demande aux témoins « à quelle vitesse roulaient les véhicules lorsqu’ils se sont percutés », on obtient une moyenne de vitesse plus rapide que si on leur demande « à quelle vitesse roulaient les véhicules lorsqu’ils se sont touchés ». Je me suis alors demandé si la manière de poser des questions affectait, outre les réponses, la façon dont les gens reconstruisent leur mémoire. Et pas seulement à cause des mots employés, mais aussi par d’autres formes d’information.
D’autres éléments, comme le langage non verbal de l’interrogateur ?
Oui, mais je pense ici aux informations complémentaires comme « Madame Jones dit que cela s’est passé de cette façon, qu’en pensez-vous ? » On a mené des expériences pour montrer que les témoins « ajoutent » à leur mémoire de informations qui proviennent d’autres sources que ce qu’ils ont réellement vu. C’est ce que j’ai nommé par la suite le « misinformation effect » (l’effet « information trompeuse »). En résumé, il s’agit du phénomène qui se produit lorsqu’on donne une fausse information à un sujet à propos d’un véritable incident. Dans un nombre important de cas, le sujet intègre cette information trompeuse dans son souvenir, en étant persuadé que c’est la réalité. J’ai connu alors une période de popularité en menant des tas d’expériences sur le « misinformation effect ». Toutefois, la question la plus difficile était : « Lorsque vous avez transformé le souvenir de quelqu’un par des informations trompeuses, qu’avez-vous fait du souvenir original qui était tout au début ? ». Ce qui amène au grand débat sur la conservation de la mémoire. Est-ce que le souvenir initial est encore là ? Est-ce qu’il est enterré quelque part en dessous d’un tas d’ordures ? Faut-il creuser en profondeur pour le retrouver ? Ou bien le souvenir est-il irrémédiablement transformé par de nouvelles informations ?
Justement, j’ai une question à ce sujet. Beaucoup de gens s’imaginent que le souvenir d’un événement se trouve rangé quelque part, comme un dossier dans un tiroir. Et qu’il suffit d’ouvrir le bon tiroir pour le retrouver. Pour ma part, il me semble que l’on « reconstruit » le souvenir exactement au moment où on l’exprime et qu’il est influencé par notre humeur du moment. Si je suis heureux en ce moment, mes souvenirs seront teintés en rose. Et, si je suis triste, les mêmes souvenirs seront beaucoup plus gris. Qu’en pensez-vous ?
Pour ma part, je pense que les souvenirs sont altérés, modifiés, détériorés par des informations obtenues après l’événement. Mais d’autres scientifiques ne sont pas d’accord. Notamment un groupe de psychologues anglais, dont John Morton, qui estiment que les souvenirs peuvent s’affaiblir mais pas vraiment être « altérés ». Ensuite, un autre groupe de personnes ont contesté mes recherches en disant que la mémoire ne peut être modifiée, ni même affaiblie. Elles estiment que cela ne peut arriver qu’à ceux qui n’ont pas enregistré les détails dès le départ. Tout ce débat a été très riche sur le plan intellectuel. Finalement, j’ai publié en 1989 un article qui concluait que tout le monde avait peut-être raison. Parfois le souvenir est identique mais s’enrichit de nouveaux détails fictifs, et parfois le souvenir est définitivement détérioré par des informations nouvelles. Il n’est alors plus possible de retrouver spontanément le souvenir initial. Le seul moyen est de fournir au sujet de nouvelles informations authentiques sur ce qui s’est réellement passé.
[…]
Et quelques mois plus tard est arrivée toute l’histoire de la « mémoire réprimée ». Il s’agit de cette théorie selon laquelle des années de brutalités peuvent être totalement réprimées dans l’inconscient. Les « victimes » restent complètement ignorantes de toutes ces horribles choses qu’elles ont vécues jusqu’au moment où elles font une thérapie. Et là, grâce à des techniques proprement miraculeuses, le thérapeute fait revenir à la conscience tous ces événements atroces. À l’époque, cette théorie était largement acceptée par le monde médical, judiciaire et scientifique et je ne les ai pas trouvées. Aussi, j’ai commencé à témoigner comme expert au tribunal : de nombreuses personnes étaient accusées et parfois envoyées en prison sur la seule base de la véracité de cette théorie. Cette controverse m’a totalement absorbée. Des centaines et des centaines de personnes ont sollicité mon aide, dont la plupart étaient, selon moi, injustement accusées et parfaitement innocentes. Je me suis alors lancée dans des recherches pour tenter de prouver qu’avec le genre de techniques employées dans ces affaires judiciaires il était possible d’induire chez des sujets des souvenirs totalement faux de choses qui ne sont jamais arrivées.
Et cela m’a entraînée vers un nouveau domaine tout à fait passionnant.
Lorsque j’étais au Canada, j’avais une collègue qui prétendait que toutes ses patientes souffrant de difficultés sexuelles avaient été abusées  durant leur enfance. Je me suis souvent demandé si ce n’était pas le thérapeute qui induisait cette idée chez les femmes qui la consultaient.
Exactement ! Et il arrive que, si les patients affirment ne se souvenir de rien, le thérapeute leur pose la question encore, encore, et encore…Jusqu’à ce que la mémoire leur « revienne ». Voilà ce que je découvrais, en étudiant tous ces cas de « mémoire réprimée » avec les comptes rendus écrits des séances de thérapie. Si le patient affirmait ne se souvenir d’aucun abus sexuel durant son enfance, le thérapeute essayait toutes sortes de techniques telles l’hypnose ou l’interprétation des rêves pour aider le patient à recouvrer la mémoire. Selon moi, ces souvenirs surgissant en cours de thérapie avaient tout simplement été induits par le thérapeute. Évidemment, les gens n’appréciaient pas beaucoup ce genre d’explications.
Ils ne devaient pas beaucoup vous apprécier non plus ?
Non, ils ne m’appréciaient pas du tout ! Les défenseurs de la théorie de la mémoire réprimée ont utilisé toutes sortes de moyens pour me faire taire. Vous savez, lorsque j’ai été en désaccord avec les psychologues anglais au sujet de la fiabilité de la mémoire, ça a été un débat très respectueux. Mais, pour la mémoire réprimée, ce fut beaucoup moins élégant. J’ai reçu des lettre anonymes, ils ont fait pression sur l’université qui m’employait, ont tenté de faire annuler des conférences que je donnais et finalement ont lancé des poursuites judiciaires. Ce n’est pas très joli…Vraiment pas joli…Mais j’ai tenu bon.
Pensez-vous que, grâce à vos travaux, on a cessé de poursuivre des gens en justice sur la seule base de « souvenirs refoulés » ?
J’aimerais croire cela. Mais je suis encore appelée comme expert dans des affaires de ce genre. Cependant, il y a actuellement moins de cas judiciaires de « mémoire réprimée », parce que le nombre de sceptiques a augmenté… »
(In : « Les nouveaux psys. Ce que l’on sait aujourd’hui de l’esprit humain ». Les Arènes, 2008, pages 283 – 291).
Commentaires : 
 
Chers récalcitrant(e)s éclairé(e)s…
Je pense que la lecture de ce texte résumant les travaux du Professeur Loftus, ne fera que renforcer encore vos convictions sur plusieurs choses largement développées sur ce blog :
. Le « refoulé », ou la « mémoirer refoulée », ou « l’inconscient refoulé », c’est du bidon. Surtout, si cette mémoire est présentée comme régie par un déterminisme strict.
. Il est malheureusement avéré, que ces théories fumeuses ont pu servir pour certaines décisions judiciaires dans certains pays, notamment dans celui qui se prétend, malgré son freudisme effréné, être encore celui des « Lumières ». Que chacun d’entre vous repense à ce qui s’est produit à Outreau…Et comment certaines interprétations totalement débiles, ont pu fonder un mauvais juge d’instruction à briser la vie de quelques innocents.
. Quel que soit le pays, ceux qui osent critiquer ce genre de dogmes, sont donc toujours mal traités. Et jusqu’à quel point. Il nous semble que le traitement qui a été injustement et odieusement infligé au Professeur Loftus ressemble presque trait pour trait à celui que Madame Roudinesco et ses accolytes ont infligé ou tenté d’infliger à Monsieur Michel Onfray. C’est ignoble. Tout simplement ignoble. Plus que jamais, le combat reprend, il continuera, jusqu’à son terme.