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Psychanalyse et totalitarisme.

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Le « Sujet Freudien ». (Mikkel Borch-Jacobsen).
Comme toutes les idéologies totalitaires, la psychanalyse est fondée sur un déterminisme absolu et aprioriste  lequel implique un historicisme agissant comme une loi du destin pour tout individu, simple élément d’une masse, d’une « bande primitive », entièrement organisée à partir de « L’Eros », loi à laquelle il ne pourrait échapper. L’inconscient et son refoulé, (vous savez, c’est ce type, cet « autre », qui une fois sorti par la porte, revient toujours par la fenêtre), voilà qui tient dans une gangue tout individu, et qui permet de nier le libre-arbitre, grande bête noire des infâmes ignorabimus de la meute freudienne et de la meute lacanienne.
Mikkel Borch-jacobsen , dans « Le Sujet freudien » (Edition Aubier Flammarion, Paris, 1982, pages 196 – 204), nous donne une analyse du totalitarisme inhérent à la théorie Freudienne, c’est-à-dire aussi au Sujet Freudien, indissociable d’elle. Il montre que pour Sigmund Freud, toute organisation sociale a besoin d’un lien indéfectible pour sa cohésion, d’une « socialité ». Il s’agirait d’un lien social primitif, comme « bande primitive » organisée uniquement autour de l’Eros, la libido, le principe de plaisir. Dans cette organisation freudienne, l’individu sacrifierait sa particularité propre à ce « grand individu » qu’est la masse. « La socialité (…), ne serait jamais qu’un des « degrés » d’Eros, comme puissance bandante, agglutinante et en ce sens archisociale de la vie ». Borch-Jacobsen met ainsi en évidence le caractère organiciste, biologique, de l’organisation sociale telle que l’envisage  Sigmund Freud, la rapprochant d’une conception totalitaire. « Mais on voit immédiatement ce qu’implique cette hypothèse, cette hypothèse organiciste : déjà toute une conception politique et, pourquoi ne pas le dire, totalitaire du lien social, puisqu’elle pose d’emblée la société comme société une, unie, unanime, indivise. »
Borch-Jacobsen écrit ensuite que le terme même de « masse », est, selon les travaux de Hanna Arendt (voir « Le système totalitaire »), « le mot d’excellence des totalitarismes modernes ». Cependant, Borch-Jacobsen trouve absurde et relevant de la niaiserie le fait de vouloir, par ce biais, comparer Freud à un fasciste ou un stalinien. Car il trouve un Freud s’insurgeant contre la tyrannie de la suggestion (alors même que Borch-Jacobsen accusera plus tard, dans « Folies à plusieurs », puis dans « Le dossier Freud », ce même Freud de fonder toute la prétendue efficacité de la psychanalyse sur la suggestion) et une « théorie autoritaire du lien social », ce qui en ferait le militant de l’autonomie du sujet individuel. (Pour notre part, nous estimons que l’indignation de Freud contre la « tyrannie de la suggestion », ne fut qu’hypocrisie, calcul, et poudre aux yeux de sa part, tant il était préoccupé de se faire passer pour un authentique scientifique dont la probité intellectuelle et morale aurait été  irréprochable, alors même que les historiens critiques ont maintenant démontré avec des preuves tout aussi nombreuses qu’accablantes que ce fut justement, et très précisément le contraire : Freud n’avait aucun scrupule pour ses patients, aucun. Il recommanda même de faire usage de la cruauté (morale) au cours de ses analyses. Et surtout, le cadre même de l’analyse ne lui permit rigoureusement pas, et à aucun moment, de se délier de l’usage massif, constant, oppressant et donc omniprésent de la suggestion. Freud ne put qu’en faire un usage tout aussi permanent que délétère pour ses victimes).
Parenté idéologique avec le fascisme.
Mais l’auteur du « Sujet freudien » poursuit en écrivant que Freud se situe bien dans la ligne idéologique de Le Bon, lequel inspira, comme le démontra Hannah Arendt, les idéologies fascistes, à commencer par celles d’Hitler et Mussolini. En effet, c’est la conception freudienne de la société comprise comme un organisme ou un corps (on trouve aussi cette conception chez Platon et Hegel, eux aussi accusés d’être les fondateurs du totalitarisme moderne, par Karl Popper avec leurs théories organique de l’Etat), qui permet de l’identifier comme un système totalitaire. Borch-Jacobsen écrit : « Affirmer l’unité organique du corps social revient immédiatement, (…), à affirmer une unité de Sujet (…). L’opposition entre l’individuel et le collectif reste de ce point de vue très secondaire et elle se produit à l’intérieur d’une identité fondamentale : le Nous est encore Moi (…) ». Enfin, « la figure du Chef omniprésent et omnipuissant, qui apparaîtra incessamment dans le texte de Freud », ne contredit pas, selon Borch-Jacobsen, cette logique du Sujet [freudien], « bien au contraire » (Borch-Jacobsen). « A ce corps qu’est la société, il faut en effet une tête, à cet organisme il faut un centre d’organisation. Et la masse, de fait, ne peut s’ériger en Sujet qu’en érigeant en s’érigeant comme figure d’un sujet indépendant, autonome, ne s’autorisant que de lui-même – donc un chef autoritaire. Donc un Narcisse, ainsi qu’on l’apprendra plus loin. Seul un Chef narcissique peut donner à la société l’unité d’un corps propre. Et inversement, en s’assujettissant à cette figure organique et narcissique du sujet, le sujets ne s’assujettissent en fin de compte qu’à eux-mêmes. La politique qui s’esquisse ici est une politique narcissique » (Borch-Jacobsen, page 198).

Un « Sujet », qui ne s’autorise que de lui-même.
Mais que va démontrer, par la suite Borch-Jacobsen dans son livre ? Que toute la masse, toute société, si l’on suit la logique freudienne, est tenue en cohésion autour de ce « sujet narcissique », de sa représentation. Qui est ce sujet ? C’est je sujet freudien. D’où vient-il ? Il vient du seul Freud, évidemment. A qui s’identifie-t-il donc ? A personne d’autre qu’à la personne de Freud. Par conséquent, il ne « s’autorise que de lui-même », tout comme la psychanalyse dans son ensemble.

La psychanalyse est donc bien un système totalitaire, et le système d’un seul. Totalitaire, en partie à cause des conceptions organicistes de Freud, et de l’identification totale du sujet dans les liens qui l’enchaîneraient à la masse, liens se basant toujours sur l’Eros, la libido, la sexualité (voir notre texte « Freud astronome de l’inconscient »).


Freud s’est présenté comme l’apôtre de l’autonomie du sujet, mais à quelles conditions ? A condition que l’individu accepte l’inacceptable blessure narcissique majeure que son libre-arbitre n’existe pas et qu’une telle revendication est toujours une résistance à la psychanalyse, donc à la personne de Freud et à ses seules intuitions subjectives, ou délires subjectifs sur l’inconscient, notamment. (« Le moi n’est pas le maître en sa propre maison » (S. Freud)). C’est-à-dire à une seule personne, un Duce, un Chef, puisque c’est le seul Freud qui est l’unique témoin, l’unique responsable, s’autorisant de lui-même, de l’inconscient, puis de toute la création de la psychanalyse qui en découle.

Par conséquent, tout sujet « qui se regarde », ou qui fait usage de l’introspection en chaussant des « lunettes psychanalytiques », ne procède pas à partir des théories dont l’objectivité aurait été démontrée indépendemment de Freud, il « regarde Freud », son Chef, son unique référence.

Vivre en société, consiste donc à vivre comme dans un système totalitaire digne de ceux imaginés ou décrits par Platon puis Hegel, en ayant constamment « le regard tourné vers le Chef ».

Oedipe, quand tu nous tiens.
Et si le Chef, le Dichter originel (Borch-Jacobsen) était aussi le symbole du Père, organisateur d’une société paternaliste, comme le sont souvent les organisations sociales totalitaires ? Que devient le Complexe d’Oedipe, lui aussi grand principe fondateur de la psychanalyse ? Il s’effondre. Parce que celui (Freud) qui avait voulu que le sujet s’émancipe notamment à partir de la résolution de ce complexe, ne peut au contraire que s’y aliéner si jamais son moi ne peut être libéré du fantasme du Chef qui a imaginé le dit Complexe.

Si nous ne pouvons tuer symboliquement Freud, parce que, quoique nous fassions (en tant que sujet normal ou névrosé), nous serions toujours soumis aux dogmes freudiens régissant nos vies, c’est qu’il y a un Père qui, symboliquement, ne peut ni ne doit jamais mourir. Et ce Père-là ne confirme pas la règle du Complexe d’Oedipe, au contraire.

On ne sort donc pas d’un système totalitaire et paternaliste, (donc infantilisant), puisque, selon la théorie, chaque individu ne peut s’émanciper et devenir adulte qu’à partir de la résolution du complexe d’Oedipe, c’est-à-dire en tuant symboliquement son père naturel, mais sans pouvoir jamais tuer le Père de la psychanalyse.

On peut objecter que Freud n’est pas le père biologique et naturel de tous les hommes. Et que c’est en tuant symboliquement le père biologique, que l’on résout le Complexe d’Oedipe. Notre argument paraît une nouvelle fois s’effondrer. Pourtant ce Freud opère bien comme un symbole du père, en tant que chef idéologique. Parce que c’est lui seul qui enfanta sa science privée, la psychanalyse, c’est lui qui en fut l’unique géniteur. Et il est incontournable de s’identifier à lui, puisque, répétons-le, il ne toléra aucun témoin pendant l’accouchement et la maturation de son immaculée progéniture : la psychanalyse et tous ses complexes. Il demande donc, implicitement ou explicitement, une identification universelle à sa personne, via ses théories et ses méthodes toujours subjectives. En conséquence, s’il on veut rejeter le complexe d’Oedipe, il faut aussi rejeter et s’émanciper de cette identification symbolique universelle au Père de la psychanalyse. Rejet, on le sait, impossible, parce que toujours assimilable à une résistance à la théorie, donc à Freud. Donc, on peut bien tuer tous les autres pères, sauf Freud.
S’il n’y a plus d’autre père vivant que celui de la psychanalyse, comment faire pour éviter d’avoir toujours le regard tourné vers lui et sa parole ? Impossible. Le piège semble imparable. Comme tous les systèmes totalitaires, le freudisme est donc un système ultra-paternaliste, (et, comme le souligne Popper, à propos du marxisme vulgaire, « un piège à rats »),  paradoxalement parce que ce n’est qu’après avoir tué symboliquement leurs pères, que les hommes seraient obligés de reconnaître que c’est à cause de Freud (libérateur et Père universel), qui lui reste donc vivant tout au long de l’histoire de n’importe quel individu, donc de la Terre entière que Freud, dans un délire messianique, pensait avoir toute entière comme patient.
Il y a bien une identification, voire une reconnaissance suprême et indépassable qui nous enchaîne avec la psychanalyse et Freud.
Un « Sujet » a-scientifique.
Certes les hommes peuvent bien être dépendants de théories scientifiques sans lesquelles ils ne peuvent agir sur le monde, (sauf à tenter des conjectures audacieuses, inédites, pour par exemple tenter de réfuter ou corroborer les théories qui semblent les mieux établies), mais cette dépendance n’est pas absolue. Car les théories scientifiques, elles, peuvent être détachées de ceux qui les produisent, et appartenir à un monde de la connaissance objective, (le Monde 3 de Popper), où elles peuvent être critiquées et mises à l’épreuve par qui veut s’en donner la peine. Comme l’écrit Karl Popper, une fois que les théories passent dans le Monde 3, celui de la connaissance objective, Monde qui peut être détaché du sujet connaissant, elles peuvent bien mourir à notre place, ou à la place de celui qui dans son Monde 2 (le monde de la subjectivité et des opinions ou théories non divulguées dans le Monde 3) effectua les premières conjectures audacieuses.
Freud, lui, ne put jamais mourir à la place de ses propres théories, et inversement. Car toute la psychanalyse fut née, et resta dans le « Monde 2 » freudien, celui, subjectif, et clos, de sa seule auto-analyse introspective. A tel point que pour devenir analyste, on parle non pas de formation universitaire, mais d’initiation.
Comme le démontrent Borch-Jacobsen et Shamdasani dans leur livre Le dossier Freud. Enquête sur l’histoire de la psychanalyse, pour critiquer la psychanalyse, il faut donc s’en prendre de façon privilégiée, à son unique géniteur, Sigmund Freud et vice-versa. Car c’est lui qui en revendiqua en totalité la naissance et la maturation, en ayant justifié dès les commencements exclure tous les témoins. Née dans la matrice de l’auto-analyse freudienne, situation typiquement subjective qui plus est inventée par lui seul, qu’il fut le premier à pratiquer, et qui restera le seul à pouvoir pratiquer puisqu’à partir de lui le refoulé nécessitera, selon ses injonctions, le psychanalyste ; la psychanalyse se veut pourtant être la science objective de la subjectivité ! Et on ne pourra donc la connaître que par ouïe-dire (!), écrira Freud, dès les premières pages de Introduction à la psychanalyse.
Voilà qui est inouï. C’est inouï, en regard de la prétention freudienne à la scientificité et à l’objectivité. Prétention encore très vivace aujourd’hui chez les freudiens, lesquels ne semblent pas disposés à renier les méthodes complètement opposées à la science du témoin princeps : Freud. De plus, son aptitude à répudier de manière aussi explicite et répétée, toutes les autres approches concurrentes de la sienne, toutes les critiques, et y compris les propositions de Bingswanger  (auquel Freud répond que la richesse des observations fiables qu’il réalise, seul, dans son cabinet avec ses patients, les rendent indépendante de toute vérification expérimentale), renforce encore le lien indiscutablement univoque et subjectif entre Freud et sa psychanalyse. Il souligne à gros traits le caractère non poppérien, et du personnage freudien, et de sa doctrine, malgré les dernières exhortations rafistolées de Roland Gori, Jean Laplanche, et quelques autres récemment, à prétendre tout de go, que Freud fut  même un poppérien avant la lettre (!) Nous vivons bien dans une époque où l’on ose tout…
Comment faire plus subjectif, et plus naïvement inductif que le procédé freudien d’accouchement de la psychanalyse ?
Le seul rêve de l’injection faite à Irma (rêve mythique d’un mythomane, qui est déjà un mensonge, une fabrication légendaire bien mise en lumière par le Professeur Robert Wilcocks), permet à Freud, sans même la base inductive d’autres rêves effectués selon les mêmes méthodes par d’autres chercheurs, d’affirmer qu’à partir de son seul cas, il y a, indubitablement généralité, donc loi objective et universelle, et par suite, science de la psyché.

Et quand bien même il aurait auto-analysé une foultitude d’autres rêves, on ne sortirait pas de ce cadre inductiviste naïf, scientiste et positiviste. On connait différentes sortes d’inductivismes tout comme différentes versions du falsificationnisme, allant des plus naïves aux plus méthodologiques. C’est dans l’inductivisme le plus naïf, parce que le plus isolé, que Freud a procédé. Les grands principes fondateurs de la psychanalyse, l’Oedipe, le refoulement, la censure, l’interprétation des rêves etc., furent forgés à partir des mêmes méthodes.

Lorsque certains, comme Jean Laplanche, voient dans Freud, un poppérien (!), et des remises en question (des réfutations) de ses propres théories ; d’une part, comme le remarque Borch-Jacobsen, il n’y a jamais eu de véritables remises en question, encore moins des réfutations, puisqu’il n’y a pas eu davantage de tests expérimentaux, indépendants, extra-cliniques et reproductibles que Freud ait pu faire une seule et unique fois, et, d’autre part, comme le reconnaît Laplanche, Freud n’aimait pas les contradictions et ne les recherchait pas activement. Mais surtout, ces freudiens qui tentent maintenant de donner une aura poppérienne au travail de Sigmund Freud, en avançant l’argument de l’intersubjectivité et de la nature indépendante des méthodes freudiennes, n’ont visiblement encore rien compris à ce qu’à décrit Karl Popper dans La logique de la découverte scientifique, et pensent encore, de toute évidence, qu’il suffit d’être deux, dans le cabinet de l’analyste, et que l’analysé reconnaisse les interprétations de l’analyste, pour qu’il y est un cadre prétendument intersubjectif, puisqu’il y a deux sujets (voire trois, puisque l’on ne peut omettre Freud étant donnée la nature de sa théorie : « l’Autre » qui serait agissant dans le cadre de ce que Nicolas Georgieff nomme la « copsychéité », comme nouvel objet de la psychanalyse, n’est autre que Sigmund Freud). Ceci ne correspond vraiment en rien à ce que préconisait Karl Popper. On n’est même plus dans la caricature, on se trouve dans une mise en forme totalement superficielle voire ignorante de l’épistémologie de ce philosophe, ce qui n’est pas nouveau, et ne s’améliore pas avec le temps.
On ne tuera donc pas Freud sans tuer la psychanalyse ou l’inverse (encore Oedipe).
Comme dans tout système totalitaire, la passation de pouvoir ne peut éviter la violence, la technique de la tabula rasa, et ce, contrairement aux systèmes démocratiques. C’est encore Karl Popper qui nous explique cela.

Certes, des dictateurs peuvent bien accéder au pouvoir, démocratiquement, comme ce fut le cas pour Hitler, mais aucun ne refuse de le céder sans violence ou en devant être physiquement éliminé. Les institutions démocratiques ont pour but de pouvoir destituer les gouvernants incompétents ou corrompus sans effusion de sang. C’est ce qui s’est passé lors de l’affaire du Watergate, pour le Président Richard Nixon. C’est dans la violence, le meurtre, que les Chefs totalitaires disparaissent. C’est la raison pour laquelle ils échafaudent des systèmes qui les rendent inusables, et inamovibles, où l’identification à eux doit être permanente, et où le zèle envers leur idéologie doit être enseigné et propagé, par tous les moyens, jusqu’à venir corrompre l’esprit de la jeunesse dans les programmes de philosophie.

La psychanalyse ne disaparaîtra donc pas sans violence, c’est-à-dire, en ayant eu le privilège, comme une vraie science, d’être réfutée par l’expérience. Pour elle, la violence, sera une prise de conscience générale de son imposture au long cours, et de son rejet aux poubelles de l’histoire des charlatanismes, à l’image du mesmérisme. Freud n’apparaîtra pas, aux yeux de l’histoire, comme un grand savant qui a été réfuté (tout comme Einstein réfuta les principales théories de Newton), mais comme un charlatan de génie qui a été démasqué. Voilà, en quoi consistera la « violence » qui sera faite à la psychanalyse.
Retour vers « la voie de la science », contre la voie d’un seul.
Les théories véritablement scientifiques, sont nos projecteurs (certes toujours limités et faillibles) sur le présent et le  futur, nous permettant des anticipations, et toutes sortes d’actions prévisibles. C’est donc parce qu’elles sont éminemment détachables et indépendantes des sujets ou du sujet qui ont pu les imaginer, qu’elles constituent de véritables clés de notre libre-arbitre, toujours accru grâce à elles, mais jamais absolu. Mais dès lors qu’une théorie reste toujours liée à son « Dichter », sur les plans historiques, épistémologiques et thérapeutiques, parce qu’elle naquit et demeure dans un cadre bien trop subjectif, assumé en tant que tel, donc en dehors de tout contrôle ; et que de surcroît des légendes désinformatrices et des stratagèmes en tous genres furent construits et sont maintenus autour d’elle et de son Dichter pour les préserver des assauts de la critique, cette théorie ne devient plus une lumière indépendante du Monde 3 de Popper, elle reste dépendante du sujet mythique et originel qui la produit, elle est l’incarnation parfaite de son Dichter, elle est donc le Sujet, son identification propre (Sigmund Freud). Il ne s’agit plus de prétendues Lumières, mais de l’obscurantisme le plus évident.
Si les hommes peuvent échapper à la théorie de la relativité d’Albert Einstein en essayant de la réfuter, (tout comme cette même théorie échappait en partie à Einstein lui-même dès qu’il proposa de la soumettre à des tests indépendants, et parce qu’il ne pouvait, comme tout scientifique, en anticiper toutes les conséquences logiques et empiriques, (ce qui est le contraire du déterminisme psychique absolu et prima faciae freudien), et, par le choix des tests, se rendre relativement maîtres de leur destin, aucun d’entre eux ne peut échapper à l’inconscient, lequel ne peut échapper à Freud.

Donc aucun homme ne peut échapper à Freud. Nous lui devons en permanence une reconnaissance absolue et indéfectible. « La psychanalyse m’a sauvé la vie », peut-on entendre de la bouche de ceux pour qui ça a marché. Mais comment ne plus être redevable ensuite, ad vitam aeternam, de quelqu’un qui vous a sauvé la vie et, qui plus est incarné, comme Sigmund Freud, par sa propre théorie ? La dette devient éternelle, et même si vous contribuez à sauver Freud et sa psychanalyse des assauts de la critique en devenant un prosélyte fidèle et fanatique, le cas échéant.

Être « sauvé » par Freud, c’est être enchaîné à lui pour la vie, que vous soyez guérit ou pas. Le détester c’est glorifier sa théorie de l’Oedipe, car pour les freudiens, ce n’est pas Freud qui vous haïssez, ce père-là, personne ne peut le tuer (sinon, tout s’effondre…), c’est un autre père symbolique, inconscient, réfoulé, qui est en vous. Ignorer Freud ? Bah, un freudien vous révèlera à vous-même, un de ces jours, vous verrez bien…Alors, comme le loup de La Fontaine, moi, je préfère courir et garder mon propre malheur qui ne doit rien à Freud, plutôt que de porter ce collier et vivre dans cette demeure qui lui devrait tout et où il serait partout mon maître. Je ne veux pas du bonheur que Freud veut pour moi. Je ne veux pas marcher dans les traces toutes faites de la psychanalyse. Je ne veux pas de son déterminisme. Je rejette la négation du libre-arbitre des freudiens, bien que je sois conscient et lucide sur le fait que toute liberté réelle est toujours limitée (la liberté absolue n’est que métaphysique pour moi). Je rejette leur paternalisme et leur empathie d’emprunt.
L’Oedipe….du Chef.
Mais s’il n’y avait pas la reconnaissance consciente de ce meurtre pour l’ensemble de l’humanité (c’est-à-dire la reconnaissance de l’universalité du Complexe d’Oedipe), puisque ce meurtre est inconscient selon Freud ? Il n’y aurait donc pas non plus de prétendu totalitarisme qui obligerait toujours a regarder vers Freud. Un enfant n’est pas sensé savoir qu’il tue inconsciemment et symboliquement son père, et plus encore, en le tuant, il n’est pas sensé savoir qu’il « en regarde un autre » : Sigmund Freud. Même plus tard, une personne adulte n’est pas sensée savoir qu’elle a tué le père quand il le fallait, et que dans sa vie de tous les jours, elle a soi-disant, constamment le regard tourné vers Freud, même symboliquement ou inconsciemment.
Tout cet échafaudage semble délirant…Délirant, d’autant plus que l’exemple de l’enfant prouverait la valeur de la psychanalyse, puisque les enfants ne peuvent comprendre Freud au moment de la résolution de leur Complexe d’Oedipe. Mais c’est oublier que ce sont encore des adultes freudiens, qui, ayant chaussé leurs lunettes (ou le télescope…) freudiennes, qui ont observé l’enfant avec leurs préjugés freudiens, et ainsi n’ont pu faire autrement que de trouver des confirmations illustrant parfaitement la théorie de Freud, via leurs préjugés. Confirmations lues à la lumière de ce qu’énonce la théorie. Donc éléments notoirement insuffisants pour affirmer que la théorie est prétendument prouvée par ce biais. Dans un cas comme celui-ci (comme dans beaucoup d’autres), on ne dispose, bien entendu, d’aucun élément de preuve véritable, c’est-à-dire d’aucun élément indépendant qui ait pu être testé de manière intersubjective. Et ce n’est pas, par exemple, la présence d’un analyste et de son patient dans le cadre d’une cure, qui puisse assurer l’intersubjectivité dont parle Popper pour la Science.
Une norme totalitaire.
Qu’avons-nous donc voulu dire ? Freud a pensé avoir validé une norme universelle, et surtout, irrécusable. Une frontière possible entre le normal et le pathologique. Dans nos sociétés occidentales, et particulièrement en France, la norme freudienne a toujours une prépondérance écrasante, dans tous les secteurs de la société qu’elle a véritablement envahis et inféodés. « La France est la chasse gardée de la psychanalyse » (Roudinesco). Si je me sens mal, si je présente des problèmes psychologiques, c’est Freud que l’on convoquera. Et, le cas échéant, c’est lui et sa théorie du complexe d’Oedipe. Même si je ne suis pas d’accord, et surtout si je ne suis pas d’accord. Car plus je résiste, et plus je confirme la théorie. Je suis donc obligé de me tourner vers Freud et de me plier à sa volonté. Et pour tous les autres individus la situation est identique.
La norme freudienne, parce qu’elle est irréfutable, parce qu’elle donne à ses acrobates de la pensée que sont les freudiens, le loisir d’abuser ad infinitum de la mauvaise foi et de l’arrogance intellectuelle, est une norme qui n’en tolère aucune autre.
En France, Freud, ses mots, ses théories, ses fantasmes, sont tellement passés dans les moeurs, qu’il est impossible de ne pas s’être fait interpréter de façon freudienne à un moment ou à un autre de sa vie. Si c’est pour plaisanter, dans la rue, ou au bistrot, le problème est moins grave, mais si c’est pour décider de votre carrière, de votre travail, de votre vie sentimentale, cela devient inacceptable, d’autant que les travaux des historiens, des philosophes, des scientifiques, ont montré que Freud a menti, et qu’il avait tort. Que l’on songe un moment, et à titre d’exemple, au scandale de l’affaire judiciaire d’Outreau, où les interprétations freudiennes de Madame Condamin-Pouvelle ont joué un rôle si déterminant dans la compréhension des dessins des enfants, et l’on aura toutes les raisons d’être indignés par la confiance accordée par notre système judiciaire aux théories de Freud, et à des fins d’utilité publique.
L’accès à la prétendue autonomie du sujet que revendiquait Freud, n’est donc qu’un leurre, un coup de bluff, une promesse sans lendemain, un miroir aux alouettes pour amadouer les masses, les tromper, et les attirer dans le piège totalitaire de la psychanalyse. Parce que le sujet ne se libère jamais d’un inconscient qui serait régit par un déterminisme psychique extrémiste tel que l’a conçu Freud. Si je sors prétendument « guérit » d’une analyse, pour le restant de mes jours, j’aurais cette théorie, ce Freud, en moi-même, sans jamais pouvoir me délier de lui. Je vivrais constamment dans une autonomie surveillée, supervisée par ce Freud. Une autonomie bidon, « paternalisée » par ce Freud. Si ma liberté d’action, mon libre-arbitre, comme l’a affirmé ce Freud, ne sont que des illusions, des vanités, pourquoi puis-je me prétendre soi-disant « autonome » si je ne puis agir, penser, rêver, chanter et jouir, sans que ce Freud ait constamment une œil sur « Moi » (…). « notre sentiment de spontanéité ne pèse alors pas plus lourd, selon le mot de Kant, que l’opinion d’un tourne-broche sur sa liberté d’action » écrit aussi le psychanalyste Pierre-Henri Castel. Et il a raison.
Non, bien sûr, on ne peut comparer Freud à Hitler ou a Staline, comme le souligne avec raison Mikkel Borch-Jacbosen. Parce que le totalitarisme, bien réel de Freud, est aussi beaucoup plus sophistiqué, et finalement plus puissant que celui des deux autres barbares. C’est un totalitarisme d’autant plus dangereux, pernicieux et fourbe, qu’il opère en avançant derrière le masque de l’humanisme, en se faisant le chantre de l’autonomie du sujet, voire en revendiquant sans vergogne le label de scientificité (comme le fit le marxisme).
Comme toutes les utopies totalitaires, le Freudisme promet des lendemains qui chantent à tous les individus sur Terre, lorsqu’ils auront pris le contrôle de leur inconscient. Mais en réalité, personne ne prend le prétendu contrôle de cet inconscient-là. Il n’y a donc pas de victoire du Moi à espérer. Car personne ne peut avoir le contrôle du hasard et du non-sens, hasard et non-sens exclus de toute causalité psychique inconsciente, comme le veut le déterminisme psychique absolu et aprioriste de Freud. C’est donc toujours l’inconscient qui contrôle (donc, le « sujet freudien », c’est-à-dire Freud). Si vous êtes d’accord, tout va bien. Si vous ne l’êtes pas, vous résistez inconsciemment. Cette théorie interdit toute résistance, et tout va toujours bien pour la théorie. Freud donc interdit qu’on lui résiste. Toute rébellion peut et doit être récupérée sous le front humiliant et infantilisant du symptôme.

Le chef, toujours le chef.
Il a toujours raison (ou : « le père, toujours le père », impossible de tuer papa-Freud ? Mais que vaut donc cette lubie qu’est le « Complexe d’Oedipe » ?). Une seule voie s’offre à l’individu pour sortir du cercle infernal de l’humiliation et de l’infantilisation : devenir chef soi-même, (ou s’intrôniser en « symbole » du père, face aux récalcitrants, aux brebis égarées dans leurs « névroses anti-freudiennes »), virtuellement, en prodiguant sa parole, ses « habitus » intellectuels et moraux, et surtout en faisant comme lui, donc en s’identifiant totalement corps et âme, à lui.
Il faut donc apprendre l’algèbre rhétorique du petit freudien de base, maîtriser son terrorisme de l’interprétation sauvage et humiliante, être capable d’entrer en surveillance de son prochain en pratiquant, même contre son gré ou sa demande, une psychothérapie journalière de boulevard. Comme la société toute entière est organisée dans l’acceptation devenue tacite de telles choses inacceptables, personne ne vous le reprochera et ne vous identifiera comme un oppresseur. Vous pourrez donc donner libre court en toute impunité à vos fantasmes de domination, d’infantilisation, et d’humiliation d’autrui.
Enfermer les gens sans violence, sans mur visibles et concrets. Faire en sorte qu’ils créent eux-mêmes leurs propres murs, et les placent, de leur plein gré apparent, dans leurs propres têtes, tout en continuant d’ignorer le mal extraordinaire qu’on leur a fait, et en vénérant leurs Maîtres. Voilà le truc. Les totalitarismes brutaux, ne marchent plus. Il en faut d’autres. C’est avec des moyens beaucoup plus sophistiqués, de nos jours, que l’on apprend insidieusement aux gens à se méfier de la liberté, de leur propre libre-arbitre, puis à le nier, à « regarder » celui des autres, à en prendre possession par des interprétations en tous genres, etc.
Nous vivons dans une société « supervisée » par les Freudiens. Mais qui sont les freudiens ? Ce sont toutes les personnes qui ont lu Freud et qui sont en accord avec ses écrits, et, bien sûr les analystes, et les analysés. Il s’en trouve même qui recommandent de ne pas lire les critiques, parce qu’on leur a dit qu’il ne fallait pas lire les critiques ! Les freudiens s’occupent de vous en permanence. Dès que vous dites quelque chose de travers, ils déploient leur infâme bric-à-brac suggestif, fait de regards, de mimiques, de silences, de gestes, de petits mots. Bref, tout un panel humiliant destiné à « vous remettre sur le droit chemin » du « bonheur et de l’équilibre » tels qui sont conçus dans les saintes évangiles freudiennes.
Tout est symptôme.
Le freudien vit en permanence derrière son armure protectrice : vous traiter comme un « symptôme ». Le freudien domestique est devenu un psychothérapeute en puissance au jour-le-jour, dans la rue, au bureau, partout. Un psychothérapeute que vous le vouliez ou non. Comme Freud, il ne s’autorise que de lui-même (et c’est aussi pour cela qu’il aime vous traiter comme si il était pour vous, votre « papa ». D’ailleurs Marcel Rufo, ne le dit-il pas lui-même, dans un de ses dernier livre, que, prétendument, nous recherchons tous un père ? Mais dans quel cas déductible de sa théorie, celle-ci pourrait-elle réfutée, ou accepterait-il qu’elle soit réfutée ?…), pour déployer sur vous son bric-à-brac même si vous ne lui avez rien demandé. D’ailleurs, votre « papa », lorsqu’il vous éduquait, ne vous demandait pas votre permission, donc le freudien domestique, lui aussi, pense qu’il a le droit de vous éduquer, et même de vous « soigner », sans votre consentement. Bien sûr, toute cette description relève de la paranoïa pour notre papa freudien. Car il aime, comme le disait Jung à Freud, se « placer tout en haut comme le père » (voire comme la mère si c’est une femme) afin de mieux vous réduire, et vous humilier.
Voici la célèbre réponse de Jung à Freud, laquelle ne manque ni de piment, ni de cette insolence éclairée qui est l’une des qualités de l’homme libre :
« J’aimerais vous rendre attentif au fait que votre technique de traiter vos élèves comme vos patients est une fausse manoeuvre. Vous produisez par là des fils-esclaves ou des gaillards insolents (Adler, Stekel, et toute la bande insolente qui s’étale à Vienne). Je suis assez objectif pour percer votre truc à jour. Vous montrez du doigt autour de vous tous les actes symptomatiques, par là vous rabaissez tout l’entourage au niveau du fils ou de la fille, qui avouent en rougissant l’existence de penchants fautifs. Entretemps vous restez toujours bien tout en haut comme le père (…) Voyez-vous, mon cher Professeur, aussi longtemps que vous opérez avec ce truc, mes actes symptomatiques ne m’importent pas du tout, car ils ne signifient absolument rien à côté de la poutre considérable qu’il y a dans l’oeil de mon frère Freud ». (Jung). (In : Jacques Van Rillaer, Les illusions de la psychanalyse, chapitre : L’argument des résistances).
Les freudiens sont donc des « Big brothers » s’identifiant tous à leur « Big brother » suprême : Sigmund Freud.
Le « totem » de l’inconscient.
« Tout est joué dans l’enfance » nous martèle les soldats de l’armée du Phallus. Le refoulé est immuable renchérissent-ils, et ce, contre les plus récentes découvertes neurobiologiques, lesquelles, comme le fait remarquer Sémir Zéki, ont détruit le vieux dogme biologique selon lequel aucun nouveau neurone n’était créé à l’âge adulte. La théorie du refoulé freudien ? Qu’en reste-t-il après ça ? Rien.
Donc, on a bien une doctrine historiciste, comme pourrait l’écrire Karl Popper : à partir d’une certaine observation orientée des faits, il est possible de dire que les choses sont déterminées de manière absolue, et qu’il ne sert à rien de s’y opposer. Les staliniens eux aussi étaient historicistes, ils croyaient que la dictature du prolétariat était une loi scientifique du destin et qu’il était criminel de s’opposer à ce bonheur inéluctable dont l’enfantement, certes, ne se ferait pas sans beaucoup de sang et beaucoup de larmes…
L’histoire de chaque individu, devient donc une sorte « d’historicité », telle que nul ne puisse échapper à son passé « psychique » où tout est inscrit en lettres freudiennes. Pour comprendre vos problèmes d’aujourd’hui avec les autres, ce n’est pas chez les autres qu’il faut chercher, (tout comme l’antilope n’aurait pas intérêt à comprendre le comportement du lion pour lui échapper), mais dans votre « historicité psychique ». Donc, si une antilope se fait dévorer, ce n’est pas la faute du lion, c’est la faute de ses jambes, et de leur « historicité », c’est la faute de sa mère, ou de son père. Encore moins la faute du hasard qui a mis cette branche trop haute sur sa route, mais que son « inconscient » n’a pas su identifier comme un obstacle majeur. Et si l’antilope a été psychanalysée et se fait quand même bouffer, c’était sûrement à cause « d’un morceau de névrose non liquidé », ou, comme le disait Freud à propos des humains, parce que tout le monde à des problèmes psychiques, qu’il soit normal ou névrosé.
En psychanalyse, malgré les apparences (et les idéologies totalitaires savent bien appâter les gogos et autres victimes avec des promesses de bonheur), ce n’est pas l’individu qui est la fin, mais la théorie, sa survie, son pouvoir, et son statut d’idéologie dominante dans la société.
La théorie est un totem lequel est présenté comme le garant du bonheur. Détruire le totem c’est mettre en danger tout le monde, donc le totem est plus important que l’individu. L’analysant est là pour venir servir la théorie et devenir un nouveau prosélyte. Le problème de la guérison ? Il suffit de dire que guérir est un terme médical, pas un terme psychanalytique. D’ailleurs la psychanalyse n’a jamais guérit personne. La psychanalyse n’est pas au service de l’individu, c’est le contraire. L’inconscient est un dogme qui ne peut appartenir à aucun individu possédant une enveloppe humaine. Car l’humain, c’est le domaine du faillible, de l’erreur, de l’imprécision, de lois précises, certes, et probabilistes également, mais pas de lois absolues et excluant tout hasard et tout non-sens. Aucun être humain ne peut fabriquer en lui-même une machine à supprimer le hasard, ou même à le mesurer. Aucune mesure, aucune tentative de mise en correspondance de deux points ne peut jamais être parfaite sur le plan empirique. Car cela dépend toujours d’instruments qui sont eux aussi imparfaits puisqu’ils dépendent de lois universelles, imparfaites, pour leur propre fabrication.
Toutes les superstitions excluent le hasard [qu’il soit conçu à « l’intérieur », ou à « l’extérieur], relèvent de la pensée magique, et nécessitent une foi aveugle.
Exclure le hasard et le non-sens ne relève donc pas de l’humain, d’un humanisme. Mais du magique, du tribal, du barbare, du totalitaire. De l’abject. L’inconscient et le refoulé ne sont pas des possibilités pour le genre humain, mais des anathèmes, des totems, des miroirs aux alouettes, qui ne sont utiles que pour la suprême jouissance des psys : pratiquer le terrorisme de l’interprétation et recueillir du « gaz hilarant ».
Elle est paternaliste la psychanalyse, parce qu’elle infantilise, avons-nous écrit plus haut. Ils nous infantilisent sans arrêt les membres de la tribu psy. Les femmes-psy donnent du petit sourire en coin et condescendant, parfois assortit de cette petite voix que l’on sert aux bébés ou aux enfants. Elle aime faire comme si « elle vous avait fait », la femme-psy. C’est sa manière à elle de se sentir en sécurité, d’affirmer son égo qui n’en peut plus de vouloir prendre l’ascendant (tous les psys souffrent de cette maladie incurable chez eux). Et le psy-mec, il fait comment ? Lui, prend une attitude détachée, méprisante, condescendante aussi. Vous n’êtes qu’un con, un ignorant, un sale névrosé. « Les patients c’est de la racaille », disait Sigmund. C’est sa manière de vous lancer un défi que vous ne pourriez pas refuser, puisqu’il tente de vous humilier dans ce qui peut vous toucher en plein cœur : une certaine vanité intellectuelle (pas d’inquiétude à avoir pour lui, par contre, les frustrations de ce genre c’est la première chose dont il a appris à se prémunir en face des autres, bien que cela le tiraille en permanence). Car, comprenez-vous, pour cette créature, il relève de la vanité intellectuelle de mépriser Freud, d’ignorer l’inconscient, de s’en foutre, et de penser que votre conscience vous donne aussi un certain libre-arbitre.
Comme lui a été analysé, qu’il s’est soumis, qu’il sait qu’il a accepté la soumission sans condition aux articles de foi de papa Sigmund, que sa vie et son casse-croûte dépendent d’eux, qu’il est supervisé, et qu’il a perdu toute indépendance d’esprit pour ne devenir rien d’autre qu’un prosélyte fanatique de l’immaculée doctrine, et haineux de la raison critique, il envie votre indépendance, cette idée si insolente, si audacieuse et vivifiante de la liberté que vous avez encore en vous, que vous osez afficher avec tellement d’impudence bien naturelle, et qu’il n’a plus, qu’il ne peut plus rallumer et qui ne peut le conduire qu’à se réfugier dans le dépit puis la haine de cette lumière éteinte, de cette route abandonnée.
Pour le petit freudien de base, l’homme libre est un personnage étrange.
Surtout s’il le dit haut et fort. C’est une menace permanente, un symbole de son échec, de sa déconfiture, de son angoisse de savoir qu’il s’est enlisé jusqu’aux cheveux dans cette secte. Alors il a besoin de se conforter, et de se réconforter sans arrêt, le psy-mec. Il faut donc qu’il se place « en haut », dès le départ, et qu’il y reste. Il devient un esclave à vie de l’impitoyable et épuisante dictature du « dernier mot ». Car sa doctrine fondée sur son déterminisme absolu, et ses engagements personnels, les poussent invariablement à toujours vouloir se sortir victorieux de toutes les joutes, les combats, les discussions, les polémiques, les débats, les thérapies. Il faut qu’il gagne, il y va de sa foi, de sa vie, de son équilibre. Mais il sait aussi que c’est insupportable pour les autres, cette attitude, alors, souvent, il s’adonne au tutoiement, ou alors il vous vouvoie en vous appelant par votre prénom. Il est toujours tout miel, et les angles, quant il y en a, il les arrondit pour vous (car vous ne seriez pas assez intelligent pour un peu de finesse, bien sûr, en tout cas jamais autant que lui). Et tant pis s’il écorne allègrement la vérité au passage. Car la vérité ce n’est pas son but, c’est son ennemi juré. Les faits. Les faits têtus, voilà la bête noire de tous les membres de la secte freudo-lacanienne. Alors vive le langage, la polysémie, les métaphores, le symbolisme délirant, le relativisme, la suggestion, la manipulation, la pathologisation, la diffamation, l’hégélianisme…Et oui : mieux vaut tenter de surnager dans un tel foutoir pour qu’au moins le spectre affreux de la vérité s’éloigne.
Des petits-chefs.
En face de ces petits-chefs, il n’y a donc qu’une seule alternative possible : se soumettre ou se faire humilier. Vous vous êtes soumis lorsque vous avez accepté d’ânonner comme un béni oui-oui, que « l’analyse vous a sauvé la vie », ou d’autres stupidités de ce genre, comme les articles de foi de la mythologie freudienne. Et surtout lorsque, plusieurs fois par semaine, et tout au long de nombreuses années passées sur le divan, vous acceptez, en fin de séance, de rejouer avec lui une farce. La « farce freudo-sphinctérienne » (Marie-Jeanne Marti), celle qui consiste à comprendre que votre bel argent c’est « anal », mon pauvre vieux ! Et oui : lorsque vous étiez petit, et que vous alliez au pot-pot avec maman, eh ben, vous lui faisiez un gros « cadeau », ou, comme disent les grands benêts, une « grosse commission ». Tout ça est encore dans votre inconscient refoulé, à l’état latent et névrotique pour vous, bien sûr, mon vieux. Vous n’avez pas oublié (contrairement à ce que vous croyez, c’est juste « refoulé » donc pathogène ; pas bon ça de garder tout ce « fric » en vous, ça vous rend malade), et le psy est là pour le rappeler au bon souvenir de…votre portefeuille, et vous « libérez » ainsi de beaucoup de cette névrose sonnante et trébuchante, voire bruyante. Quoi ? Vous l’ignoriez ? Ne saviez-vous donc pas que, pour Freud, l’argent c’est du « gaz hilarant » ? Vous voilà « initié » à présent. Eh oui : l’analyse, c’est comme les fayots, ça fait péter. Asseyez-vous donc sur le « pot-pot », et faites offrande de votre matière fécale (votre fric) à votre psy, vous vous sentirez mieux après, une fois que vous aurez enfin fait émerger à la conscience de ce refoulé qui vous empoisonnait tant la vie. Vous vous sentez mieux ? Bravo…
L’autre accent totalitaire est donc le culte du héro et de l’héroïsme, le culte légendaire de la personnalité, inévitable, et reconnu par tous, des critiques et des psychanalystes, du moins ceux qui voient un peu de lumière de temps en temps. Ensuite il y a le caractère occulte, sectaire de l’organisation freudienne, son « Comité secret », et son fétichisme de la bague décernée à ceux qui sont les plus proches du septième cercle. Ils sont illustres à dénoncer le caractère indiscutablement sectaire de la psychanalyse. On retiendra tout particulièrement le nom d’Henri Ellenberger qui écrit ceci : « La psychanalyse est-elle une science ? Elle ne répond pas aux critères (science unifiée, domaine et méthodologie définie). Elle répond aux traits d’une secte philosophique (organisation fermée, initiation hautement personnelle, doctrine changeante mais définie par son adoption officielle, culte et légende du fondateur.» Et encore ceci : « Ce que Freud a introduit : […] retour au système « secte » antique : […] initiation de caractère plus qu’intime, sacrifices d’argent considérable[s], doctrine commune, culte du Fondateur ». (In : « Les incertitudes de la psychanalyse », notes dactylographiées, Centre Henri Ellenberger, hôpital Saint-Anne, Paris).

Une invasion barbare des temps modernes : la psychanalyse.
Mais l’aspect le plus totalitaire de la psychanalyse, celui qui la fait ressembler encore plus au stalinisme ou au nazisme, ce sont ses méthodes de propagande et d’invasion. Et son invasion surtout dans toutes les institutions françaises.
Elle est partout. Dans la santé, les médias, les arts, la politique, l’éducation, l’entreprise, l’université, le sport, les loisirs. Partout, absolument partout. « Je suis partout » (…), voilà ce qui pourrait être le leitmotiv, ou même le slogan publicitaire de la société holding « Freud and co. ». Elle veut dire son mot sur tout, la psychanalyse (quoique lors de la lamentable débâcle judiciaire d’Outreau, elle aurait beaucoup mieux fait de fermer sa grande gueule…), avoir un œil sur tout, donc tout contrôler, tout rationaliser dans les filets extensibles à l’infini de ses théories. Rien ne doit s’échapper du royaume de Sigmund IV et 2 font 6 et 10 font 16, empereur de l’interprétation des nombres et des mots, apôtre canonisé de la numérologie, cocaïnomane invétéré et prosélyte, et grand débiteur de fariboles pseudo-scientifiques à dormir debout. La raison critique, cette jolie petite bergère, peut toujours courir, l’infernale et bruyante mécanique freudienne sera toujours là, maniée par son roi qui l’observe de loin, par le petit bout de la lorgnette, mais non pour la séduire, mais pour l’écraser. Ah…Pauvre Dora ! A quelle infernale bande de gros dégueulasses tu as eu à faire !
La gangrène freudo-lacanienne sera toujours là, à vous imposer son terrorisme abject et immoral de l’interprétation. Comme tout totalitarisme, la psychanalyse n’est qu’un piège à rat. Et oui, quand elle vous a empoigné, elle ne vous lâche plus, écrira, en substance Ludwig Binswanger, ancien compagnon de route du Très Saint Gourou.
Elle est donc totalitaire encore, parce qu’hégélienne. Elle place l’idée, avant les individus, qui ne sont pour elle, que des « formes vivantes » (Hegel) au-dessus desquelles gouverne « l’esprit du temps », donc l’idée, l’idéologie. Et les idées, seraient plus belles, plus nécessaires que les individus qui doivent ne pas être des obstacles, ni des fins, mais des moyens pour la réaliser. Mais qui vient donc « réaliser » la psychanalyse ? Qui vient l’honorer, se prosterner, et devenir ses plus ardents prosélytes ? Et bien les patients pour qui « ça à marché ». Par un « conditionnement bidirectionnel » (Van Rillaer), ils caressent l’analyste et l’analyse dans le sens du poil, qui donc les caresse aussi pour mieux endoctriner, manipuler, suggérer, séduire, piéger, convertir. Ceux qui s’y refusent aussi, l’honorent la psychanalyse, en lui offrant une autoroute à quatre voies bien dégagées pour son argument terroriste et charlatanesque de la résistance refoulée.

Conclusion :
La psychanalyse est donc bien comme les utopies totalitaires : elle se présente comme l’idée du bonheur pour tous, indépassable, inaltérable, immaculée de toute critique et de toute objection possible, sinon c’est le goulag réservé aux « névrosés résistants », aux « fascistes », au « antisémites masqués », etc. Il faut être conforme à l’idée du bonheur et du bien-être qu’a imposé la psychanalyse, dans sa grande manœuvre messianique et paternaliste. Impossible pour elle de ne pas écraser les récalcitrants. Il était aussi impossible, pour le marxisme vulgaire (le communisme) de ne pas écraser ceux qui pouvaient s’opposer à cette marche inéluctable vers un « monde promis d’amour et de beauté », la dictature du prolétariat et la fin de l’histoire.