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Archive for the ‘Pascal DIETHELM.’ Category

Pascal DIETHELM. « Psychanalystes et scientologues unis dans leur combat contre le DSM 5 ».

MEDIAPART.

Commentaires :

Il n’y a pas de sécurité, de connaissances objectives, et de possibilités d’action et de décision sans classifications. Il n’y a pas de science digne de ce nom sans classifications.

Nous dirons que le but d’une vraie connaissance scientifique consiste en leur production, lesquelles reposent sur les théories les mieux corroborées par des tests, eux-mêmes reconnus par une communauté de personnes habilitées à les réaliser, et toutes procédures de ce type étant  encadrées par des institutions démocratiques.

Mais ce n’est qu’un but. C’est-à-dire qu’il faut l’envisager comme toujours soumis à un objectif. L’objectif de la vraie science c’est d’approcher toujours plus près de la Vérité (certaine). Il y a donc bien une nuance à instaurer ou au moins à comprendre entre ce qu’est le but de la Science, et son objectif. En effet, si une science se limitait seulement au but à atteindre par des classifications, elle jugerait, à tort, être capable de s’en contenter, sans jamais plus s’interroger si elles peuvent être remises en question. La vraie science ne peut donc jamais nous proposer un univers de connaissances arrêtées, parce que jugées probables et encore moins certaines. Elle propose toujours un univers à découvrir, parce que jugé réfutable, donc ouvert.

Par conséquent, si des classifications prétendent être scientifiques, alors, elles ne peuvent être définitives ou « exactes » (nous considérons que l’usage de l’expression, « sciences exactes », est impropre, y compris pour des sciences comme la physique, la chimie, ou même certaines branches des mathématiques. Il ne peut pas y avoir de sciences qui soient « exactes » ou « dures ». Toute science, est, par définition, toujours potentiellement inexacte). Elles sont toujours susceptibles d’être révisées, donc améliorées, complétées, plus riches en contenu, et par voie de conséquence, toujours plus réfutables par l’expérience.

Nous avons besoin de classifications, c’est un besoin vital. Si le monde qui nous entoure n’était pas observable et un tant soi peu prévisible par l’intermédiaire des classifications dont nous faisons tous usage quotidiennement, alors, c’est le cas de le dire : « une chatte n’y reconnaîtrait plus ses petits ».

L’évidence : comment imaginer un monde qui serait « sécurisé » si par exemple nous étions encore incapables de discerner entre un objet dangereux et un autre qui ne l’est pas, en l’absence de critères généraux et reconnus (aussi faillibles soient-ils), permettant de discriminer, donc de classifier le « dangereux » et « l’inoffensif », ou l’utile et l’inutile, etc. ?! Trivial.

(Comment opérer un choix entre le « dangereux » et « l’inoffensif », si les deux n’étaient même pas discriminés par nos connaissances, donc non classifiés selon des critères dont l’objectivité est éprouvée, des critères testables et testés, et réfutables ?…).

Nous avons le droit de savoir, et de toute façon, l’homme ne pouvant jamais se satisfaire de sa propre faillibilité et de la faillibilité de ses productions, il est toujours poussé à « en savoir plus » afin de réduire son insécurité et afin d’augmenter sa liberté.

Par l’existence de classifications,  notre liberté de choix peut être garantie. Et nous avons le droit de pouvoir choisir entre des thérapies jugées efficaces et d’autres qui prétendent l’être, mais qui ne peuvent ou ne veulent pas (…) en apporter la preuve selon des méthodes qui soient reconnues, validées, et qui aboutissent à des résultats dignes de porter le label de scientificité. Parce que ce label, certes, demeure toujours imparfait, mais c’est encore le meilleur qui soit  à notre disposition.

S’opposer à des tentatives de classifications, revient indirectement à s’opposer à la liberté de choix, et revient aussi à s’opposer à la volonté de savoir, deux choses dont le genre humain n’a jamais pu, ni ne pourra jamais se passer.

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P.S. : « La logique de la découverte scientifique » dont s’inspire ce texte, n’est pas un dogmatisme, ni surtout un « scientisme ». Certes, il est impossible de contourner les lois de la logique. Cependant, l’épistémologie que propose l’oeuvre de Karl Popper, ne s’est jamais départie de cette chose qui est aussi à son fondement « princeps » : la faillibilité. La faillibilité de toutes procédures humaines (puisque la science est toujours le fruit du travail des hommes), de tous les résultats scientifiques, et de toutes les organisations qui se chargent de les promouvoir et de les encadrer. Selon nous, et toujours en suivant la pensée de Popper, le fondement de tout dogmatisme consiste en un rejet plus ou moins radical, ou plus ou moins sophistiqué du faillibilisme.

Le scientisme, constamment combattu par Popper dans son oeuvre, consiste à croire en des pouvoirs illimités de la science, et que seule la science serait source de Vérité. Nous avons bien écrit : « source (…) de Vérité ». Qu’entendons-nous par cette formule ?

Le sens commun, les observations réalisées, par exemple subjectivement, et selon la méthode du sens commun, peuvent tout à fait être dignes de foi quant à une prétention à initier ou à inspirer des recherches sur ce qui pourrait constituer une description « vraie » de certains phénomènes. Mais… Si c’est une vérité objective qui nous intéresse, et qui ne peut qu’être utile aux hommes, alors, c’est toujours la méthode scientifique décrite dans l’oeuvre de Karl Popper qui se révèle la meilleure, pour, des « sources du sens commun » parvenir aux « vérités » provisoires de la Science.

Ce que dit la psychanalyse, peut fort bien affecter nos sentiments (…) de « vérité » sur l’existence de certains phénomènes. Et, force est de constater que la psychanalyse a réussi à affecter un très grand nombre de personnes, dont parmi elles, de grands scientifiques qui n’étaient ni analystes ni spécialement investis dans sa promotion. Mais il reste indiscutable, quoiqu’en disent les défenseurs de la psychanalyse, que si nous voulons approcher au mieux de la Vérité objective, nous avons besoin d’une méthode qui évacue le plus possible, sinon en totalité, tout recours au psychologisme ; c’est-à-dire, finalement, une épistémologie qui pourrait être une sorte de guide afin d’éviter que le sentiment, l’affect, le jugement subjectif, etc., ne soient considérés comme valides pour fonder des critères de décision entre ce qui peut être objectif et ce qui reste empreint de subjectivité.

Voilà des raisons suffisantes qui nous poussent à dire ceci : un individu qui recherche la vérité objective, possède toujours la volonté de chercher un surcroît de Raison pour échapper à toute « affection », ou emprise affective que pourrait avoir sur lui un psychologisme. Et du reste, il ne peut jamais en être vraiment « affecté ». Pour éviter quand même tout risque de l’être, ou en diminuer au maximum le risque, il préfère le contrôle intersubjectif et indépendant, donc la voie du rationalisme critique qui exige que les tests soient démontrés, contrôlés et reproductibles par d’autres.

L’on comprend mieux, nous le croyons, que la meilleure épistémologie qui soit, est toujours celle qui mène un combat contre l’intrusion du psychologisme et de ses « affections » (…). D’un point de vue critique, il reste donc intéressant de rechercher ce qui pourrait subsister de psychologisme dans l’oeuvre de Popper, car l’idéal d’un arbitre épistémologique qui serait totalement sûr et impartial, et insensible aux affections humaines reste bien entendu toujours à poursuivre dans cette matière. (Inutile de préciser que jamais une psychanalyse ne pourra constituer un tel « arbitre ». La psychanalyse n’a jamais été une « épistémologie » de quoique ce soit, et ne peut absolument pas en être une. Elle ne peut, en outre, pas même devenir ce que l’on pourrait nommer comme étant une « épistémologie du sujet »).

La recherche scientifique, si elle veut tendre vers la connaissance objective, nécessite l’impartialité. Là où le subjectivisme et le psychologisme risquent d’apparaître ou encore d’être prépondérants, ou mal identifiés pour être éliminés, siège, avec la menace du relativisme (K. Popper), le plus grand obstacle à cette démarche vers la vérité objective.

 

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