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Paul EKMAN. « L’expression des émotions à travers le monde. » (2)

« L’expression des émotions à travers le monde ».

En 1965, Paul Ekman ne s’intéressait pas particulièrement aux expressions du visage. Il étudiait les gestes et les mouvements des bras. Or, à la même époque, un organisme de recherche, liée au département de la Défense, devait consacrer un budget important pour des études à l’étranger avant la fin de l’année fiscale. Si le responsable du projet avait épousé une thaïlandaise et était impressionné par leurs différences culturelles dans le langage non verbal. Il proposa, par hasard, au jeune docteur Ekman de mener une étude interculturelle sur le langage non verbal, le psychologue failli décliner l’offre parce qu’il ne possédait aucune qualification en anthropologie. Mais le défi était trop beau pour un aventurier comme lui.

L’idée consistait à découvrir ce qui, dans l’expression des émotions, était universel et ce qui variait selon les cultures. Comme la plupart de ses contemporains, y compris la prestigieuse anthropologue Margareth Mead, Paul Ekman pensait que l’expression des émotions était un phénomène purement culturel dépendant d’un apprentissage social. Une deuxième chance s’offrit alors au jeune chercheur. Il rencontra, également par hasard, un certain Silvan Tomkins. Ce dernier, à l’encontre de tous les autres, défendait l’idée que les expressions faciales étaient universelles dans l’espèce humaine. Il pensait, comme Darwin, qu’elles étaient un comportement inné. Mais, bien que trouvant les hypothèses de Tomkins très intéressantes, pour sa part, Ekman penchait plutôt pour les théories de Margareth Mead. À peine âgé de 30 ans, il avait l’extraordinaire opportunité de trancher dans un débat entre grands scientifiques. Et pour cela, il devrait beaucoup voyager, y compris dans les contrées les plus reculées de la planète. L’idée enchantait le jeune psychologue-aventurier.

Ekman rencontrant des gens du Chili, d’Argentine, du Brésil et des États-Unis, et leur demanda de reconnaître les émotions qu’il pouvaient lire sur le visage photographiés : était-ce une expression de peur, de joie, de colère ? Les premiers résultats semblaient indiquer que Silvan Tomkins avait raison et que l’expression faciale des émotions étaie universelle. Il y avait bien, cependant, des nuances dans la manière d’exprimer les émotions. Par exemple, en public, les Japonais ont davantage tendance que les Américains à masquer leur expression par un sourire. Mais, en privé, ils expriment la joie ou la colère de la même façon. Certes, il existait bien des différences culturelles, mais elles concernaient la symbolique des gestes. Ainsi, dans certaines cultures, opine de la tête de dire « oui » et dans d’autres cela signifie « non ». Mais les expressions faciales s’avéraient bel et bien universelles. Toutefois, Paul Ekman se doutait que les scientifiques ne se laisseraient pas aussi facilement convaincre. Ils objecteraient que tous ces gens pouvaient très bien avoir appris la signification des expressions faciales occidentales en rencontrant des occidentaux ou en regardant un film de Charlie Chaplin. Paul Ekman décida donc de partir à la rencontre d’un groupe ethnique tellement isolé qu’il ne pourrait en aucun cas être influencé par la culture occidentale. L’occasion se présenta de se rendre auprès du peuple Fore en Nouvelle-Guinée. Il s’agissait d’une des dernières peuplades de la planète à vivre encore à l’âge de pierre. Ces gens n’avaient jamais vu un miroir et encore moins photographie. Et, pourtant, ils purent reconnaître sans peine la signification des expressions faciales montrées sur les photos que leur présenta le psychologue. La preuve était désormais faite au moins une partie des expressions faciales étaient universelles chez l’humain : la colère, la joie, le dégoût et la tristesse. Il existait toutefois chez ce peuple une certaine confusion entre les expressions de peur et de surprise ; Ekman danse qu’il est possible que dans leur mode de vie ces deux émotions soient souvent liées. Toutefois, il était désormais évident qu’une série d’expressions faciales possédait la même signification pour tous les humains de la planète. »

(In : Pascal Sutter. Paul EKMAN. « Les nouveaux psys. Ce que l’on sait aujourd’hui de l’esprit humain. » Sous la direction de Catherine Meyer. Editions les Arènes, Paris, 2008, pages : 299 – 301).

 

 

« Existe-t-il des différences culturelles dans la manière de vivre les émotions ? »  

« Oui et non. Chaque émotion à ce que je nomme un thème et variation. Le thème est un élément universel. Par exemple si votre chaise s’écroule en dessous de vous, peu importe votre culture d’origine, vous éprouverez une réponse inconditionnelle de peur. Mais la plupart des choses nous font peur parce que vous a appris à avoir peur. Et il existe évidemment des variations culturelles. Toutefois, des études ont montré que l’on apprend plus facilement une réaction de peur à un humain avec des objets qui ressemblent à des serpents qu’avec d’autres formes. Alors que dans notre société, un revolver est plus dangereux que le serpent. Il existe donc une sorte d’empreinte génétique qui nous prépare à avoir peur de certains animaux. Probablement des résidus de notre vie préhistorique, une série d’émotions en quelque sorte inscrite dans notre programme génétique d’être humain. Tout ce qui comprend une perte de support – comme dans l’exemple de la chaise – ou un danger de dommage corporel est un déclencheur de fortes réactions de peur, quelle que soit la culture. En fait, plutôt que de parler de culture, il faudrait parler de « groupes ethniques ». Chacun de ces groupes enseigne toute une série de règles sur les émotions que l’on peut montrer et sur celles que l’on doit cacher. C’est ce que je nomme les « variations ». Il existe une multitude de variations suivant les ethnies. Et même suivant les époques. Par exemple, dans ma jeunesse, le clin d’oeil était parfois employé pour flirter. Plus personne ne fait cela aujourd’hui. Cela peut varier aussi suivant les personnes. Il existe dans la même famille des gens qui sont plus émotifs que d’autres. Ce qui varie également d’un lieu à l’autre et d’une personne à l’autre, c’est le déclencheur des émotions. Au Japon, les gens seront plus facilement choqués si on ne respecte pas une tradition. Alors qu’ici, en général, cela ne déclencherait pas aussi facilement une émotion de colère ou de frustration. Et les déclencheurs les plus puissants sont ceux qui ont été acquis durant l’enfance. »

(In : Paul EKMAN. « Les nouveaux psys. Ce que l’on sait aujourd’hui sur l’esprit humain. » Sous la direction de Catherine Meyer. Editions les arènes, Paris, 2008).

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