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Paul WATZLAWICK. « Pour soigner l’individu, on soigne l’entourage. »

« Un nouveau paradigme pour la psychothérapie »

« La thérapie systémique n’est pas une thérapie de plus à ajouter au panel des thérapies existantes. Si elle s’inscrit dans le vaste champ des thérapies dites « brèves », et a en commun avec les thérapies cognitivo-comportementales de ne pas considérer que la guérison doit provenir d’une connaissance du passé, elle est née d’une véritable rupture épistémologique. En effet, nous dit Watzlawick, toutes les thérapies étaient jusqu’alors fondées sur le premier principe de la thermodynamique, selon lequel, lors de toute transformation, il y a conservation de l’énergie – dans la théorie psychanalytique, par exemple, la libido. Appliqué à la psychologie, ce principe impliquait que tout changement découle de la compréhension du passé. Watzlawick reproche ainsi à Freud d’avoir négligé les relations de l’individu et de son milieu, en mettant l’accent sur les processus intrapsychiques. Le modèle issu de la cybernétique, en revanche, considère que la « transformation porte sur ce qui arrive et non sur son pourquoi ». Autrement dit, on passe d’une coopération linéaire de la causalité à une conception circulaire ; il s’agit de remplacer le pourquoi par le quoi. Selon la théorie de la communication, ce n’est plus de l’énergie qui est transmise, mais de l’information. Dès lors, il faut prendre en compte le feedback, ou la rétroaction, c’est-à-dire une réaction à l’information transmise : autrement dit, A ne transforme plus simplement B, B transforme également A.

Une théorie de la communication appliquée à la thérapie.

D’après l’école de Palo Alto, on ne peut pas ne pas communiquer. Cette école propose une vision renouvelée de la communication qui, appliquée à la psychothérapie, implique plusieurs modifications par rapport aux pratiques traditionnelles :

  1. L’esprit est conçu comme une « boîte noire » : on ne se préoccupe pas de sa structure interne, mais uniquement de ses relations avec l’environnement : quelles informations y sont introduites et quelles informations en sortent ; dès lors, « les symptômes sont considérés comme une sorte d’entrée d’informations dans le système familial, et non comme l’expression d’un conflit intrapsychique ».
  2. De ce fait, savoir si les informations sont conscientes ou inconscientes perd, en soi, de son intérêt.
  3. Certes, le comportement est déterminé par le passé ; il est cependant peu instructif d’y rechercher ses causes. En effet, la mémoire est une construction intellectuelle à laquelle on n’est pas obligé de faire appel lorsqu’on a une photo complète du système à un instant donné.
  4. Les causes d’un comportement ont donc peu d’importance pour le thérapeute ; ce sont des effets que ce comportement a sur son entourage qui lui importent.
  5. Ce modèle est circulaire : il n’a ni début ni fin. Les réactions s’influencent les unes les autres de manière permanente.
  6. La situation d’un patient dépend donc du système dans lequel il s’inscrit et des présupposés de l’observateur. Les qualifications de « normal » et de « pathologique » sont ainsi vidées de leur sens.

Nous construisons notre réalité.

« Un phénomène demeure incompréhensible tant que le champ d’observation n’est pas suffisamment large pour qu’y soit inclus le contexte dans lequel ledit phénomène se produit. » Alors que les psychiatres cherchaient à « ranger » les sujets dans la grille de pathologie dont ils disposaient, faisant ainsi primer la grille de pathologie elle-même, et s’arrangeaient souvent pour trouver ce qu’ils cherchaient, Bateson, influencé par sa formation d’anthropologie, et à sa suite Watzlawick ont cherché à faire en sorte que le réel précède la théorie. Autrement dit, à comprendre la situation à partir de ce qu’ils observaient.

Selon Watzlawick, qui s’inscrit dans la droite lignée du constructivisme, « la réalité est ce que vous dites quelle est ». On ne saurait dès lors définir la folie comme une inadéquation à la réalité. Il y a ainsi une réalité de premier ordre, « l’image de la réalité que nous percevons de nos sens », et une réalité de second ordre, « la signification que nous attribuons à ces perceptions ». Par exemple, nous dit Watzlawick, voir qu’une bouteille de vin est à moitié remplie est une réalité de premier ordre. Mais la détermination qui consiste à dire si elle est à moitié vide ou à moitié pleine est une réalité de second ordre… Si les sciences exactes s’intéressent aux réalités de premier ordre, la psychothérapie a pour objet ces réalités de second ordre.

Une thérapie consiste ainsi non pas à transformer une « fausse » construction de la réalité en « vraie » réalité, mais une construction douloureuse en une construction moins douloureuse. Par conséquent, il n’y a pas, pour Watzlawick, de « fou » qui aurait une vision erronée d’une réalité, et de « sain d’esprit », qui en aurait une appréhension objective. Le patient est un élément d’un système social, d’un groupe d’individus, à l’intérieur duquel il occupe une fonction précise. Son comportement apparaît alors comme la solution qu’il a trouvée pour s’adapter à un environnement spécifique. Une réaction qui semble à première vue pathologique, voire relever d’une maladie mentale, est parfois la meilleure possible, et même la seule.

Il s’agit donc bien d’une thérapie relativiste : le processus thérapeutique ne vise pas à découvrir une vérité, à mettre au jour un événement fondateur, à trouver les causes de la pathologie – puisqu’il n’y a pas, à proprement parler, de « pathologie » de l’individu. D’une certaine manière, son ambition est bien moindre : elle est « simplement » – pour ainsi dire – de mettre un terme à la situation de souffrance, sans que le patient accède nécessairement à sa cause. »

(In : Amélie PETIT sur Paul WATZLAWICK. « Pour soigner l’individu, on soigne l’entourage ». « Les nouveaux psys. Ce que l’on sait aujourd’hui de l’esprit humain ». Sous la direction de Catherine MEYER. Editions les arènes, Paris, 2008, pages : 621 – 624).

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