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Philippe PRESLES. « L’exaltation par l’élévation. »

« L’exaltation par l’élévation ».

« Le témoignage d’une bénévole sur la puissance exaltante de l’altruisme est particulièrement éclairant : « J’étais avec trois autres bénévoles de l’Armée du Salut, et nous étions en train de rentrer après avoir travaillé toute la matinée au centre. (…) Alors que nous passions près d’un quartier proche de celui-ci où j’habite, j’ai vu une vieille femme avec sa pelle dans l’allée devant sa maison. L’un des gars assis à l’arrière de la voiture a demandé au conducteur de le déposer là. (…) J’avais supposé que le gars ne voulait pas déranger le conducteur et marcher jusqu’à chez lui. (…) Mais quand il est descendu de la voiture, il s’est approché de la dame, et je suis restée bouche bée en comprenant qu’il lui offrait de dégager la neige pour elle. »

Celle qui décrit cette scène rapporte également : « J’ai eu envie de sortir de la voiture et d’embrasser le gars. J’avais envie de chanter, de courir, de gambader et de rire. Ou plutôt d’être active. J’avais envie de dire des choses gentilles, d’écrire un poème ou une chanson d’amour, de jouer dans la neige comme un enfant, de raconter son acte à tout le monde. » Que d’énergie dans cet exemple ! Le simple fait de voir quelqu’un faire une bonne action remplit la narratrice d’une joie profonde et d’une envie d’agir, caractéristique selon Jonathan Haidt du sentiment d’élévation.

Ce sentiment très particulier, Jonathan Haidt l’a découvert à travers de multiples études et observations. Il a ainsi constaté qu’il s’agissait d’une réponse émotionnelle très particulière et universelle : quand nous voyons quelqu’un agir de manière vertueuse, nous sommes nous-même touché, ému et désireux d’être généreux, à notre tour.

Dans une étude en laboratoire, Jonathan Haidt a proposé à ses participants de regarder soit un film sur Mère Teresa, soit un autre documentaire. Ceux qui avaient découvert l’histoire de Mère Teresa avaient envie d’aider les autres davantage et de se lier à eux, ce qu’ils furent plus nombreux à faire concrètement en participant effectivement à des œuvres humanitaires ou caritatives. Ce désir d’aider les autres s’accompagnait d’une sensation euphorisante de joie, d’optimisme, d’amour, de chaleur ou de picotement dans la poitrine.

Il s’agit selon Jonathan Haidt d’un véritable troisième type de lien social, propre à l’humanité, à côté des classiques liens dus à la solidarité et à la hiérarchie que l’on retrouve également dans le monde animal. La compassion n’est en effet pas le propre de l’Homme et l’entraide existe chez les animaux vivant en groupe. La coopération peut même être très élaborée. La hiérarchie est également un ciment très fort de tous les animaux vivant en société. Mais le sentiment d’élévation est très particulier car il nécessite de se projeter dans l’avenir afin de s’imaginer en train de faire à notre tour des actions altruistes. Notre Alter ego est alors haut placé, selon un modèle qui renforce notre propre estime, et nous sommes gonflé d’énergie pour faire le bien. Il s’agit bien d’une énergie de projection, typique de la conscience humaine.

Le message de Jefferson pour une éducation de l’élévation.

Les individus altruistes nous servent de modèles et nous poussent à nous projeter dans des rôles positifs pour notre entourage et la société. Nous servons alors à notre tour le modèle selon un cercle vicieux.

Ce qui est remarquable avec l’élévation, c’est la puissance et la profondeur de la joie que ce sentiment nous procure. On comprend pourquoi certains d’entre nous, comme Mère Teresa, vont consacrer leur vie aux autres tout en étant rayonnants de joie. Nos multiples saints, nos hommes remarquables, nous rappellent à quel point l’humanité sait produire des individus généreux dont l’histoire nous enthousiasme. Reste qu’il est essentiel de les mettre en valeur, de leur laisser une grande place dans nos sociétés, afin qu’ils puissent servir d’exemple à tous et nous donner envie de contribuer nous aussi au bien commun.

Il est tout aussi essentiel de favoriser l’essor des associations caritatives, des organisations humanitaires, des fondations de recherche, etc. Leur rôle est tout autant d’aider les personnes en difficulté lors des catastrophes humanitaires, ou après les accidents de la vie, ou encore de rechercher de nouveaux moyens de lutte contre les fléaux de l’humanité, que d’élever la société tout entière.

Pour illustrer l’importance des émotions morales positives dans notre société, Jonathan Haidt met en exergue une longue citation de Thomas Jefferson, d’une exceptionnelle clairvoyance, car écrite dans une lettre en 1771. Un ami lui demandait quels livres acheter pour sa propre éducation. Bien entendu Jefferson lui propose de s’intéresser à l’histoire, à la philosophie et aux sciences naturelles, mais il lui suggère également de lire certains textes : « … Tout ce qui contribue à nous développer dans les principes et la pratique de la vertu. Tout acte de charité ou de gratitude, par exemple, présenté à notre vue ou à notre imagination, nous impressionne fortement par sa beauté et nous ressentons profondément le désir de faire à notre tour des actes de charité ou de gratitude » (Jefferson, 1771/1975, p. 349-350).

Jefferson nous apprend ainsi que l’aptitude à l’élévation s’entraîne et doit faire partie de l’éducation. C’est une notion très réconfortante s’agissant d’une aptitude très positive de l’humanité, liée à notre conscience, à notre capacité à nous projeter positivement dans l’avenir. Ainsi, quand nos enfants réalisent leurs sauts de la conscience, nous avons des âmes de plus à nourrir. Il nous faut alors constamment les nourrir de beau. »

(Philippe PRESLES. « Tout ce qui n’intéressait pas Freud. L’éveil de la conscience et à ses mystérieux pouvoirs ». Editions Robert Lafont, Paris, 2011, pages : 230 – 232).

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