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Pierre Henri CASTEL. A quoi résiste la psychanalyse ?

13 février 2015 Laisser un commentaire

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Quelques citations tirées de son livre « A quoi résiste la psychanalyse ». (Edition des Presses Universitaires de France, Science, histoire et société, Paris, 2006) :
Page 3 :
« Remontant vingt-cinq ans en arrière, j’aimerais surtout rendre sensible ceci : affirmer que la psychanalyse, dans tous les pays et dans toutes ses variantes cliniques et théoriques, traverse aujourd’hui une crise majeure, peut-être terminale, n’est nullement une exagération née d’un manque de recul. Le recul est là (en gros, le quart de la vie de la discipline elle-même), et le constat sans équivoque. Car depuis vingt-cinq ans, tant le prestige scientifique, voire tout simplement intellectuel, que clinique et thérapeutique, sans oublier le pouvoir d’attraction culturelle de la psychanalyse, ont fondu comme neige au soleil. Etrangement, la gravité de la crise n’est guère sensible aux psychanalystes eux-mêmes : ils forment en effet depuis les années 1960 un milieu professionnel qui s’isole, pour des raisons à discuter, telle une élite au cœur de la nébuleuse contemporaine des métiers psychologiques que les sociétés développées on fait proliférer à diverses fins, et ces métiers, ainsi que les formations qui y conduisent, continuent à lui rendre un culte révérencieux. Au sein de sociétés de psychanalystes, on se coopte, on discute, on publie, et même parfois, on se cite. Mais c’est là une vitalité en vase clos ; il suffit de comparer les revues de psychanalyse, de sciences humaines et de psychiatrie des années 1960 à leurs héritières actuelles pour mesurer l’ampleur des dialogues rompus et des ignorances insoucieuses. Certes, ce n’est pas en France, ni en Argentine, qu’on trouvera les signes les plus douloureux de la désaffection dont je parle. En revanche, partout où ne subsiste que sa dépouille idéologique, le freudisme, celui-ci ne suscite plus que sarcasmes. Enfin, il serait trompeur de croire que la langue et la vie de tous les jours, en incorporant tant d’expressions freudiennes dans la justification de nos attitudes psychologique (Untel « refoule », « dénie », et pensez aux nuances « hystériques » qu’on sait si bien détecter dans la sexualité ou l’agressivité d’autrui), prouvent par là le caractère acquis, voire indéracinable du savoir freudien (…) ».
Page 6 :
« (…) L’ignorance crasse des enjeux et des outils contemporains de la critique théorique fait le reste chez les psychanalystes les mieux intentionnés. La confusion régnante entre rationalité et scientificité est telle que la peur de n’avoir rien à opposer aux attaques récentes contre la psychanalyse-comme-science a pour conséquence une fuite dans la philologie et l’ « éthique » qui enferme toujours davantage le milieu psychanalytique dans son isolat socioculturel, tandis qu’on en vient à regarder avec méfiance toute tentative de justifier en raison la démarche psychanalytique (…) ».
Page 169 :
« Je suggère à mon tour qu’un tel régime de minorité est peut-être le seul que puisse adéquatement adopter la psychanalyse, aux antipodes de déclamations généralistes, qui, faute d’avoir trouvé le crédit suffisant à s’imposer dans le champ du savoir, se déversent désormais en injonctions moralisatrices ou dans de pathétiques appels à « résister » à la destruction de la subjectivité. Son objet, ainsi sur le plan épistémologique, me paraît exister précisément au point de fuite des tenailles dans lesquelles on l’enferme. Par exemple : la psychanalyse est soit une science, et doit alors se conformer aux canons de la causalité nomologique, soit elle est de la philosophie, et en ce cas, elle doit renoncer à ce que l’interprétation ait une quelconque action réelle ».
Un commentaire :
Déjà, le titre, « A quoi résiste la psychanalyse ? » ne peut laisser indifférent. Celui qui connaît le célèbre argument employé par les défenseurs de la doctrine freudienne, consistant à assimiler toute critique dirigée contre elle à une « résistance » (inconsciente) à la théorie ne sera pas dépaysé. Cet argument permet, en effet, de faire d’une pierre deux coups : celui qui critique la psychanalyse ne doit plus être écouté sur la base de ses arguments rationnels, puisqu’en réalité, ils ne seraient que la manifestation consciente de ses névroses inconscientes, – et la psychanalyse demeure toujours confirmée quelque soit la teneur des critiques qui lui sont adressées…
On a là, une véritable tarte à la crème rhétorique. D’où qu’on la prenne, la psychanalyse s’en tire à bon compte.
Pourtant, le constat effectué par ce psychanalyste éclairé et de renom est des plus accablants et réalistes. Mais le reste du contenu de son livre, ne déroge pas, hélas, à la règle freudienne sous-jacente et finalement très clairement exprimée par le titre. En voulant montrer qu’à tort ou à raison, selon l’auteur, la psychanalyse « résiste », on a envie de croire en une sorte de « psychanalyse de la psychanalyse ». En un mot : seule la psychanalyse peut s’évaluer, et se défendre elle-même. Donc, comme l’auteur l’indique lui-même, c’est bien une théorie qui souhaite encore opérer en vase clos, et se coopter elle-même.
Catégories :Pierre-Henri Castel